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dimanche 14 avril 2013

Oui le combat contre l’Etat-policier et le droit de punir doit devenir un combat des organisations ouvrières

Je suis une avocate engagée, à maints égards, et je ne l’ai jamais caché.

J’ai décidé de revenir ce soir ici sur la contribution que les organisations ouvrières "de classe" pourraient apporter à la lutte contre le "droit de punir" et contre l’État policier (je dis "pourraient" à dessein parce que justement, cette contribution est, hélas, inexistante, quand l’inexistence n’est pas carrément soutien à cet État-policier).

Et je reviens donc à plusieurs conversations que j’ai, régulièrement, depuis des années, avec tel ou tel camarade, ami, client... forte d’une expérience pénale (voire, pénitentiaire) qui s’accroit (hélas), par la force des choses, avec les années.

Je sais que beaucoup de camarades syndiqués ont des haut-le-cœur a l’idée d’être "assimilés" (selon eux) à des violeurs ou à des assassins (et encore, je dis cela pour ce qui me concerne, avec des pincettes car finalement, et même en centrale pénitentiaire, peu d’êtres humains méritent réellement d’être définis ainsi).
Que l’idée qu’on puisse les mettre "sur le même plan" que des "coupeurs de gorge" ou des "détrousseurs de grands-mères" les révulse. Et je le comprends bien, d’une certaine manière.

Personne ne veut cela, dans la mesure où, comme l’avait si bien analysé Foucault, l’on reste dans le fantasme, dans le mythe (qui comme tous les mythes, sert de justification au pouvoir et en l’espèce, à la punition), dans le mythe qu’un être humain pourrait n’être défini qu’ainsi, et qu’il est réductible à son crime ou à son délit (évidemment, ce n’est pas par hasard que j’emploie ces termes de mythe ou de fantasme....).
Je le comprends donc, d’une certaine manière.

Et en même temps, je ne le comprends pas du tout au sens où, par discipline d’hygiène mentale contre l’État-policier, je refuse de vouloir ne serait-ce qu’envisager de le comprendre. Je ne le comprends pas en tant que militante, je ne le comprends pas en tant qu’avocate, et je ne le comprends pas en tant que mère , sœur, épouse, fille...ou même, en tant que prévenue potentielle (une vie, ça déraille très vite, et il y a des cas de confrères passés, par la force d’une jalousie maladive par exemple, de l’autre côté, dans le box des accusés).

Il est évident pour moi que le prélèvement et le fichage d’ADN ne doivent être appliqués à PERSONNE. Je dis bien personne. Ni même , et je pèse mes mots, au dernier salaud de pédophile dont l’abjection des actes commis n’inspire aucune idée de compassion ou de pardon pour lui, voire même, vous fait (à votre grande honte) trouver regrettable qu’en 1981, finalement...

De même, il faudrait savoir, avoir une idée dans le réel, même de l’extérieur, ce qu’est vraiment une prison dans ce pays pour avoir ne serait-ce que le droit d’en parler (alors, d’y envoyer d’autres êtres humains, je ne vous dis pas...) .

Oh, une idée, pas ce que Valeurs Actuelles ou Le Figaro en disent, non (je fais référence ici à la "prison-Club Med" ou "colonie de vacances 5 étoiles" que je n’ai jamais croisée). Mais avoir vu de ses yeux, la noirceur, la grisaille, les hauts murs, connaître l’emploi du temps contraint, toutes les petites et grandes humiliations, la double, la triple exploitation du cantinage, du travail en prison... avoir entendu raconter par vos clients, primo délinquants, apeurés, affolés, leurs premières nuits en maison d’arrêt glacés d’effroi sur leur galetas, les hurlements des petits jeunes, sodomisés par des co-détenus plus âgés, la violence, l’éducation criminogène que donne "l’école carcérale"...et j’en passe.

Alors oui ces militants, ces camarades sont outrés que la justice les assimile (fréquemment), par les peines, par le traitement, à ces "délinquants" et ils redoutent (et je les comprends bien) que leur soit appliqué à eux AUSSI le traitement qui est le lot des "droits communs" , de tous temps.

Et pourquoi non ?

Bien-sûr que pour la justice ( a fortiori celle du Capital), il est logique qu’un délinquant soit puni de la même manière, qu’il soit syndicaliste ou pas, en action militante ou pas, que le petit gars qui passe avant ou après, pour un vol de mobylette, un outrage à agent ... !

Bien-sûr que l’une des armes de la bourgeoisie, quand la situation se tend, c’est surtout d’abord de nier absolument toute possibilité de statut même vaguement "politique" ! Et donc, évidemment , compte tenu de tout cela, qu’au lieu de s’offusquer de ne pas avoir été traité différemment parce que syndicaliste, il faut s’élever contre ce système pénal, carcéral ... TOUT COURT !

Contre contre la prison et même contre le droit de punir. Et il faut le faire POUR TOUT LE MONDE !
C’est la raison pour laquelle j’ai trouvé profondément haïssable et réactionnaire le film de Guédiguian "Les neiges du Kilimandjaro." Qui "rachète" un des co-prévenus parce que syndicaliste, alors que l’autre "n’est qu’un voyou" (traduisez : qui ne mérite que d’aller au trou).

Mais comment peut-on ensuite défendre, au pénal, des syndicalistes (que les patrons et les forces de l’ordre ne se privent pas de poursuivre ou de faire poursuivre) si on n’a pas d’abord défendu des prolétaires dans leur ensemble, qu’ils soient ou non des travailleurs actifs, qu’ils fassent profession de soudeurs ou profession de voyou, qu’ils soient sains d’esprit ou détraqués... ?

Comment peut-on défendre des syndicalistes, si on n’a pas d’abord bataillé contre ces mesures que je juge indignes, bataillé pour que prélèvement ADN et autres saloperies soient purement et simplement éradiquées pour tout le monde ?

On fourbit, souvent innocemment et avec la meilleure volonté du monde, les armes de la réaction, en pensant très sérieusement qu’il y a "les autres" (les fous, les délinquants, les clodos...) et "nous" .

En se pensant bien à l’abri, parce qu’on est salarié, métro-boulot-dodo, voire syndicaliste, (d’accord, mais bon, on est "quelqu’un de bien", avec sa petite auto, avec son petit pavillon à crédit, avec sa femme et ses deux enfants, et avec son patron qui vous exploite, sans casier judiciaire, s’il vous plaît), et on peut même trouver que ce serait pas si anormal, finalement, de pendre deux ou trois pédophiles, d’incarcérer deux ou trois sauvageons, que 15 ans pour une voiture brûlée, c’est pas assez, et que bien-sûr, il faut embaucher plus de policiers, mettre plus de caméras et construire plus de prisons...

Et un jour, patatras.

Son fils, sa fille, soi-même... pour le pouvoir d’État, pour le terrible pouvoir de punir, qui n’est finalement que bourgeoisie, on passe de "l’autre côté du miroir".

Et là, on trépigne de colère, on dit que "ce n’est pas juste", que c’est "scandaleux", finalement, d’être traité comme TOUS les "prolétaires lambdas" le sont devant la Justice, et on pleure à chaudes larmes en se désolant de n’avoir pas de statut d’exception...

Mais le statut d’exception, la reconnaissance de sa nature politique, c’est une vieille revendication (on pourrait dire à ce niveau, une lubie car il est évident que plu jamais le pouvoir en place ne fera ce type de concession....) et on ne l’aura jamais ! Bobby Sands et ses camarades en sont morts.

Et là, c’est trop tard... car le couperet de la guillotine, ou la porte de la maison d’arrêt, que par des prises de position réactionnaires, par un soutien politique à des partis qui faisaient la promotion d’idées réactionnaires (ou simplement, qui ne luttaient pas contre elles, voire, pis, qui contribuaient à creuser ce fossé imaginaire entre" soi" et les "autres", qui donc, contribuaient à diviser le prolétariat sur les bases de la morale bourgeoise)... on a contribué à affûter, ou à graisser, glisse sur votre cou, se referme sur vos pas, ou sur ceux de votre fils...

Pensez à tout cela, à chaque fois que, de manière pulsionnelle (bien compréhensible), devant votre télé ou votre radio, en entendant tel ou tel fait-divers abominable, en songeant au calvaire de la victime (le calvaire de la victime est toujours réel et n’est jamais méprisable je le dis sans aucune ironie), du genre de fait-divers qui vous coupe l’appétit entre le dessert et la poire, pensez-y quand votre première réaction épidermique est de penser "deux balles dans la tête" ou "40 ans de prison"...

Car voyez-vous, contrairement à une autre mythologie, il n’y a pas que des crimes de sang des violeurs ou des pédophiles dans le champ pénal. Ce sont même d’ailleurs statistiquement les moins nombreux, c’est un fait (la "palme" revenant en réalité aux coups et violences volontaires et aux atteintes aux biens (voir l’Infostat "20 ans de condamnations pour crimes et délits " paru en 2011 ici -> http://www.justice.gouv.fr/art_pix/... ) - l’agitation des assassins et des violeurs n’étant qu’une énième justification à votre consentement au pouvoir de punir de l’Etat....

Pensez à tout cela. Dites vous que personne, même pas un syndicaliste (sûrement pas un syndicaliste, d’ailleurs) n’est à l’abri. Qu’il ait ou qu’il n’ait pas "fait quelque chose de mal". Et que la seule solution, ce n’est que le combat unitaire et unifiant contre le droit et le pouvoir qu’a l’Etat de punir et de punir aussi férocement...

vendredi 12 octobre 2012

CAMARADES COMMUNISTES, GUERRE A "LA GAUCHE"!






J'ai écrit ce post en réponse à un texte de P Mignard intitulé " POURQUOI UNE « VRAIE POLITIQUE DE GAUCHE » EST IMPOSSIBLE ?"
 Et tout en sachant pertinemment que Mignard n'est ni communiste ni marxiste (j'oserai ajouter qu'il est même antimarxiste sinon carrément anticommuniste) mais plutôt anarco-décroissant......
Vous trouverez son texte sur son site. Voici ma réponse pour l'heure.
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"D’abord, un bémol sur ce premier passage du texte.
Quand Patrick Mignard (PM ci après) rapporte ce qu’il dit être , en somme, la "pensée faillie" :
Le modèle standard du changement de système était fondé depuis le 19e siècle sur la croyance que le capitalisme se développant et exploitant la classe ouvrière, celle-ci l’abattrait – et en priorité dans les pays développés. Rien de cela ne s’est produit !
Non. Marx et Engels n’ont pas dit cela. Ce sont les socio-démocrates (y compris staliniens) qui ont travesti Marx et Engels pour lui faire dire cela.
Ce qu’expose Le Manifeste (puis que la référence sous jacente est là) est bien plus subtil et n’a finalement aucun rapport avec ce que dit PM. J’invite à la relire et nous en reparlerons.

D’autre part, dire que même cette interprétation aurait failli c’est circonscrire le monde (et l’avancée révolutionnaire) à l’Europe et aux USA et c’est une abominable erreur.
Voilà d’abord sur ce point.

Sur "la gauche" ?

Des années que je le dis même et je ne compte plus mes textes sur le thème "Camarades communistes, guerre à la gauche".

Même avec des "guillemets" des fleurs et tout ce qu’on voudra, "la gauche" est une escroquerie intellectuelle sans nom, dont l’usage devrait être interdit à ceux qui se réclament du communisme (les autres font ce qu’ils veulent).

"La gauche" est un fourre tout pour permettre de masquer ce qui n’est jamais qu’une collaboration de classe qui ne veut pas dire son nom et qui passe par l’union (pour diverses raisons) de certaines orgas se réclamant du communisme genre PCF avec des orgas réformistes et contre- révolutionnaires social-dém type SFIO ou PS.

Sur les "raisons" de cette collaboration de classe il y a bcp à dire et à développer et je n e partage pas les propos de Pm qui de mon point de vue prend les conséquences pour les causes.

Parmi ces raisons qui ont poussé à cette re-fondation de "la gauche" moderne, je dirais, après 1871 et sans aucun doute au niveau européen après l'assassinat de Liebknecht et de Luxemburg (et pour cause...) à une refondation de cette manière, la bureaucratisation (explicable) et l’embourgeoisement rapide, de la SFIC devenue PCF (pour ne parler que de la France mais le même arbre donnant les mêmes fruits on peut le constater partout en Europe). Evidemment oui la présence de l’URSS qui rapidement, oublie sa tâche et même avec Lénine devient un empire en puissance (ce que dénonçait Luxemburg et dans des termes encore plus clairs Rühle en 39 - toute cette réflexion qui sera travestie par l’aile gauche des communistes allemands et contre qui Lénine écrira son fameux "gauchisme..."). Le développement du Kapitalisme. L’arrêt, rapide, du développement de l’internationalisme etc.
Des tas de raisons objectives, donc. Liées au développement des forces productives, à la division du travail dans le monde, à la décérébration des classes populaires et moyennes occidentales via la société de consommation, à l’embourgeoisement et à la bureaucratisation des anciens révolutionnaires des PC etc.. tout ceci en réalité résumé par une phrase : la lutte de classe qui traverse de tout temps les organes de la classe ouvrière au sens large (ie du prolétariat).

Que certains (dont des très intelligents et par voie de conséquence, souvent "les meilleurs d’entre nous") aient pu théoriser des "contenant" à cette mascarade qu’est la "gauche" (contenant au demeurant très vastes et qui sont très loin de se résumer à ce que PM désigne comme tradition" - la preuve une fois qu’il a dit cela il est immédiatement obligé de préciser que finalement il y a autant d’acceptions que de gauchistes ;))..
Là où je rejoins PM, c’est dans sa critique de la "gauche radicale".
Radical ou pas, quiconque se définit comme "de gauche" aujourd’hui commet au mieux un contre sens s’il est de bonne foi (et essaie de ranimer un cadavre) et au pire une ignoble tromperie contre le camp qu’il prétend défendre s’il n’ignore pas l’état réel des choses.
A ce titre, il me semble également évident que la récente montée en puissance d’un Front "de gauche" est de ce point de vue une des plus belles entreprises contre -révolutionnaires et anticommuniste qui ait existé depuis 1978.

Bref. Pour les communistes où qu’ils soient (et assumons une fois pour toutes la relative polysémie, sur les marges, de ce terme de "communiste"), pas la peine de se voiler la face, le terme de "gauche" ne désigne qu’une étape où les déjà ex-révolutionnaires ou, plus exactement héritiers embourgeoisés de révolutionnaires, trament et fabriquent des alliances avec différentes forces politiques de la bourgeoisie qui ont plus ou moins une assise ouvrière.
Donc contrairement à ce que dit notre ami (je vais plaisanter un peu et prendre son propos avec un peu d’ironie même si j’ai bien compris ce qu’il a dit), une "vraie politique de gauche" est tout à fait possible, elle est d’ailleurs en train d’être une nouvelle fois commise : c’est une politique qui consiste à se réfugier derrière de prétendues valeurs ou des organisations dont on refuse de faire voler en éclat le masque, pour mieux servir le capital tout en donnant l’impression (de plus en plus vague) qu’on se préoccupe de ce que l’on appelait autrefois "la classe ouvrière".

"La gauche" c’est un consensus mou qui masque le retour des forces réactionnaires qui manipulent "la classe ouvrière" afin de préserver le Kapital.
Il n’appartient qu’aux exploités d’y mettre un terme et d’ouvrir les yeux. Pour cela le rôle des militants communistes est d’une grande importance.
Il est donc exclu de trouver de vrais révolutionnaires , des communistes, se définissant comme "de gauche". Ils savent qu’ils ne sont ni de droite ni de gauche ils sont communistes, et ils n’ont pas honte de le dire et de s’en revendiquer , "ils ne se cachent point" comme disaient Marx et Engels, point barre.

"Droite/gauche" (droiche/gaute?), tout ça au final c’est la même volaille ,qui ne finit par servir que l es forces fascistes (sur ce point aussi je rejoins PM, mais qui ne partage pas cet avis?).

Pour lutter contre la misère et en même temps lutter contre le fascisme, il faut lutter contre le capitalisme et (en plus d’accepter le côté "révolutionnariste") cela réclame d’abord et avant tout la plus grande clarté sur les concepts et les mots employés.
C’est une des grandes découvertes de Lénine et cela apparaît clairement dans son entreprise de démollition du parti social démocrate à l’époque.
C’est ce qu’a poursuivi Poulantzas dans nombre de ses ouvrages sur l’Etat

D’autre part , un communiste est forcément révolutionnaire donc, en ce sens qu’il ne peut qu’accepter une évidence : le changement se fera obligatoirement par la révolution. Celui ou celle qui veut assumer a part de construction du communisme le sait et assume aussi cette perspective. Il n’y aura pas de changement par les urnes, il n’y aura pas d’évolution en douceur.

L’évolution demandera inévitablement une révolution. Parce qu’on n’a jamais vu un possédant se déposséder de lui-même pour ceux qui ne possèdent rien et sont presque d’ailleurs eux-mêmes possédés !
Si certains veulent bien, par intérêt ou par charité, à certaine époque, balancer quelques miettes, cela s’arrête là.

Alors, faut-il comme dit PM une stratégie ? Une tactique ? Oui, mais elles n’ont pas besoin d’être très élaborées.
A force de vouloir faire "trop intelligent" , trop" visionnaire" on finit surtout par ne plus agir, on finit par devenir "chiasseux" et le temps passe et tout est toujours là.
Et la bourgeoisie gagne encore.

Il faudra détruire. Ne pas se laisser arrêter par les bonnes âmes qui disent "oui mais pour mettre quoi à la place ? On ne va pas détruire si on n’a pas un programme bien fait pour après ! on fait d’abord un bon programme et ensuite on verra..."
 Évidemment ,ainsi ,c’est tentant, mais ça ne fonctionne pas.

De même d’ailleurs que "la révolution" ne sera pas une fin en soi, de même qu’elle ne peut pas être programmée, qu’on ne peut pas non plus en faire un programme. Que tout ce que nous pouvons faire, c’est de "baliser" la révolte, c’est de se tenir prêts, de faire en sorte que nous soyons de plus en plus nombreux le moment venu à dire "en avant" et pas "stop, arrêtez tout"...

Et donc il ne s’agit pas non plus d’aller plus vite que la musique et les démiurges qui prétendent pouvoir créer ex nihilo une révolution sont également dans le faux.
Non ça ne marchera pas comme ça...

Mais d’ici là notre travail, toujours, c’est de déminer le terrain des contre révolutionnaires Que ceux ci soient fascistes, ou social-démocrates y compris prétendument radicaux.

Aussi, camarades communistes ( je sais bien que PM ne l’est pas et ne s’en est d’ailleurs jamais revendiqué) quoi que vous pensiez être (trotskistes, libertaires, autonomes...) faites la clarté toujours, partout, à chaque occasion : prolétaires/bourgeoisie, capital/travail, exploités/exploiteurs etc...
Mettez définitivement au panier ces termes de "droite et gauche", exprimez vous en utilisant des termes qui sont construits par et pour la lutte de classe qui se mène et démasquez les tartuffes.

Laissez les circonvolutions cérébrales sur "la droite et la gauche " ou "la révolution par les urnes" etc à ceux qui essaient de vous faire g ober qu’on peut nourrir un pitbull de chamallows. Ceux là vous emmèneront au désastre en refusant de vous armer en refusant de tirer les conséquences de leurs paroles, ceux là seront des Allende et avec eux cela se terminera comme avec le peuple chilien.

Dans la lutte contre le capitalisme, in fine, il n’y a pas de demi-mesure, surtout dans une telle période de crise du capital : soit on est contre soit on est pour - c’est un choix ensuite il faut l’assumer.
Si on est contre, il faut savoir dans quoi on se jette. Pour déjà, se réunir, se rapprocher de toutes celles et tous ceux qui de près ou de loin, même avec telle nuance, se réclament ouvertement du communisme,avec toutes ces nuances , mais donc en assumant "la révolution"...

Et jeter définitivement aux orties le verbiage politicien bourgeois.
La Louve

jeudi 20 septembre 2012

Religions, divisions, diversions (pièges à ...)...exploitation.... RÉVOLUTION !

Religions, divisions, diversions (pièges à ...)...EXPLOITATION.... RÉVOLUTION !

Il se passe (à mon avis, mais je peux me tromper) des choses autrement plus importantes (malgré les apparences) ailleurs, plus importantes parce que fondamentales (c’est à dire à la base, à la racine) sur d’autres thèmes, pour l’avenir.

La guerre, aux portes du monde. Et l’abattage capitaliste, de masse.

Bientôt on se prendra la tête pour savoir si on fait des files de chômeurs musulmans, athées, bouddhistes, juifs.... devant Pôle Emploi.

Si on continue, on se tapera même sur la gueule pour ça,au lieu d’aller chercher les responsables de ce merdier dans leur bureau et d’arrêter ce massacre des licenciements et du chômage.

Belle réussite que ces opérations de diversion / division, en tout cas !

Ceux d’entre nous qui ne se seront pas entretués pour des questions de barbe, de voile, de jeune, d’image...auront encore une chance de se faire exterminer par les firmes comme Monsanto, à moins qu’on finisse par avoir directement la guerre ("propre" ou pas) ici même...

Est-ce que les vers de charogne sont athées ? Mangent-ils cacher ? Mangent-ils hallal, sur le cadavre du énième travailleur qui se sera tiré une balle dans la tête après avoir reçu sa lettre de licenciement ? "Only God knows...."

Je le dis fraternellement ici : camarades, recentrons nous sur l’essentiel !

Les imams et les rabbins.... si je les retrouve dans les manifs pour PSA Aulnay ce midi ça ne me dérange pas le moins du monde de les entendre scander "Tous ensemble, contre les actionnaires" ! Ni Luz et Charb d’ailleurs ! (Mais là, ok, faut pas rêver...)

J’ai même une banderole pour eux : "LES RÉACTIONNAIRES CONTRE LES ACTIONNAIRES" :-D
Allez camarades, on arrête les bêtises. Toutes les bêtises. Le feu est à la maison.

La pauvreté et la misère et leur cortège de monstruosités vont s’abattre encore plus sur ce pays, pas à cause de la religion, pas à cause du TSCG ni de la couleur du slip de François Hollande.... NON, à cause de la bourgeoisie, des capitalistes, des actionnaires, et surtout, A CAUSE DE NOUS , A CAUSE DE NOTRE INACTION, A CAUSE DE NOS DIVISIONS sur des sujets subalternes et accessoires (en tout cas A CE JOUR, POUR L’INSTANT).

Posons les vraies questions.

Par exemple : Céder 75% de GEFCO au russe RZD pour 800 M € va-t-il servir à réduire plan social chez PSA ou cela ira-t-il une fois de plus, uniquement dans la poche des actionnaires ?

Et pour finir je forme un vœu (pieu ? ;))

Si seulement la guerre des classes suscitait autant de passions et de vocations que les guerres de religion !

De cette période tourmentée et sombre pourra éclore le meilleur comme le pire.Je l’avais dit déjà, c’est la nuit, la nuit où tous les chats sont gris... Oui. Mais pour que le meilleur ait une chance d’arriver, il faudrait que l’avant-garde que nous sommes (qu’on le veuille ou pas) arrête d’enculer les mouches électoralistes et divisionnistes et fasse un peu plus son boulot d’éclaireur.

Enfin ... "je dis ça, je dis rien".



Vive la grève, vive la manifestation, vive la révolution et vive le communisme.

lundi 9 avril 2012

L'avocat de la défense est-il un complotiste?

Selon certains beaux esprits (souvent pas les plus cultivés ni les mieux documentés mais jouissant d'un ministère moral dans cette société qui confine parfois à l'illégitimité ), remettre en question les "versions officielles" du 11 septembre, de l'affaire Tarnac, ou plus près de nous, de l'affaire Mérah...serait faire preuve de "complotisme" ou de "conspirationnisme".

Ces personnes  prennent probablement Naomie Klein (ou Noam Chomski, ou Michael Moore... à supposer qu'ils les aient lus) pour une grande malade, j'imagine.

En règle générale, ces personnes appuient leur jugement (qui est un jugement destiné exclusivement à disqualifier complètement l'interlocuteur à qui il s'adresse, donc, le niveau zéro de la rhétorique),  sur le seul argument que des actions mauvaises, cachées, manipulatoires, attentant à la vie de telle ou telle catégorie de "sa" population...serait une chose que "l’État français" ou "le gouvernement américain" (dont tout le monde connaît l'immense droiture morale, la probité, et la charité chrétienne qu'ils mettent en œuvre quotidiennement de par le monde) ne pourraient pas faire.

L’État américain ne pourrait pas, par exemple, tuer des petits enfants américains sur son sol. Non.

Il peut tuer des petits enfants chiliens au Chili. Il peut tuer des petits enfants irakiens en Irak. Il peut tuer des petits enfants vietnamiens au Vietnam... mais il ne peut pas tuer des petits enfants américains aux USA.

Voilà la croyance, une croyance faite de patriotisme mâtinée de moralisme bancal, une croyance qui traite l’Etat comme un corps unique, comme un être humain parfaitement coordonné, une croyance donc, pour le moins sujette à caution, tout à fait critiquable, comme toute croyance, sur laquelle repose exclusivement l'accusation de "complotisme".

Au "tout est possible" (qui n'est pas forcément juste, mais qui est après tout une position intellectuelle aussi respectable que d'autres) répond strictement le "tout est impossible".

Ayant eu encore très récemment une dispute extrêmement forte avec un journaliste de mon entourage sur l'affaire Merah et m'étant fait traiter à la sixième minute, montre en main, de "complotiste" quand j'évoquais la possibilité que Mérah ne soit pas le coupable qu'on fit de lui (sans que pour autant je fasse de Mérah une blanche colombe totalement innocente et pure - mais si la présomption d'innocence ne devait s'appliquer qu'à des saints ou à des innocents, elle ne s'appliquerait pas à grand'monde et perdrait beaucoup de son utilité), je me posai le soir même cette question:  Zola aurait-il pu aujourd'hui publier "J'accuse"  sans se faire publiquement disqualifier par les "autorités autorisées à penser" (et surtout , autorisées à censurer la pensée de ceux qui n’appartiennent pas à leur corporation), de "complotiste" ?

« Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l'innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu'il n'a pas commis. »

En effet, quelle meilleure preuve d'un horrible "complotisme" que cette sentence!

Un innocent au bagne pour un crime qu'il n'a pas commis? Comment diable cela serait-il possible...

Mais Zola va plus loin.

Cela lui vaudra d'être poursuivi à son tour sur le fondement de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, (puisque la diffamation d'un fonctionnaire de l'État relève des Assises) - Certaines tournures de phrase ne tromperont personne, Zola est bien un horrible "conspirationniste" - (je souligne):

«  J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général
Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général
Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général
de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.


J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement.


J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans
L'Éclair et dans L'Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable. »


Pour clore ce rappel historique, je rappelle que lorsque Zola écrit cela, Dreyfus - puisque c'est lui dont il s'agit-  est coupable et archi-coupable - d'autant que l’État français ne peut pas, évidemment (pensez-vous, ce bel et noble Etat français des mineurs de Decazeville..., de la collaboration avec les nazis, de la nuit du 17 octobre 1961 ou de la torture en Algérie....), mentir, manipuler, fabriquer...sur la culpabilité de Dreyfus.

Car Zola n’écrit pas "J'accuse" quand Dreyfus est enfin innocenté! Non !

Il l'écrit quand le véritable coupable, Esterhàzi, est acquitté par le conseil militaire, et que tout semble perdu pour le camp de la Vérité et de la Justice qu'on appelait "les dreyfusards".

Car Zola écrit "J'accuse" en 1898.

A cette époque Dreyfus est non seulement "présumé coupable", comme le dirait un de nos bons ministres, mais pire, il est condamné, il est au bagne, et donc pour le coup, il est bien "reconnu coupable".

Ce qui ferait donc aujourd'hui de Zola l'un des premiers "complotistes" aux yeux de l'histoire (et on parle là d'une affaire d'Etat).

Allant plus loin , je me faisais la réflexion que finalement, tout avocat de la défense est un "complotiste", puisque notre but est bien de tenter de démontrer autant que nous le pouvons, l'innocence de notre client, de faire relaxer une personne (de plus en plus "présumée coupable" dès le début) qui est poursuivie par l’État, cet État irréprochable, cet État qui ne peut pas se tromper, qui est porté par deux nobles piliers, savoir une justice infaillible (Outreau en a encore témoigné) et une police  incorruptible.

A fortiori aujourd'hui, comment ne pas être complètement rassurés par la présence dans l’appareil judiciaro-répressif, d’hommes aussi intègres et droits que Claude Guéant, Alain Bauer, Gérard Longuet, et last but not least, Nicolas Sarkozy, premier magistrat de France après avoir été premier policier de France?

Envisager d'autres pistes que celles que de tels hommes ont prises pour acquis, ont faites leurs... ne serait-ce pas un crime de lèse-majesté? N'est-ce - pas prendre le risque de les mettre en cause eux-mêmes?

C'est vrai que lorsqu'on examine tout cela, on peut bien se dire que quiconque remet en cause telle ou telle version d'une "affaire d’État" est un "complotiste" (l'avocat de la défense le premier, donc).

Et puis, quand les journalistes donnent comme exemple de "pensée contre-intuitive", sur des sujets "épineux" du  type 11 septembre etc, des personnes comme Jean-Marie Bigard, Marion Cotillard ou Jacques Cheminade... comment ne pas admettre que la thèse du "conspirationnisme", du "complotisme", apparaisse en majesté?

Qui voudrait prendre le risque d'être comparé, pire, assimilé, sur le plan intellectuel, à... Jean-Marie Bigard?

Même moi, qui suis téméraire, cela me fait réfléchir...

Ça s'est corsé quand un gars comme Kassovitz, jusque là plutôt respecté (et non assimilable à jean-Marie Bigard) a rejoint à son tour la cohorte de ceux qui doutent de la version officielle du 11 septembre...

Voir la violence des réactions suscitées par cette prise de position fut une chose étrange. Mais voyons, pourquoi un doute, a fortiori venant d'une personne non-qualifiée, un doute a priori tellement délirant... déclenche-t-il systématiquement des réactions d'une telle violence? N'a-t-on plus le droit de passer pour un délirant ou un abruti (selon les détracteurs des "conspis") si on le souhaite?

Et puis sinon, vous avez aussi les épouvantails d'extrême-droite. Pas mal non plus comme repoussoirs.

Car le drame (et l'astuce qui sinon ne pourrait pas rendre si efficace cette accusation définitive et infamante), c'est qu'il existe réellement une sorte de "complotisme", de "conspirationnisme". Il consiste à penser qu'un "grand architecte" ou un "ordre secret" tire les ficelles de tout et partout de façon déterminée et omnisciente, qui produirait exactement les résultats attendus, que l'ordre du monde serait réglé comme une pendule par les décisions de quelques-uns cachés aux yeux de tous les autres dans le monde.

C'est en cela surtout qu'on reconnaît ceux que l'on pourrait appeler  (avec toutes les précautions d'usage) "des complotistes": ils disent que "le gouvernement américain" a "planifié les attentats du 11 septembre". Il dit que "le gouvernement français" a "tué les enfants de l'école de Toulouse". Là où le "complotiste" ne tient pas la route intellectuellement, c'est parce qu'il est une vision mécaniste, automatiste, et unitariste de l’État, dont il nie l'existence de nombreux appareils, de cellules souvent aveugles les unes aux autres, d'intérêts divergents en son sein... et il se discrédite dès le début en adoptant cette conception fausse de l'Etat.

Bien évidemment, ceux-là sont assez reconnaissables et il vaut mieux faire ce que l'on peut pour ne pas y être assimilés, pour ne pas les avoir "dans son camp", car ils sont en effet d'autres idiots utiles du système (mais je suis plutôt partisane de leur laisser également le bénéfice du doute et la liberté de parole; ce que je refuse, c'est que la presse en fasse sciemment les épouvantails d'une "théorie du complot" risible qu'elle applique consciencieusement à tous ceux qui ne partagent pas telle ou telle version officielle, quelles que soient leurs compétences, leurs connaissances etc).

Bien sûr donc, en agitant de tels épouvantails, la boucle est bouclée. Quand tu n'as le choix qu'entre Claude Guéant et Jean-Marie Bigard, je crois que même Zola aurait réfléchi à deux fois avant d'écrire "J'accuse" en 2012...

Ceux qui mettent en doute la version officielle sans être des "conspirationnistes" envisagent forcément des solutions beaucoup plus complexes, des hypothèses qui sont en rapport avec la réalité possible, vraisemblable, ils n'ont pas de "contre-solution clef en mains"; ils ont des doutes, ils ont des hypothèses, ils admettent simplement que, compte tenu de ce qu'est un État et de ce que gouverner signifie, le doute sur une "affaire d’État" doit toujours être possible, et qu'aucune question ne doit être un tabou, aucune question ne doit être disqualifiée a priori, ils pensent que c'est sur les tabous de ce type que l'on construit les enfers concentrationnaires, et les États policiers.

Pourquoi ce papier me direz-vous ?

Pour dire  de ne pas céder au premier des terrorismes qui est le terrorisme intellectuel dont se rendent coupables de plus en plus de "personnes autorisées".

Pour dire que plus que jamais,  le combat à mener avant tout est un combat moral pour l'intelligence, pour le droit au doute, le droit à poser des questions, à demander des comptes, pour la liberté d'expression sans restriction et surtout, sans manipulation, contre l'obscurantisme et l'opacité.

C'est évidemment également un combat pour la justice; parce qu'il n' y aura pas de combat pour la justice sociale qui triomphe sans combat pour restaurer, améliorer, la justice judiciaire, pour la sauvegarde de principes fondamentaux, quel que soit le régime, le mode d'exploitation des richesses... Que l'on soit socialiste, commmuniste, écologiste ou même libéral, si l'on est un être moral, d'une certaine morale, de la morale de la liberté, ce combat doit être le vôtre.

Ceux qui professent le "républicanisme" en politique devraient être les premiers  sur ces sujets ("Liberté liberté chérie, Combats avec tes défenseurs...."). Force est de constater qu'ils sont souvent aujourd'hui les bons derniers, et singulièrement aphones.

Ce combat doit être mené par toutes les personnes de bonne volonté, à tous les échelons de la société, car si ce combat n'est pas mené c'est la société sécuritaire, la société de la peur et de l'espionnage, qui gagne. Et si cette société gagne, le gouvernement des lettres de cachet refera définitivement surface, l'embastillement également.

Je suis plutôt heureuse des résultats qu'a donnés la consultation des avocats du Barreau de Paris  en vue de la Présidentielle; elle montre, sur l'échantillon qui y a participé, que tout n'est pas perdu, qu'il faut y croire encore. Que les principes dont nous avons hérité  des Lumières, de Beccaria, de Voltaire, les principes qui sont inscrits dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen...ne comptent pas (encore) pour rien.

Mais elle montre aussi que ce n'est pas l'ampleur ni la force à laquelle nous aurions légitimement pu nous attendre en de telles circonstances.

Il faut , c'est urgent, - d'autant plus urgent que le chantage à la "menace terroriste" prend tout l'espace et que toutes les dérives liberticides (improprement qualifiées de "sécuritaires") s'aggravent quotidiennement à ce prétexte - , défendre plus que jamais  la Justice et de la liberté d'expression, une véritable information, d'une véritable liberté de la presse. C'est notre avenir qui en dépend.

Je terminerai ce papier en mettant en face à face deux citations qui ont presque quarante ans d'intervalle: l'une de M. Warsjmann, député UMP de la 3ème circonscription des Ardennes, et l'autre de la grande Gisèle Halimi, immense avocate, un des honneurs de notre profession.

Le député UMP cité ici par le Conseil constitutionnel dans une décision de février 2012 retoquant les dispositions de l'article 706-88-2 du code de procédure pénale qui limitait la liberté de choix du gardé à vue en matière de terrorisme en prévoyant une liste d’avocats habilités à intervenir,  justifiait de la sorte la restriction de la "liste":

"(...) dans les affaires de terrorisme, la présence de l’avocat en garde à vue, quand bien même elle serait différée en application des dispositions présentées précédemment, créera deux risques particuliers qu’il est nécessaire de prendre en compte pour maintenir un équilibre entre, d’une part, les droits de la défense, et, d’autre part, l’efficacité de l’enquête et la prévention des actes terroristes. Le premier risque résidera dans la possibilité que la personne gardée à vue soit assistée par un avocat défendant la même cause idéologique qu’elle ; le risque de fuites serait alors considérable. Le second risque sera, compte tenu de la personnalité, de la dangerosité et des moyens dont disposent certains auteurs d’actes terroristes, que des pressions soient exercées par la personne gardée à vue sur les avocats désignés pour qu’ils préviennent leurs complices ou fassent disparaître des preuves. C’est pour répondre à ce double risque que l’article adopté par la Commission crée une possibilité de restriction à la liberté pour la personne gardée à vue de choisir son avocat."


Quand, en 1973, Gisèle Halimi écrivait ceci:

"(...)J'ai toujours professé que l'avocat politique devait être totalement engagé aux côtés des militants qu'il défend. Partisan sans restriction avec, comme armes, la connaissance du droit 'ennemi', le pouvoir de déjouer les pièges de l'accusation, etc. (....) Les règles d'or des procès de principe: s'adresser, par-dessus la tête des magistrats, à l'opinion publique toute entière, au pays. Pour cela,
organiser une démonstration de synthèse, dépasser les faits eux-mêmes, faire le procès d'une loi, d'un système, d'une politique. Transformer les débats en tribune publique. Ce que nos adversaires nous reprochent, et on le comprend, car il n'y a rien de tel pour étouffer une cause qu'un bon huis-clos expéditif". ( in La Cause des Femmes, Paris)

mercredi 4 avril 2012

Emile ZOLA - Affaire Dreyfus - Adresse au jury - 21 février 1898 - extrait

Je sais combien Zola est critiquable (plus selon certains que selon d'autres), sur le plan politique, à certains égards. Mais il ne fut pas que  cela. Notamment, je livre ici certains des passages les plus remarquables (choix personnel) de sa défense personnelle, son adresse au  jury, le 21 février 1898, lors de sa mise en accusation pour "outrage à l'armée", à la suite de l'affaire Dreyfus. Bonne lecture.
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" (...) Je dénonce à la conscience des honnêtes gens cette pression des pouvoirs publics sur la justice du pays. Ce sont là des mœurs politiques abominables qui déshonorent une nation libre. (...)

Vous connaissez la légende qui s'est faite. Dreyfus a été condamné justement et légalement par sept officiers infaillibles, qu'on ne peut même suspecter d'erreur sans outrager l'armée entière. Il expie dans une torture vengeresse son abominable forfait. (...) C'est de pain empoisonné que la presse immonde nourrit notre pauvre peuple depuis des mois. Et il ne faut pas s'étonner , si nous assistons à une crise désastreuse, car lorsqu'on sème à ce point la sottise et le mensonge, on récolte forcément la démence.(...)

Vous êtes tous des travailleurs, les uns commerçants, les autres industriels, quelques-uns exerçant des professions libérales. Et votre très légitime inquiétude est l'état déplorable dans lequel sont tombées les affaires. Partout, la crise actuelle menace de devenir un désastre,  les recettes baissent, les transactions deviennent de plus en plus difficiles. (...)

De sorte que la pensée que vous avez apportée ici, la pensée que je lis sur vos visages, est qu'en voilà assez, et qu'il faut en finir. Vous n'en êtes pas à dire comme beaucoup:"Que nous importe qu'un innocent soit à l'Ile du Diable! est-ce que l'intérêt d'un seul vaut la peine de troubler ainsi un grand pays?" Mais vous vous dites tout de même que notre agitation, à nous les affamés de vérité et de justice, est payée trop chèrement par tout le mal qu'on nous accuse de faire. Et si vous me condamnez messieurs, il n'y aura que cela au fond de votre verdict: le désir de calmer les vôtres, le besoin que les affaires reprennent, la croyance qu'en me frappant, vous arrêterez une campagne de revendication nuisible aux intérêts de la France.(....)

Et qu'ils sont bêtes ceux qui m'appellent Italien, moi né d'une mère française, élevé par des grands-parents beaucerons, des paysans de cette forte terre, moi qui ai perdu mon père à sept ans, qui ne suis allé en Italie qu'à cinquante-quatre ans et pour documenter un livre.(....)

Et si même je n'étais pas Français, est-ce que les quarante volumes de langue française que j'ai jetés par millions d'exemplaires dans le monde entier ne suffiraient pas à faire de moi un Français, utile à la gloire de la France! (...)

Ne comprenez-vous pas maintenant que ce dont la nation meurt, c'est de l'obscurité où l'on s'entête à la laiasser, c'est de l'équivoque où elle agonise? Les fautes des gouvernants s'entassent sur les fautes, un mensonge en nécessite un autre, de sorte que l'amas devient effroyable. Une erreur judiciaire  aété commise, et dès lors, pour la cacher, il a fallu chaque jour commettre un nouvel attentat au bon sens et à l'équité. C'est la condamnation d'un innocent qui a entraîné l'acquittement d'un coupable; et vilà qu'aujourd'hui, on vous demande de me condamner à mon tour, parce que j'ai crié mon angoisse, en voyant la patrie dans cette voie affreuse.(...)

Il n' y a plus d'affaire Dreyfus.Il s'agit désormais de savoir si la France est encore la France des droits de l'homme, celle qui a donné la liberté au monde et qui devait lui donner la justice. Sommes-nous encore le peuple le plus noble, le plus fraternel, le plus généreux? Allons-nous garder en Europe notre renom d'équité et d'humanité?(....)

Hélas Messieurs, ainsi que tant d'autres, vous attendez peut-être le coup de foudre, la preuve de l'innocence de Dreyfus, qui descendrait du ciel comme un tonnerre. La vérité ne procède point ainsi d’habitude, elle commande quelque recherche et quelque intelligence.La preuve! nous savons bien où on pourrait la trouver. (...)

Dreyfus est innocent, je le jure. J'y engage ma vie, j'y engage mon honneur.A cette heure solennelle, devant ce tribunal qui représente la justice humaine, devant vous , messieurs les jurés, qui êtes l'émanation même de la nation, devant toute la France, devant le monde entier, je jure que Dreyfus est innocent.(...)

Tout semble être contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux à grand tirage, l'opinion publique qu'ils ont empoisonnée. Et je n'ai pour moi que l'idée, un idéal de vérité et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai.

Je n'ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l'injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d'avoir aidé à sauver son honneur."

 (Source : ANTHOLOGIE DE L’ELOQUENCE FRANCAISE , Paris, 1995, P. Dauzier et P. Lombard)

mercredi 17 mars 2010

Élections régionales, stratégie & avenir du PCF, classes et capitalisme (+ extrait Poulantzas)


Précision préalable : ce petit article n’a pas de prétention à "la vérité", ni, non plus, à être complet (il faudrait des pages et des pages pour faire à peu près correctement le tour des causes et conséquences de la situation du PCF dans la lutte des classes actuellement, et de la manifestation de cette situation au regard des élections régionales ; il faudrait beaucoup de temps, il faudrait pouvoir "écrire à plusieurs mains", et probablement, il faudrait des connaissances et une expérience que je n’ai pas). La seule prétention de cet articulet, c’est donc simplement d’ouvrir ou d’éclairer une piste de réflexion et de travail pour l’avenir.

Le premier tour des élections régionales, et plus encore, le résultat des "négociations d’alliance" entre les deux tours, signe, manifestement, un nouvel échec de la énième tentative de prise du pouvoir du socialisme petit-bourgeois, qui est en train d’achever le PCF.

L’absence d’analyse en forme marxiste des possibilités qu’offrent les élections bourgeoises dans cette République particulière qu’est la 5ème incluse dans un processus "européo-atlantiste", en termes de construction de l’alliance de la classe ouvrière et de la classe de la petite-bourgeoisie contemporaine (défaut de construction d’alliance qui prit d’abord la forme d’un ouvriérisme stérile) , le reniement de la perspective de "démocratie prolétarienne" (avec l’abandon du travail sur la notion de "dictature du prolétariat"), et la négation même de l’existence de la classe ouvrière comme seule classe révolutionnaire (négation à plusieurs visages au cours de l’histoire du PCF) emmènent une nouvelle fois le PCF, et ce qu’il pouvait accomplir et représenter de révolutionnaire en cette période de grave "crise" du capitalisme mondialisé, droit dans le mur.

Faute de travail de réflexion sérieuse en termes de classes, de lutte des classes, et faute d’analyse juste de la phase que traverse actuellement le capitalisme, au niveau national et au niveau mondial, il y a fort à parier que la gangrène du tropisme bourgeois qui agite une partie de la petite-bourgeoisie moderne va continuer à pourrir ce qui fut un jour dans l’histoire de la lutte des classes en France le "Parti de la classe ouvrière".

Tant qu’il n’y aura plus, au sein du PCF, de courant dominant (et donc, assumant de façon volontariste, la nécessité d’une domination idéologique) revendiquant, sur la base d’une analyse de la société actuelle en terme de classes et de luttes, de position dans le mode de production capitaliste, l’alliance avec la petite-bourgeoisie sous la direction de la classe ouvrière, tant qu’on ne reviendra pas sur l’analyse d’une formule qui posait, justement que, de par sa place et son rôle unique dans le mode de production capitaliste, notamment, a fortiori depuis le début de la phase aiguë de la mondialisation, la classe ouvrière seule peut être révolutionnaire, seule peut être internationaliste, et que toute alliance (y compris hors période électorale et dans le cadre des organisations syndicales) avec d’autres classes doit être conduite comme une "prise en charge" réelle de la classe de la petite bourgeoisie par les organisations ouvrières MAIS (contrairement à ce qui a été fait ces 30 dernières années) sous l’égide et la direction de la classe ouvrière seule, il n’y a aucun sursaut à espérer de ce côté.

D’autant que pour en arriver à un sursaut véritable, il faudrait que les cadres dirigeants du PCF (s’ils le voulaient) comprennent ce qu’est réellement la petite-bourgeoisie contemporaine, les positions de classe qu’elle peut adopter, écartelée qu’elle est et sera toujours entre position bourgeoise et position ouvrière, mais surtout, tordent le cou à ce mensonge de la "disparition de la classe ouvrière" en France, et c’est peu dire qu’on en est loin.

Pire, la stratégie du PCF fondée sur un électoralisme forcené, d’alliances de sommet avec des partis aussi peu révolutionnaires que le PDG, les Verts ou le PS, ne fait qu’éloigner la perspective d’un renouveau du PCF comme possible organisation révolutionnaire de la classe ouvrière et au-delà, ouvre des voies insoupçonnables au fascisme "new-look", qui est bien une manifestation d’un des pires compromis que la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie peuvent sceller en période de crise économique grave.

La classe ouvrière et la fraction de la petite-bourgeoisie adoptant le point de vue de la classe ouvrière (fraction actuellement dominante, du fait de la crise, au sein de la petite-bourgeoisie) ne s’y sont pas trompées, qui ont refusé de se déplacer Dimanche dernier , pour participer à ce jeu de dupes.

Le "plus fort", c’est que dorénavant, même en termes strictement électoralistes, le PCF, - qui participe activement (par masochisme? par pure opportunisme de la caste politico-bureaucrate qu’il abrite en son sein?...) à la création de ce nouveau parti prétendument représentant d’une petite-bourgeoisie qui serait favorable au "prolétariat" (mais pas "à la classe ouvrière" ni à la révolution, nuance subtile !) qu’on appelle "Parti de gauche" (et qui n’est qu’une resucée moins glorieuse de ce qui donnera le PS) d’une part, et d’autre part, qui assoit l’actuelle développement de cet autre véhicule de l’alliance de classe bourgeoisie/Petite-bourgeoisie qu’est "Europe Ecologie", tout en contribuant à maintenir sous respirateur artificiel le PS, ne récolte même plus les fruits de ses reniements, voire, de ses trahisons, puisque presque partout, il perd des postes de conseillers régionaux, des vices-présidents, voire, se fait carrément enfler par le duo socialo-écolo, comme en Picardie ou en Limousin (mais pourquoi nos ennemis de classe se priveraient-ils de laminer même le peu qui reste du PCF?)

Pour "sauver" ce qui resterait à sauver du PCF, il faudrait une prise de conscience proprement "révolutionnaire", de ce qui reste d’éléments révolutionnaires non opportunistes, de représentants non corrompus de la classe ouvrière, et des alliés objectifs de cette classe au sein du PCF.

Une prise de conscience telle qu’elle aboutisse à une véritable insurrection interne qui parvienne à faire le tri entre "le bon grain et l’ivraie" et jette dehors les cadres qui "tiennent" ces alliances (rosâtres, brunâtres ou verdâtres) avec le pire de la fraction de la petite-bourgeoisie dans le Parti.

C’est-à-dire qu’il faudrait prendre conscience dans les jours à venir que la lutte des classes existe au sein du parti lui-même (et depuis des décennies !), qu’elle est âpre, violente, à l’instar de celle qui se déroule quotidiennement entre classe ouvrière et classe bourgeoise à tous les niveaux, qu’elle ne permet plus de tergiverser, de biaiser, ni d’être attentiste.

Évidemment, un tel processus impliquerait de pouvoir balancer aux orties des dogmes quasi-religieux qui stérilisent le meilleur du PCF en l’éloignant des objectifs de la classe ouvrière, comme "l’unité du Parti", "la fraternité des camarades", et j’en passe.

Il y a un divorce interne (inévitablement violent, je le crains) à accomplir, entre la fraction du PCF qui peut encore servir de fondement à la construction d’un nouveau parti de la classe ouvrière susceptible de prendre en charge le sort de la classe d’une fraction de la petite bourgeoisie (donc, qui doit accepter de redevenir d’abord un parti de classe avant de pouvoir prétendre être un parti "de masse", car la constitution de la société en classes actuellement est telle que le parti de masse est presque l’antithèse d’une direction par la classe ouvrière du procès révolutionnaire, dans la mesure où la classe ouvrière est numérairement moins importante aujourd’hui que la petite-bourgeoisie, et qu’on voit bien qu’on ne peut pas régler le problème en noyant tout cela dans une fausse classe qu’on appellerait "prolétariat"), et la fraction du Parti qui tient, directement ou indirectement, parfois sans en avoir conscience, pour la défense d’intérêts qui, à travers les intérêts d’une fraction de la petite bourgeoisie, sont des intérêts qui servent la bourgeoisie.

Cela est-il possible?

J’en doute, dans la mesure où des décennies d’éducation à accepter, à œuvrer même, pour certains, à la soumission idéologique et politique de la classe ouvrière à la fraction la plus bourgeoise de la petite-bourgeoisie, à priver même, la classe ouvrière de sa légitimité à se revendiquer et à se construire comme organe de la révolution prolétarienne, ainsi que la composition sociale actuelle du Parti lui-même, hypothèquent gravement la survenance de la prise de conscience.

Quand bien-même, comme me disent certains camarades du Parti, on "remettrait à l’usine" la plupart des cadres dirigeants du parti, ils ne (re)deviendraient pas pour autant des agents politiques actifs de la restauration de la classe ouvrière, et au contraire !

La tentative d’assassinat politique d’un des derniers représentants social et politique objectif de la classe ouvrière au sein du PCF (quoi qu’on puisse trouver à lui reprocher également), je veux parler, bien-sûr, de Maxime Gremetz en Picardie, signe le forfait plus sûrement que n’importe quelle revendication : les renards sont nombreux dans le poulailler.

Je suis peu optimiste.

Hors l’hypothèse de la prise du Palais d’Hiver de la Place du colonel Fabien,donc, il ne me semble pas y avoir d’autre solution raisonnable qu’une scission prochaine et rapide, et que la fraction du PCF issue de cette scission (scission qui devrait, pour être efficace et pérenne et surtout, pour ne pas nous entraîner dans un processus à l’italienne type "Refondation", être réalisée sur la double base, d’une part, de la volonté claire d’assumer à nouveau le rôle de lieu d’organisation politique privilégié de la classe ouvrière et de la reconnaissance de son DROIT à être hégémonique -moins l’ouvriérisme bien-sûr, qui est une plaie social-démocrate-, et d’autre part, de construction du parti sur des principes aptes à fonder une réelle démocratie prolétarienne), que la partie du PCF issue de cette scission prenne sur elle de rassembler d’abord, parmi les membres de la classe ouvrière, et dans les individus qui acceptent de devenir des alliés objectifs de cette classe, les militants communistes .

Cette scission, pour être efficace, suppose en outre une main tendue et une absence de sectarisme de la part de certains qui serait quasiment, vu son ampleur, une sorte de transsubstantiation des cadres de certains courants ! Peut-on y CROIRE? oui sans doute, comme on peut croire au ciel. Doit-on l’espérer? C’est une autre affaire.

Tout cela est-il possible? Nous le saurons bientôt. En toute logique, celles et ceux qui ont été réveillés par cette séquence-là dans le Parti devraient rapidement sortir les boîtes à gifles et affûter leurs "arguments", et tout ceci devrait se régler au "congrès extraordinaire de juin", dans quelques mois.

Si rien ne se fait, Mélenchon et ses soutiens dans le parti sonneront le tocsin et le PCF finira dans un suaire rose (reconnaissons au moins à la tactique mélenchonesque l’immense vertu dialectique d’avoir fait exploser certaines contradictions internes, et d’avoir permis à certains camarades du Parti d’ouvrir les yeux sur une partie de leur caste dirigeante qui s’unit au-delà des prétendus courants, comme toute bonne caste).

Les questions qui doivent d’ores et déjà se poser à nous, militants communistes plus ou moins isolés et situés en dehors du PCF, quels que soient les véhicules qui aient été reconstruits par la suite, sont les suivantes : comment, d’une part, doit-on s’organiser pour "attendre" cette insurrection, ou cette scission (qu’il ne faut pas, je pense, pour la justesse de notre démarche, chercher à provoquer), dans quel délai doit-on circonscrire cette attente, et comment, d’autre part, dans l’hypothèse, très probable, où cette scission, dans ce sens, ne se produirait pas rapidement, comment peut-on faire "sans le PCF", question mainte fois posée mais à laquelle il n’a pas été répondu VALABLEMENT pour l’instant.

Sachant que toute tentative de fusion dans ou de rapprochement avec des partis ouvertement construits pour assumer la représentation politique hégémonique de la petite-bourgeoisie (PDG avec une fraction majoritaire manifestement "pro-bourgeoise", et, dans une autre mesure, moins nette, NPA, victime de ses lointaines origines idéologiques trotskistes, et donc, victime de ses penchants idéologiques de classe, je pense aux mencheviks, le "cul entre deux chaises", oscillant entre tropisme bourgeois et tropisme ouvrier sans jamais pouvoir trancher, et, bien-sûr, "Europe Ecologie", de façon encore plus flagrante puisque reniant même l"idée de classes, ou de détermination ne serait-ce que par la "couche sociale"), toute tentative en ce sens serait évidemment une nouvelle erreur.

Il faut également appliquer d’une certaine manière, ces bribes de raisonnements au devenir de la CGT (qui peut encore être le lieu d’une reconstruction communiste) et à l’utilisation qui peut en être faite de façon "non gauchiste" en termes de lutte des classes et de restauration de la classe ouvrière, ainsi qu’en termes de "prise en charge" des fractions des autres classes qui peuvent lui être objectivement alliées (fraction très résiduelle de la petite paysannerie, et fraction de la petite-bourgeoisie à tropisme ouvrier), sur SES bases à ELLE.

La question des erreurs, -et je m’en arrêterais là- (étant bien placée pour en parler !), quand ce sont réellement des erreurs (erreurs d’analyse, fondées sur un manque d’étude, et de culture de la très longue histoire du mouvement ouvrier, de la lutte des classes, de l’étude marxiste...ou erreurs de raisonnement, fondée sur une pratique inexacte de la dialectique) ce n’est pas qu’elle place X ou Y dans une position de "faiblesse" ou qu’elle impacte" négativement tel ou tel, non.

Ce n’est pas qu’elle soit un signe de "faillibilité" qui fasse perdre la légitimité de tel ou tel. Non, le problème n’est pas là. C’est pire ! C’est que l’erreur, répétée, d’une part, éloigne du but, fait perdre du temps (ce qui est parfois rétrospectivement très utile), mais surtout, que l’erreur répétée et non analysée, d’autre part, empêche radicalement de "transformer le négatif en positif" et ne permet pas d’avancer, mais fait même reculer la construction du mouvement révolutionnaire.

Or, si l’hypothèse de base (toujours valable selon moi, dans la mesure où sa fausseté n’a pas été démontrée, au contraire) est toujours que la révolution prolétarienne et l’avènement d’une société sans classe ne sont pas du tout des "conséquences nécessaires et immédiates" du capitalisme soi-même, et donc, qu’elles pourraient très bien ne pas "advenir" (a fortiori quand on ne combat plus ses ennemis), qu’il n’y a rien de "mécaniste" dans la survenue de la révolution socialiste, et qu’au contraire, même, il se peut que les classes se dissolvent et se détruisent l’une l’autre et que notre monde finisse dans une sorte de gros chaos sanguinaire, on voit qu’on a tout intérêt à continuer de se battre, à chercher des voies, à ne pas abandonner l"idée de la révolution prolétarienne, et donc, à pouvoir tirer des enseignements de l’analyse de ses erreurs passées.

Je me permets de vous transmettre ci joint un extrait court, de ce qui a été mon livre de chevet ces derniers jours, et qui, lié à d’autres éléments de lecture, m’a permis d’en arriver à cette conclusion d’étape ( peut être fausse? je ne prétends pas à la vérité) d’un livre que pour ma part, quoi qu’ardu parfois,j’ai trouvé fascinant, vivifiant, enrichissant, incroyablement d’actualité, qui est un recueil de textes de Nicos Poulantzas, que certain-e-s d’entre vous connaissent déjà sûrement, intitulé "Les classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui".

J’ai choisi cet extrait mais je recommande la lecture de l’ouvrage entier, si possible, ainsi que de "Fascisme et dictature", du même auteur, à mon avis une très bonne tentative d’analyse des erreurs idéologiques qui ont jalonné la vie du Komintern et une bonne analyse de classe.

Extrait de Nicos POULANTZAS dispo. ici à la fin

lundi 15 mars 2010

Première analyse des résultats des régionales et perspectives d’avenir



Plus de 53 % (53,75 % selon les chiffres du Ministère de l’Intérieur) des habitants de France autorisés à voter ne se sont pas déplacés hier.

C’est historique, au sens strict, et ne peut être passé sous silence, mais au contraire, mérite une analyse lucide et posée.

Le nombre des votes blancs/nuls est de 1.98 % (résultats Min. Intérieur).

Quelques 8 % d’électeurs potentiels ne seraient pas inscrits du tout (sce Le Monde).

Démonstration est faite que les électeurs et électrices en ont assez d’être pris pour des imbéciles et des vaches à lait, et qu’ils ont décidé d’adresser à l’ensemble de la classe politique un fort signal de ras-le-bol, sinon de colère.

Qu’ils n’ont pas trouvé dans cette campagne de quoi les satisfaire intellectuellement, ni pratiquement, pour appuyer leurs luttes de chaque jour contre les méfaits du capitalisme et de la politique de la bourgeoisie, sous ses multiples visages .

Ces 53 % d’abstention signifient clairement une défiance et un désamour des Français, non pas de "la politique" ( ce serait si facile et ça en arrangerait tellement, à commencer au PS), mais plutôt, de la "classe" politique, perçue de plus en plus comme une "caste".

Ainsi, démonstration est faite, une nouvelle fois, que le "clivage droite /gauche" est dépassé et obsolète, et qu’il ne peut plus rendre compte des aspirations populaires.

On serait bien en peine de dire qui "de droite" ou "de gauche" n’est pas allé "veau-ter".

Et pour cause !

En revanche, mathématiquement, on peut déduire qu’une énorme majorité de "petits", des pauvres, des exclus, des peu argentés, des prolétaires, salariés des bureaux, ouvriers, chômeurs, petits artisans, petits paysans... n’est pas allée aux urnes.

Cela c’est extrêmement significatif que cette mascarade de "la gauche" doit cesser.

Si "la gauche" ne rassemble plus, ne mobilise plus en tant que pseudo-unité fondée sur rien, la place est à nouveau ouverte aux idées et aux hommes et femmes qui disent clairement ce qu’elles sont et veulent être : communisme, socialisme.

Les faux-semblants, cela suffit ! Cela aussi c’est un message, que l’on peut déduire de la confirmation de scores corrects (quoi qu’en nette baisse également) pour "Europe Ecologie" supposée représenter clairement "l’écologisme".

- Ne boudons pas notre plaisir, avec si peu d’électeurs, l’UMP, quoiqu’en tête des scores à l’issue du premier tour au niveau national en pourcentages de voix exprimées, mais derrière le PS en termes de sièges déjà attribués, prend le début d’une double claque, qui prolonge celle déjà reçue aux européennes, ce qui est réjouissant à certains égards mais pas suffisant.

Le score du FN, en progression par rapport aux européennes, est inquiétant et, évidemment, à analyser.

Cependant, rapportée au nombre d’électeurs et aux chiffres des régionales plus anciennes, cette progression n’est pas si importante que cela, il ne faut pas non plus tomber dans le piège des Le Pen père et fille, Gollnisch... qui se pavanent. Ce peut être aussi le chant du cygne noir.

Toutefois, pour le moment, ce parti, qui réalise 11,42% au niveau national (sce Int.) est en position de se maintenir dans plusieurs régions, c’est un fait.

Mais on peut aussi se demander si une partie de l’électorat UMP ou "de droite" ne s’est pas reportée sur ces listes pour signifier un désaccord de la politique menée par le pantin politique actuel du capitalisme, Sarkozy, comme en 2002.

Que donneront ces éventuels votes de protestation au second tour? Quel sera le report exact de voix? Où va-t-on voir le FN montrer son vrai visage en s’alliant avec l’UMP? En Rhônes-Alpes, le candidat UMP fait déjà des appels au FN.

- Ce scrutin est également un signe que de nombreux électeurs politisés (et contrairement au tableau que l’on dresse en permanence des électeurs en France, je pense que nombreux sont ceux qui aiment encore la politique, la vraie, et ne demandent que de la voir renaître) ont conscience, plus ou moins nettement, que la région est un échelon anti-démocratique, européaniste, mauvais pour eux, auquel ils ne reconnaissent aucune légitimité et qui, contrairement à ce que clame le PS , ne peut en rien servir de "contre poids politique", au contraire.

Nous venons d’ailleurs d’en avoir la preuve en actes en 2 ans de crise avérée pendant laquelle pourtant, les régions étaient déjà "à gauche"...A part contribuer aux politiques de l’UMP au niveau local, au lieu d’entrer en résistance, à quoi ont-elles servi?

Les véritables échelons de la démocratie locale, ce sont encore et toujours le département, et la commune. Justement ceux que Sarkozy et consorts voudraient "tuer".

- Ce scrutin voit aussi le NPA se faire laminer (par lui-même, avant tout), éliminé presque, du paysage politique bourgeois auquel il a voulu se fondre à toutes forces, sans cependant s’en donner les moyens réalistes, et au mépris des convictions profondes des citoyens qui pouvaient se reconnaître en lui et espéraient le voir changer le paysage politique sur le fond.

La claque est encore plus violente qu’aux Européennes. Il y a la matière à se poser de sacrées questions pour ses militants et dirigeants.

La politique du "dedans /dehors", les palabres incohérents pour les alliances, les positions dogmatiques en totale contradiction avec les objectifs affichés et les moyens réels, tout ce qui fut perçu comme une forme de "trahison" par ceux qui auraient pu, assez naturellement, se reconnaître dans ce parti, se sont payés cash pour cette formation issue du trotskisme qui a fait le choix de renoncer publiquement au communisme pour choisir un "anticapitalisme" sans histoire et sans contenu révolutionnaire.

- Les résultats de LO montrent que ce parti, lui, toujours trotskiste, ne se porte guère mieux, même si traditionnellement, ce genre d’élections ne lui a jamais réussi,(ce que d’ailleurs il ne cherche pas à faire, se contentant d’utiliser là ponctuellement les moyens de communication qu’offre encore la démocratie bourgeoise).

- Pour les communistes, ce scrutin démontre, puisque besoin était, que le "Front de gauche" semble, en effet, mauvais pour le PCF.

Mais comment pourrait-il en être autrement, dans une telle période?

Le Front de gauche, initié aux Européennes suite à l’irruption sur la scène politique du "PdG" de Mélenchon-Dolez-Coquerel, et qui fait suite aux stratégies des CUALs, et de la " Gauche Populaire" de MG Buffet, composé de sa multitude de petites formations arrivistes et des anciens chevènementistes et transfuges du PS ou lambertistes en quête de "places", échoue à faire mieux et plus que le PCF seul aux dernières régionales, et est doublement en baisse par rapport aux européennes de 2009, en général et rapporté au niveau national.

Les communistes, militants, sympathisants, ne se reconnaissent plus dans "la gauche" dont ils ont bien compris, en 30 ans de pratique à tous les échelons, à quoi elle avait servi, et son inutilité générale face aux attaques du Capital.

Certes, la comparaison 2004/1010 PCF/ Front de gauche est délicate puisque dans 14 régions le PCF faisait liste commune avec le PS dès le premier tour en 2004 !

En 2010, le "Front de gauche" obtient aux régionales une moyenne nationale de 5.84% (chiffres Int.) des voix exprimées - il est difficile, sinon impossible de comparer avec les résultats de 2004.

En revanche, on peut le faire avec ceux de des européennes 2009, toutes proportions gardées.

Et le résultat au niveau national est sans appel : non seulement en moins d’un an, le "Front de gauche" ne progresse pas mais encore, il baisse, puisqu’aux européennes il dépasse les 6 % (6.47% chiffres FDG), ce uqi n’est plus le cas en 2010, et que l’abstention, déjà importante en 2009, est supérieure en 2010.

Un point intéressant, malgré tout , qui en dit long sur l’état d’esprit de nombreux militants du PCF et qui n’est pas à prendre à la légère, c’est qu’en 2010, le nombre de listes communes avec le PS dès le premier tour est très largement en baisse : cette liste commune n’existe plus que dans 5 régions à savoir Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne, Champagne-Ardenne et Lorraine.

En 2004, dans les régions où le PC se présente hors le PS, en tête, rassembleur sous ses couleurs (principalement Picardie et Npdc) les listes communistes atteignaient les 10 %.

En 2004, dans les régions où avaient déjà été choisi l’embryon de la tactique actuelle, les listes affichent des scores différents de ceux obtenus cette fois, plus faibles, il faut le reconnaître.

Ainsi en Ile de France, la liste de rassemblement "Front de gauche" emmenée par le PCF et MG Buffet fait 7.2% en 2004, quand, en 2010, la liste "Front de gauche " emmenée par P. Laurent et Eric Coquerel fait seulement 6.55 % (source Int.) et connaît donc une baisse manifeste. Mais elle est certes en très légère augmentation si on veut comparer aux européennes où P. Le Hyaric avait obtenu 6.32 % des voix (sce FDG).

En Auvergne, où la liste de rassemblement emmenée par A. Chassaigne a fait 9.2 % en 2004, on est passé en 2010 à 14,24 %, ce qui fait d’A. Chassaigne, infatigable homme de terrain, populaire, présent, disponible, le vrai vainqueur de cette séquence électorale, et pourrait le désigner plus probablement comme candidat

pour succéder à Buffet que Pierre Laurent, s’il le voulait.

Dans le Npdc, la liste emmenée par A. Bocquet (non explicitement "Front de gauche" mais appelée "l’Humain d’abord - Liste d’union emmenée par le PCF" et clairement identifiée "communiste" sur le terrain) se maintient bien par rapport à 2004, avec plus de 10% (10.78% sce Int.), ce qui confirme le bon travail des camarades du PCF dans cette région pour se maintenir, mais rend aussi compte des problèmes de visibilité et d’identité, puisque, compte tenu de la crise et des attaques énormes que connaissent les électeurs dans cette terre historiquement rouge et ouvrière, on peut se demander si une liste et un programme encore plus clairement "communistes" n’auraient pas fait plus, la liste ne progressant que de 0.10 % en 6 ans .

Cela étant, il ne faut pas dénigrer les résultats comme ceux -ci, et au contraire, on peut les applaudir et les analyser.

En Limousin, la liste "Front de gauche" réellement étendue y compris au NPA, remporte plus de 13 % -ce qui constitue là encore une autre leçon, à savoir que les électeurs communistes et sympathisants accordent leurs suffrages volontiers aux listes d’union COMMUNISTES et ANTICAPITALISTES qui dépassent les clivages anciens.

La stratégie suicidaire de division et d’effacement d’une forme d’identité communiste visible en Picardie porte ses fruits amers, si l’on peut dire, et la division des communistes fait chuter la liste emmenée par M. Gremetz (dt la liste réalise quand même 11 % en Somme) qui ne dépasse pas les 6.2% contre plus de 10% en 2004 ; en outre la liste PS auyant emmené l’autre branche communiste de la région dès le premier tour fait moins bien en 2010 qu’en 2004 (on passe de 27.42 % en 2004 à 26.64 % en 2010) le tout sans empêcher un score à deux chiffres du FHaine, en position de se maintenir.

Qui dans cette région portera la vraie responsabilité du maintien du FN au second tour? Comptons, réfléchissons...

Une union des communistes derrière M. Gremetz aurait pu, sans doute, porter cette liste aux 10 % requis.

Quel gâchis !

En Corse, une liste certes intitulée "Front de gauche - Pour changer en Corse" mais avec une forte identité communiste et présentée dans les médias locaux - et nationaux - comme "liste emmenée par le PCF" connait une belle progression ; emmenée par D. Bucchini, cette liste dépasse les 10 % et est ainsi en position de se maintenir . Elle fait mieux que celle de Zucarelli et est cette fois en position de peser fortement sur la liste "DVG" de Giaccobi (qui est même largement battue à Bastia par la liste communiste qui réalise plus de 13 % avec "seulement" 40 % d’abstention, c’est à dire bien moins qu’au niveau national). En 2004 la liste emmenée par le même D. Bucchini faisait environ 6 %. Quelle progression !

En Rhônes-Alpes, le même "Front de gauche" fourre-tout atteint à peine les 6 %...Tandis que l’UMP et le FN ont le vent en poupe. Ce qui pourrait démontrer l’inanité, la dangerosité même, de la campagne "anti-burqa" menée par A. Gérin avec la droite.

En Aquitaine, la liste "Front de gauche" n’atteint même pas les 6 %, avec 5.95 % quand la liste PCF seule emmenée en 2004 par A.Guilhamet faisait 4.35 % (certes une progression, mais due manifestement à un transfert de voix du PS puisque la liste PS/Verts PRG en 2004 au premier tour faisait 38,42 % en 2004, donc, plus que les 37.63 % actuels).

Ces chiffres seront sans nul doute analysés et disséqués par les uns et les autres, à la lumière des campagnes qui ont été faites sur le terrain, de la composition des listes, de ce que l’on sait au niveau local qu’on ignore toujours au niveau national...

Mais, à moins d’être complètement autiste, il va falloir se rendre à l’évidence : la "stratégie" du "Front de gauche" effaçant le PC ne rassemble pas, n’est pas perçue comme ayant pu permettre une forte expression de la colère populaire, ne satisfait pas les communistes, et parmi eux, satisfait à peine les militants du PCF.

La direction actuelle du PCF a, à nouveau !, failli et a raté une opportunité historique de faire entendre une voix différente, des propositions communistes, elle a échoué à pouvoir se prétendre encore représentant du mouvement ouvrier, et des prolétaires.

Bien sûr, au QG du "Front de gauche", certains peuvent se raccrocher aux branches en se réjouissant d’avoir fait "plus que le MODEM et le NPA" - on a les victoires qu’on peut. Quand on va aller se jeter dans les bras du PS ou à peu près, effectivement, avec des scores médiocres la plupart du temps, on peut prendre les vessies pour des lanternes et continuer à cirer les godillots de JL Mélenchon pour 2012...

Si la satisfaction de la direction du PC en est à servir de plateforme à des règlements de compte entre trotskistes et ex-trotskistes, on est vraiment tombés bien bas ! On comprend que Mme Zappi et JL Mélenchon, eux, se réjouissent mais nous? !

Non, ça ne fait pas le compte dans une telle période, c’est même franchement lamentable de prétendre qu’un parti comme le PC avec son antériorité , ses forces militantes, son histoire, ses bases...aurait pu se sentir réellement menacé par le NPA (alors qu’il aurait pu profoiter du NPA pour augmenter une dynamique communiste, comme en Limousin) !

Alors que dire de ce premier tour pour NOUS, prolos, ET cocos? Nous toutes et tous qui, souvent en parfaite connaissance de cause, en pleine conscience, ne nous sommes pas déplacés aux urnes, et n’avons voté ni NPA ni Front de Gauche ni LO?

Cette élection est d’ores et déjà illégitime.

Que la colère, sous des formes diverses, monte, cela, c’est évident aussi. Et comment pourrait-il en être autrement?

Faut-il s’en réjouir?

En l’absence d’un véritable parti ou mouvement communiste, c’est -à -dire encore disposé à s’en revendiquer ouvertement ,encore disposé à défendre sans complexe des positions de classe (à l’instar du KKE grec par exemple), à présenter ses militants communistes, à oser des propositions réellement audacieuses et novatrices, surtout en cette période de crise et de récession grave, non, je ne crois pas qu’il faille s’en réjouir.

Ne pas se réjouir est une chose, constater que, toutefois, cette situation dit des choses intéressantes en matière de perspectives de reconstruction d’un "mouvement" communiste uni et novateur en est une autre.

La lueur d’espoir de ces résultats (à condition que chacun prenne ses responsbailités et cesse de faire l’autruche au nom de la défense de la Sainte Chapelle de Fabien), portée par les quelques listes sortant du lot (Auvergne, Limousin, Corse, Nord Pas de Calais notamment), c’est que, sans aucun doute, le communisme et la lutte de classe, syndicale et POLITIQUE, ont de l’avenir dans ce pays, en ce moment plus que jamais.

- Je ne parle pas du PCF, notons bien. Je parle de ce que peuvent être capable d’incarner localement certains camarades des rangs du PCF. Nuance.-

A condition qu’une formation politique qui ne s’en cache pas daigne en représenter les idées et propositions communistes, sans les trahir, sans se vendre au PS pour un plat de lentilles. Sans donner l’illusion que les élections bourgeoises seraient tout et règleraient tout. En s’en servant comme nous savions le faire fut un temps, sans se tromper d’objectif.

En reprenant, aussi, le chemin abandonné pour de mauvaises raisons en 1976, quand on a jeté aux orties la "dictature du prolétariat" contre rien, avec des pudeurs de pucelle, au lieu de faire monter dans le Parti le niveau d’exigence d’analyse et de propositions, mais aussi d’actions, vers une "démocratie prolétarienne" et les luttes de classe.

Ma conclusion est invariable : avec ou sans ce qui reste de communistes au PCF, il va bien falloir, rapidement, que TOUS LES COMMUNISTES de ce pays qui n’ont pas renié leurs idéaux, ni leurs combats, qui en "veulent" encore, s’unissent, un jour prochain, malgré leurs différences, malgré NOS différences, nos divergences, dont certaines sont évidentes, dans une formation qui permette de rassembler nos forces militantes actuellement dispersées et divisées.

Non pas pour contester au PCF ou à ce qui en tiendra lieu ou le remplacera, des "places" dans la course aux voix dans les élections bourgeoises, mais pour faire ce que ce parti ne fait plus depuis au moins 20 ans, c’est à dire organiser les forces, unir, avancer dans la contestation du capitalisme, dans le soutien des luttes de terrain qui tentent, chaque jour, d’arracher au patronat des bribes de droits, et pour construire enfin le projet politique qui nous manque.

Hauts les cœurs, camarades, comme toujours, le combat continue !

Demain sera "un autre jour". Il ne tient qu’à nous de savoir de quoi il sera fait.

samedi 28 novembre 2009

LA CONSCIENCE PIÉGÉE, par Patrick MIGNARD


LA CONSCIENCE PIÉGÉE

Intelligence du présent et perspectives d’avenir sont étroitement liées. Or tout est fait pour que ces deux pôles de la conscience politique soient méthodiquement dissociés afin de ne permettre aucune perspective politique.

Plus grave encore, celles et ceux qui ont/avaient la prétention d’ouvrir les consciences s’enferrent – pour différentes raisons (bêtise, opportunisme, arrivisme,…) – dans la logique mortifère du système en place.

LA « DICTATURE DEMOCRATIQUE »

Il faut reconnaître que le système marchand a réalisé un tour de force que peu de systèmes dans l’Histoire ont réussi à imposer : il se veut, se présente et s’impose comme le « top du top » en matière de fonctionnement démocratique. Cette fois–ci plus besoin de Dieu, César ou tribun,… le Peuple fait l’affaire… Il suffit de le manipuler – ce qui n’est pas nouveau – pour lui faire avaler la farce… et c’est en son nom, et avec son consentement – ce qui est nouveau - qu’on l’exploite et le pressure.

Tout critique est considéré, évidemment, comme un anti démocrate … au même titre qu’autrefois il y avait des hérétiques. Ne pas se plier à la règle (pipée) du jeu est considéré comme un outrage à la « démocratie »… autrement dit, l’équivalent du « pêché » dans la religion.

Avec le Peuple, au 20e siècle, tout a été possible… du meilleur, comme les communes rurales en Espagne républicaine, au pire avec le National Socialisme.. Tous les totalitarismes se sont fondés sur le Peuple directement ou indirectement. Avec le peuple, on peut faire tout et n’importe quoi… Il suffit de savoir s’y prendre, de le conditionner, de le manipuler.

Les politiciens ont transformé le système politique en une vaste entreprise d’escroquerie idéologique, de décervelage de masse où la séduction côtoie la culpabilisation. Monopolisant le débat, la manière de poser les problèmes, ils dévient toute critique qui pourrait remettre en question les fondements du système qu’ils gèrent et dont ils profitent. Le moule de la pensée est fixé, immuable, la verrouillant par là même dans une problématique qui ne laisse aucun espace à l’esprit critique sinon dans la mesure où celui-ci peut-être intégré au discours dominant et lui servir de faire valoir.

Ainsi la pensée, habilement enveloppée, aseptisée, tourne sur elle-même. S’auto justifiant à partir de ce qui l’empêche d’exister de manière indépendante, elle ne peut être originale que dans le cadre qui lui est, de fait, imposé. Sortir de ce cadre c’est verser dans l’utopie raillée par les « bonnes consciences,

autrement dit être être dénoncé comme irrationnel et anecdotique.

On veut absolument nous convaincre, une bonne fois pour toutes, que le système est indépassable. En dehors de lui, point de salut !

A entrer dans ce moule, ce corset qui nous est imposé, et que l’on s’impose à force de se convaincre que le discours dominant, de droite comme de gauche est « juste », « réaliste », « responsable », … il ne peut y avoir que de la désespérance.

Tout ce qui vient d’être dit est d’une extrême gravité. Est-ce le signe indubitable d’une pensée anti démocratique ? Oui diront les « penseurs officiels ».

UN COMPLEXE MEDIATICO-POLITIQUE EFFICACE

Ce qui tenait place autrefois de hiérarchie religieuse, détenant le monopole de la pensée, a été remplacé aujourd’hui par un complexe où s’entremêlent ambitions politiques, intérêts personnels, affairisme politico-financier et affaires sordides. Un milieu où règne politiciens, « experts » à géométries variables, bouffons de cour et de salons, faiseurs d’opinions, écolos mondains, sportifs et autres parasites… Un milieu dans lequel les passerelles sont multiples entre tous ces profiteurs du système.

Tous ces individus qui se fréquentent et/ou se haïssent, s’invitent et/ou s’évitent, sont tous en fait liés par leurs intérêts de caste profitant du système.

Ce sont ces mêmes individus que l’on retrouve systématiquement sur les chaînes de radio, les plateaux de télévision, les éditoriaux des grands quotidiens et hebdomadaires… qui ont toujours quelque chose d’original à dire au « bon peuple », et expriment ce que celui-ci doit/devrait penser… « les Français pensent que… » ( ?). Ce sont toujours les mêmes

journalistes qui interrogent les mêmes politiciens, ou leurs laquais, dont on sait qu’ils n’ont rien d’essentiel à dire, sinon à faire les mêmes « analyses » et à marmonner les mêmes promesses. Le débat politique n’est qu’un long monologue d’auto-justification soi, ou de dénonciation de l’ « autre »,… qui ne laisse aucune place à une quelconque alternative, à un quelconque espoir. Même, celles et ceux – il y en a - qui y sont allés en toute bonne fois sont devenus les cautions « critiques » de cette machine à broyer l’intelligence et la volonté.

Bref, un milieu où règne la médiocrité dans tout ce qu’elle peut avoir de plus inessentiel et de plus snob.

Cette logique médiatico politique pénètre jusqu’à notre inconscient. Il n’est qu’à voir l’engouement démesuré pour les émissions – souvent débiles - où se donnent en spectacles, politiciens, acteurs, chanteurs, sportifs,…, l’engouement pour les « Mémoires » et autres « révélations » de personnalités qui n’ont rien à dire, les commentaires sur des articles traitant de sujets totalement inessentiels mais portés au pinacle par les médias – rencontres sportives, affaires privées de « stars » et autres « attrapes gogos » !

Quant à l’implantation locale, si chère à nos élus elle n’est qu’un aspect de la mystification politique… la généralisation de la pratique des « parachutages » est là pour lui donner tout son sens… sauf dans les petits villages où les intérêts politiciens sont inexistants au regard des impératifs de la quotidienneté.

Le soit disant « maillage démocratique » du pays n’est en fait qu’un quadrillage, une mise en coupe réglée de l’économique et du social par les féodalités financières et politiques.

Toutes les féodalités locales sont les vassales des grandes seigneuries des partis… en France, parisiennes.

C’est toujours au travers du prisme déformant des partis politiques officiels que sont évoqués les problèmes de notre société.

CHANGEMENT DE CHAMPS D’ACTION

A peu près toutes les organisationnels politiques ont peu à peu cédé aux sirènes du complexe médiatico politique, voyant en lui un instrument de promotion politique, abandonnant le terrain concret sur lequel se joue le changement social. Le marketing politique a peu à peu remplacé l’analyse et la critique,( sans parler de la praxis aujourd’hui inexistante), que l’on a cantonnées dans un discours bien calibré, quand on ne les a pas carrément totalement dénaturées, voire supprimées.

Il est aujourd’hui évident que ce champ est un véritable piège,…à fuir comme la peste. Il donne l’illusion de l’accessibilité à une audience générale alors qu’il n’est qu’un filtre rendant insipide tout ce qui le traverse.

La vraie vie est ailleurs, loin des paillettes et des discours convenus.

La vraie vie, elle est dans les structures que l’on se crée, que l’on organise collectivement pour contourner l’absurdité et la gabegie des circuits commerciaux, pour recréer du lien social, de la solidarité, de l’humanité… permettre aux structures locales d’exister… bref en démontrant concrètement qu’un autre mode de fonctionnement économique est possible et souhaitable.

Le complexe médiatico politique nous ignore,… peu importe. Il n’est que l’écume de la société. Il n’est que la dimension spectaculaire de la non vie, la version inversée de la réalité sociale. Rien ne peut se faire avec lui et il ne fera rien pour nous… il s’effondrera lamentablement quand la pratique sociale alternative offrira des perspectives d’avenir et constituera une véritable stratégie de changement.

Alors, et seulement alors, la conscience sociale évitera et/ou sortira du piège qui lui a été tendu.

Novembre 2009

Patrick MIGNARD

Voir aussi :

« MANIFESTE POUR UNE ALTRENATIVE »

« LA CONSCIENCE EN MIETTES »

« LE VRAI / FAUX POUVOIR DES MEDIAS »