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vendredi 12 octobre 2012

CAMARADES COMMUNISTES, GUERRE A "LA GAUCHE"!






J'ai écrit ce post en réponse à un texte de P Mignard intitulé " POURQUOI UNE « VRAIE POLITIQUE DE GAUCHE » EST IMPOSSIBLE ?"
 Et tout en sachant pertinemment que Mignard n'est ni communiste ni marxiste (j'oserai ajouter qu'il est même antimarxiste sinon carrément anticommuniste) mais plutôt anarco-décroissant......
Vous trouverez son texte sur son site. Voici ma réponse pour l'heure.
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"D’abord, un bémol sur ce premier passage du texte.
Quand Patrick Mignard (PM ci après) rapporte ce qu’il dit être , en somme, la "pensée faillie" :
Le modèle standard du changement de système était fondé depuis le 19e siècle sur la croyance que le capitalisme se développant et exploitant la classe ouvrière, celle-ci l’abattrait – et en priorité dans les pays développés. Rien de cela ne s’est produit !
Non. Marx et Engels n’ont pas dit cela. Ce sont les socio-démocrates (y compris staliniens) qui ont travesti Marx et Engels pour lui faire dire cela.
Ce qu’expose Le Manifeste (puis que la référence sous jacente est là) est bien plus subtil et n’a finalement aucun rapport avec ce que dit PM. J’invite à la relire et nous en reparlerons.

D’autre part, dire que même cette interprétation aurait failli c’est circonscrire le monde (et l’avancée révolutionnaire) à l’Europe et aux USA et c’est une abominable erreur.
Voilà d’abord sur ce point.

Sur "la gauche" ?

Des années que je le dis même et je ne compte plus mes textes sur le thème "Camarades communistes, guerre à la gauche".

Même avec des "guillemets" des fleurs et tout ce qu’on voudra, "la gauche" est une escroquerie intellectuelle sans nom, dont l’usage devrait être interdit à ceux qui se réclament du communisme (les autres font ce qu’ils veulent).

"La gauche" est un fourre tout pour permettre de masquer ce qui n’est jamais qu’une collaboration de classe qui ne veut pas dire son nom et qui passe par l’union (pour diverses raisons) de certaines orgas se réclamant du communisme genre PCF avec des orgas réformistes et contre- révolutionnaires social-dém type SFIO ou PS.

Sur les "raisons" de cette collaboration de classe il y a bcp à dire et à développer et je n e partage pas les propos de Pm qui de mon point de vue prend les conséquences pour les causes.

Parmi ces raisons qui ont poussé à cette re-fondation de "la gauche" moderne, je dirais, après 1871 et sans aucun doute au niveau européen après l'assassinat de Liebknecht et de Luxemburg (et pour cause...) à une refondation de cette manière, la bureaucratisation (explicable) et l’embourgeoisement rapide, de la SFIC devenue PCF (pour ne parler que de la France mais le même arbre donnant les mêmes fruits on peut le constater partout en Europe). Evidemment oui la présence de l’URSS qui rapidement, oublie sa tâche et même avec Lénine devient un empire en puissance (ce que dénonçait Luxemburg et dans des termes encore plus clairs Rühle en 39 - toute cette réflexion qui sera travestie par l’aile gauche des communistes allemands et contre qui Lénine écrira son fameux "gauchisme..."). Le développement du Kapitalisme. L’arrêt, rapide, du développement de l’internationalisme etc.
Des tas de raisons objectives, donc. Liées au développement des forces productives, à la division du travail dans le monde, à la décérébration des classes populaires et moyennes occidentales via la société de consommation, à l’embourgeoisement et à la bureaucratisation des anciens révolutionnaires des PC etc.. tout ceci en réalité résumé par une phrase : la lutte de classe qui traverse de tout temps les organes de la classe ouvrière au sens large (ie du prolétariat).

Que certains (dont des très intelligents et par voie de conséquence, souvent "les meilleurs d’entre nous") aient pu théoriser des "contenant" à cette mascarade qu’est la "gauche" (contenant au demeurant très vastes et qui sont très loin de se résumer à ce que PM désigne comme tradition" - la preuve une fois qu’il a dit cela il est immédiatement obligé de préciser que finalement il y a autant d’acceptions que de gauchistes ;))..
Là où je rejoins PM, c’est dans sa critique de la "gauche radicale".
Radical ou pas, quiconque se définit comme "de gauche" aujourd’hui commet au mieux un contre sens s’il est de bonne foi (et essaie de ranimer un cadavre) et au pire une ignoble tromperie contre le camp qu’il prétend défendre s’il n’ignore pas l’état réel des choses.
A ce titre, il me semble également évident que la récente montée en puissance d’un Front "de gauche" est de ce point de vue une des plus belles entreprises contre -révolutionnaires et anticommuniste qui ait existé depuis 1978.

Bref. Pour les communistes où qu’ils soient (et assumons une fois pour toutes la relative polysémie, sur les marges, de ce terme de "communiste"), pas la peine de se voiler la face, le terme de "gauche" ne désigne qu’une étape où les déjà ex-révolutionnaires ou, plus exactement héritiers embourgeoisés de révolutionnaires, trament et fabriquent des alliances avec différentes forces politiques de la bourgeoisie qui ont plus ou moins une assise ouvrière.
Donc contrairement à ce que dit notre ami (je vais plaisanter un peu et prendre son propos avec un peu d’ironie même si j’ai bien compris ce qu’il a dit), une "vraie politique de gauche" est tout à fait possible, elle est d’ailleurs en train d’être une nouvelle fois commise : c’est une politique qui consiste à se réfugier derrière de prétendues valeurs ou des organisations dont on refuse de faire voler en éclat le masque, pour mieux servir le capital tout en donnant l’impression (de plus en plus vague) qu’on se préoccupe de ce que l’on appelait autrefois "la classe ouvrière".

"La gauche" c’est un consensus mou qui masque le retour des forces réactionnaires qui manipulent "la classe ouvrière" afin de préserver le Kapital.
Il n’appartient qu’aux exploités d’y mettre un terme et d’ouvrir les yeux. Pour cela le rôle des militants communistes est d’une grande importance.
Il est donc exclu de trouver de vrais révolutionnaires , des communistes, se définissant comme "de gauche". Ils savent qu’ils ne sont ni de droite ni de gauche ils sont communistes, et ils n’ont pas honte de le dire et de s’en revendiquer , "ils ne se cachent point" comme disaient Marx et Engels, point barre.

"Droite/gauche" (droiche/gaute?), tout ça au final c’est la même volaille ,qui ne finit par servir que l es forces fascistes (sur ce point aussi je rejoins PM, mais qui ne partage pas cet avis?).

Pour lutter contre la misère et en même temps lutter contre le fascisme, il faut lutter contre le capitalisme et (en plus d’accepter le côté "révolutionnariste") cela réclame d’abord et avant tout la plus grande clarté sur les concepts et les mots employés.
C’est une des grandes découvertes de Lénine et cela apparaît clairement dans son entreprise de démollition du parti social démocrate à l’époque.
C’est ce qu’a poursuivi Poulantzas dans nombre de ses ouvrages sur l’Etat

D’autre part , un communiste est forcément révolutionnaire donc, en ce sens qu’il ne peut qu’accepter une évidence : le changement se fera obligatoirement par la révolution. Celui ou celle qui veut assumer a part de construction du communisme le sait et assume aussi cette perspective. Il n’y aura pas de changement par les urnes, il n’y aura pas d’évolution en douceur.

L’évolution demandera inévitablement une révolution. Parce qu’on n’a jamais vu un possédant se déposséder de lui-même pour ceux qui ne possèdent rien et sont presque d’ailleurs eux-mêmes possédés !
Si certains veulent bien, par intérêt ou par charité, à certaine époque, balancer quelques miettes, cela s’arrête là.

Alors, faut-il comme dit PM une stratégie ? Une tactique ? Oui, mais elles n’ont pas besoin d’être très élaborées.
A force de vouloir faire "trop intelligent" , trop" visionnaire" on finit surtout par ne plus agir, on finit par devenir "chiasseux" et le temps passe et tout est toujours là.
Et la bourgeoisie gagne encore.

Il faudra détruire. Ne pas se laisser arrêter par les bonnes âmes qui disent "oui mais pour mettre quoi à la place ? On ne va pas détruire si on n’a pas un programme bien fait pour après ! on fait d’abord un bon programme et ensuite on verra..."
 Évidemment ,ainsi ,c’est tentant, mais ça ne fonctionne pas.

De même d’ailleurs que "la révolution" ne sera pas une fin en soi, de même qu’elle ne peut pas être programmée, qu’on ne peut pas non plus en faire un programme. Que tout ce que nous pouvons faire, c’est de "baliser" la révolte, c’est de se tenir prêts, de faire en sorte que nous soyons de plus en plus nombreux le moment venu à dire "en avant" et pas "stop, arrêtez tout"...

Et donc il ne s’agit pas non plus d’aller plus vite que la musique et les démiurges qui prétendent pouvoir créer ex nihilo une révolution sont également dans le faux.
Non ça ne marchera pas comme ça...

Mais d’ici là notre travail, toujours, c’est de déminer le terrain des contre révolutionnaires Que ceux ci soient fascistes, ou social-démocrates y compris prétendument radicaux.

Aussi, camarades communistes ( je sais bien que PM ne l’est pas et ne s’en est d’ailleurs jamais revendiqué) quoi que vous pensiez être (trotskistes, libertaires, autonomes...) faites la clarté toujours, partout, à chaque occasion : prolétaires/bourgeoisie, capital/travail, exploités/exploiteurs etc...
Mettez définitivement au panier ces termes de "droite et gauche", exprimez vous en utilisant des termes qui sont construits par et pour la lutte de classe qui se mène et démasquez les tartuffes.

Laissez les circonvolutions cérébrales sur "la droite et la gauche " ou "la révolution par les urnes" etc à ceux qui essaient de vous faire g ober qu’on peut nourrir un pitbull de chamallows. Ceux là vous emmèneront au désastre en refusant de vous armer en refusant de tirer les conséquences de leurs paroles, ceux là seront des Allende et avec eux cela se terminera comme avec le peuple chilien.

Dans la lutte contre le capitalisme, in fine, il n’y a pas de demi-mesure, surtout dans une telle période de crise du capital : soit on est contre soit on est pour - c’est un choix ensuite il faut l’assumer.
Si on est contre, il faut savoir dans quoi on se jette. Pour déjà, se réunir, se rapprocher de toutes celles et tous ceux qui de près ou de loin, même avec telle nuance, se réclament ouvertement du communisme,avec toutes ces nuances , mais donc en assumant "la révolution"...

Et jeter définitivement aux orties le verbiage politicien bourgeois.
La Louve

vendredi 23 mars 2012

Eva Joly: "Qu'a fait Claude Guéant sur place? Il y a une forme de mise en scène"

Interrogé par Radio Orient, la candidate Europe écologie les Verts (EELV) à la présidentielle a gravement mis en cause Claude Guéant dans la gestion du siège de l'appartement de Mohamed Merah et dans la mort du tueur préumé de Toulouse et Montauban. L'ancienne juge se demande si la présence constante du ministre de l'Intérieur sur place, en contravention avec la procédure du code pénale, ne relève pas d'une "forme de mise en scène."
Pour fonder son propos, Eva Joly met en avant son expérience d'ancienne magistrate: "Je veux ici revendiquer un peu mon ancien métier. J’ai été magistrate pendant plus de vingt ans et j’ai passé la moitié de mon temps au Parquet. J’étais responsable de l’action publique pendant des années à Evry, responsable en direct de l’action de la police. J’ai eu à faire face à des prises d’otage. Et j’ai appelé le Raid ou le GIGN. Je connais leur pertinence, je sais qu’on peut leur faire confiance mais c’était moi qui dirigeais les opérations et non pas le ministre. Nous sommes aujourd’hui dans une situation absurde en France car nous avons des magistrats indépendants, compétents. Nous avons un instrument d’excellence qui est le Raid, qui était en opération en Toulouse pour interpeller un tueur dangereux. Cherchez l’erreur!"
Un juge ou le Parquet aurait dû géré
Partant de ce constat, la candidate écologiste se demande: "Qu’a fait le ministre sur place en commentant en permanence, heure par heure, ce qui se passait ? Il a créé de la confusion. Quel est son rôle ? Ce n’est pas lui qui dirige les opérations ! C’est une violation du code de procédure pénale ! Ces opérations auraient dû être dirigées par un juge, à l’extrême limite par le Parquet."
"Ca crée la suspicion sur le mode d'interpellation choisi"
"Or, que voyons-nous?, interroge Eva Joly. Nous voyons Claude Guéant, les traits tirés. On a l’impression que c’est lui qui donne les ordres au Raid. Et ça, vraiment, c’est anormal. Et je voudrais dire à nos concitoyens que c’est dangereux parce que ça créée la suspicion sur le mode d’interpellation choisie. Les citoyens peuvent se demander pourquoi est-ce qu’ils n’ont pas choisi d’interpeller Mohamed Merah lorsqu’il sortait de son immeuble et qu’il prenait son scooter? On aurait peut-être pu le faire avec beaucoup moins de déploiement de moyens. Est-ce qu’il n’y avait pas là une arrière-pensée politique?"

"Parce que le ministre était là, on peut se dire peut-être qu’il y a eu une forme de mise en scène. Cette situation est anormale et a fait prendre des risques aux forces d’excellence que nous avons et qui n’ont pas besoin de Claude Guéant qui, à mon avis, ne connaît pas les opérations comme les dirigeants du Raid", conclut Eva Joly.

http://www.humanite.fr/politique/eva-joly-qua-fait-claude-gueant-sur-place-il-y-une-forme-de-mise-en-scene-492886

jeudi 22 mars 2012

"L’affaire Mohamed Merah" ou la mort de la présomption d’innocence en France.

"L’affaire Mohamed Merah" ou la mort de la présomption d’innocence en France.

de : BOADICEE

jeudi 22 mars 2012 
« Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable... », DDHC article 9
Aurions-nous définitivement basculé du "Pays des Droits de l’Homme" au "Pays des Hommes de Droite" ?

Je ne rentrerai pas dans les multiples contradictions et incohérences dont regorgerait déjà (et sous toutes réserves) le dossier "Mohamed Merah".

Et je vais écrire les lignes qui suivent avec compassion pour les familles des victimes et la profonde affliction qu’ont créé les décès des adultes et des enfants.

Ces décès qui sont imputés à celui qui restera, à jamais (puisque les morts ne parlent pas), "le suspect n°1", M. Merah.

"Suspect" et non pas "présumé coupable" - contrairement à ce qu’ont dit certains à la tête de l’Etat...
S’il y a aujourd’hui une autre immense perdante dans tout cela, c’est bien la présomption d’innocence.

Au delà, et en outre, un viol de l’intégrité (de ce qui en restait ?) de toute une partie de notre système judiciaire et de notre système de droit pénal.

Nous vivons un drame politique, car au delà des morts humains, il y a, en plus, la mort définitive de certains idéaux de certains principes qui fondent une certaine forme de morale (hélas remplacés par d’autres...).

Dans son décès (certains diraient déjà "son exécution") Mohamed Merah emporte avec lui la crédibilité de nombreux médias et de plusieurs journalistes, l’intégrité d’une partie du système judiciaire, et ce qui restait d’autorité à la police.
 
Aussi, je serai brève. Je vais essayer.

J’ai acheté hier en sortant du Tribunal, au bouquiniste qui est souvent devant le métro, un livre formidable (pour 3 euros) exactement sur le sujet général qui nous occupe, celui de la manipulation de masse et du "viol des foules par la propagande politique".

Ce livre s’intitule "La Piste Rouge - Italia 1969 -1972".

C’est un recueil de textes de journalistes italiens traduits sur les "affaires" Feltrinelli, Pinelli, Valpreda dans le début des années 70.

Tous des "coupables idéaux", des salauds de terroristes anarchistes.

Condamnés (au moins par une partie de "l’opinion publique") avant d’avoir été jugés...

Sauf que, finalement, après des années de collusion du pouvoir politique/maffieux/milieu fasciste, après plusieurs "maladroits" passés par la fenêtre ou tombés dans la cage d’escalier avant leur audition ou avant leur procès, on découvrira que tout ceci, c’était du vent et que les responsables des attentats n’étaient pas ceux qu’on croyait.

On peut rajouter à cette liste l’affaire Impastato (qui a été présenté longtemps comme un kamikaze d’extrême gauche qui avait voulu se faire sauter avec le train. Et puis finalement des années plus tard l’enquête permis de découvrir que non, il avait été assommé par une bande et attaché autour des rails, inconscient, avec de la dynamite autour de lui et que c’étaient les fascistes qui l’avaient fait exploser sur les rails...) 

Plus près de nous, il y a Tarnac, comme un coup de couteau. Tarnac qui n’est pas terminé, qui n’est pas fini.

Attention, je ne dis pas que Mohamed Merah est "forcément" une victime, ni que ses convictions politiques seraient comparables à celles de ces camarades, (a priori je n’avais pas de sympathie particulière pour lui s’il était bien ce qu’on dit).

Je tente (et je sais que c’est risqué dans une telle période) d’en appeler à la raison et au calme, au respect élémentaire de la présomption d’innocence.

Mohamed Merah était il "coupable" ? "Innocent" ? Je ne sais pas.

Et aujourd’hui, PERSONNE NE SAIT ET NE SAURA.

Je ne lis pas dans le marc de café ni dans les viscères de corbeau.

On n’en sait fichtre rien.

Il est mort sans procès, sans défense pénale, il est mort présumé innocent pour les assassinats ("suspect" ne signifie pas "coupable"), au moins jusqu’à preuve, peut être, un jour, de sa culpabilité.

La flagrance (laquelle d’ailleurs, en l’espèce ?) ne détruit pas la présomption d’innocence, et notre responsabilité première en tant qu’êtres humains, (en tant que congénères, car comme le rappelait Michel Foucault dans ses notes sur "l’affaire Pierre Rivière", c’est ce que nous sommes, y compris de ceux que l’on nomme "des monstres"), serait sans doute de ne pas nous comporter à l’égard de celui qui est "poursuivi par la clameur publique" comme des animaux, car l’histoire est pleine de surprises, les histoires judiciaires sont pleine de chausses-trappes et de rebondissements, et souvent, le temps révèle des choses que l’on pensait enterrées et cachées à jamais....

Aussi, à celles et ceux qui ont aboyé, la bave aux lèvres, avec la meute, que Mohamed Merah était un "criminel" ou un "coupable" : avant même que d’avoir outragé un suspect (et en empêchant ou en contribuant à empêcher la manifestation de la vérité par vos aboiements haineux, vous avez outragé aussi la mémoire des morts) : ils ont bafoué la présomption d’innocence.

Ils nous ont dit que la règle devrait être finalement : "Vous êtes coupable puisque la police le dit jusqu’à ce que vous soyez décrétés innocent".

Dire cela dans un pays où plus de 1,7 millions de personnes ont signé un certain "Pacte pour la Justice", extrêmement condamnable dans son fondement philosophique (sur lequel nous avons déjà été plusieurs à écrire), c’est grave.

Je n’y trouve aucune excuse.

D’aucune sorte.

Lorsque ces propos dangereux et inconsidérés d’une légèreté effroyable ont, en plus, été prononcés par des candidats à l’élection présidentielle, ils doivent entraîner une condamnation ferme de notre part.

A fortiori quand ces candidats se réclament de "la gauche" et prétendent représenter les intérêts du "peuple".

Nous sommes tous et toutes des victimes potentielles de la rumeur.

De l’aboiement, de la "clameur publique" des idées toutes faites, des certitudes de gens qui se croient plus malins et ou mieux informés que tout le monde, et des préjugés...

En théorie, l’Etat et la Justice (au sens le plus large possible) sont là pour protéger tout un chacun de cela, et la protection absolue, c’est la présomption d’innocence.

Cette présomption d’innocence, elle vaut pour tout le monde. 

Elle implique aussi le droit de ne pas être réduit à ses "origines" (quelles qu’elles soient) et de ne pas être condamné sur le seul fondement d’opinions politiques plus ou moins revendiquées.

Ceux qui ont adopté une autre vision des choses proposent un retour en arrière de deux siècles et demis, au bas mot.

La présomption d’innocence, c’est bien l’inverse de tout ce qui a été écrit et dit sur cette triste et tragique affaire.

La présomption d’innocence signifie que vous êtes innocent jusqu’à la dernière minute, jusqu’au verdict, jusqu’à ce que votre culpabilité ait été suffisamment établie et que vous ayez été jugé coupable à l’issue d’une procédure à peu près réglementée et prévisible (et je rappelle que la preuve en matière pénale est un minimum réglementée, les aveux obtenus par la torture par exemple, on n’a plus le droit, de même que l’ordalie, normalement, c’est fini depuis plusieurs siècles...). 

Si il n’y avait qu’un principe du droit pénal, un seul et unique auquel il faut, partout, toujours, être attaché comme à sa peau, qu’on soit homme de loi ou "simple citoyen", c’est celui là (j’aimerais ajouter l’habeas corpus aussi mais bon, on a dit "un" ) : la présomption d’innocence.

Les politiques, les journalistes...qui l’ont remis en cause aujourd’hui, directement ou de façon parfois détournée, déguisée, qui ont justifié la loi du talion, qui ont incité à réécrire la loi de Lynch, sont des gens qui doivent être considérés comme dangereux, dont il faut se méfier, et disons-le, à qui il ne faut pas faire confiance. Pour rien.

Réfléchir. Ne pas se laisser emporter par ses émotions.

Ce n’est pas comme si nous ne vivions pas dans un pays qui a connu Outreau.

Ce n’est pas comme si les "erreurs" judiciaires, ça n’existait pas.

La réalité est parfois très différente des présomptions qui semblaient jaillir des parcelles du dossier.
A moins de faire confiance aveuglément aux "médias" bien-sûr ... Mais là, c’est grave ( parce que, sans sombrer dans le "complotisme", je signale que depuis qu’ils nous ont dit que le nuage de Tchernobyl s’arrêtait à la frontière française, et qu’ils ont complaisamment rapporté les preuves des "armes de destruction massive" soit disant découvertes par les US et agitées par Colin Powell pour envahir l’Irak, ils n’ont pas changé...)

Donc, il ne faut pas fantasmer.

Il faut ouvrir les yeux et raisonner. Réfléchir.

D’autant qu’on ne peut pas empêcher cette petite musique de tourner : aujourd’hui, avoir "la gueule de l’emploi" pour faire un bon "présumé coupable de terrorisme", ça veut dire plutôt : 1/s’appeler Mohamed (ou Fatima), 2/venir d’un milieu pauvre et de "la cité", 3/s’être "converti au fanatisme" (sic) et de préférence 4/avoir un casier judiciaire. Si en plus 5/vous vous sentez en empathie avec les misères du peuple palestinien et que 6/vous dénoncez le traitement d’exception que la communauté internationale réserve à Israël au mépris de toutes les règles (donc, que vous êtes notoirement antisémite - CQFD-) alors là, vous tenez le bon bout pour obtenir le rôle.

Si 7/ vous avez fréquenté de près ou de loin un "groupuscule d’ultra-gauche", c’est sûr, le gagnant ce sera vous.

Fut un temps, les studios de propagande cherchaient surtout des candidats pour les rôles de pédophile. Dans les années 50/60 on aimait beaucoup attribuer ce genre de rôle ("présumé criminel salopard" de préférence aux homosexuels (si possible célibataires), ce qui était facilité par le fait que l’homosexualité était considérée par l’OMS comme une maladie mentale (jusqu’à récemment).

Dans les années 30, le rôle du criminel et du salopard était de préférence attribué aux personnes de confession israélite, ce qui était facilité par le fait qu’on pouvait les reconnaître à leur étoile jaune et qu’un mec (très sain d’esprit , selon beaucoup de gens et une partie des "peuples" à l’époque) avait prétendu mettre au point les preuves scientifiques de la "malfaisance congénitale" de cette "race" (comme on disait alors)...

Au Moyen-Âge, on brûlait les "sorcières" et les hérétiques". Une sorcière c’était une femme qui réfléchissait ou qui soignait des malades, un hérétique c’était quelqu’un qui disait "E pur si muove !"

"O Tempora O Mores" .
Les temps changent...
Mais pas les grosses ficelles de manipulation des masses.

vendredi 12 mars 2010

ABSTENTION ET VOTE BLANC : DES CHOIX RESPECTABLES ET DES MESSAGES CLAIRS



L’abstention et le vote blanc ou "nul", bien qu’ayant sans doute des significations légèrement différentes, seraient des "preuves de résignation", des "actes de découragement", "antidémocratiques", des actes "d’immaturité politique"...etc.

Gérard Longuet, patron des sénateurs UMP dont on a pu se souvenir il y a quelques jours qu’il avait été un des fondateurs du groupe d’extrême droite "Occident" (cf. ses propos sur Boutih et le président de la HALDE), a même proposé de rendre le vote OBLIGATOIRE !

Pour vous dire comme l’abstention est, elle, antidémocratique, hein... ;)

Quand on est "de gauche", l’argument massue c’est en général : "l’abstention, le vote blanc, cela fait passer la droite (car les électeurs de droite, eux, votent)". "Tu dois voter NPA/FDG/LO... pour peser sur le PS". "Le PS ce sera toujours mieux que la droite".

Sans qu’on soit cependant à même d’expliquer ce que cela signifiait "droite" "gauche" aujourd’hui, justement (alors qu’une grosse partie du problème est bien là).

Certains tentent un "Je vais voter au premier, mais pas au second comme ça je ne vote pas pour le PS".

Est-ce plus cohérent? Je ne suis pas sûre.

Ordonc, voici les abstentionnistes et autres renégats de la DEMOCRATURE-confiture renvoyés dos à dos de leurs propres ennemis de classe, voire "alliés objectifs" ! Très classe.

Tout ceci au nom d’un "principe de réalité" qui, je le pensais encore il y a peu, me semblait réservé aux pensées totalitaires et fascisantes "de droite" (voire d’extrême droite, où le fameux "vote révolutionnaire" n’a jamais été, pour le coup, une abstraction métaphysique...).

Voilà, donc, là, on assiste, comme à chaque scrutin, à une mise au pilori en règle de celles et ceux qui n’iront pas VEAU-ter.

Avec le genre d’assertion que nous sortent TOUS les partis qui concourent à ces élections.

Personnellement, j’aurais tendance à appeler cela du "terrorisme intellectuel".

Doublé d’une grosse mauvaise foi et d’un aveuglement que seule la "gestion à court terme" et le renoncement à l’intérêt général peuvent justifier.

Car ce n’est pas aussi simple que "abstention = couillons" (ni non plus d’ailleurs que "élections = piège à cons" que pour ma part, je ne pratique pas et n’ai jamais pratiqué).

Je parie qu’il y a peu d’abstentionnistes ou de "blanchistes" habituels, "idéologiques", dans les 50 % de personnes qui n’iront pas voter Dimanche, et même sans doute, que parmi eux, beaucoup seront d’anciens "électeurs de gauche" justement.

Loin d’être un acte anodin, dépourvu de sens au regard des institutions actuelles, l’abstention (ou le vote blanc) sont des signes extrêmement forts adressés à l’ENSEMBLE de ceux qui, "droite" ou "gauche", sont considérés, sans doute avec une certaine raison, comme appartenant à la même "CASTE"(reste à savoir ce qu’on reproche à cette "caste"), qui défend au fond, le même système, ne proposant que des aménagements différents de ce système qui fait "en-commun", et à la marge.

L’abstention (ou le vote blanc) signent, je le pense, compte tenu des circonstances actuelles, loin d’un renoncement, la colère violente d’un PEUPLE, qui se regarde, qui se connaît, qui connaît de façon historique et presque "innée" la violence dont il est capable de faire preuve dans des situations de crise insurmontables (dois-je rappeler aux ahuris que la France est une terre de révoltes et de révolutions parfois extrêmement violentes? Allez oui, j’y vais : 1789, 1791,1848, 1871, 1936, 1968...), mais qui aspire quand même profondément à la paix sociale, aux réformes législatives et au débat, plutôt qu’à couper des têtes, pendre les banquiers, ou à brûler des voitures, et qui , faute de relais fiables pour exprimer sa colère autrement, pense envoyer ainsi aux "dirigeants politiques" un MESSAGE qu’il ne tiendrait qu’à eux de comprendre.

L’abstention pour moi, c’est ce MESSAGE.

Et si on le replace dans son contexte, celui des, disons, dix dernières années, je crois que son sens est assez clair, notamment "à gauche".

D’où que nous parlions (communistes, socialistes, écologistes...), quoi que nous espérions, NOUS SOMMES PROFONDÉMENT EN COLÈRE.

Peut être que si on écoutait un peu plus "le peuple" dont "on" (qui est un con, comme chacun sait) ne se gargarise qu’en période électorale, chaque jour, on se rendrait vite compte que ce que le SYSTEME s’acharne à faire passer pour de la RESIGNATION (comme si nous étions des bons cons sous antidépresseurs parce qu’on ne va PLUS VEAU-TER), c’est une COLÈRE FORTE , UN DÉGOÛT,et, comme disait Jean Sol, "LA NAUSÉE" (après "LES MAINS SALES", c’est normal...), qui montent avec obstination et que chaque échéance électorale rend de plus en plus forte, d’ailleurs.

Bien sûr, "on" peut continuer à faire semblant de ne pas comprendre ce que signifie cette abstention, ce vote blanc, DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES.

On peut continuer à dire "les prolos qui ne vont pas voter donnent des voix à la droite...c’est pas bien... blablabla".

On peut continuer à rendre le prolétariat, le peuple, responsables, et ne pas vouloir comprendre pourquoi le peuple a majoritairement élu un SARKOZY, et pourquoi c’était ROYAL face à lui :

Je rappelle : "DÉSIR d’AVENIR" et "RUPTURE".

Pourtant, il me semblait que, même exprimé au premier degré et à côté de la plaque, le message de nos camarades , de nos frères et soeurs, de nos concitoyens , était CLAIR :

Il y a un désir de CHANGEMENT DE SOCIÉTÉ FORT, QUI SE RADICALISE, VERS UNE SOCIÉTÉ PLUS JUSTE, DIFFÉRENTE DE CELLE QUE NOUS CONNAISSONS DEPUIS 20 ans, au moins.

Il y a une prise de conscience aiguë que nous avons régressé, que la France d’aujourd’hui PUE, et pire encore, car non seulement nous avons régressé socialement, économiquement, mais aussi politiquement. Pas seulement en terme de représentation populaire, mais en termes d’engagement citoyen, de propositions novatrices, alternatives, culturelles.

Alors même que le peuple de Grèce est confronté à une crise monstrueuse, à une attaque sans précédent du FMI, de l’UE, des spéculateurs financiers, qui hypothèque l’avenir de millions de personnes sur plusieurs décennies, AUCUN candidat "de gauche" n’a parlé de l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui (et très éloignée de l’Europe des peuples, de l’Europe politique avant d’être économique, rêvée un jour par nombre d’entre nous)...

TOUTE ET TOUS , MÊME LE NPA, veulent au contraire accréditer LA RÉGION comme échelon de "démocratie" valable, alors que c’est bien un des plus mauvais qui soit. Pour des tas de raisons.

Est-ce NORMAL?

Aucun projet politique, aucune rupture de CE TYPE, aucun avenir nouveau ne semble poindre, ce qui entraîne DE LA COLÈRE, particulièrement dans une telle période de crise.

Attention à toutes et tous qui maintenez les politiciens dans l’illusion qu’ils pourront encore nous berner longtemps, et que l’abstentionniste est un défaitiste, car il n’est pas dit que celui ou celle qui incarnera le mieux cette colère un jour ( et il arrivera forcément) le fera "dans le bon sens" si on continue à laisser en déshérence NOTRE champ de bataille.

Faudra pas pleurer ensuite.

En espérant que les mêmes qui ont dépensé tant d’énergie à faire la morale seront aux côtés de ceux qui se battront pour leurs droits.

samedi 6 février 2010

Voile et NPA : "Cher Jean-Luc Mélenchon, tu dérapes !" , par Philippe MARLIERE


de Philippe Marlière Maître de conférences à Londres

Dans une interview accordée à Marianne, Jean-Luc Mélenchon a commenté la candidature aux régionales d’Ilham Moussaïd. Cette jeune femme voilée est candidate sur la liste NPA du Vaucluse. Pour le sénateur, cette candidature, ce « n’est franchement pas une bonne idée » et « tout ça est régressif ». Bloggeur sur Rue89 et militant au NPA, Philippe Marlière, lui répond.

Cher Jean-Luc,

Nous avons eu droit à la grand messe sur l’identité nationale des sécuritaires Besson-Hortefeux (un « débat » pour attrape-nigauds ou pour fachos de tout poil). Puis, ce fut au tour du couple Gérin-Raoult, les pieds-nickelés de l’ordre républicain (et « éradicateurs » de burqas). Aujourd’hui, nous enchaînons avec la chasse à la candidate « islamiste » du NPA. Manque de pot, cette fois-ci, c’est toi qui lance la meute contre Ilham Moussaïd. Que tu le fasses à partir d’une feuille réactionnaire (la mal-nommée Marianne) ajoute encore au trouble.

Tu dis que cette candidature est « régressive ». Qu’en sais-tu ? Connais-tu la candidate ? As-tu discuté avec elle de ses opinions politiques ? Qu’est-ce qui te permet de douter de son engagement féministe, laïque et de gauche ?

Tu affirmes que cette candidature est « immature ». Pourquoi ? En quoi le choix d’une femme dont les parents sont issus de l’immigration serait « immature » ? Cette initiative que tu qualifies subtilement de « racoleuse » vise en réalité à présenter une jeune femme d’origine populaire et qui est politiquement active dans sa région. Où est le mal ?

En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ?

On peut opposer cet acte pleinement politique à la pitoyable drague des « minorités visibles » par les partis de gauche (un terme hypocrite et impropre, car on sait bien que l’on s’intéresse ici au caractère ethnique des personnes). Dans ce cas, contre la mise en scène de la couleur sur une liste, des partis de la gauche laïque cèdent quelques strapontins à des minorités normalement invisibles. Qu’as-tu à dire de cette tartufferie électorale ?

Plus fort encore : tu affirmes que le NPA « entraîne le débat sur le terrain religieux ». En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ? Rien dans son discours public de militante ne te permet d’étayer cette accusation gratuite.

Allons, cessons de tourner autour du pot : ce qui te pose problème, ce n’est ni la candidate, ni ses origines ethniques ou sociales, mais le fait qu’elle porte un foulard. Un foulard ! Quelle horreur ! Et te voilà déclinant le prêt-à-penser soi-disant laïque : le foulard, c’est mal, ce n’est pas républicain, ce n’est pas progressiste, etc.

Tu es l’un des rares hommes politiques français qui lit, réfléchit, débat, tente de comprendre et d’interpréter le monde tel qu’il est. Quelle déception de te retrouver attablé au café du communautarisme laïcard. Le foulard est un « signe de soumission patriarcale » assènes-tu. Qu’en sais-tu ?

Le foulard n’a intrinsèquement rien à voir avec cela. Dans certaines situations, une femme voilée peut en effet être soumise à la domination masculine, mais c’est loin d’être une règle générale. Inversement, nombre de femmes en apparence « libérées » et « modernes » vivent sous le joug tyrannique de conjoints.

La domination patriarcale s’inscrit avant tout dans les rapports hommes-femmes au quotidien. Une femme qui a librement décidé de porter le voile et qui mène une existence autonome sera toujours plus libre que celle sans voile qui, du foyer au bureau, sera cantonnée à des rôles mineurs, parce que femme.

Cette laïcité est celle de l’intolérance et du refus de la différence

Nous avons toi et moi longtemps appartenu au Parti socialiste, où il est de bon ton de stigmatiser les « voilées ». C’est dans ce parti que j’ai pu observer les manifestations les plus machistes et misogynes, sans que cela ne suscite aucun tollé chez les éléments masculins : blagues sexistes, intimidations physiques et, last but not least, infractions délibérées à la loi sur la parité. C’est drôle, dans ces cas-là, personne ne s’élève contre la « domination patriarcale ».

Tu affirmes enfin qu’Ilham Moussaïd « divise » et qu’il lui faut « tirer les leçons de l’Histoire de France (…) parce que nous avons connu trois siècles de guerre de religion ». Si ce n’est pas un dérapage de ta part, cela y ressemble de près.

En quoi le foulard d’Ilham serait-il comparable à nos guerre de religions, à la déportation des juifs par la police française ou encore à la « mission émancipatrice » laïco-chrétienne en Algérie ? Il faut garder le sens de la mesure, Jean-Luc !

La laïcité qui décide comment il faut s’habiller sur la voie publique, qui prétend interpréter le sens que l’on donne à son apparence physique et qui exclut les têtes (et les voiles ! ) qui dépassent, ce n’est pas la laïcité : c’est l’intolérance et le refus de la différence. Jean-Luc, laisse cela aux Besson, Hortefeux, Gérin et Raoult.

Avec mes salutations amicales et navrées.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article97933


lundi 1 février 2010

LA DÉPRESSION CITOYENNE COLLECTIVE ET LA VOIE SUICIDAIRE D’UNE PARTIE DU CORPS SOCIAL



(Je précise d’emblée que cet article n’a aucune prétention scientifique, voire, emploie peut être à tort des concepts scientifiques ou prétendus tels, mais dans le sens que le plus grand nombre d’entre nous entend généralement...

Les habitants de ce pays, la douce France, seraient ceux qui consomment le plus d’anxiolytiques et antidépresseurs en ce bas monde. Faisons abstraction d’un phénomène comparable à mon sens, qui est celui des Etats-Unis où la sur-consommation de malbouffe et de crédits en tous genres joue peu ou prou le même rôle.

Comme toujours, on jette la pierre aux médecins - tous des incapables et des bons à rien. On peut aussi accuser les laboratoires pharmaceutiques. Ok. Mais ceux-ci expliquent non pas tant le besoin que le type de réponse actuellement offerte au besoin exprimé.

Oui, la France est devenue un pays de grands dépressifs. Nous sommes un pays de grands malades.

Parce qu’elle a été, à maintes reprises, le pays des plus grands espoirs politiques (au sens noble du terme) et que depuis des décennies, elle ne cesse de se perdre en turpitudes politicardes et électoralistes.

Plus hauts ont été les sommets à atteindre plus dure a été la chute.

La politique telle qu’elle est pratiquée quotidiennement dans ce pays depuis des années, sinon des siècles, qu’elle se dise "de droite" ou "de gauche", a fini par rendre le "corps social" totalement schizophrène. Et naturellement, dépressif face à la conscience aiguë de cette schizophrénie. Car constater un mal auquel on n’a aucune cure ne peut que rendre anxieux et dépressif.

Des maux (bien réels) qui n’affectent plus seulement les adultes, mais qui touchent également, par voie indirecte ( les parents, la famille) et directe (la confrontation dès leur plus jeune âge à un système qui marche sur la tête), les enfants, nos enfants et ceux des Autres ; c’est à dire l’Avenir de tous.

Les symptômes de cet état dépressif généralisé, nous les voyons tous les jours dans notre vie quotidienne. Les causes de cet état, nous les voyons également.

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne fallait pas tricher. Or, la triche est institutionnalisée, sinon encouragée par tous moyens.Des hommes politiques condamnés pour fraude, détournement de fonds, injures racistes etc, peuvent continuer d’être candidats et sont même remerciés par l’attribution de présidence de commission sur la vie carcérale !

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne faut pas s’en prendre aux plus faibles que soi, et que au contraire, les plus forts devraient protéger les plus faibles. Or, les plus faibles servent de bouc-émissaire et sont piétinés quotidiennement. Tout est fait pour expliquer que les chômeurs méritent leur sort et doivent être punis parce qu’ils sont chômeurs. Pas un doigt ne se lève au moment de l’opération "plomb durci" à Gaza...(soi dit en passant, ne cherchez pas pourquoi la cause palestinienne est emblématique pour de nombreux jeunes de banlieues ou pour de nombreux militants communistes - elle est le super-symbole de l’Injustice institutionnalisée avec un grand "I").

On nous éduque (ou plutôt on nous culpabilise) à protéger l’environnement (et protéger l’environnement est en soi un objectif juste et essentiel) mais observez le sol de la salle de cinéma où des milliers de spectateurs (sans doute de bonne foi mais particulièrement décérébrés) viennent de vautrer complaisamment leur mauvaise conscience dans la médiocrité dialectique d’un "Océans" ou d’un "la Terre vue du ciel" : les dalles sont couvertes de papiers, de pop-corn, de bouteilles. Une porcherie.

On nous élève dans l’idée qu’il faut respecter la Loi et l’Ordre mais la vie quotidienne est constellée de la victoire (petite ou grande) de ceux dont le premier principe est de ne jamais respecter la Loi et l’Ordre, de la cour de l’école maternelle au bureau en passant par les transports en commun, à commencer par le comportement de nombre des représentants des dites "forces de l’Ordre".

Des partis politiques nous expliquent que ce système nous fait crever (et c’est juste, ce système qui n’est pas seulement "économique", nous fait crever, quotidiennement, chacun de nous de mille manière différentes et pire, il fait crever l’Avenir et l’Espoir) mais leur premier acte est toujours de cautionner et de renforcer ce système.

J’en passe, la liste serait trop longue. Chacun de nous a mille exemples bien précis de ces contextes officiels et institutionnels propres à créer schizophrénie, angoisse, dépression.

Le drame, en plus, c’est que plus ce climat "pathogène" s’étend, plus le bonheur (ou ce que nous dit devoir être le bonheur) est présenté comme un impératif catégorique, et que celui ou celle qui ne peut pas l’atteindre, qui constate qu’il ne peut pas atteindre le bonheur tel que "notre société" le définit de façon maladive, est rejeté, perçu et se perçoit comme nul, minable, bon à rien, à jeter.

Et alors...

Alors on choisit :

LA CORDE. LA FENÊTRE. LA BALLE. LA PILULE...

Contre soi ou contre l’Autre (tuer un Autre, c’est toujours tuer une partie de soi et vice-versa).

Avez-vous vu que la RATP dans son souci faussement bienveillant de limiter les suicides sur ses voies, pose de plus en plus de "gardes-corps"?

Qui n’a pas l’impression, aujourd’hui, d’être atteint de ce mal qui ronge, insidieusement, sans toutefois bien savoir pour quoi on en est atteint puisque finalement dans notre vie prise isolément, cela peut ne pas aller si mal que cela? Et pourtant, qui, y compris parmi ceux qui estiment légitimement n’avoir pas trop de motifs d’angoisse, échappe actuellement réellement à la grande pieuvre de la dépression et de l’angoisse?

La réponse du "corps social" (comme du corps individuel) à ce type de pathologies, quand on ne rentre pas dans un processus de cure, ne peut être, à terme, que d’une rare violence. Une violence explosive.Une violence déchirante. Une violence qui se manifeste de plusieurs manières, et ne fait pas nécessairement une "révolution".

Je ne crois pas trop me tromper en disant que l’apathie du corps dit, cette fois, "électoral" (qui n’est pas exactement le même que le corps dit "social") ne fait que traduire, une fois de plus, cette prise de conscience aiguë, enfoncée dans nos chairs, ce ras-le bol et cette dépression profonde, que nous vivons à la fois individuellement et collectivement.

Nous n’avons pas ou plus envie d’aller voter parce que, si on se pose les questions du remède au mal, nous avons bien plus spontanément envie d’une solution radicale de l’ordre de "flinguer" toutes celles et tous ceux que nous rendons ( à tort ou à raison) responsables de cette angoisse, de cette schizophrénie généralisée, et ce depuis des décennies.

Nous souffrons, quotidiennement, et même chez nos soi-disant "défenseurs naturels" (à qui on peut encore moins le pardonner qu’à nos exploiteurs naturels) d’une absence de cohérence qui finit par faire norme ; nous souffrons de l’ambigüité comme état permanent de la conscience, et nous souffrons de ces maux sur lesquels de moins en moins, nous pouvons mettre des mots.

Notre énergie vitale est usée par la tension qu’induisent la schizophrénie et l’angoisse collectives, de plus en plus fortes.

En 2010, je mettrais ma tête à couper, qu’une journée de vie "normale" d’un salarié ou d’un chômeur "lambda" (enfants+boulot+maison+transports etc..) consomme, en situations anxiogènes, tracasseries administratives, rapports de domination sans frein, absence de solidarités, urgences physiquement éprouvantes, etc... ce qu’il nous fallait d’énergie pour toute une semaine il y a plusieurs décennies.

Le lundi soir ou disons allez, le mardi, une personne de 35 à 50 ans "normale" est déjà épuisée. Le 5 du mois elle est déjà au comble de l’angoisse de "la fin du mois".De tout ceci découlent des réactions en chaîne dans toute la famille, y compris étendue. Et donc, dans la société.

Déléguée syndicale, je ne vois pas, dans mon entreprise (où pourtant rien n’est "rose"), beaucoup de salariés qui veulent encore se battre pour "changer leur travail", leurs conditions de travail , leurs salaires. J’en vois de moins en moins, et de plus en plus qui ne rêvent qu’à une chose : larguer les amarres, quitter le bateau, fuir le monde, à commencer par celui du travail (qui nous suit jusqu’à chez nous, pendant la pause de déjeuner et y compris dans les transports en communs). Épuisés de vivre à 40 ans : "Comment je peux négocier un bon chèque pour me barrer?".

Allez faire défendre leurs retraites à des salariés ou des étudiants ou des chômeurs qui pour mille bonnes raisons et parfois sans le concevoir encore sont déjà dans une logique morbide et suicidaire? !

P. Mignard dans son dernier article intitulé "la Fronde" ici, parle de réaliser des expériences alternatives concrètes de résistance et de subversion du système, à l’échelon local.

Je ne peux pas repousser d’un revers de main cet objectif. Au contraire. "L’agir" m’apparaît de plus en plus comme une nécessité.

Mais je m’interroge sur ce qu’on doit entendre par là, sur les chances de succès à moyen terme, et surtout, sur les moyens intellectuels à notre disposition (la dialectique, je pense) pour appréhender le déroulement de ces expériences alternatives concrètes, afin qu’elles ne soient pas vues comme des échecs et donc que, in fine, le remède ne soit pas pire que le mal, compte tenu de notre état actuel.

Plus que jamais, je me dis que notre Avenir tient en grande partie dans l’éducation et l’enseignement (qui sont deux choses différentes), mais d’abord et surtout à la façon dont nous concevons éducation et enseignement -et donc, le maître et l’élève mais surtout la FINALITÉ réelle de l’enseignement - (car il va de soi que de mon point de vue la façon dont on les envisage doit profondément changer si on veut en faire des instruments de résistance valables).

On nous agite ces derniers temps les épouvantails des expériences ratées, monstrueuses, inhumaines, qui ont eu comme objectifs de créer un "nouvel être humain" - sur ce point là précis, les médias mettent sur le même plan nazisme et stalinisme, qu’ils appellent honteusement "communisme".

Par tous moyens, on nous explique que c’est la liberté dite "individuelle" (comme si cela existait vraiment pour l’Homme - la question n’est pas tranchée il me semble...) qui doit nous prémunir de ce type d’expériences , expériences forcément dangereuses et mauvaises, à ne pas tenter, - comme si ce grand Paquebot rapiécé qu’on appelle "Éducation Nationale" ne servait pas précisément à fabriquer, aussi, cet "homme nouveau" dont le système capitaliste va avoir de plus en plus besoin pour se maintenir de façon à peu près pérenne.

Je finis par me demander si nous pouvons oser rêver refaire un jour de la Politique (avec un grand P), comme je l’ai déjà défini ailleurs, sans se réapproprier d’abord urgemment la question de l’Éducation et de l’enseignement comme moyens d’autodéfense intellectuelle et donc de résistance concrète au quotidien, et au delà la question de la formation des êtres et des esprits?

Plus j’y pense, moins je le crois. Apprendre et enseigner, là est la clef.



De : LA LOUVE

mardi 6 octobre 2009

Retour des SEMINAIRES - "MARX au 21ème Siècle - L’esprit et la lettre"


10 octobre 2009 | Michael Krätke, Peut-on mieux comprendre les crises financières avec Marx ?

17 octobre 2009 | Guillaume Sibertin-Blanc, Subjectivité révolutionnaire, inconscient et lutte de classes

24 octobre 2009 | Michèle Riot-Sarcey, 1848 : une révolution oubliée ?

31 octobre 2009 | Marco Di Maggio & Roger Martelli, Le Parti communiste français et les intellectuels (1961-1973)

7 novembre 2009 | Annie Lacroix-Riz, Les concepts historiques tabous de l’historiographie dominante

14 novembre 2009 | Jean-Marie Harribey, Autour de la crise

21 novembre 2009 | Jérôme Maucourant, Marx et Polanyi – l’utopie du Capital

28 novembre 2009 | Isabelle Garo, Michel Foucault, lecteur de Marx : une politique philosophique

5 décembre 2009 | Jean-Jacques Lecercle, Marxisme et philosophie du langage

12 décembre 2009 | Franck Fischbach, Marxisme et philosophie sociale

6 février 2010 | Florence Gauthier, Droit naturel et révolution

13 février 2010 | Jean Robelin, La société communiste vue par Marx

20 février 2010 | Stathis Kouvelakis, Le Capital : une lecture historique

27 février 2010 | Emmanuel Barot, Sartre, Marcuse et la stratégie dialectique

6 mars 2010 | Jean-Numa Ducange, La naissance de l’historiographie marxiste de la Révolution française

13 mars 2010 | Mohamed Moulfi, Engels et la philosophie

20 mars 2010 | Fayçal Touati, Le logique et l’historique chez Hegel et Marx

27 mars 2010 | Juliette Simont, Sartre et Marx

3 avril 2010 | Lucien Calvié, Heine/Marx

10 avril 2010 | André Tosel, Colère, résistance, insoumission

Toutes les séances se dérouleront à l’université Paris 1-Sorbonne, dans l’amphithéâtre G. Lefebvre (galerie J.-B. Dumas, esc. R),

de 14 à 16h.

L’entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles

L’affiche (A3, pdf) est accessible sur le blog du séminaire.

Le programme et l’affiche sont également accessibles sur la page dédiée au séminaire sur le site du CHSPM

Sites

Le Blog du séminaire

mardi 30 juin 2009

Quand la classe ouvrière refera de la politique, elle reconstruira son salut



J'ai eu la chance il y a peu de temps de pouvoir lire un livre malheureusement épuisé qui a été écrit par un certain Charles Hoareau paru aux éditions Messidor VO Éditions en1992, et qui s'appelle "LA CIOTAT - CHRONIQUE D'UNE RÉBELLION" (pour celles et ceux qui peuvent encore le trouver, je le recommande vivement).

C'est un très beau livre, et pour ceux qui avaient encore du lait au bout du nez - comme moi - au moment des luttes des chantiers navals de la Ciotat, et des créations des premiers comités chômeurs, une vraie leçon d'histoire ouvrière qu'on ne nous donnera plus nulle part.

C'est un livre extrêmement intéressant d'un point de vue politique notamment.

Ça m' a confirmé une intuition que j'ai depuis pas mal de temps: il y a plusieurs manières de "faire de la politique".

Mais surtout, la bataille politique (la bataille des idées et de l'expression de ces idées), et la solidarité prolétarienne internationale, sont indéniablement les deux mamelles des luttes de la classe prolétarienne.

Il me semble que les réflexions de quelqu'un comme Elie Domota, les enseignements du mouvement du LKP, vont en ce même sens.

Alors il y a façon petit-bourgeois, on "fait de la politique" comme carrière , comme débouché naturel à Sciences Po, comme on va jouer au golf, ou skier à Avoriaz...

C'est une carrière comme une autre, quand on a loupé médecine, ou qu'on n'est pas un grand avocat ou un grand journaliste ("grand" ici veut dire surtout bien sûr riche et reconnu par la bourgeoisie).

Une carrière personnelle et individualiste, où on réserve comme seul rôle politique au prolétariat largement entendu de mettre un bulletin dans l'urne de temps en temps, en général "pour le moins pire", et de coller des affiches , y compris de partis dits "de la classe ouvrière".

C'est un système de délégation de pouvoir sans contrôle du délégant, en plus, qui ne peut pas décider d'interrompre le mandat donné, et sans information, ensuite ,de la classe délégante.

C'est une façon de faire de la politique qui transforme les partis en entreprises où on fait carrière.

Et qui amène forcément à reproduire dans les partis, y compris ouvriers, tous les travers de la démocratie bourgeoise, construite pour appuyer, développer et renforcer le capitalisme.

C'est cette manière là qui a la part belle dans notre société actuelle, en tout cas en France (il me semble, dans beaucoup de pays).

C'est celle qui nous amène invariablement plus de droite dure et de société capitaliste à chaque fois, parce qu'elle éloigne forcément toutes les organisations prétendant représenter la classe des travailleurs de la dite classe, et corrélativement, qui éloigne la dite classe de ce qui prétend être la politique.

C'est cette manière là qui dévie la lutte de classe politique, dans la société civile, dans des luttes partisanes et fractionnelles au sein des syndicats de salariés, qui n'ont qu'à souffrir amèrement de ces combats internes fratricides.

Et puis, à côté de ça, il y a une façon profondément prolétarienne et révolutionnaire qui consiste à faire de la politique comme on construit sa maison, comme on doit nourrir sa famille, comme on assure l'avenir de sa retraite...

c'est à dire par nécessité, par intérêt individuel direct et indirect, et par intérêt de classe aussi, et non pas par jeu, par "plaisir" pur.

Cette façon prolétarienne n'est pas "donnée", elle est à construire, dans le cadre bien particulier d'une société capitaliste, et c'est ce qui fait une des difficultés de nos luttes, il faut à la fois construire l'outil et en même temps, s'en servir.

Parce que l'on pense que les prolos sont la majorité de la société, et que, pourtant, la "démocratie" dont on a hérité de 1789 ne représente plus du tout les intérêts de cette majorité, mais une minorité de nantis et de bourgeois, et que l'on sait que l'on doit participer activement tous ensemble, si on veut sauver sa, notre, peau.

Parce que l'on pense que si on ne se frotte pas à la politique comme organisation et moyen de pouvoir d'une classe, d'une société où domine de fait cette classe, tout ce qui est arraché d'une main à la bourgeoisie par la lutte de classe de terrain est invariablement repris d'une autre main par la même bourgeoisie, au travers des impôts, des lois, des décisions stratégiques...

De cette façon là, on pense que la politique est un prolongement de la lutte des classes qui se déroule à l'usine, au bureau, au magasin, à l'ANPE ( pardon "pôle emploi") à la caisse de retraite...Pour reprendre de nombreux exemples cités dans le livre sur La Ciotat, dans les comités de quartiers, dans les résistances face aux saisies d'huissier aussi.

La politique, telle que nous devons la créer, pour nous, c'est un prolongement nécessaire de la lutte de classe à l'usine ou au bureau.

Un prolongement sans lequel les luttes menées pour arracher des salaires meilleurs, des conditions de travail meilleures, revient souvent à construire un château de carte sur un sable mouvant.

Bien-sûr, quand je dis "une façon prolétarienne" et "une façon petit bourgeois" elle ne tient pas à la nature des personnes, mais à la pratique, aux méthodes et aux objectifs.

Car il arrive( de plus en plus souvent) que des anciens prolos "vendent leur âme au diable" et s'institutionnalisent dans des partis qui deviennent progressivement des partis petits bourgeois ( le déclin du PCF ces deux dernières décennies en est une bonne illustration - mais il n' ya pas que cela et il faudrait une longue étude pour en parler), et que, au contraire, des petits-bourgeois adoptent une manière et une lutte profondément prolétarienne et révolutionnaire.

Bref.

Si on voit la politique comme ce prolongement nécessaire de la lutte de classe sur le lieu de travail, pour organiser la vie en société "dans la cité", on ne peut qu'y prendre part quand on est salarié, actif ou pas.

Non plus en adhérant nécessairement à des partis, qui s'ils ont été à une époque des moyens en effet à la lutte de classe du prolétariat, ont aujourd'hui presque tout renié (il n'y a qu'à compter les salariés actifs, notamment du privé, qui deviennent en effet député ou sénateur ou dirigeant national de ces partis...).

Non pas, non plus, en tournant le dos radicalement à toute forme de politique.

Mais en se faisant soi même sujet politique actif.

En commençant par décider à titre individuel que nous devons devenir souverain.


Mais en s'organisant, même seulement localement, même en petit nombre, - y compris "en liaison" (mais en indépendance) avec ces "vieux" partis - , mais non pas pour "recréer" un énième parti qui sera au fond calqué sur tous les autres qui existent déjà.

Non.

En s'organisant pour recommencer à créer de l'avenir politique pour le prolétariat, en créant des groupes dont principalement l'objet va être double à savoir réfléchir analyser proposer, dans le but de construire un nouveau projet politique, c'est à dire un nouveau projet de société, et puis, deuxièmement, pour agir en conséquence.

Toute miette de construction politique autonome et de projet de société alternative arrachée à la bourgeoisie et à ses soutiens objectifs est bonne à prendre si elle va dans le sens d'une démocratie réelle.

La politique aujourd'hui c'est avant tout, pour nous, prolétaires, de se rapproprier le droit à la parole et à la proposition sur des tas de sujets qui sortent directement du cadre strict de la lutte de classe en entreprise, mais qui en sont le soutien, le rempart nécessaire.

Ne plus avoir peur de s'inviter aux réunion de partis, d'associations, ne plus avoir peur de prendre la parole devant des soi disant élites, de demander des comptes, de monter sur une caisse dans un parc ou sur une place pour dire tout haut à nos semblables ce que des années de lutte nous ont enseigné.

Ne pas rester dans son coin - même seulement à deux ou trois c'est mieux que tout-e seul-e.

Ne plus s'auto censurer.

Ne pas avoir peur d'écrire et de participer, en se disant qu'on n'écrit pas assez bien français, en se disant qu'on ne connaît pas assez de choses, qu'on n'a pas sa place, pas le droit...

Faire de la politique, pour la classe ouvrière, en luttant contre ce qu'on nous propose aujourd'hui comme seule façon de faire de la politique et qui nous dégoûtre manifestement toutes et tous (60 % d'abstention aux dernières européennes, 40 % d'abstention aux municipales d'Hénin Beaumont...), en luttant contre la propriété privée des moyens de production, en inventant de nouvelles formes de gouvernement par le peuple et pour le peuple, en construisant une nouvelle démocratie, une réelle souveraineté du peuple et notamment de la classe prolétaire, c'est retrouver le chemin de notre dignité et aller vers plus de bonheur.

Quand la classe ouvrière largement entendue refera de la politique, dans ce sens qui lui est propre, pour créer un nouveau projet de société qui réponde à ses intérêts à elle, elle reconstruira progressivement son salut.

D'ici là, elle se condamne à ce que tout ce qu'elle arrache comme victoires d'étapes lui soit implacablement repris, et même plus, par la bourgeoisie.

Le rôle de tout communiste devrait donc être, avant tout, de permettre, par tous moyens, (réformes, organisations de débats publics, soutiens aux révoltes locales...) à ses frères et sœurs prolétaires de s'exprimer, d'obtenir des nouveaux moyens de lutte politique, de faire naître ses idées, de s'organiser, pour que tous les moyens puissent être saisis valablement, et aussi, d'acquérir les connaissances fondamentales aussi qui permettront d'améliorer ainsi le travail entrepris par chacun pour soi en tant que représentant d'une classe...


La bourgeoisie , les propriétaires des capitaux, du Capital, leurs sbirres inféodés, ils doivent nous craindre et nous redouter.

Et pour cela, leur extorquer à la force de plusieurs semaines de grèves, quelques dizaines de milliers d'euros, même si c'est bon car ça évite aux prolos de crever, et que de toute façon c'est un minimum de ce qui nosu est dû, ce n'est plus suffisant car ils intègrent parfaitement ces perspectives dans leurs coûts sans que cela entame de beaucoup leurs profits.

La seule manière de nous faire respecter c'est d'aller faire irruption sur "leur" terrain, ou plutôt celui qu'ils nous ont confisqué, celui de la politique, de la parole publique, c'est de témoigner et de mettre en oeuvre la volonté de devenir SOUVERAINS A LEUR PLACE.

La Louve

http://osemy.blogspot.com

mardi 12 mai 2009

Joffrin ou la proposition du " compromis historique"



chers camarades chers compagnons

C'est clair, l'ère qui s'ouvre à nous pourrait être celle de la mort de la politique (du Politique? ah ça non!).

Pas la peine de se le cacher.

Mais, à notre petit niveau de modestes cloportes, dans les soubresauts de l'agonie, nous avons encore la possibilité d'éviter certaines chausse -trappes et de créer les conditions d'un rebond pour les forces révolutionnaires communistes et socialistes.

Sur la question de la recomposition (fatalement à venir et déjà en cours, du paysage politique "à gauche"), le tout dans la perspective peu ragoutante d'une focalisation électoraliste sur 2012, la première chausse-trappe, énorme, c'est la suggestion récente de Joffrin et qui aurait du appeler cela carrément "le compromis historique".

Dans une tribune ( de commande?) Joffrin (qui de journaliste, devient clairement et de façon assumée, idéologue et "spin doctor" de la nouvelle go-gôche représentant le gérant "soft" capitalisme) suggère que, "pour battre Sarkozy en 2012" (comme si c'était l'objectif ultime à viser en ces temps historiques que nous traversons...), il faut faire une grande coalition (comme dirait Dray "une coalition arc-en-ciel" - on ne se demande pas où il a été cherché cela...) qui regrouperait en gros tous les "opposants à Sarkozy" et donc Bayrou, mais exclurait, naturellement, le PCF (s'il existait encore en 2012 ce qui est rien moins que certain) et le NPA.

Oui, il faut faire le compromis historique dit en somme Joffrin...."la gauche" doit incorporer Bayrou qui serait un "candidat anti-système" (ouuaaarrff).

Bien sur on n'en a rien à foutre de l'opinion de Joffrin ès qualité, on le méprise ce petit monsieur, on épluchera nos patates sur son canard si on en trouve une feuille dans nos toilettes, mais là où c'est intéressant, c'est qu'il dit (un peu trop en avance?), ce que beaucoup vont penser et nous proposer soi disant "à gauche".

C'est d'autant plus crédible (qu'ils seront nombreux à penser à cela), que même la gauche radicale tombe dans le panneau de personnaliser à mort le débat politique et de tout ramener à Sarkozy - et d'ailleurs, ça me fatigue. Ca, il fallait le faire avant (avant mai 2007 et l'élection de Sarkozy - et justement, à ce moment là, la même gauche ne voulait pas le faire!) - bref.

Mais pourtant, Sarkozy, en termes politiques, n'existe pas- ce qui existe, c'est un corps en action qui est mu par une doctrine, une classe, pour un système, avec une stratégie, des tactiques...le "sarkozysme" ça n'existe pas, soyons sérieux!

Le "monstre", ce n'est pas Sarkozy ! LE MONSTRE, il existe, C'est LE CAPITALISME - pourquoi ne pas le dire, merde? - je suis sûre et certaine qu'il y a pire (pour nous) que Sarkozy à droite, et y compris dans l'UMP, même sans aller chercher au FHaine (parti inapproprié, pour l'instant, inadapté aux buts du capitalisme libéral et mondial actuellement dominant, utile seulement comme "boute en train" - ça changera peut être quand le vieux aura laissé sa place à la Marine mais bon...)

La seconde chausse trappe consécutive à cela, c'est évidemment la réaction provoquée immédiatement par cette tribune de Joffrin, dans la "gauche du PS" (de plus en plus atone et minoritaire) représentée, notamment par Hamon, qui , pour faire pièce à cela, nous fait la proposition à peine voilée de la resucée de l'Union de la gauche socialiste...Tous ensemble, tous ensemble, yo!

Bien sur, ils réagissent vivement, au PS, car ils savent que c'est bien ce qui couve sérieusement dans la recomposition politique actuelle: c'est pour ça que Royal s'est fait péter les rotules par ses petits copains à la présidentielle - elle a dévoilé le "pot aux roses" trop tôt, à mauvais escient, pensaient (avec raison) ses détracteurs.

Et en effet il faudra bien 3 ou 4 ans de soi disant "sarkozysme" aux militants et électeurs "de gôôôôche" pour ENFIN devenir "raisonnables" et accepter, avaler, l'idée que "contre le monstre Sarkozy " il faut unir la carpe et le lapin, la soi disant gauche socialiste et le Modem CAPITALISTE, de droite (for ever..).

Petite politique politicienne qui finira bien par punir tout le monde, eux, les politocrates, les partitocrates les premiers, et sèchement encore, mais en attendant , qui nous punit, nous , le peuple-classe. Hélas.

Comme toujours, moi, je pense que notre voie à nous, prolétaires, et à nos alliés, ce n 'est ni celle du "compromis historique" ("Jésus-Marie-Joseph, Dieu nous en garde" - ah ah ah je plaisante), ni celle de l'Union de la gauche (morte et enterrée, cela, par contre c'est vrai) - mais la constitution d'un coeur battant communiste, un rassemblement de la gauche communiste et révolutionnaire, autour d'un projet politique où les réflexions des anarchistes, trop longtemps ignorées, méprisées, ridiculisées, doivent avoir leur place, enfin, comme paroles crédibles, comme interventions politiques valables, comme interlocuteurs sérieux, pour les marxistes du 21ème siècle.

mardi 16 décembre 2008

IL FAUT UNE UNION DES COMMUNISTES AUTOUR D’UN PROJET POLITIQUE

Celles et ceux qui me lisent régulièrement ont du remarquer deux éléments récurrents dans mes tentatives de réflexion : "la démocratie prolétarienne" et "le projet politique".

Plus que jamais (et ce ne sont pas les congrès passés du PS et du PCF qui vont me faire changer d'avis, au contraire), je pense que l'union des communistes, et au-delà de nous, le nécessaire rassemblement anticapitaliste, ne pourront se faire tant que ce projet politique fera défaut, et tant que nous n'aurons pas chassé la nostalgie qui nous empêche d'inventer.

Il y a une grande différence entre vouloir "mettre fin à la 5ème république ", vouloir "redistribuer les revenus du travail", "restaurer le parlementarisme"...c'est à dire proposer, par exemple, une "république sociale" ou une "démocratie progressiste", et proposer un projet politique de démocratie "prolétarienne" ou "du travail".

Il ne suffit pas de dire (ni même de vouloir) que "la démocratie c'est la proportionnelle, c'est le parlementarisme"...

Comme si la question de la démocratie réelle pouvait se régler à coup de mécanismes de contrôle, de "checks and balances" comme on dit chez les anglo-saxons.

Comme si la construction du concept moderne (bourgeois) de démocratie ne posait pas un problème fondamental, insoluble dans des modifications qui sont vouées à rester " à la marge"...comme si cette construction politique ne "cachait" pas "quelque chose" !

Cette nature double, ambiguë, de la constitution politique bourgeoise, Marx, Engels, Trotski, Lénine ,Luxemburg et j'en passe... tous les grands penseurs politiques "marxistes" l'ont vue - ils l'ont même démontrée. Et nous l'avons laissée tomber.

Il ne suffit pas de dire que la lutte contre le "néolibéralisme" ou contre les "dérives de la social démocratie" impliquent (et seront résolus par) une "meilleure redistribution des richesses "et par la "gestion publique des banques" (sic)...par exemple.

Il ne suffit pas, non, car, soit tout cela est très flou (le "redistribuer les richesses", on peut en faire une échelle de 1 à 10 et je pense qu'on peut trouver "à gauche" des tas de gens qui penseront qu'à 1 on a redistribué et qu'à 10 on peut aller plus loin...), soit tout cela est très ancien, absolument pas nouveau et a déjà démontré par la preuve, autrefois, que ce n'étaient pas des solutions à nos problèmes (même si nul doute que c'est mieux que ce que nous vivons aujourd'hui).

Il y a une grande différence, une différence de taille entre ces deux conceptions de "la politique par le peuple pour le peuple", celle qui est actuellement prégnante dans la pensée politique dominante, et celle que nous souhaitons, nous, communistes, construire.

Cette différence, c'est la manière dont on envisage, dont on analyse, la question de la propriété du Capital, la question des rapports de domination et d'exploitation dans le travail, et les réponses que l'on entend y apporter.

C'est la place que l'on souhaite donner ou ne pas donner (ou plutôt que l'on souhaite permettre de laisser prendre) au "monde du travail". Les coups que l'on souhaite porter à la propriété privée des moyens de production.

Il y a une différence de taille donc, c'est l'exigence, le degré d'exigence que l'on se donne la liberté d'avoir, pour nous mêmes, dans nos combats politiques.

Que veut on et jusqu'où le veut on? Est ce que l'on considère que nous menons une lutte pour la libération ou pas? Dans ce cas, quelle est cette liberté que nous, communistes, nous prétendons permettre? Une liberté de pure forme, un égalitarisme de façade, en vogue chez les socio-démocrate est les démocrates chrétiens? Ou enfin, une égalité des chances réelles?

Est-ce qu'on se résout à aller extirper le mal à la racine (le système capitaliste) ou est ce qu'on continu à ne faire que des "pets de bouche"?

Il faudrait que chaque salarié se pose cette question, rien qu'une fois, sans a priori, sans idée préconçue, comme si il pouvait donner la vraie réponse sans s'autocensurer.

Est-ce que je me sens libre?Si oui, pourquoi? Et que me manque-t-il pour que je me sente libre? Que voudrais-je vraiment, au fond?

Ça commence par des questions "bêtes".

Est ce que c'est normal, à 42 ans ,de flipper comme un môme devant un père autoritaire quand on s'adresse à son patron? Est ce que c'est normal d'hésiter à répondre à son patron sur le même ton qu'il emploie avec nous parfois, souvent? Est- ce que c'est normal qu'en plus de la fatigue et de l'occupation quasi permanente que requiert le travail, cette activité qui pourrait être une source de satisfaction, voire de plaisirs, en plus que de richesses, et bien cette activité nous oppresse, nous opprime, voire, nous déprime, parfois jusqu'à la mort?

Est ce qu'on veut l'esclavage, la pauvreté, la peur au ventre? Ou, est ce qu'on veut la liberté? Et jusqu'à quel point on la veut? Qu'est ce qu'on entend par là, "liberté", au fond?

En quoi s'estime-t-on enchainés aujourd'hui, nous, les travailleurs?

J'ai peut être changé de parti, sans doute que je me suis trompé certaines fois, que comme tout le monde, il m'arrive de changer d'avis et tout ça m'arrivera encore - mais sur ce point là, celui de la liberté et de la libération, je n'ai pas bougé d'un iota. (Sans vouloir m'autociter, je rappelle simplement que c'est déjà ce que je disais le 1er avril 2007 à Bercy, ce que je continue à dire, différemment plus en substance, en faisant la jonction entre toutes ces expériences politiques et humaines, et en les nourrissant des pensées de nombreux auteurs qui m'échappaient jusqu'à récemment.)

Juste pour dire que certain-e-s n'ont certes jamais changé de parti, mais ils ont bien plus d'une fois changé d'idées, voire, de combats !

On doit savoir aussi si ces combats "politiques", ce sont des combats qui tournent autour de la représentation, de l'exercice indirect d'un certain pouvoir, des élections, ou si ces combats politiques sont des combats "de terrain", par les exploités eux mêmes, non pas exclusivement "par délégation", dans les bureaux des organes politiques ou des institutions bourgeoises...

On va me dire, et on me l'a assez reproché - mais ce n'est pas grave, je prends ma part, peu me chaut - que je suis décidément enragée contre les "partis de gauche".

Oui.

Ce n'est pas une nouvelle je ne l'ai jamais caché.

"Qui aime bien châtie bien"?

Non, pour être honnête, ce n'est pas cela qui me motive.

C'est la détestation profonde de la flagornerie et du manque de courage.

On ne leur demande quand même pas grand-chose, comme prise de risques à ces "politiciens"...

C'est quand même pas comme les mineurs qui risquaient leurs vies, c'est pas comme les syndicalistes qui risquent leur peau aussi, c'est pas comme les militants antifascistes qui se prennent des coups, voire, se font tuer...

On leur demande de réfléchir, d'analyser, de prendre des décisions ,de faire des choix idéologiques, d'accompagner les luttes, de les favoriser, et de projeter un horizon.

Pour cela, ils sont souvent bien payés, ils ont souvent des tas de collaborateurs très doués et cultivés, ils jouissent d'une immunité particulière, les médias leur sont ouverts (même peu)...

Alors oui, ça finit par me "lasser", me gonfler, m'enrager, cette apathie, ce mensonge permanent, cette course à l'échalotte, ce creux, ce vide, ce néant.

Parce que nous, on remonte nos manches et on les prend les risques (qui me "couvre" qui me "protège" moi, quand j'écris ici ou ailleurs?) !

On leur demande pas de nous amener la révolution sur un plateau, on leur demande pas la vérité comme une fille nue sortie d'un puits, non !

Mais le minimum, faire leur part du travail, n'est pas fait. Bref.

Certain-e-s vont en profiter, comme toujours, pour dire que je suis donc (évidemment) une ennemie de classe, puisque je dis qu'il faut d'abord, inlassablement, dénoncer les Tartuffe des "partis de gauche".

Pourquoi eux autant que la droite (mais sur des bases différentes)?

Parce qu'ils nous représentent, qu'ils disent, mais qu'ils ont prostitué presque tous les idéaux dits "de gauche" dont le premier a toujours été LA LIBERTÉ (et les libertés) du PEUPLE, la LIBÉRATION de celui-ci, et que ces libertés devaient être socialistes puisque la majorité (donc la loi, en "démocratie") de ce PEUPLE, ce sont LES TRAVAILLEURS actifs, passifs non actifs....

Parce qu'ils ont donné aux libertés un contenu sociétal complètement creux, et qu'ils ont juste "oublié" qu'il n'y a pas de liberté à celui qui a le ventre creux, à celle qui est exploitée, et surtout ils ont manifestement "oublié" pourquoi et comment cette exploitation-là est possible et ne se battent plus réellement contre cela.

Parce qu'ils refusent, encore aujourd'hui, et malgré leurs grosses voix, leurs poings serrés, leurs poses de nouveau martiales, ils refusent déjà de mener le combat pour lequel ils se font ou veulent se faire élire pourtant, et payer grassement.

Et que ce combat est d'abord en notre faveur, pour nous, nous le peuple du travail, le peuple des travailleurs, et d'abord, en notre sein, le peuple des usines, des chantiers et des travaux de force, le peuple des ouvriers.

Pas celui d'une "fiction" qu'ils appellent aussi "peuple", sur le mode de définition des universités de droit bourgeoises, et qu'ils ne veulent plus définir (parce qu'ils savent bien que, s'ils le définissent, "ce peuple", ils seront cuits - soit on verra leur mensonge petit-bourgeois, soit ils seront contraints de commencer vraiment à se battre).

J'aimerais savoir, s'ils ont, aujourd'hui, ce qui a toujours fait défaut à "la gauche" face à la "droite", ce que nous avons toujours négligé, reporté à demain, comme si cela devait jaillir d'un "grand soir", c'est à dire un projet politique, une nouvelle conception de la citoyenneté.

L'ont ils? L'envisagent-ils seulement?

Je n'ai encore jamais entendu aucun d'eux à ce jour, même le plus sympathique, proposer, par exemple, que la citoyenneté soit fondée non plus sur la nationalité, (cette notion qui est, particulièrement en France, tellement retorse), mais sur le travail, les services rendus à la collectivité...

Qu'ont ils à opposer, autrement qu'en belles phrases et en blabla vrombissant, comme construction politique, face à la démocratie bourgeoise?

Quelles sont leurs analyses politiques de cette dernière (et non pas des analyses politiciennes, voire, carrément politicardes)?

J'aimerais savoir comment on "redistribue les richesses" dans leur "république sociale" ou "de progrès", si les exploiteurs sont toujours les mêmes, si les exploités sont toujours privés de réalité politique, et qu'on continue de se contenter d'une pâle représentation du monde du travail?

Regardez par exemple l'Assemblée nationale !

Où est le monde du travail salarié, majoritaire? Il est minoritaire, et sa diversité au sein de cette minorité, n'est même pas assurée puisque les fonctionnaires de l'éducation nationale y sont parmi les plus nombreux.

Y a t il à l'Assemblée, des femmes de chez Arena? Des gars de chez Goodyear? Des gens des bureaux? Des postiers? des Gaziers? des chômeurs? des retraités?...Et pourquoi ce ne serait pas possible? Et pourquoi on ne se pencherait pas aussi sur ce problème là? Quitte à multiplier les Assemblées, quitte à les tenir dans les salles des usines?

J'aimerais savoir s'ils comptent vraiment reprendre et poursuivre le travail du Conseil National de la Résistance ,les bribes jetées par la constitution de 1946, seule tentative, à ma connaissance, de CONSTITUTION (c'est à dire de "contrat social") qui ait placé le TRAVAIL et LE TRAVAILLEUR, au centre de sa théorie politique.

Si la réponse est oui, comment , alors?

(Parce que les promesses n'engagent que ceux qui les croient n'est ce pas - la pratique du militantisme rend méfiant aussi).

Vont-ils se colletiner enfin la réflexion, l'analyse, la proposition, urgente, de la démocratie prolétarienne, de ses fondements, de ses moyens, ou s'en tenir à la "démocratie sociale" ou "progressiste" petit-bourgeois (i.e. capitalo-compatible), qui calmera les employés et ravira les cadres, passera la brosse à reluire à une certaine frange des directions syndicales pour leur dire "comme ils sont beaux, comme ils font bien", en clair, pour maintenir la "paix sociale" et donc, au fond, ne pas aller à la nécessaire révolution, éloigner de celle -ci (jusqu'à quand?).

Ils vont refaire le chemin du PS ou pas?

Je ne ferai pas de procès d'intention.

Mais je dis tout de suite que j'en ai d'emblée ras le bol d'entendre les mêmes conneries que celles qu'on a entendues en 1981 (aujourd'hui on sait que c'étaient des conneries et on sait bien pourquoi, j'espère ,donc on doit le dire) ; j'en ai plein le dos de ces politiques professionnels qui pensent qu'ils savent mieux que moi ce qui est bon POUR MOI !

Qui me contraignent (oui, il y a une contrainte morale, due à une acculturation, qui pèse sur "le militant de gauche") à adhérer à leurs partis pour seulement vaguement "écouter ma voix" (surtout pour me la prendre).

J'en ai ras le bol de monnayer un vague soutien à mes luttes sociales, en tant que travailleuse, par des "voix" sonnantes et trébuchantes, par des "cartes d'adhésion" etc...

Ça c'est un système qui marche sur la tête - où la minorité dirige la majorité, où les mandataires dirigent les mandants...(On va me dire "oui mais là tu es toujours dans le pouvoir, la domination, or, 'le pouvoir est maudit' - je ne dis pas que c'est faux, on doit en discuter....)

On dirait que toute la gauche, même la plus anticommuniste , est totalement pourrie ,en fait , par les conceptions staliniennes de la politique : "si tu n'es pas du parti, tu n'es pas de gauche. Si tu es un prolétaire qui ne vote pas à gauche, tu es un ennemi de classe", et toutes ces conneries.

Bien sûr il y a "des ennemis de classe" , des vrais, "à gauche" ! J'en ai même rencontré au PCF. Oui.

Mais toutes nos contradictions ne peuvent pas tenir dans ces fausses rhétoriques, toute notre dialectique ne peut pas tenir dans des anathèmes !

Seulement voilà, pour éviter l'anathème, il faut une analyse, une prospective, une construction systémique, il faut pouvoir être suffisamment armé idéologiquement pour ne pas redouter la confrontation et prendre part au débat.

Il n'est pas fini le temps où, si tu n'es pas au parti, tu es un ennemi (politique, de classe...) Et ça, au fond, ce n'est pas qu'au PCF, contrairement à ce qu'on dit.

Parce que "la gauche " est rigoureusement incapable de définir son sujet politique (et c'est pour ça qu'elle ne peut se définir elle même "sérieusement") - elle ne veut pas le nommer, ce sujet, parce qu'elle n'est plus révolutionnaire (entendez : elle ne veut absolument plus l'être).

Or que "la gauche" le veuille ou pas, il y aura toujours une aspiration révolutionnaire profonde dans le peuple du travail, quel que soit le sol sur le quel ils se fait exploiter.

Ici en France ou en Inde, ou en Chine.En Grèce. En Italie.

Elle se manifestera, au besoin contre elle, selon les époques, les circonstances historiques, avec plus ou moins de force, de désir, d'impérieuse nécessité, mais ce sentiment révolutionnaire est au cœur de l'homme exploité.

Cette révolution, c'est celle que fait le bébé quand il marche sans ses parents ; c'est celle que fait l'enfant quand il apprend à lire ; c'est celle que fait l'adolescent quand il fume sa première cigarette ou qu'il connaît ses premiers émois sexuels. C'est aussi celle que fait l'employé qui adhère un jour à un syndicat. Ou la femme battue qui porte plainte.

Cette révolution, c'est celle que pousse à accomplir le désir d'indépendance, le besoin de liberté, la soif de justice et le plaisir de l'évolution, du dépassement, et parfois la nécessité de sa propre préservation ce que j'appelle "instinct de vie".

Il faut savoir donc, si ces "courants" ou "partis" nouveaux ou soi-disant nouveaux, se donnent comme objectif de combattre, aux côtés des travailleurs, ce système qui nous opprime, qui nous névrose, qui nous tient en état infantile, qui nous étouffe, (je veux parler du système capitaliste bien sûr), qui permet à une minorité d'exploiter et de soumettre (à des degrés d'horreur parfois inconcevables) , la très grande majorité d'entre nous ,et de leur voler, en plus les miettes du bénéfice de cette exploitation.

Et quand je dis cela, je mesure la portée de mon propos - je ne parle pas de faire de la figuration, plus ou moins bien, plus ou moins efficacement pour certain-e-s, dans les manifestations ou aux portes des usines non (c'est mieux que rien mais ça ne change pas un système) - non, je parle de faire de vraies propositions politiques pour que les travailleurs puissent s'émanciper eux mêmes.

C'est à dire que je demande si ces "partis de gauche " ont vraiment en tête ce mot magnifique :

"l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes".

Je complète "Oui, mais A CONDITION que les représentants des travailleurs, les forces politiques qui se sont construites grâce et pour les travailleurs, cessent d'être les premiers obstacles à cette libération véritable".

Voilà la raison de mon courroux, de ma colère quasi permanente, contre les "partis de gauche", et particulièrement en ce moment : pour des tas de raison, ce sont des freins à la libération des travailleurs et ils nous contraignent à devoir nous battre contre des organisations que NOUS (les prolétaires) avons créées, qui NOUS appartiennent, autant que contre celles des patrons -(comme si c'était déjà pas assez difficile).

Alors, c'est extrêmement pénible, mais il faut le faire.

La seule manière de le faire est sans doute de s'organiser sans plus rejoindre aucune force qui ne mette pas notre souveraineté et notre liberté en son cœur (en commençant par se l'appliquer à soi même, qu'on soit adhérent ou pas) et qui ne tiendrait pas un discours sans ambiguïté sur le capitalisme (et non le "néo libéralisme" ou que sais je), le capital, l'exploitation, la propriété privée des moyens de production, la démocratie et la citoyenneté prolétariennes.

De mon point de vue, pour des tas de raisons expliquées souvent ailleurs, ou dans d'autres textes, j'ai dit depuis longtemps que je pensais que par NATURE "la gauche" ne pouvait absolument pas répondre aux exigences politiques qui sont celles des travailleurs socialistes au sens large ( i.e. y compris communistes, anarchistes, anarco-communistes, anarco-syndicalistes) et qu'elle ne peut pas, par essence, susciter ces mêmes besoins dans la majorité des travailleurs.

Je ne pense pas me tromper, et je prends les paris du devenir de tout ce qui sera fondé dans par et sur "la gauche" comme énième échec politique annoncé, à moyen terme, pour les travailleurs.

Peut être qu'à court terme, nous en tirerons quelques bénéfices ( mais ce n'est pas sûr du tout - regardons l'Allemagne - qu'est "Die Linke" par exemple? Et que change vraiment sa présence et sa soi disant "force" face à la crise? Ils n'ont même pas été foutus de se mettre d'accord sur un programme au dernier congrès, alors sur un projet politique, vous pensez bien...).

Incidemment donc, et uniquement sur ce "court terme", par contre, j'observe qu'en Grèce, ces derniers jours, la présence affirmée et combattive des différentes forces anticapitalistes et contestataires grecques, même minoritaires, aide les manifestations populaires, et sait accompagner (à de rares exceptions passéistes) les mouvements dits sociaux et sociétaux.

J'observe qu'en Italie où, n'en déplaise à mes amis staliniens, il y a de nouveau un parti des communistes qui s'appelle "Rifondazione COMUNISTA", il y a un très fort noyau de contestation et de révolte, qui manifeste, qui se rassemble, qui se bat contre Berlusconi etc... "bizarrement" depuis que les militants ont élu quelqu'un qui disait "comunismo" plutôt que "sinistra", "rosso" plutôt que "arcobaleno"... et oui c'est étrange....

J'espère que Ferrero ne "trahira" pas, ou peu, ou le moins possible - mais ... on doit toujours le redouter et être vigilant y compris avec les camarades qui nous inspirent confiance et respect ; on peut craindre, notamment que toute démarche de "parti institutionnel classique" (sur lequel RC est encore construit) soit vouée à l'échec dans le système de la démocratie bourgeoise, s'il n'est pas fondé sur un projet politique alternatif.

Mais je sais qu'il y a des camarades dans ce parti qui, de par leurs expériences différentes du passé, n'ont pas complètement perdu de vue la "democrazia proletaria" et le "potere operaio".

Peut être que, dans les années 70, toutes ces constructions étaient hasardeuses, gauchisantes... sans doute. Mais elles ont le mérite d'avoir existé et de ne pas être mortes.

Avec le temps, avec le développement d'une forme de philosophie politique marxiste, et avec la confrontation à la réalité gouvernementale par les hommes, je pense aussi que toutes ces graines n'ont pas pourri et sont encore vivantes,et meilleures, dans les poings de ces camarades.

Alors voilà, et ce sera ma conclusion, à ce jour, pour l'instant, il n'y a pas un projet politique à long terme, qui nous évite de faire toujours la même erreur : voter pour la droite, qui amènera la gauche, qui ramènera la droite, etc....

Alors, ce projet politique alternatif, pour la démocratie prolétarienne, il faut le construire.
Le construire nous même.

Nul besoin d'être diplômé ou savant - mais on peut l'être aussi.

Il suffit de commencer par dire ce que nous , travailleurs, amis des travailleurs, nous voulons. Il faut avoir le courage de dire ce que nous voulons, le courage d'aller au bout des analyses et des raisonnements, d'en tirer les conclusions, d'arrêter de se coucher à mi-chemin.

On ne repart pas de zéro non plus, nous avons deux filiations théoriques que j'ai rappelées plus haut.

Et ensuite, il faut l'imposer, y compris l'imposer aux soi-disant "forces de gauches", par tous les moyens, et dire à tous ces partis : c'est nous qui sommes souverains, pliez vous ou battez vous.

Et puis l'imposer, l'arracher, par tous moyens, aux forces de droite et derrière elles, aux capitalistes - Autre paire de manche....Mais à cœur vaillant, rien d'impossible.

Voilà mes camarades,

Salutations de combat