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mercredi 17 mars 2010

Élections régionales, stratégie & avenir du PCF, classes et capitalisme (+ extrait Poulantzas)


Précision préalable : ce petit article n’a pas de prétention à "la vérité", ni, non plus, à être complet (il faudrait des pages et des pages pour faire à peu près correctement le tour des causes et conséquences de la situation du PCF dans la lutte des classes actuellement, et de la manifestation de cette situation au regard des élections régionales ; il faudrait beaucoup de temps, il faudrait pouvoir "écrire à plusieurs mains", et probablement, il faudrait des connaissances et une expérience que je n’ai pas). La seule prétention de cet articulet, c’est donc simplement d’ouvrir ou d’éclairer une piste de réflexion et de travail pour l’avenir.

Le premier tour des élections régionales, et plus encore, le résultat des "négociations d’alliance" entre les deux tours, signe, manifestement, un nouvel échec de la énième tentative de prise du pouvoir du socialisme petit-bourgeois, qui est en train d’achever le PCF.

L’absence d’analyse en forme marxiste des possibilités qu’offrent les élections bourgeoises dans cette République particulière qu’est la 5ème incluse dans un processus "européo-atlantiste", en termes de construction de l’alliance de la classe ouvrière et de la classe de la petite-bourgeoisie contemporaine (défaut de construction d’alliance qui prit d’abord la forme d’un ouvriérisme stérile) , le reniement de la perspective de "démocratie prolétarienne" (avec l’abandon du travail sur la notion de "dictature du prolétariat"), et la négation même de l’existence de la classe ouvrière comme seule classe révolutionnaire (négation à plusieurs visages au cours de l’histoire du PCF) emmènent une nouvelle fois le PCF, et ce qu’il pouvait accomplir et représenter de révolutionnaire en cette période de grave "crise" du capitalisme mondialisé, droit dans le mur.

Faute de travail de réflexion sérieuse en termes de classes, de lutte des classes, et faute d’analyse juste de la phase que traverse actuellement le capitalisme, au niveau national et au niveau mondial, il y a fort à parier que la gangrène du tropisme bourgeois qui agite une partie de la petite-bourgeoisie moderne va continuer à pourrir ce qui fut un jour dans l’histoire de la lutte des classes en France le "Parti de la classe ouvrière".

Tant qu’il n’y aura plus, au sein du PCF, de courant dominant (et donc, assumant de façon volontariste, la nécessité d’une domination idéologique) revendiquant, sur la base d’une analyse de la société actuelle en terme de classes et de luttes, de position dans le mode de production capitaliste, l’alliance avec la petite-bourgeoisie sous la direction de la classe ouvrière, tant qu’on ne reviendra pas sur l’analyse d’une formule qui posait, justement que, de par sa place et son rôle unique dans le mode de production capitaliste, notamment, a fortiori depuis le début de la phase aiguë de la mondialisation, la classe ouvrière seule peut être révolutionnaire, seule peut être internationaliste, et que toute alliance (y compris hors période électorale et dans le cadre des organisations syndicales) avec d’autres classes doit être conduite comme une "prise en charge" réelle de la classe de la petite bourgeoisie par les organisations ouvrières MAIS (contrairement à ce qui a été fait ces 30 dernières années) sous l’égide et la direction de la classe ouvrière seule, il n’y a aucun sursaut à espérer de ce côté.

D’autant que pour en arriver à un sursaut véritable, il faudrait que les cadres dirigeants du PCF (s’ils le voulaient) comprennent ce qu’est réellement la petite-bourgeoisie contemporaine, les positions de classe qu’elle peut adopter, écartelée qu’elle est et sera toujours entre position bourgeoise et position ouvrière, mais surtout, tordent le cou à ce mensonge de la "disparition de la classe ouvrière" en France, et c’est peu dire qu’on en est loin.

Pire, la stratégie du PCF fondée sur un électoralisme forcené, d’alliances de sommet avec des partis aussi peu révolutionnaires que le PDG, les Verts ou le PS, ne fait qu’éloigner la perspective d’un renouveau du PCF comme possible organisation révolutionnaire de la classe ouvrière et au-delà, ouvre des voies insoupçonnables au fascisme "new-look", qui est bien une manifestation d’un des pires compromis que la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie peuvent sceller en période de crise économique grave.

La classe ouvrière et la fraction de la petite-bourgeoisie adoptant le point de vue de la classe ouvrière (fraction actuellement dominante, du fait de la crise, au sein de la petite-bourgeoisie) ne s’y sont pas trompées, qui ont refusé de se déplacer Dimanche dernier , pour participer à ce jeu de dupes.

Le "plus fort", c’est que dorénavant, même en termes strictement électoralistes, le PCF, - qui participe activement (par masochisme? par pure opportunisme de la caste politico-bureaucrate qu’il abrite en son sein?...) à la création de ce nouveau parti prétendument représentant d’une petite-bourgeoisie qui serait favorable au "prolétariat" (mais pas "à la classe ouvrière" ni à la révolution, nuance subtile !) qu’on appelle "Parti de gauche" (et qui n’est qu’une resucée moins glorieuse de ce qui donnera le PS) d’une part, et d’autre part, qui assoit l’actuelle développement de cet autre véhicule de l’alliance de classe bourgeoisie/Petite-bourgeoisie qu’est "Europe Ecologie", tout en contribuant à maintenir sous respirateur artificiel le PS, ne récolte même plus les fruits de ses reniements, voire, de ses trahisons, puisque presque partout, il perd des postes de conseillers régionaux, des vices-présidents, voire, se fait carrément enfler par le duo socialo-écolo, comme en Picardie ou en Limousin (mais pourquoi nos ennemis de classe se priveraient-ils de laminer même le peu qui reste du PCF?)

Pour "sauver" ce qui resterait à sauver du PCF, il faudrait une prise de conscience proprement "révolutionnaire", de ce qui reste d’éléments révolutionnaires non opportunistes, de représentants non corrompus de la classe ouvrière, et des alliés objectifs de cette classe au sein du PCF.

Une prise de conscience telle qu’elle aboutisse à une véritable insurrection interne qui parvienne à faire le tri entre "le bon grain et l’ivraie" et jette dehors les cadres qui "tiennent" ces alliances (rosâtres, brunâtres ou verdâtres) avec le pire de la fraction de la petite-bourgeoisie dans le Parti.

C’est-à-dire qu’il faudrait prendre conscience dans les jours à venir que la lutte des classes existe au sein du parti lui-même (et depuis des décennies !), qu’elle est âpre, violente, à l’instar de celle qui se déroule quotidiennement entre classe ouvrière et classe bourgeoise à tous les niveaux, qu’elle ne permet plus de tergiverser, de biaiser, ni d’être attentiste.

Évidemment, un tel processus impliquerait de pouvoir balancer aux orties des dogmes quasi-religieux qui stérilisent le meilleur du PCF en l’éloignant des objectifs de la classe ouvrière, comme "l’unité du Parti", "la fraternité des camarades", et j’en passe.

Il y a un divorce interne (inévitablement violent, je le crains) à accomplir, entre la fraction du PCF qui peut encore servir de fondement à la construction d’un nouveau parti de la classe ouvrière susceptible de prendre en charge le sort de la classe d’une fraction de la petite bourgeoisie (donc, qui doit accepter de redevenir d’abord un parti de classe avant de pouvoir prétendre être un parti "de masse", car la constitution de la société en classes actuellement est telle que le parti de masse est presque l’antithèse d’une direction par la classe ouvrière du procès révolutionnaire, dans la mesure où la classe ouvrière est numérairement moins importante aujourd’hui que la petite-bourgeoisie, et qu’on voit bien qu’on ne peut pas régler le problème en noyant tout cela dans une fausse classe qu’on appellerait "prolétariat"), et la fraction du Parti qui tient, directement ou indirectement, parfois sans en avoir conscience, pour la défense d’intérêts qui, à travers les intérêts d’une fraction de la petite bourgeoisie, sont des intérêts qui servent la bourgeoisie.

Cela est-il possible?

J’en doute, dans la mesure où des décennies d’éducation à accepter, à œuvrer même, pour certains, à la soumission idéologique et politique de la classe ouvrière à la fraction la plus bourgeoise de la petite-bourgeoisie, à priver même, la classe ouvrière de sa légitimité à se revendiquer et à se construire comme organe de la révolution prolétarienne, ainsi que la composition sociale actuelle du Parti lui-même, hypothèquent gravement la survenance de la prise de conscience.

Quand bien-même, comme me disent certains camarades du Parti, on "remettrait à l’usine" la plupart des cadres dirigeants du parti, ils ne (re)deviendraient pas pour autant des agents politiques actifs de la restauration de la classe ouvrière, et au contraire !

La tentative d’assassinat politique d’un des derniers représentants social et politique objectif de la classe ouvrière au sein du PCF (quoi qu’on puisse trouver à lui reprocher également), je veux parler, bien-sûr, de Maxime Gremetz en Picardie, signe le forfait plus sûrement que n’importe quelle revendication : les renards sont nombreux dans le poulailler.

Je suis peu optimiste.

Hors l’hypothèse de la prise du Palais d’Hiver de la Place du colonel Fabien,donc, il ne me semble pas y avoir d’autre solution raisonnable qu’une scission prochaine et rapide, et que la fraction du PCF issue de cette scission (scission qui devrait, pour être efficace et pérenne et surtout, pour ne pas nous entraîner dans un processus à l’italienne type "Refondation", être réalisée sur la double base, d’une part, de la volonté claire d’assumer à nouveau le rôle de lieu d’organisation politique privilégié de la classe ouvrière et de la reconnaissance de son DROIT à être hégémonique -moins l’ouvriérisme bien-sûr, qui est une plaie social-démocrate-, et d’autre part, de construction du parti sur des principes aptes à fonder une réelle démocratie prolétarienne), que la partie du PCF issue de cette scission prenne sur elle de rassembler d’abord, parmi les membres de la classe ouvrière, et dans les individus qui acceptent de devenir des alliés objectifs de cette classe, les militants communistes .

Cette scission, pour être efficace, suppose en outre une main tendue et une absence de sectarisme de la part de certains qui serait quasiment, vu son ampleur, une sorte de transsubstantiation des cadres de certains courants ! Peut-on y CROIRE? oui sans doute, comme on peut croire au ciel. Doit-on l’espérer? C’est une autre affaire.

Tout cela est-il possible? Nous le saurons bientôt. En toute logique, celles et ceux qui ont été réveillés par cette séquence-là dans le Parti devraient rapidement sortir les boîtes à gifles et affûter leurs "arguments", et tout ceci devrait se régler au "congrès extraordinaire de juin", dans quelques mois.

Si rien ne se fait, Mélenchon et ses soutiens dans le parti sonneront le tocsin et le PCF finira dans un suaire rose (reconnaissons au moins à la tactique mélenchonesque l’immense vertu dialectique d’avoir fait exploser certaines contradictions internes, et d’avoir permis à certains camarades du Parti d’ouvrir les yeux sur une partie de leur caste dirigeante qui s’unit au-delà des prétendus courants, comme toute bonne caste).

Les questions qui doivent d’ores et déjà se poser à nous, militants communistes plus ou moins isolés et situés en dehors du PCF, quels que soient les véhicules qui aient été reconstruits par la suite, sont les suivantes : comment, d’une part, doit-on s’organiser pour "attendre" cette insurrection, ou cette scission (qu’il ne faut pas, je pense, pour la justesse de notre démarche, chercher à provoquer), dans quel délai doit-on circonscrire cette attente, et comment, d’autre part, dans l’hypothèse, très probable, où cette scission, dans ce sens, ne se produirait pas rapidement, comment peut-on faire "sans le PCF", question mainte fois posée mais à laquelle il n’a pas été répondu VALABLEMENT pour l’instant.

Sachant que toute tentative de fusion dans ou de rapprochement avec des partis ouvertement construits pour assumer la représentation politique hégémonique de la petite-bourgeoisie (PDG avec une fraction majoritaire manifestement "pro-bourgeoise", et, dans une autre mesure, moins nette, NPA, victime de ses lointaines origines idéologiques trotskistes, et donc, victime de ses penchants idéologiques de classe, je pense aux mencheviks, le "cul entre deux chaises", oscillant entre tropisme bourgeois et tropisme ouvrier sans jamais pouvoir trancher, et, bien-sûr, "Europe Ecologie", de façon encore plus flagrante puisque reniant même l"idée de classes, ou de détermination ne serait-ce que par la "couche sociale"), toute tentative en ce sens serait évidemment une nouvelle erreur.

Il faut également appliquer d’une certaine manière, ces bribes de raisonnements au devenir de la CGT (qui peut encore être le lieu d’une reconstruction communiste) et à l’utilisation qui peut en être faite de façon "non gauchiste" en termes de lutte des classes et de restauration de la classe ouvrière, ainsi qu’en termes de "prise en charge" des fractions des autres classes qui peuvent lui être objectivement alliées (fraction très résiduelle de la petite paysannerie, et fraction de la petite-bourgeoisie à tropisme ouvrier), sur SES bases à ELLE.

La question des erreurs, -et je m’en arrêterais là- (étant bien placée pour en parler !), quand ce sont réellement des erreurs (erreurs d’analyse, fondées sur un manque d’étude, et de culture de la très longue histoire du mouvement ouvrier, de la lutte des classes, de l’étude marxiste...ou erreurs de raisonnement, fondée sur une pratique inexacte de la dialectique) ce n’est pas qu’elle place X ou Y dans une position de "faiblesse" ou qu’elle impacte" négativement tel ou tel, non.

Ce n’est pas qu’elle soit un signe de "faillibilité" qui fasse perdre la légitimité de tel ou tel. Non, le problème n’est pas là. C’est pire ! C’est que l’erreur, répétée, d’une part, éloigne du but, fait perdre du temps (ce qui est parfois rétrospectivement très utile), mais surtout, que l’erreur répétée et non analysée, d’autre part, empêche radicalement de "transformer le négatif en positif" et ne permet pas d’avancer, mais fait même reculer la construction du mouvement révolutionnaire.

Or, si l’hypothèse de base (toujours valable selon moi, dans la mesure où sa fausseté n’a pas été démontrée, au contraire) est toujours que la révolution prolétarienne et l’avènement d’une société sans classe ne sont pas du tout des "conséquences nécessaires et immédiates" du capitalisme soi-même, et donc, qu’elles pourraient très bien ne pas "advenir" (a fortiori quand on ne combat plus ses ennemis), qu’il n’y a rien de "mécaniste" dans la survenue de la révolution socialiste, et qu’au contraire, même, il se peut que les classes se dissolvent et se détruisent l’une l’autre et que notre monde finisse dans une sorte de gros chaos sanguinaire, on voit qu’on a tout intérêt à continuer de se battre, à chercher des voies, à ne pas abandonner l"idée de la révolution prolétarienne, et donc, à pouvoir tirer des enseignements de l’analyse de ses erreurs passées.

Je me permets de vous transmettre ci joint un extrait court, de ce qui a été mon livre de chevet ces derniers jours, et qui, lié à d’autres éléments de lecture, m’a permis d’en arriver à cette conclusion d’étape ( peut être fausse? je ne prétends pas à la vérité) d’un livre que pour ma part, quoi qu’ardu parfois,j’ai trouvé fascinant, vivifiant, enrichissant, incroyablement d’actualité, qui est un recueil de textes de Nicos Poulantzas, que certain-e-s d’entre vous connaissent déjà sûrement, intitulé "Les classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui".

J’ai choisi cet extrait mais je recommande la lecture de l’ouvrage entier, si possible, ainsi que de "Fascisme et dictature", du même auteur, à mon avis une très bonne tentative d’analyse des erreurs idéologiques qui ont jalonné la vie du Komintern et une bonne analyse de classe.

Extrait de Nicos POULANTZAS dispo. ici à la fin

lundi 8 février 2010

Ce que dévoile le voile - Lettre à Ilham Moussaid



Elle finira bientôt par être drôle, cette histoire de voile.

Drôle et signifiante.

Si la France avait encore compté plus de Roland Barthes que de Bernard-Henri Lévy, si l'on entendait plus Jean Starobinski que la Star Academy, plus de Lacan que de cancans, peut être que nous n'en serions pas réduits aujourd'hui à avancer comme des rats dans un tunnel de ténèbres et d'immondices.

Qui sont les obscurantistes aujourd'hui?

Celles qui portent un foulard sur les cheveux parce qu'elle ne se sont pas (encore?) résolues à l'ôter? Parce que leur parcours personnel, leur cheminement individuel et politique, philosophique à ce stade, ne leur impose pas (et peut être jamais, et alors?) l'athéisme comme absolument nécessaire à leur combat?

Ou ceux qui font de la transparence, du dévoilement érigés en principe impératif catégorique, l'obstacle le plus sûr à l'émancipation du peuple par le peuple?

L'obligation de se dévoiler est un ordre imbécile donné par des tartuffes qui avancent masqués tous les jours, et ne font les choses, eux , que derrière un voile.

L'obligation de se dévoiler est un ordre inique donné par des lâches qui meurent de trouille que l'autre voile, le vrai voile, celui qui tient le peuple dans l'ignorance et la paralysie, celui qui protège leurs magouilles, soit arraché.

A leur incantation forcenée et hystérique au dévoilement devrait être répondu: "Chiche? Si moi, j'enlève mon voile, toi, tu enlèves ton masque".

Je me dévoile si tu te dévoiles.

Je me dévoile si tu dévoiles quelque chose de bien plus laid et répugnant que cette religion que tu me reproches, je me dévoile si tu dévoiles, toi, tes motifs réels, tes intérêts personnels à prendre ouvertement tes concitoyens pour des cons en prétendant être "de gauche" depuis 25 ans.


Chère Ilham,

Je ne te connais pas, mais je te dis: garde-le, ton foulard, si c'est ainsi que tu te sens bien, si c'est ainsi que tu te sens suffisamment forte pour entrer dans ce difficile combat qu'est celui que tu as choisi.

Garde-le, je préfère gagner une camarade avec un foulard, plutôt que de perdre une camarade qui était prête à lutter avec toutes et tous sans exclusive contre le capitalisme, à cause d'un foulard.

Ce monde dans lequel nous visons toutes, nous autres, toutes un peu "Ilham", au fond, est encore et toujours, un monde d'hommes, patriarcal ou machiste, réactionnaire, au moins autant à gauche qu'à droite.


On te clouera au pilori "pour ton bien".

On te contestera ta légitimité "pour ton bien".

On te tiendra à l'écart "pour ton bien".

On se servira de toi "pour ton bien".


On te raillera si tu es laide, car tu seras jugée "imbaisable",(traduire: indigne de recevoir leurs fantasmes de bites aussi courtes que leurs idées).


On te méprisera si tu es jolie, a fortiori si tu ne te donnes pas, on te fera passer pour une sotte, une hystérique, une arriviste, une marie-couche-toi-là "Ah on sait bien comment elle est arrivée là celle-là".


Et les femmes qui singent les hommes, croyant ainsi, avec leurs minables petites couilles d'emprunt, oublieuses que c'est dans leur ventre que peut naître la vie nouvelle, y arriver mieux et plus vite, ne seront pas les dernières à te caillasser, oh non.


Sur cette voie difficile, celle d'être une femme qui, en plus, lutte pour son émancipation (contre un père, contre une culture, contre une famille, contre le capitalisme...), tu rencontreras aussi des hommes, de vrais hommes, pas des macaques qui courent après les ombres dans la caverne, pour qui tu seras une Égale sans pourtant cesser d'être une Autre, c'est-à-dire, une femme.


Pour aller encore plus loin (et tant pis si on me le reproche) si à ma manière je n'avais pas "la foi", une foi en ce que l'homme peut être capable du pire comme du meilleur, une foi en l'espoir d'un avenir meilleur, je ne serai pas là en train de t'écrire.


Prends-soin de toi, reste toi-même le plus possible, la politique change les êtres. Rend coup pour coup quand on te frappe, ne t'excuse jamais d'avoir un point de vue minoritaire, sache aussi écouter les autres quand ils prennent la peine d'argumenter avec toi et reconnaître tes erreurs le moment venu, et "Vai via".


J'ai confiance en nous toutes et tous militants communistes, socialistes révolutionnaires, anarchistes; le jour, (s'il arrive, ce jour!), où tu confondrais profession de foi politique et profession de foi religieuse, nos chemins se sépareront.

Nous pourrions sans doute avoir des différends politiques, mais ce ne sera pas ton foulard qui nous servira d'argument ce jour-là, et c'est à cela que, malgré tout, nous nous reconnaîtrons (en tout cas, j'espère bien que je n'en serai jamais réduite à de telles bassesses, me respecter toujours assez et respecter encore assez les autres pour exercer un minimum de dialectique et d'analyse critique).

mardi 12 mai 2009

La Ligue des Cyclopes


Et voilà, encore deux personnes (oui, DEUX) , 31 et 31 ans, qui perdent un œil au cours d'agressions policières, à Villiers le Bel samedi dernier!

Il y a avait eu il y a quelques semaines maintenant ce jeune de Toulouse atteint par un tir de flashball dans l'oeil...

Le "premier" à avoir inauguré cette triste lithanie des énucléés suite aux tirs incontrôéls de policiers hystériques, était Pierre Douillard, un jeune homme nantais, mineur dont les parents avaient d'ailleurs écrits sur de nombreux sites et blogs, fin 2007.

Bien sûr, les merdias dominants de la Tévé n'en parleront pas ou si peu, de ces deux nouveaux blessés de Villiers Le Bel- j'ai trouvé quelques informations au hasard de mes recherches Gogolesques et notamment ici.

Dans un premier temps je propose qu'on arrête de se foutre de la gueule des gens qui vivent là bas, et de débaptiser l'endroit - non, ce Villiers là, il n'est pas (ou plus?) "bel" ni "beau" - il est rendu laid et moche, parce que les jeunes s'y font tirer comme des lapins et que les passants rammassent des balles perdues dans l'indifférence nationale quasi-générale.

Ensuite, on doit songer à fonder la Ligue des Cyclopes.

Avec le nombre de jeunes (et moins jeunes) qui perdent un oeil suite à des tirs de flash ball, gomme-cogne et autres délices maréchaussesques, on se reconnaîtra bientôt "entre nous" à notre oeil unique.

Alors autant y aller à fond.

Seulement voilà, attention, c'est pas rien, les Cyclopes!

C'était les enfants de Gaïa (la terre mère) et Ouranos (Le Ciel).

Enfermés au Tartare par leur père Ouranos qui fut pris de panique devant leur force, c'est leur frère Cronos (on pourrait faire un jeu de mots séduisant avec "Chronos", le Temps, le Temps qui délivre les forces cyclopéennes et titanesques) qui les en délivra une première fois, puis les y recolla illico (pris de panique également) jsuqu'à ce que Zeus, définitivement, les en sorte et leur rende leur dignité.

Voilà les Cyclopes chez les Grecs.

Or les Grecs, on le sait, ce sont des spécialistes de l'émeute urbaine, ces derniers temps...

Alors gare aux Cyclopes, leur revanche pourrait finir par être terrible - les dieux ne meurent jamais...



PS: Evidemment, mes voeux de meilleur rétablissement à Bruno et Alexandre - je suis vraiment bien navrée pour eux.

jeudi 30 avril 2009

Les révolutions comme "rêve indestructible", "joie pure" et " fête"


Chers camarades et amis

Pour celle et ceux qui ne sauraient pas quoi lire ce week end, je vous recommande vivement l’édition du Monde Diplomatique de ce mois de mai 2009 qui comporte un dossier de plusieurs pages dont ,entre autre, un MAGNIFIQUE édito de serge Halimi, "Éloge des révolutions" , sur la ou les révolution(s).

Révolution - qui nait du "rêve indestructible d’un monde meilleur"...

Merci à l’équipe du Monde Diplo de nous offrir ce numéro.

Cela m’a émue, en fait - il y a encore des intellectuels et des scientifiques qui croient en la révolution et ne nous prennent pas pour des fous furieux assoiffés de sang mais pour des rêveurs actifs , des intellectuels qui manifestent encore, une part d’humanité dont on peut se sentir proche et mettent leurs savoirs sur les bonnes voies...

Je relève deux citations faites dans ce numéro, citations que j’ai trouvées très belles

"Il s’agit après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser enfin se redresser et se tenir debout.(...) Indépendamment des revendications, cette grève [1936] est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange. Oui, une joie. (...)Pour la première fois et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d’autres souvenirs que le silence la contrainte, la soumission."

Simone Weil - La condition ouvrière 1951

" La révolution n’est ni tristesse ni amertume. Elle est au contraire enthousiasme et fierté de tout un peuple qui se prend en charge et découvre ainsi sa dignité. Et c’est pourquoi je vous invite à la fête ; la fête qui est la conclusion logique du travail bien fait et le départ pour de nouveaux combats exigeants et pleines de promesses."

Thomas Sankara - Discours du 2 octobre 1987


BON PREMIER MAI A TOUTES ET TOUS QUOI QUE VOUS AYEZ DÉCIDÉ DE FAIRE

NE CÉDONS PAS AUX PROVOCATIONS POLICIÈRES NI AUX INCITATIONS DES INFILTRES DE LA POLICE DANS NOS RANGS, ET AUTANT QUE POSSIBLE, PROTÉGEONS ET ENCADRONS LES JEUNES, QUE LES NON-MILITANTS RESTENT DANS LES PAS DES SYNDICATS

AU CAS Où, A NOUVEAU, SERAIT TENDU UN "PIÈGE D’ÉTAT" A LA FIN DE LA MANIFESTATION, GARDEZ LA TÊTE FROIDE ET SOYEZ SOLIDAIRES LE CAS ÉCHÉANT, FILMEZ LES VIOLENCES POLICIÈRES.

IL NE SERVIRAIT A RIEN D’ALLER A QUELQUES-UNS, INORGANISÉS, LES MAINS NUES, AFFRONTER LES "FORCES DU DÉSORDRE", SINON A NOUS DIVISER ENCORE, PERDRE DES FORCES MILITANTES, ET A AUGMENTER LA RÉPRESSION QUI FRAPPE DÉJÀ DUREMENT LE MOUVEMENT SOCIAL.

CAR VOUS SAVEZ CE QUE LES MÉDIAS DIRONT. VOUS SAVEZ CE QUE LA POLICE DIRA.

N’OFFRONS PAS AUX NÉO-FACHOS QUI NOUS GOUVERNENT LA JOIE ET LE PLAISIR DE NOUS FOUTRE AU TROU POUR DE FAUX PRÉTEXTES !

CES ÉTINCELLES DE RÉVOLTES NE DONNERONT PAS D’INCENDIE SI ELLES NE RENCONTRENT PAS LA PUISSANCE D’UN DÉSIR POPULAIRE, ENRACINE DANS LA LUTTE DE CLASSE, DE CHANGER L’ORDRE DES CHOSES.

BIENTÔT, VU COMMENT CELA CONTINUE, NOUS SERONS DES MILLIERS, DES DIZAINES DE MILLIERS, DE PLUS EN PLUS NOMBREUX , A FAIRE SOUFFLER LE VENT DE LA RÉVOLTE EN DEHORS DES CADRES RIQUIQUI QU’ON VEUT NOUS IMPOSER A GAUCHE COMME A DROITE.

ET NOUS IRONS ALORS, TOUS ENSEMBLE, NON A L’ÉLYSÉE, Où CRÈCHE UN PANTIN SOLITAIRE, MAIS A L’ASSEMBLÉE, DANS LA MAISON DU PEUPLE, DEMANDER A NOS MANDATAIRES DE NOUS RENDRE CE QU’ILS NOUS VOLENT CHAQUE JOUR : LA LIBERTÉ, NOS VIES, LA JOIE DE VIVRE.

MAIS CELA , CELA S’ORGANISE, SE CONSTRUIT, ET DEMANDE UN PEU DE PATIENCE QUI EST, COMME CHACUN SAIT, UNE VERTU RÉVOLUTIONNAIRE ;)

AU-DELÀ DE LA RÉVOLTE, IL FAUDRA LA RÉVOLUTION - NOUS JETTERONS LE VIEUX MONDE CUL PAR-DESSUS TÊTE ET NOUS CONSTRUIRONS LE MONDE NOUVEAU

BIEN FRATERNELLEMENT

LL

Ps : Si jamais par hasard vous étiez pris (pour Paris en tout cas) dans les mêmes circonstances que le 19 mars dernier contactez le comité de soutien du 19 mars, qui vous mettra en contact avec les professionnels du réseau d’entraide judiciaire.

lundi 27 avril 2009

Quelques idées et propositions pour un projet politique d'émancipation populaire.



Images tirées d'un chouette blog http://etlecocatualoeillet.blogspot.com/
un blog engagé d'une femme métisse qui n'a pas sa langue dans sa poche ni son cerveau dans ses chaussettes :)
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Excusez moi camarades, compagnons, et amis, ce sera un peu long, mais le sujet ne pouvait pas être défloré en 3 pages...Bon courage et merci à celles et ceux qui voudront bien me lire.

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Quelques idées et propositions pour un projet politique d'émancipation populaire (sans prétention aucune).


I. Le constat d'un énorme ras-le-bol populaire qui grossit, après des décennies de soumission volontaire au capitalisme politique et économique.

Le temps de l'esclavage moderne n'a que trop duré.

Je ne vais pas faire un exposé sur le capitalisme, le néolibéralisme, des tas de gens bien plus compétents et doués que moi, le font, et très bien (lire le dernier ouvrage d'Ignacio Ramonet par exemple).

Dans le monde entier. Et puis, je ne suis pas une économiste.

Bien sûr, ce capitalisme, c'est un système économique. Mais pas seulement.

C'est aussi un système politique, en tant que la politique est une réalité, qui s'appelle "vivre ensemble".

Je rappellerai donc simplement, pour commencer, une évidence fondatrice de ce système, une évidence qui me semble parlante:

économiquement, et politiquement, le capitalisme, c'est le système dans lequel et par lequel la minorité opprime la majorité, où le plus petit nombre s'approprie la quasi-totalité des richesses (matérielles, culturelles...) produites par le plus grand nombre, et ceux qui sont les plus nombreux ne sont pas ceux qui ont les "pouvoirs".

C'est un système pervers, dominateur et infantilisant par excellence.

Mais c'est vrai que, quand "tout va bien", (ou disons, quand les inconvénients du capitalisme sont encore supportables par le plus grand nombre), c'est un système très "pratique" d'un point de vue notamment politique.

Ce n'est pas par hasard qu'il a été maintenu jusqu'à présent - c'est qu'il offrait quand même à notre nature humaine, jamais avare de facilités, plus d'avantages que d'inconvénients, à court terme.

Du point de vue politique, ce système nous maintient dans une espèce de tutelle, et nous permet, la plupart du temps, de rester comme de "gros bébés", dans une espèce d'indolence molle, d'apathie, de déléguer la direction de nos vies, de subir même parfois, plutôt que de prendre notre destin en mains.

Même, oui, lorsque nous sommes militants de partis ou de syndicats.

Car nous transposons alors sur l'appareil (dont le fonctionnement est en général calqué sur le modèle de la démocratie bourgeoise) auquel nous croyons appartenir, notre désir presque spontané de délégation.

Oui, c'est laid, ce que je dis (ou plutôt c'est la réalité que je rapporte qui n'est pas très jolie), mais c'est vieux comme La Boétie et "la servitude volontaire".

Essayer d'être "maître" de soi (ce n'est pas l'expression que je voudrais employer mais les termes exacts m'échappent), de son temps, de ses goûts.... est relativement fatigant, exigeant, surtout dans une société comme la notre, où rien n'est fait pour rendre cela possible.

Mais si on acceptait d'abord d'être "maître de soi", peut être qu'on ne pourrait plus supporter que d'autres essaient de devenir nos maîtres?

Et probablement qu'on n'aurait plus ensuite de désir de devenir "maître d'Autrui", surtout si l'Autre devient notre semblable, notre égal?

Bien sûr "maître de soi" ça ne signifie ni être individualiste, ni nier la classe, ni refuser le collectif.

Au contraire, et peut être même que, plus on atteint un degré d'indépendance, disons,d'autonomie, et de respect de soi élevé, plus on est capable de travailler, de réfléchir et de construire pleinement ensemble. Collectivement.

Au risque de choquer, j'irais même plus loin dans l'autocritique:

- même lorsque nous n'avons pas voté Sarkozy (ou Chirac ou disons, lorsque nous avons toujours voté "à gauche"), même lorsque que nous avons fait, de bonne foi, ce que nous croyions juste, nous sommes en grande partie responsables de ce que nous avons aujourd'hui, dans la mesure où nous avons trop longtemps accepté un système, économique et politique, complètement fou et "pipé" à la base.

En effet, c'est totalement déraisonnable de notre part d'accepter, dès l'origine, de laisser les règles du jeu être définies par des gens qui, fondamentalement, n'ont pas les mêmes intérêts que les nôtres, voire, ont carrément des intérêts opposés.

Si un de nos amis laissait son argent à gérer à un escroc notoire comme Bernard Madoff par exemple, on lui dirait qu'il est complètement fou, non?

Bien sûr, il y a des situations, des moments de l'histoire, où ce type de compromis est envisageable, peut être même nécessaire, des moments où cela fonctionne plus ou moins bien; c'est ce que l'on a appelé la social-démocratie ( et le mouvement révolutionnaire pour le communisme est d'ailleurs né de la contestation de l'hégémonie de cette alternative pour la classe ouvrière).

Et puis il y a des moments de l'histoire où tout se précipite, et l'on voit bien que là, il va falloir "faire autre chose" (et pas seulement "la même chose autrement").

Des moments, comme celui que nous vivons actuellement, où l'on voit bien que c'est complètement schizophrène de penser que des gens qui ont des intérêts autres que les nôtres, vont agir vraiment "pour notre bien".

Naturellement, ils ne le feront que s'ils y trouvent leur intérêt!

Et parfois, comme en ce moment, donc, leurs intérêts sont, au contraire, de foutre un violent bordel dans tel ou tel endroit du monde, de saccager, de dévaster, de violer le corps social. Leurs intérêts sont de nous mentir, de nous trahir, de nous raconter n'importe quoi...De fermer des usines rentables et profitables, de mettre des centaines de milliers de braves travailleurs à la rue, sans se soucier de ce qu'il adviendra de nous.

C'est ce que tous ces exploiteurs appellent aujourd'hui "démocratie" (qui n'a vraiment plus rien à voir avec "le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple"...), ce lien tellement distendu entre la population réelle et les "représentants" constitués en une sorte de caste, caste dont les intérêts se recoupent, consciemment ou pas, avec ceux des propriétaires des capitaux.


II. Le sacrifice de la Liberté des travailleurs doit prendre fin

Ce que nous avons sacrifié, en somme, au confort de ne pas avoir nous mêmes à nous impliquer davantage, à agir davantage, ce que nous avons sacrifié, c'est la liberté. Notre Liberté. Il faut dire qu'on nous a bien aidés à le faire, ce sacrifice....

(Là, normalement, c'est bon, avant de m'accuser de populisme, on va me dire que "la liberté, c'est petit bourgeois").

Et bien si défendre la liberté, comme un bien premier de l'homme au même titre que l'eau et le pain ou le repos justement, c'est le signe assuré qu'on est "petit-bourgeois", pas de souci, je revendique sans aucune honte que la liberté, celle de pouvoir vivre décemment pour faire de vrais choix, d'abord, et aussi, donc, celle de s'exprimer, celle de donner son avis et de le faire respecter, celle d'agir ( c'est-à -dire aussi d'avoir les moyens d'agir), celle de se réunir, celle de se défendre contre l'oppression d'une majorité par une minorité, c'est le bien le plus précieux de l'homme, et notamment du travailleur.

Mais avant de me dire que ça n'a pas d'importance, cette liberté, j'attends que les mêmes nous rendent possible alors, de dire à nos patrons ce que nous pensons de leur gestion sans se prendre un référé ou un courrier en recommandé dans les dents, par exemple.

Non, cette liberté d'expression, nous ne l'avons même pas dans la plupart des entreprises, des lieux de travail.

A peine avons nous, dans les PME privées, le droit EFFECTIF de nous syndiquer! Oh, sur le papier "tout est possible" mais dans la réalité les salariés du privé (et notamment des PME ou TPE, dont je fais partie) savent bien que c'est un vrai combat, un combat qui peut coûter très cher.

Alors, pardon, mais je crois que ce n'est pas du tout "petit bourgeois", la défense, la revendication de "la liberté".

Tiens, aurions nous le droit de nous armer et de nous rassembler pour résister à l'agression armée du pouvoir capitaliste et protéger les nôtres? Non, bien sûr, nous n'avons pas le droit. Et pourtant, si le peuple-classe était agressé physiquement, militairement, alors qu'il tente de défendre sa vie, le fait de pouvoir répliquer, ne serait-ce pas une liberté?

La liberté, oui, c'est fondamental, tout dépend toujours à quoi on l'utilise, sur quoi on la fonde, vers quoi elle est tournée.

Est-ce la liberté individuelle de faire n'importe quoi, la liberté de l'égoïsme, la liberté sans principe, sans valeurs, et qui sert de masque aux pouvoirs fascistes?

Non, bien sûr, notre liberté n'est pas celle-là, parce que nous voulons "à chacun selon ses besoins" sans distinction de race, de nationalité.

Parce que nous, nous avons en tête de rendre possible enfin une véritable démocratie, une démocratie réelle où la majorité de la population (majorité du point de vue social, c'est-à-dire, une majorité établie sur la fonction occupée réellement dans la société) peut enfin décider et participer activement à la détermination de son destin.

Et puis attention, notre liberté à nous, communistes, ce n'est pas celle des grands penseurs bourgeois. Nous, on sait que la liberté, si c'est seulement une idée, ça n'a aucun sens - ou ça peut les avoir tous! - il faut encore avoir les moyens de la liberté. Et là, on est loin du compte!

La conquête de notre liberté réelle, ça a toujours été mon point de vue, ma motivation, depuis le début de mon engagement en politique, ensuite, auprès des communistes du PCF, et je n'ai toujours pas changé d'avis depuis le jour où (pardon pour l'auto-citation, mais il faut parfois démontrer sa constance dans une quête), j'ai dit que:

" (...) parler de politique, c’est parler de créer. Créer les conditions qui permettent une liberté de pensée réelle. Cette liberté de penser, elle nous est aujourd’hui fortement contestée.
Il est question, dans cette élection, cruciale, ni plus ni moins que de choisir ce que vous voulez, pour vous, et pour ceux que vous aimez et que vous voulez protéger. Voilà la question aujourd’hui : la Liberté ou l’aliénation ? L’Homme libre ou l’esclave ?
La liberté, notre liberté, est en danger. Les conditions économiques et sociales parfois dramatiques dans lesquelles vivent aujourd’hui trop de nos concitoyens, des conditions qui nous font vivre au rabais, des conditions qui nous font survivre pour certains, ne favorisent pas la liberté. Car, comment être libre lorsque la fin du mois commence le 15 ? Comment être libre lorsqu’on ne peut pas espérer faire des études satisfaisantes ? Comment être libre lorsque l’on a peur, en permanence, de perdre son emploi ?(...)"
.

Liberté de penser: c'est difficile à mettre en œuvre car être vraiment libre de penser implique, à mon avis, de penser juste, et pour penser "juste", au moins, essayer de penser un peu plus juste, il faut un peu de temps pour se former, pour apprendre, pour débattre ensemble...

Liberté de penser (et cela n'est pas gagné, car il faut déjà pour cela contester et éradiquer la propagande bourgeoise et ses véhicules), liberté de mettre en œuvre les moyens, tous les moyens, pacifiques, si possible, de revendiquer, de développer, de réaliser tout ce que cette première liberté, de penser, aura fait jaillir dans nos têtes et dans nos vies.

Liberté de penser, pour avoir la liberté d'expérimenter, liberté de penser pour avoir la liberté de faire autre chose, de vivre autrement.

Plus que jamais, pour agir sur nos conditions de vie matérielles, sur l'économie , nous devons prendre le contrôle de tous les leviers politiques. Ce qui ne signifie pas continuer d'alimenter le système politique qui nous nuit en prétendant qu'on pourrait le "changer de l'intérieur".

Oui, je pense que la conquête de sa liberté, ce que d'autres bien avant moi ont appelé "émancipation", c'est plus que jamais notre combat à toutes et à tous.

Et si on gagnait ce combat, nos camarades, nos frères en lutte, ne se retrouveraient pas en ce moment à la rue, au tribunal, que sais je!

Non, parce que dans cette démarche d'autonomie, la liberté, évidemment, prend le pas sur cette saleté de propriété privée des moyens de production, l'occupation du lieu de travail pour défendre son gagne-pain devient une véritable liberté c'est à dire qu'elle ne rencontre pas d'obstacle!

Nos enfants, leurs enseignants, ne seraient pas inculpés pour avoir manifesté leur désir, salutaire, légitime, d'un autre monde!

Donc, ce que nous devons revendiquer premièrement, la bannière sous la quelle je pense, nous pourrions toutes et tous, gens "de gauche", nous unir, c'est la défense, l'augmentation, de la liberté.

Liberté de critiquer le discours et les actes de ce gouvernement et de son opposition fantoche. Ça veut dire, liberté d'avoir les bons chiffres, les bonnes analyses, ça veut dire liberté de l'information, et liberté de l'expression.

Est-ce le cas aujourd'hui? Non. Pas pour la majorité d'entre nous. Mais il faut construire la possibilité de le faire.


III. Les rapports entre le peuple, les représentants politiques actuels et le système

La Liberté en question, c'est aussi celle de nous déjuger, ensuite, c'est à dire, la liberté de démissionner un pouvoir élu par nous, nous le peuple-classe, la liberté de le sanctionner devant toutes ces erreurs manifestes.

Et je ne vise pas que Sarkozy.

Je vise bien sur l'ensemble de la droite, mais en ce qui nous concerne, "notre gauche". Elle n'est pas satisfaisante. Elle est nulle, aux trois quarts.

Non seulement, il ne faut pas faire ce cadeau à Sarkozy, de croire qu'il serait responsable de tout, mais on ne peut pas se mentir, dans une telle période, en disant qu'il suffirait de changer Sarkozy (pour quoi, d'ailleurs? Pour un Le Pen? On prévoit un FN à 8 % aux Européennes mes amis!); et puis, si on en reste à des questions de personnes ou de partis, on n'approchera pas de ce qu'on doit réellement changer, c'est-à-dire, le système.

Mais ensuite, je crois que nos impôts servent quand même à payer (très largement) des gens qu'on appelle députés et sénateurs, des gens qui sont supposés être seulement nos mandataires, et qui, contrairement à ce qu'ils veulent nous faire croire, ont encore de nombreux pouvoirs en France; on ne doit plus leur laisser croire qu'on les protège, "parce que ce serait eux", parce que ce serait "notre parti", alors qu'ils font des boulettes, et se contentent de dire ensuite "Ah on ne peut rien faire, vous savez, nous sommes minoritaires! Mais votez pour nous et ça ira mieux".

Le clientélisme c'est ça: " J'agirai pour toi, toi en tant que représentant d'une classe, non pas si c'est juste du point de vue de ce que je dois défendre et combattre, mais si tu as pris ta carte, si tu as mis ton obole dans le tronc, et puis j'agirai que si je ne suis majoritaire parce que tu sais, sinon, je ne peux rien faire...."

La guerre des classes que nous menons, que nous portons, que nous subissons, dans nos entreprises, dans nos lieux de travail, au sein des universités, des labos, dans les associations, elle doit entrer à l'Assemblée. Cela, nous devons l'exiger de nos représentants soi disant populaires.

Il est temps que, au moins, les vrais démocrates, les vrais partisans de la classe ouvrière, cessent de s'acoquiner avec ceux qui, PS ou UMP ou Modem, sont toujours les premiers à nous trahir, nous les travailleurs, nous les exclus, les précaires, les étudiants, les jeunes..., finalement!

Il faut qu'ils fassent, en quelque sorte du "syndicalisme parlementaire de classe"!

Depuis quand être minoritaire empêche-t-il d'agir? Est-ce que un syndicaliste doit attendre d'avoir 99 % de ses collègues syndiqués à l'organisation qu'il représente, pour commencer à agir sur son lieu de travail? A ce tarif-là, il n'y aurait pas eu beaucoup de conquêtes sociales!

Pourquoi devrions-nous porter la contradiction aussi au cœur des assemblées (parlement, conseils régionaux, conseils généraux, municipalité?) et bien parce que, profondément, et même dévoyé à l'extrême comme il l'est sous la 5ème république version sarkozyste, le système représentatif de la démocratie bourgeoise est parlementaire, dans le sens où son fondement radical est au Parlement et dans les assemblées législatives locales.

Bien sûr, la plupart de nos gentils députés et sénateurs essaient de nous faire croire le contraire, et Sarkozy les a bien aidés avec sa réforme bidon.

Mais les lois, il faut bien quelqu'un pour les voter quand même? Ok, on peut faire des décrets mais les décrets ça s'attaque. (On peut aussi aller manifester devant le Conseil d'Etat quand il préfère appliquer la justice bourgeoise à la justice populaire!)

Alors ces gens , de droite et même de gauche, qui sont, au fond, d'accord avec Sarkozy,et surtout, avec les intérêts de classe que défend Sarkozy, mais qui dépendent, eux, strictement de cette "caste" à de rares exceptions, il faudrait leur demander de choisir leur camp ou de partir.

Se soumettre ou se démettre.

Et s'ils ne veulent pas partir , il faudra les virer.

Parce que MM Dassault, Mancel, Patria, Degauchy, Gonnot et j'en passe, par exemple, ce sont bien des députés UMP de l'Oise non?

Alors peut être que face aux ouvriers de Continental excédés, ils font peut être les beaux sur "leurs terres", mais une fois rentrés à l'Assemblée Nationale dans leur groupe, ils font quoi? Rien. Ou plutôt si, ils cautionnent les politiques capitalistes, profondément liberticides et antisociales de leurs amis Fillon, Sarkozy, Devedjian etc.

Et les petits députés félons comme Manuel Valls (PS) qui n'est même pas de l'Oise mais de l'Essonne (et qui va finir par se déchirer la langue à force de lécher le cul de l'UMP) et qui n'a pas eu de mots assez durs pour appuyer la criminalisation du mouvement social, on ne pourrait pas aller leur dire deux mots aussi à ces braves "représentants du peuple"?

Allez, cela suffit de nous prendre pour des jambons!

Y'a bien un moment où c'est sur les actes qu'on juge les gens et plus sur les paroles, non?

Ce que nous devrions en conséquence aussi revendiquer (revendiquer en actes) comme liberté, c'est donc bien aussi le droit d'aller manifester pacifiquement devant l'Assemblée Nationale sans nous faire gazer, sans nous faire matraquer, sans nous faire enfermer. Sans tomber dans des pièges policiers énormes.

Nous sommes en démocratie parait-il?

Alors, si nous nous réunissons devant le Palais Bourbon pour dire à tous ces députés, sans lesquels Sarkozy ne serait qu'un chef sans armée, à ce jour, "protégez-nous, défendez-nous, ou partez", on ne devrait pas nous faire de mal.

Si nous nous asseyons pour le premier long "sit in" de notre histoire, en disant à tous ces représentants félons :

"Nous resterons assis là, ensemble, face à vous, tant que vous ne remettrez pas vos mandats, parce que nous rêvons d'un autre monde".

"QUE SE VAYAN TODOS"!

De votre loi Hadopi, de vos lois anti-étrangers, de vos lois anti-savoir, de vos lois faites par les riches pour les riches, on n'en veut plus, on n'en veut pas!

Oui, nous, le peuple-classe, le peuple du travail et ses alliés, nous voulons que vous partiez, que vous quittiez ces lieux.


Je vais vous dire, camarades, si nous faisons cela, à la rigueur, Sarkozy peut même ensuite rester dans son Palais!

Le pouvoir de décider vraiment de nos vies, alors, n'est plus chez lui mais chez nous, dès lors que nous aurons décidé de reprendre ce qui nous appartient.


IV. Nos luttes dans les lieux de travail et dans la rue doivent être accompagnées par une lutte pour construire et imposer un nouveau projet politique

Tout ce qui nous appartient. De nos usines jusqu'à nos assemblées. Il faut TOUT reprendre.

"Tout est à nous, rien n'est à eux, tout ce qu'ils ont 'nous l'ont volé."

Vous me direz, "c'est bien gentil ton grand délire", mais cela ne sauvera pas les ouvriers de Conti, de Caterpillar, de Goodyear, cela ne sauvera pas les pêcheurs, cela ne sauvera pas les étudiants, les chercheurs...tous les salariés qui se font virer, cela ne donnera pas un toit à tous les sans logement ni à manger à ceux qui crèvent de faim...

C'est peut être une erreur, camarades, de penser comme cela! Peut être que si, justement, c'est cela qu'il faut faire.

Car ce que nous ferons dans la foulée de toutes nos luttes de terrain, de nos luttes méthodiques, de la grève générale que nous devons préparer, envers et contre tout, c'est abolir la constitution de 1958, clore le cycle ouvert en 1789 de domination politique bourgeoise.

Ce que nous ferons dans la foulée, c'est une assemblée constituante pour fonder la démocratie populaire.

On va la faire naître, la constitution de l'An I, enfin!

Il ne s'agit pas de faire passer la lutte strictement politique avant la lutte des travailleurs, avant les engagements de terrain, je ne suis pas en train de proposer que tout se règle au-dessus de nos têtes, dans des assemblées d'élus, sans combattre, non, mais que la lutte politique se fasse ENFIN l'écho, la traduction de nos batailles de terrain, et que ces batailles dans nos lieux de travail nourrissent nos propositions politiques.

Qu'à la fois, cette lutte politique vise à appuyer et à développer les luttes sur les lieux de production, contre les pouvoirs des capitalistes. Qu'elle ait ce même visage de contestation radicale, qu'elle soit nourrie par ce même désir de changer l'ordre des choses que les luttes de classe sur les lieux de travail. Qu'elle fasse des propositions de réformes, oui, mais de réformes révolutionnaires.

C'est là la grande leçon d'un LKP, mouvement qu'on ne peut certes pas copier-coller à la métropole, mais qu'il faut analyser, étendre, modifier, adapter à nos spécificités, la leçon de son travail de terrain, de sa diversité, c'est une force parce qu'il unit des revendications à la fois politiques et sociales puissantes. Sans compromis. Sans calculs bureaucrates. Dans une perspective révolutionnaire.

Ce que nous nous donnerons comme règles, ce seront les principes qui seuls peuvent fonder une démocratie nouvelle, réelle, une démocratie qui en effet, remette le pouvoir de nos vies entre nos mains, et pas entre celles de nos pires ennemis.

Je ne vois pas pourquoi nous laisserions les néolibéraux essuyer leurs semelles sanglantes de capitalistes sur ce magnifique drapeau de la Liberté sans tenter de le reprendre et de le hisser sur nos têtes!

Moi non plus je n'aime pas le pouvoir (il est maudit, disent souvent nos camarades anarchistes et ils n'ont pas complètement tort), mais force est de constater que si nous ne prenons pas le pouvoir, nous n'aurons pas cette liberté. Quand une personne veut se battre contre nous, quelle solution adopter? Le renoncement? L'appel à la paix? Non bien sûr, car quand on veut "notre peau", on se doit de répliquer en proportion.

Nous "donnera"-t-on ce pouvoir par les élections dans le cadre actuel?

Certainement pas (sinon, comme disait Coluche, il y a longtemps qu'elles auraient été interdites) et a fortiori, certainement pas les européennes.

Alors, oui, il faut savoir, il est temps de savoir ce que l'on veut.

Malheureusement c'est la règle de la vie qui est ainsi, pour l'instant, "ce qui nous est cher nous coûte cher". Ce que nous voudrions vraiment ne peut pas nous être donné mais doit être pris à ceux qui ne veulent pas nous le donner.

Les exploités, tous ceux qui luttent contre le système capitaliste, contre les néo-libéraux au pouvoir, sont criminalisés quand ils se révoltent, le système de gouvernement actuel ne nous permet pas par ailleurs de participer aux processus de décisions qui affectent nos vies directement.

En revanche, les patrons voyous sont protégés, ils ont pour eux la loi, la justice, la force autorisée!

On ne peut pas occuper une usine comme on veut, mais le patron a pour lui le tribunal et la police pour nous en déloger!

Alors que la colère des salariés exploités, trompés et abandonnés, s'exprime de plus en plus fortement partout dans le monde, alors que les générations futures que l'on veut priver de culture et de savoirs, se rebellent, y compris en France, on voit de plus en plus nettement une guerre des classes qui se dessine.

La guerre de ceux qui possèdent contre ceux qui sont possédés ( au double sens du terme, c'est à dire, dont la force de travail est exploitée par un tiers, et qui sont trompés et abusés).

On la voit de plus en plus nettement, cette guerre des classes, que les relais traditionnels de médiation des colères et des revendications ouvrières, estudiantines, populaires comme les syndicats ou les partis dits "de gauche", s'affaiblissent, faute d'adhérents, faute de votants, victimes de leurs tergiversations politiques, victimes de leurs positions datées de consensualisme, de non-violence à tout prix, de morale petit-bourgeois, victimes, pour tout dire, de la proposition social-démocrate qui les traversait toutes et tous plus ou moins fortement, et qui prétendait "réguler le marché " et "humaniser le capitalisme".

Face à l'effondrement de la social-démocratie, effondrement intellectuel, effondrement pratique aussi, puisque cette solution a été défaite par le néolibéralisme, face à la défaite de ces barrières naturelles à la colère de la classe ouvrière, les antagonismes de classe apparaissent de plus en plus nettement.

Les "pompiers sociaux" traditionnels sont désormais trop affaiblis, trop peu crédibles pour être encore d'une quelconque utilité au maintien d'une paix sociale relative.

Ils freinent encore tant qu'ils peuvent empêcher de construire la grève générale qui sera une arme de poids dans notre combat d'émancipation, mais bientôt, même cela ils ne pourront plus le freiner! Et c'est tant mieux. Car ce qui nous attend à partir du second semestre 2009, ce que la crise du capitalisme va nous amener, est apocalyptique ou presque, et personne ne pourra pas contraindre les peuples à se faire tondre sans qu'ils réagissent!

Et c'est là que nous devrons avoir des propositions politiques à faire. C'est pour ça que depuis des mois, des années, nous sommes nombreux à passer à une "vitesse supérieure" pour construire ce projet politique.

A l'heure où les sondages pullulent, pas un seul n'a encore été commandé pour savoir ce que pensent les Français de l'action des syndicats et des partis dits ou qu'on appelle de gauche. C'est étrange non?

Les habitants de ce pays sont ils satisfaits de ces acteurs traditionnels de leur vie sociale? Attendent-ils plus? Autrement? Les trouvent-ils suffisamment représentatifs de leurs colères de leurs attentes? Pensent-ils que leur salut viendra de ces organisations?

On ne sait pas. Ça doit bien en arranger certains qu'on ne sache pas.

Le niveau de "conscience de classe" des habitants de la France est-il modifié par les nombreuses déconvenues que subissent leurs croyances anciennes sur la "démocratie"? Sur "la valeur travail"? Sur "la société de consommation"? Des leçons sont-elles tirées au moins de ce que nous vivons là?

Et surtout, sent-on le renouveau d'une aspiration à ce qui serait un socialisme, un communisme?

Ce n'est pas certain.

Pour le moment.

Mais on sent monter à la fois une "haine du patron", de plus en plus fortement, qui se traduit de plus en plus par une critique du système capitaliste, (pas seulement du néolibéralisme) et un désir collectif de changement. Indéniablement.

Mais attention!

L'expression de ce désir, de ce changement, pourrait être fort différente de ce que nous, socialistes et communistes, espérons.

Nous sommes de plus en plus nombreux à penser (et pas des plus "gauchistes" cela va d'élus du PCF à Villepin, ou Royal, en passant par des intellectuels comme E. Todd qui parle, lui, d'une révolution fasciste), qu'une situation pré-révolutionnaire est bel et bien en train de se créer.

Tout péter sous un coup de sang, suite à une décision d'un tribunal, si je le comprends plus que bien, ce n'est cependant pas encore s'organiser, méthodiquement, pour démolir minutieusement les symboles d'un pouvoir qui trahit tout ce qu'il approche, puis, le pouvoir lui-même.

Ce n'est pas encore se préparer comme se prépare une armée en guerre.

Alors, changer, oui - ne serait-ce que parce que nous, les peuples, nous le voulons de plus en plus (et ce n'est pas les partis qui ont raison - trop souvent contre les peuples- mais la réalité).

Mais ce changement, il ne faut pas perdre de vue que, compte tenu des nombreuses faiblesses actuelles de la gauche institutionnelle et des syndicats, en tant que force de proposition d'un nouveau projet politique, il pourrait très bien trouver comme aboutissement, en France et en Europe, la fascisation complète du paysage politique.

Mirage ou réalité, je ne sais pas, mais le dernier sondage de Paris Match sur la personnalité politique préférée des Français est assez angoissant, de mon point de vue: il paraît que cette personnalité, c'est Jacques Chirac.

Autant dire que si, réellement, la majorité d'entre nous pense cela aujourd'hui, la révolution si elle a lieu, sera bien plus sûrement une révolution néo-fasciste qu'une révolution socialiste.

Et cela, c'est l'enfer au niveau local, la misère tous les jours, l'étouffement, mais encore, la guerre quasi assurée à l'échelle du monde.

Alors certes, tout n'est pas perdu camarades, et au contraire, mais il faut agir, et vite. Sans compromis, sans tergiverser. Il faut arrêter de tourner autour du pot.

C'est extrêmement compliqué, car nous devons nous battre à la fois contre la droite et l'extrême droite, et à la fois aussi, hélas, contre la gauche qui ne veut pas lâcher la solution sociale-démocrate et qui essaie de négocier notre "bien" contre notre gré.

Ce n'est pas évident d'en arriver cette conclusion qu'il faut mener ces deux combats ( attention, je ne dis pas que les deux opposants, droite et gauche sociale-démocrate, soient équivalents, ni qu'ils soient les mêmes ou comparables... Je dis que nous devons les combattre tous les deux, pour des raisons différentes chacun. Évidemment, nous réservons un sort différent à chacun également. )

Mais nous ne pouvons hélas plus faire cette économie du double combat.

D'où le sens du "Que se vayan todos!" repris ici.

Cependant il faut avoir conscience qu'on ne peut pas souhaiter ce grand "ménage" sans avoir autre chose de sérieux à proposer.


V. La puissance de l'union des exploités dans la réflexion collective et le débat ouvert

Je ne crois pas, personnellement, que, face à ce que à quoi nous sommes confrontés, "LA solution miracle" puisse sortir de la tête d'une seule personne, ni même des têtes conjuguées de deux cents personnes.

Non.

Je pense profondément qu'il y a parmi nous des centaines de milliers, sinon des millions de personnes qui ont "leur mot" à dire, qui réfléchissent, qui ont des propositions à faire, qui peuvent imaginer des alternatives au capitalisme...

Non seulement, c'est la réalité, (quiconque se ballade fréquemment sur Internet ne peut qu'être troublé par la profusion d'idées, ou d'initiatives de toutes sortes qui fleurissent, individuellement ou collectivement), mais encore, cela est souhaitable.

Les temps de l'esclavage moderne ont trop duré, oui, et à tous points de vues, y compris intellectuel: cette crise est aussi la faillite totale des cénacles, des "think tanks", des experts et des petits comités, qui discutent et décident en secret, dans l'ombre, le plus souvent.

Il faut que chacun d'entre nous reprenne le droit de parler, même pour dire des conneries!

Cela c'est aussi une révolution personnelle: refuser la censure, à commencer par l'auto-censure.

Peut être même est-ce la faillite des partis politiques aussi, en tout cas tels que nous les connaissons. Peut être est-ce le glas d'une certaine forme d'organisation du combat des prolétaires?

Moi je le pense, non pas au sens où les travailleurs, les étudiants, les intellectuels, les exploités, ne devraient plus s'unir dans une même organisation, (non, tout au contraire), mais dans le sens où je crois que toutes ces formes traditionnelles que nous connaissons encore ne sont que des reproductions des schémas de domination dont nous souffrons déjà dans la vie quotidienne.

Et que si nous voulons sortir de nos chaînes, il faudra les briser toutes, à commencer chez nous (chez nous individuellement et dans nos vieilles organisations, quand on y appartient encore).

En d'autres termes, nous avons une révolution véritable culturelle à accomplir en nous-mêmes et au sein de nos organisations aussi.

Nous ne devons pas penser d'abord en tant que militants mais d'abord en tant que représentants de notre classe, et ce jusque dans nos organisations.

Fini de mettre le parti avant la classe.

Notre boussole, ça ne peut pas être le drapeau, le nom, la carte, mais seulement l'intérêt de classe.

Des exemples où, selon moi, la réflexion collective en recherche de solutions "techniques", pragmatiques, doit être la règle et pourrait donner de bonnes choses:

a - Il y a des critiques très fortes à apporter à "la croissance" comme solution miracle, à la "société de consommation" comme idéal, mais l'homme moderne ne peut plus vivre, depuis longtemps, par la pêche, la chasse, la culture.

Il est obligé, à ce jour, depuis longtemps, pour vivre, de gagner de l'argent, argent qui lui permettra d'acheter de quoi se nourrir, de quoi loger sa famille...

Il est bien obligé de vendre sa "force de travail" pour vivre, au sens strict du terme.

Alors, un revenu universel du seul fait que l'on en ait envie est-il souhaitable? Envisageable? "Décroissance"? Si oui, comment?

b - Dans le même ordre d'idée, est-ce une nationalisation des banques qu'il faut envisager ou une collectivisation sous forme coopérative, mutualiste? Quelle place accorder à la finance?

c - Doit-on sortir de l'Union Européenne? La détruire?Oui,non? Comment?


d - Face à la réduction constante de son salaire, le salarié ne peut plus acquérir les biens de sa consommation courante auprès de petits producteurs ou de petits commerçants, qui ne parviennent plus à être aussi disponibles et compétitifs que les grandes centrales de distribution et de l'agro-alimentaire.

Les salariés mal payés, en tant que "consommateurs", achètent alors à moindre coût des biens produits à l'étranger dans des pays dits émergents, pays dans lesquels souvent ont été délocalisées les productions qui embauchaient avant leur cousin, leur frère, leur tante, dans leur pays.

Ils en sont donc réduits à un mouvement suicidaire: acheter moins cher en provenance de l'étranger ce qu'ils produisaient avant localement, ils tuent ainsi à la fois leurs emplois au sens large, et également, les structures locales de distribution, comme le boulanger, le boucher, etc.

Les agriculteurs eux-mêmes souffrent de la main-mise des trusts capitalistes (filières des surgelés et conserves, filières des engrais, pesticides, graines etc) sur leurs exploitations. Les pêcheurs, dont on vient encore de voir une démonstration de force, également.

Que peut on faire face à cet état de fait?

Là encore, je ne sais pas, je crois qu'on n'a pas la réponse. Mais on peut trouver des solutions ensemble .

e - On voit bien se dessiner aussi la perspective de nouvelles activités susceptibles de servir de base de renouvellement au capitalisme ou au contraire, à son éradication en fonction des décisions politiques que nous prendrons.

L'écologie n'est pas l'un des moindres des enjeux et à ce titre les derniers sondages pour les élections européennes sont assez éclairants en terme de "marketing politique".

Ce n'est pas un hasard si on se dispute autour d'Heuliez, si Obama a mis dans ses chantiers pour redresser les USA, la protection de l'environnement, si l'Allemagne investit dans l'énergie éolienne (37 % de la production mondiale d'énerge éolienne est allemande)...

On va donc voir s'ouvrir là, sans doute, un nouveau cycle de recherches, de productions, de constructions...Donc, il est possible que des emplois seront recréés. Mais couvriront-ils tout ce qui a été perdu? Seront-ils accessibles à tous? Seront-ils suffisants pour que, dans un pays comme la France (à supposer que cette échelle soit encore pertinente longtemps) par exemple, le plus grand nombre possible de travailleurs trouvent à être employés et payés correctement (ce qui suppose aussi, dans la logique du capitalisme, un "marché du travail" sain)?

Rien n'est moins sûr, pour deux raisons:

- d'abord l'histoire montre que grâce à l'informatisation, la robotique, etc, toutes les nouvelles technologies, le besoin en "bras" se restreint. Le besoin en "locaux" se restreint. On peut même piloter des machines à Paris du fin fond du Bengladesh! Par contre, le besoin de qualifications supérieures et de métiers dits "intellectuels" augmente corrélativement.

- or les politiques néolibérales ont comme conséquence de casser l'éducation, de casser le savoir, de casser la possibilité pour un enfant d'ouvrier de devenir cadre, par exemple. La France ne fait pas exception à la règle et vit à ce titre l'une des plus grandes catastrophes de son histoire.

A ce titre, les luttes engagées contre la privatisation de l'éducation, contre le dénigrement du savoir, contre la privation de moyens publics pour la recherche et l'université ,sont fondamentales et exemplaires, car quoi qu'il arrive dans ce pays à l'avenir (renversement du système capitaliste ou pas), nous ne serons rien sans culture, sans éducation, sans savoirs.

Là encore, que faire, quels choix techniques, économiques, financiers, effectuer?

C'est toujours la même question , et à ce stade, je fais toujours la même réponse.
Moi toute seule, je ne sais pas. tous ensemble, peut être que nous trouverons les bonnes voies.

Ce n'est pas moi (ni personne en particulier, en fait) qui ai la solution à la crise que nous vivons actuellement, mais nous toutes et tous, dans la confrontation des questions, des réponses, des idées, des informations, des expériences.

Si nous construisons un nouveau cadre politique délibératif et démocratique, par le débat, le débat libre, non faussé, du plus grand nombre, le plus grand nombre d'entre nous aura peut être une chance de faire émerger de nouvelles pistes.

Ce qui signifiera, pour ce faire, mettre à la disposition de tous, les informations, les savoirs, les données, faciliter les rencontres, les débats, accorder du temps...

La seule chose dont je suis convaincue aujourd'hui c'est que c'est faux de prétendre que nous en aurons fini avec le capitalisme de façon "naturelle".

Faux de prétendre que, cette fin, c'est maintenant et qu'elle va juste "advenir". Non, ce n'est pas fini. Je pense que même en crise aiguë, le capitalisme n'est pas encore mort en tant que système mondial.

Par contre il est très mal en point, et on pourrait (on devrait) l'aider à mourir!

Et pour ça, je propose pour une fois que nous prenions les "choses à l'envers" et que nous travaillions à faire éclater, aussi, le cadre politique dans lequel nous vivons depuis des décennies.

Donc, la seule chose que je peux faire moi en tant que prolétaire, en tant que militante de base, en tant que citoyenne, c'est apporter ici et là des premières propositions politiques, dont certaines peut être pourraient unifier toutes nos luttes à ce stade.

Elles ne feront en somme, bien souvent, que reprendre le flambeau des créations politiques considérables de 1946.


VI. Premières propositions pour un projet politique alternatif et pour un changement de société

D'abord, je pense qu'il faut que nous travaillions, toutes et tous, en ayant à l'esprit, constamment que ce système capitaliste que nous voulons jeter à bas fonctionne grâce à des règles simples qu'il convient d'abolir partout dans le monde, et notamment, pour ce qui nous concerne, en France et en Europe.

Ces règles ont nom:

- l'exploitation, par le propriétaire du capital, de la force de travail du salarié qui doit la vendre pour pouvoir vivre,

- la propriété privée des moyens de production,

- la recherche constante du profit maximal et son absence de redistribution aux producteurs,

- la liberté des échanges économiques et la régulation de la concurrence,

- la possibilité de spéculer financièrement

- la répression, au besoin par la violence, de toute forme de contestation du capitalisme comme système prétendument valable pour assurer le bonheur de l'humanité.


Aussi, convaincus que le capitalisme économique comme politique, n'est pas amendable, qu'il ne peut pas faire simplement l'objet d'améliorations, et convaincus aussi que le jour est arrivé de faire naître, par tous moyens, la possibilité pour l'immense majorité d'entre nous, travailleurs en devenir, actifs ou non actifs, retraités, de se libérer et enfin, de ne plus vivre dans les fers, de ne plus vivre dans la crainte, et de construire un nouveau monde, nous formons ici le projet de détruire le capitalisme et de nous donner un nouveau système économique, politique, et social, et nous proclamerons bientôt, j'espère, la nécessité de faire advenir la démocratie populaire et prolétarienne.

Car seule la démocratie populaire pourra assurer enfin le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

--> Évidemment, tout ce qui suit ( comme ce qui précède), est à tout le monde, c'est à critiquer, à améliorer, à discuter...


20 PRINCIPES POUR CONSTRUIRE UNE DÉMOCRATIE POPULAIRE ET PROLÉTARIENNE


1. Nous ne voulons plus êtres des exploités, mais nous ne voulons pas être des exploiteurs.

Nous ne voulons plus subir et nous ne voulons plus que nos semblables subissent l'exploitation, les privations, la faim, la peur, la misère, la maladie, la guerre, la solitude.

Nous voulons "le pain, la liberté, la santé et l'éducation" pour la plus grande majorité des habitants de la France, et nous souhaitons qu'il soit pourvu à chacun selon ses besoins.


2. Nous voulons préserver la nature, protéger l'environnement, lutter contre les pollutions de l'air, de la terre et des eaux.

A ce titre, évidemment, nous les déclarons bien non marchands, non commercialisables et dignes de la plus grande protection possible.

Les terres appartenant aux exploitants agricole de type industriel seront saisies et partagées entre les petits exploitants. Aucun de ces biens ne pourra faire l'objet de spéculation.

De même que les matières premières, notamment celles nécessaires à la nourriture ou la santé, ne pourront faire l'objet de spéculation, contrairement à ce que nous connaissons actuellement.

Les énergies alternatives non polluantes seront favorisées. La question de l'énergie nucléaire devrai faire l'objet d'une grande consultation populaire. Toutefois, la fabrication et la commercialisation de bio-carburants sera interdite pour l'heure compte tenu de leur haut potentiel de destruction pour l'équilibre environnemental mondial.


3. Nous devons déclarer illégale la propriété privée des moyens de production et nous devons favoriser l'auto-gestion, les nationalisations, les coopérations, les groupements publics et les associations.

Car qui contrôle la propriété et l'utilisation des moyens de production contrôle la possibilité de la redistribution des richesses produites par les travailleurs.


4. Nous voulons une démocratie réelle, c'est à dire une démocratie fondée sur ce qui unit aujourd'hui la grande majorité d'entre nous, c'est à dire, le travail salarié, une démocratie qui soit établie par et pour les travailleurs et les classes qui décideront de les soutenir, pour défendre et protéger nos intérêts avant toutes choses.

Cette nouvelle démocratie doit prendre corps jusque sur les lieux de travail et de production, dans les institutions bancaires et financières, et le gouvernement du peuple, doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour que ces réformes voient effectivement le jour.


5. Nous sommes lassés de l'absence de représentativité des institutions politiques de ce pays.

Nous voulons des parlements qui soient à l'image de ce qu'est le pays, et où l'on puisse voir enfin des chômeurs, des ouvriers, des étudiants, des mères de famille, des intermittents, des salariés, des handicapés... devenir des mandataires du peuple.

Pour cela il faut mettre un place des réformes profondes permettant l'engagement politique accru des citoyens qui le désirent.

Cela implique plus de temps libre, mais aussi plus de moyens, pour assurer la garde des enfants, par exemple. Pour se former aussi.

Il faut également préparer la constitution d'assemblées législatives locales qui travailleront avec l'assemblée législative au niveau national.


6. Nous voulons une citoyenneté qui soit fondée sur le travail, la contribution aux charges publiques, à la solidarité ou aux progrès liés à la recherche et à l'enseignement.

Pas sur la nationalité.

Car nous savons que pour beaucoup de personnes n'ayant pas la nationalité française néanmoins, la France est leur pays, ils l'aiment et ils la considèrent comme tel.

Il y travaillent, ils y vivent, ils participent à la vie économique, culturelle, de ce pays.

En 1793, nos ancêtres ont pensé que c'était une idée révolutionnaire que de reconnaître la citoyenneté à quiconque apportait la preuve en actes de son désir de vivre collectivement dans une société donnée. Malheureusement cette idée n'a jamais été appliquée: qu'à cela ne tienne, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Voici ce que disait cette disposition constitutionnelle:

"Tout homme né et domicilié en France, âgé de seize ans accomplis ; - Tout étranger âgé de seize ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse un français - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français."

Idée révolutionnaire oui, et ainsi, la citoyenneté étant fondée sur de nouvelles bases, la souveraineté appartient au peuple, et il l'exerce directement par la voie de la pétition et du référendum, ou indirectement par le biais des représentants qu'il se sera librement donnés.


7. Nous pensons que les progrès de la technologie permettent aujourd'hui d'envisager, notamment, une démocratie bien plus directe qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, dans la mesure toutefois où les inégalités technologiques existantes seront réduites.

Des budgets importants seront consacrés au développement à l'extension, des nouvelles technologies.


8. L'Etat français est une République.

Le souverain est le peuple-classe réuni en assemblées légalement constituées.

Son régime politique est celui de la démocratie populaire et prolétarienne.

Il devra se donner une constitution qui garantisse politiquement sa nature de démocratie prolétarienne.


9. L'exercice, par les travailleurs eux-mêmes et leurs alliés objectifs, de charges publiques et de mandats, ne pourra donner lieu à enrichissement personnel ni à aucun privilège autre que l'immunité de parole destinée à assurer la totale liberté des débats politiques dans toutes les institutions de la République, y compris dans la fonction publique et dans l'armée.

Un élu du peuple, un délégué, un représentant, ne pourra pas gagner plus que le montant de son dernier salaire, plafonné à 3.000 euros par mois, et pas moins que le minimum indispensable à la survie soit 1600 euros par mois. Sachant que la République pourvoira à tous les besoins nécessaires à l'activité de ces personnes.

Les mandats, quels qu'ils soient, et les postes, sont non cumulables, leur renouvellement est limité. La conception des partis politiques doit être profondément renouvelée. Le retour au monde du travail est facilité et les discriminations strictement combattues.

La corruption, la prévarication, le népotisme seront sévèrement punis par la déchéance des droits civiques, la publication du jugement, et un travail d'intérêt général, notamment.


10. Les bâtiments abritant actuellement les institutions de la démocratie bourgeoise (Palais de l'Elysée, Palais de Matignon, Ministères somptueux....) et leurs dépendances seront transformés en bâtiments publics (crèches, écoles, universités, musées, bibliothèques..) et en logements sociaux.

La République ne doit pas se loger dans des conditions indécentes de splendeur et de faste. Cet Etat moderne, cette république, cette marche vers les socialisme, ce n'est pas une idôle fardée, avide, corrompue, c'est seulement un cadre nécessaire, à ce stade, au développement de la révolution prolétarienne et socialiste.

11. Nous réaffirmons, avec le Conseil National de la Résistance et le gouvernement qui en fut issu en 1946, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :

"La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme.

Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.

Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances."


12. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale, adhérer au syndicat de son choix et exprimer librement sur tout lieu où il se trouve, ses opinions en matière syndicale.

Le droit de grève s'exerce de manière illimité, sans restriction et autant que de besoin.

Le droit de propriété privée ne peut pas faire obstacle aux droits des travailleurs à se défendre eux-mêmes.


13. Tout travailleur participe directement au travers des conseils de salariés, à la détermination collective des conditions de travail, ainsi qu'à la gestion des entreprises.

Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.


14.
La République française n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.

Nous ajoutons que la République de France prêtera main forte et assistance, par tous moyens, à tous les peuples en lutte pour leur liberté et la conquête de régimes politiques allant dans le sens d'une démocratie populaire et prolétarienne.

Si une armée devait être maintenue sur notre sol, notamment pour lutter contre les ennemis de cette nouvelle démocratie naissante, premièrement, elle devrait être profondément modifiée, et ensuite, elle ne pourrait se retourner contre le peuple-classe, et, en temps de paix, elle devrait être employée à des travaux d'intérêt général.

15. L'Etat français doit assurer à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

Il doit garantir à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.

Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

Le peuple de France proclame son attachement à la solidarité et l'égalité de tous les citoyens devant les charges qui résultent des calamités qui frappent le pays.


16. L'Etat français garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte résidant régulièrement sur son territoire à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture.

L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés, ainsi que le développement d'une recherche indépendante des gros trusts capitalistes, est un des premiers devoirs de l'État.

La culture, le savoir, et l'éducation sont considérés comme des richesses non marchandes fondamentales qui appartiennent à tous et doivent bénéficier de la plus grande communication possible.


17. L'âge de la majorité politique doit être abaissé à 16 ans .

Il est anormal que des jeunes gens soient en âge de quitter l'école et de travailler, voire de payer des impôts et de contribuer par les taxes indirectes au bien public, mais ne puissent pas participer à la vie politique de leur pays.

Il est anormal que l'Etat puisse prendre des décisions qui les concernent directement, sur leurs collèges, leurs lycées.. et qu'ils ne puissent pas participer à la vie politique de leur pays.


18. Nous réaffirmons la nécessité de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et la garantie de l'indépendance de la justice.


19. Nous affirmons ou réaffirmons également les principes de l'habeas corpus, des droits de la défense, de la proportionnalité des délits et de leurs peines, de la subsidiarité de la peine d'emprisonnement et de l'incarcération.

Nous nous engageons à abolir la loi qui punit l'évasion et la tentative d'évasion, et nous travaillerons à ce que le monde pénitentiaire et carcéral respecte la dignité des personnes et soit enfin à la mesure des objectifs d'une société réellement civilisée.

20. Nous voulons affirmer la liberté d'expression et d'opinion comme un droit inaliénable et sacré pour toutes et tous, et nous voulons assurer la liberté de l'information par un pluralisme réel de la presse, ce qui ne peut être rendu possible qu'en réformant profondément le statut du journaliste et des agences de presse, en prononçant la dissolution des conglomérats de la presse écrite et télévisuelle, la confiscation immédiate de leurs moyens matériels et financiers, et en veillant à ce que le principe de séparation des intérêts publics privés et gouvernementaux soit strictement respectés.



20 bis. Enfin, nous souhaitons qu'un jour le peuple, dans toutes ses composantes , et au-delà, le monde, en sera arrivé, grâce à nos réformes, grâce à notre travail collectif permanent, à un tel degré d'émancipation, de bien-être et d'élévation spirituelle, que l'Etat , la police et l'armée pourront disparaître.

Nous nous engageons à œuvrer partout et toujours en ce sens, avec toutes les forces progressistes qui le voudront également et nous nous engageons à tout mettre en œuvre pour réaliser ce projet politique.


mercredi 22 avril 2009

INTERVENTION B THIBAULT A LA REUNION CGT 1er AVRIL (via Jean Lévy)

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"Canempechepasnicolas publie ci-dessous, sans attendre, le texte intégral de l’intervention du secrétaire général de la CGT, sans commentaires, de manière à provoquer des réactions des lecteurs du blog, et l’ouverture d’un débat.

Ces jours prochains, à son tour, canempechepasnicolas donnera son opinion critique.


INTERVENTION DE BERNARD THIBAULT A LA REUNION DES ORGANISATIONS CGT, LE 1er AVRIL :

La réunion fait apparaître un large accord sur l’analyse de la situation et sur la manière dont la CGT doit affronter la période à venir. Période qui ne doit pas être appréhendée de façon figée tant elle est exceptionnelle et marquée par des événements qui peuvent modifier à tout moment la donne. L’analyse pourra donc être affinée dans 8 jours, dans 15 jours … au regard d’éléments nouveaux. Il n’est qu’à observer ce qui s’est passé dans la seule semaine dernière à propos des débats sur les rémunérations des chefs d’entreprises pour mesurer que nous devons chercher à anticiper le mieux possible, mais aussi tenir compte des changements intervenant au fil des événements.

Nous avions dit qu’il y aurait un avant et un après 29 janvier. C’est ce qui s’est produit et a débouché sur une nouvelle séquence, après celle qui était issue des résultats des prud’hommes, laquelle avait vu se développer le processus unitaire avec à la clé le 29 janvier.

La CGT a une responsabilité particulière, ce dont conviennent beaucoup de militants CGT, qui le mesurent au quotidien. Nous l’avions dit après les prud’hommes, mais cela se confirme et s’amplifie au fur et à mesure que s’intensifie la bataille autour des enjeux. Mais le contexte est inédit pour tout le monde, aussi bien pour la CGT que pour les autres forces en présence. Les choses sont de plus en plus dures pour les employeurs, pour les responsables politiques et pour le Chef de l’Etat lui-même, même si cela n’apparaît pas encore de manière visible et explicite.

Beaucoup de chemin a été parcouru à partir de ce que la CGT a dit, avec d’autres, et que résume la formule « la crise c’est eux, la solution c’est nous ». Les choses bougent sur quelques lignes importantes de la bataille idéologique : finalité de l’entreprise, finalité de l’économie, place des salariés, rentabilité financière, stocks-options, et la liste n’est pas exhaustive des questions qui sont au cœur d’un système dont nous avons fait de longue date l’analyse et sont au centre du débat public aujourd’hui. Cela se traduit par des prises de position de la part des salariés, mais aussi de responsables, que l’on n’aurait jamais entendues en d’autres périodes. Et cela parce qu’il y a bien des évidences qui s’imposent à tout le monde.

La déclaration de Sarkozy avant le G20, « si ça ne se passe pas bien, je claque la porte », n’était pas faite pour ceux qui étaient autour de la table du G20, mais pour les français, pour ceux qui sont en galère. D’autant que ceux qui sont autour de la table du G20 lui ont demandé en substance, « qu’est-ce que c’est ce « bordel » en France ? » Car il y a un effet particulier de ce qui se passe en France au plan international, certes sur le terrain syndical, mais avec une résonance politique évidente.

Par exemple, chez Carterpillar, l’effet médiatique au plan mondial - vous avez sans doute vu les chaînes américaines- a conduit à des décisions rapides d’une direction qui est peut-être au bout du monde mais ne peut pas rester indifférente à une campagne médiatique mettant en relief ses décisions contre l’emploi et touchant son image. Car le débat existe aussi aux Etats-Unis sur la nature des mesures politiques, économiques et financières à prendre contre la crise …

Les lignes sont donc bien en train de bouger. Sarkozy lundi matin a dû refaire une réunion avec les responsables syndicaux. Et il n’est pas étonnant qu’il éprouve le besoin d’accélérer le rythme des rencontres avec les responsables syndicaux dans cette période. Il s’agissait en l’occurrence d’une réunion avant le G20. Une autre réunion pour mettre en place le fonds d’investissement social qui avait été annoncé le 18 février est prévue la semaine prochaine. Sarkozy a laissé entendre que de nouvelles rencontres pourront être organisées plus tard « si il faut réajuster ». Si nous ne sommes pas dupes de cette méthode, force est de constater que cela atteste là aussi que les lignes bougent.

Cela bouge aussi du côté des médias qui doivent traiter autrement l’actualité sociale. J’évoque pour l’anecdote la préparation par France 2 pour mi avril d’une émission où il y aurait Thibault – Chérèque – Mailly, à 20h30 pendant une heure, ce qui jusqu’à maintenant, n’a jamais existé.

Je profite de cette réunion pour faire un petit aparté sur les questions liées à la médiatisation des événements sociaux et attirer votre attention, notamment au niveau des fédérations, sur l’attitude de l’Elysée qui consiste à prendre un dossier de temps en temps, un conflit ça et là et à organiser des contacts directs avec les responsables syndicaux des entreprises à l’Elysée. Il y a forcément des demandes en ce sens, d’autant que les ministres ne comptent pas beaucoup dans la répartition des responsabilités au sein de l’Etat, comme chacun le sait. J’attire l’attention sur le fait que des camarades se retrouvent directement confrontés avec des conseillers de l’Elysée ; le pouvoir veut se montrer à l’écoute, attester qu’il ne laisse pas les gens tomber. Soyons attentifs à des opérations d’instrumentalisation, car ce n’est rien d’autre.

Cela rejoint d’ailleurs un autre aspect de cette période : vers qui sont dirigés les mobilisations ?

Nous attendons des réponses des pouvoirs publics, certes, et il est incontestable que les mobilisations avaient parmi les points forts une critique, et pour cause, de la politique économique et sociale mise en œuvre par Sarkozy.

En même temps, les mobilisations rassemblent au-delà des clivages politiques. Il faut que nous soyons clairs dans les débats que nous pouvons avoir au sein de la CGT. Si nous attendons que le mouvement contraigne Sarkozy à faire un jour une conférence de presse pour dire « je vous ai compris, j’ai décidé de changer de politique économique et sociale », nous pouvons manifester longtemps, parce que ce n’est pas de cette façon que les choses vont se passer, c’est évident.

Au surplus, l’attente d’une réponse politique globale par en haut ne permet pas de porter les contenus revendicatifs que nous avons besoin de porter à tous les niveaux.

Etre contre la politique de Sarkozy c’est une chose, autre chose est de chercher à améliorer la situation faite aux salariés telle qu’elle est. Les attentes peuvent de ce point de vue être différentes, que l’on soit dans une entreprise menacée, qui a disparu ou dans un secteur moins touché par la crise. Soyons particulièrement attentifs dans la prochaine période à tous ceux qui vont sortir de l’indemnisation du chômage partiel auquel ils ont droit. Nous allons avoir la responsabilité de traiter ces situations et nous serons interpellés pour être utiles aux salariés dans les difficultés qu’ils rencontrent.

Sans exonérer bien sûr la politique économique et sociale de Sarkozy, le patronat ne peut pas être exempt d’obligations et de négociations, que ce soit sur les salaires, l’emploi. C’est aussi le moment de revenir sur certaines questions comme l’organisation du travail, l’intensification du travail ou la précarité dans les entreprises.

A partir de cet ensemble de questions, il est normal que nous réfléchissions collectivement à la conduite d’un mouvement qui n’a pas de précédent. Il faut donc accepter cette idée que sa conduite est à définir au fur et à mesure. Il n’y a pas de référence à aller chercher dans telle ou telle période. Il est normal que chacun réfléchisse, que cela débatte dans l’organisation. Et c’est aussi pour cela que l’on a organisé cette réunion, pour bien vérifier entre nous qu’en terme de stratégie, de lisibilité de la démarche de la CGT, il n’y avait pas de problèmes majeurs. Il est donc normal que cela débatte dans l’organisation, en veillant néanmoins à ce que l’on ne perde pas toute notre énergie dans les débats. Il y a le moment du débat et puis après, même si on continue à réfléchir, il faut mettre en œuvre les décisions. Cela ne clôt pas les débats, mais cela ne doit pas conduire à ne pas mettre en œuvre un certain nombre de décisions.

Tout le monde n’est pas confronté à la même situation dans ce contexte. Tout le monde ne vit pas la situation de la même manière, qu’il s’agisse des salariés, des syndiqués, des syndicats, des fédérations professionnelles. Il y a des enjeux spécifiques suivant que les salariés sont dans une entreprise qui ferme – et la liste s’allonge – ou dans une entreprise qui a déjà fermé. Là aussi, comment réfléchissons nous à ce que ceux qui n’ont plus leur entreprise continuent à bénéficier d’une relation étroite avec la CGT. Vous savez que notre structure actuelle nous pose des problèmes de ce point de vue, mais on ne peut pas laisser partir du syndicat tous ceux qui ont perdu leur travail ou leur entreprise, et Ils sont très nombreux. Il y a donc des mesures d’organisation exceptionnelles à prendre.

Tout le monde ne vit pas non plus les choses avec la même intensité. Entre une entreprise susceptible de fermer et l’attente d’une revalorisation des salaires par exemple dans la fonction publique, revendication aussi légitime, les préoccupations diffèrent. Il en est de même de la conduite ou de la répétition des rendez-vous revendicatifs. Là aussi le profil des entreprises, le statut des salariés, et le degré de mobilisation jouent un rôle déterminant.

Avec 95 % de mobilisation dans une entreprise, cela ne pose pas de problème de reconduire la grève si les salariés le décident. Mais si on pense ça et là dans nos rangs que le seul moyen pour augmenter le nombre de ceux qui participent aux mouvements dans leur entreprise c’est de multiplier les rendez-vous nationaux comme une réponse destinée à combler un déficit de mobilisation dans certaines entreprises, il faut qu’on se dise clairement que cela ne peut pas marcher.

Ces rendez-vous nationaux, interprofessionnels, unitaires depuis le début ont créé une dynamique. Ils continuent à générer une ambiance, à donner confiance mais cela ne peut pas être vécu comme un substitut au travail revendicatif adapté à chaque entreprise et au plan professionnel.

La CGT va s’exprimer sur la manière dont elle se situe par rapport aux décisions d’action des mois d’avril et mai. Il est évident que dans cette expression, nous ne prendrons pas le risque de donner un prétexte à ce que la CGT apparaisse comme cherchant à se distinguer de ce qu’a décidé l’intersyndicale. Je pense que nous sommes tous lucides là-dessus, nous n’avons absolument rien à gagner à chercher à nous distinguer si cela devait être perçu par les salariés eux-mêmes comme une attitude de division à l’égard d’un mouvement qui donne confiance et qui recueille l’adhésion d’une grande partie de la population. Ce qui gène patronat et gouvernement, c’est de constater que dans les manifestations, il y a même parfois des petits commerçants, parfois des petits patrons. A l’initiative de syndicats de salariés, certaines autres catégories n’hésitent ainsi pas à délivrer leur propre message, ce qui est un peu inédit. Bien sûr cela doit être apprécié avec lucidité quant à l’ampleur du phénomène.

La CGT va donc s’exprimer sur sa vision d’un mois d’avril constitué d’un feu roulant d’initiatives diverses.

S’agissant des formes d’action les plus médiatisées comme celle des camarades de Caterpillar, il faut que nous soyons tranquilles sur le rôle des médias et jouer la transparence avec les salariés en lutte. Il revient en permanence aux responsables syndicaux de dire vis-à-vis des salariés qui sont exaspérés mais qui sont aussi déterminés : « si vous décidez telle ou telle forme d’action, il faut que vous sachiez quels sont les possibilités ou les risques inhérents aux formes d’actions arrêtées ». Il faut surtout alerter sur tout ce qui pourrait être contre productif par rapport aux revendications défendues. Mais les salariés sont intelligents et il faut donc accepter que tout cela vienne en débat, normalement, naturellement. Il n’y a pas de raisons de se faire peur avec la manière dont les mouvements, les mobilisations sont conduites jusqu’à présent. Comme souvent, gouvernement et patronat vont peut-être chercher à utiliser ça et là, voire à provoquer si nécessaire quelques mouvements particuliers pour tenter de retourner l’opinion publique. Il suffit d’y être attentif comme sur le reste.

Il est possible d’avoir un 1er Mai que l’on pourra qualifier d’historique cette année. Quand on voit ce que nous sommes parvenus à réaliser entre janvier et mars, ce n’était quand même pas gagné, et peut-être même que parmi les non syndiqués – c’est-à-dire les non initiés -, il va y avoir un attrait pour le 1er Mai plus grand encore que pour d’autres, plus rodés, plus habitués aux rendez-vous. Le rendez-vous, nous ne le faisons pas pour les habitués, nous le faisons pour franchir un pallier supplémentaire de la mobilisation. Il est bien évident que les habitués doivent être là sinon je ne vois pas comment les autres viendraient.

Il y a ensuite les euro manifestations tout de suite après le 1er mai. Les organisations plus particulièrement concernées, proches de la Belgique et de l’Espagne sont sollicitées pour assurer que la CGT apparaisse dans les euro manifestations de Bruxelles et Madrid. Je vous ai dit l’écho de ce que nous faisons au plan international, il est donc important que la CGT marque sa présence lorsque d’autres vont à leur tour organiser des manifestations mi-mai.

Il y a enfin les suites du 1er Mai sur le plan national. La question a déjà été abordée dans l’intersyndicale et nous avons fait la suggestion que d’ores et déjà, on réfléchisse à un horizon mi-mai. Il n’a pas été possible, pour l’instant, de se mettre d’accord au niveau de l’intersyndicale. Je dis « pour l’instant » parce que si nous parvenons, par notre travail CGT, à faire monter en puissance une multiplication des initiatives, des mobilisations diversifiées, des formes d’actions originales, que nous occupons le terrain revendicatif sous de multiples formes, que nous montrons que nous ne « lâchons pas le morceau » sur le terrain revendicatif pendant tout le mois d’avril, avec un travail d’élargissement et d’intensification, nous gardons à l’esprit la possibilité de rediscuter avec les autres de l’horizon de mi-mai. Cette perspective de mi-mai, sans donner de date, va dépendre du degré d’engagement pour contribuer à ce que le climat revendicatif progresse encore et ceci à l’égard de tous les responsables syndicaux.

Car si les attentes à notre égard sont grandes, elles le sont aussi à l’égard des autres et c’est pour cela qu’il n’y a pas un syndicat aujourd’hui qui va prendre le risque de sortir du cadre unitaire ou d’une initiative unitaire.

Quelques mots sur la remarque qui a été faite en référence à la mobilisation en Guadeloupe et à la coalition du LKP qui regroupe 48 organisations. Si cette référence consiste à laisser entendre qu’il faudrait nous aussi réfléchir à une configuration du même type pour la conduite du mouvement, une forme de coalition regroupant les syndicats, les associations et les partis politiques, naturellement ce serait une autre stratégie et je vous le dis, ce serait une erreur stratégique considérable :

Premier effet, dans l’hypothèse ou une telle coalition serait envisagée en métropole, cela ferait voler en éclats l’intersyndicale. Je dirais même que dès lors que la CGT laisserait entendre qu’elle voudrait réfléchir à une telle hypothèse, c’en serait fini de l’intersyndicale.

Deuxième effet, ce serait faire fuir de la mobilisation une majorité des participants aux temps forts interprofessionnels que nous sommes parvenus à réunir jusqu’à présent. Le caractère unitaire et syndical de la démarche assoit le succès de cette démarche. Le jour où il n’y aurait plus l’unité syndicale ou plus la caractéristique syndicale, nous serions dans une configuration totalement différente.

Troisième effet, ce serait rendre un service inattendu à Nicolas Sarkozy et à sa majorité qui ne cessent d’expliquer pour essayer de justifier leur politique que l’opposition politique ne ferait pas mieux qu’eux.

Je remarque que personne aujourd’hui, en tous cas parmi les salariés, ne conteste aux syndicats la responsabilité d’assurer la défense des intérêts des salariés et qu’ils leur revient dans un contexte comme celui-là de prendre les initiatives qui leur apparaissent les plus opportunes. Les manifestations et les grèves ont bénéficié du soutien de 72 ou 73 % de compréhension, voire de soutien de la population et ce au-delà des clivages politiques. Ce n’est pas une question « pro » ou « anti »Sarkozy. Sur la politique économique et sociale, les 72 % qui approuvent la démarche des syndicats désapprouvent la politique économique mise en œuvre.

S’il revient aux syndicats d’assumer cette responsabilité de défense, je remarque aussi que cela n’empêche pas d’autres organisations, d’autres acteurs de la société de s’exprimer, voire de se positionner à l’égard de ces initiatives. Nous avons eu par exemple des réseaux associatifs très importants, non seulement qui ont apporté un soutien mais qui ont milité, qui se sont affichés, qui ont été partie prenante et ont amené du monde sous leur label associatif. Sans doute certains étaient syndiqués mais d’autres n’étaient syndiqués nulle part et sont venus sur le combat associatif dans lequel ils sont investis, en considérant qu’il n’y avait pas antagonisme entre la bataille menée par les syndicats, le cahier revendicatif syndical et les valeurs et les revendications sociales particulières que leur association portait.

Je remarque aussi que cela n’a pas empêché que les partis politiques qui le souhaitaient s’expriment aussi, chacun le faisant à sa manière et suivant sa méthode, parfois ils l’ont fait d’ailleurs à plusieurs, des déclarations communes ont été faites, entre partis de gauche.

A cet égard, il faut distinguer deux attitudes chez ces partis :

La première, ceux qui reconnaissent la mission particulière et la responsabilité particulière qu’ont les organisations syndicales et qui, en tant que partis, demandent plus ou moins régulièrement, selon les besoins, à discuter, à rencontrer les syndicats pour avoir un échange sur la situation, sur les revendications que le syndicat porte. Libre ensuite au parti concerné d’en faire ce qu’il veut.

La seconde de la part de ceux, parmi les partis de gauche, qui ont la prétention de donner des leçons aux responsables syndicaux, voire même qui auraient la prétention de se substituer aux syndicats dans la responsabilité d’assurer la défense des intérêts des salariés et la conduite des mobilisations sociales.

La CGT continuera si c’est nécessaire à dire publiquement que c’est pour elle totalement inacceptable et qu’à pousser les feux sur ce type de débat là, on faciliterait un éclatement du rapport de force actuel. Autrement dit, on affaiblirait le rapport de forces pour obtenir satisfaction sur les revendications qui sont portées par une masse de salariés et de citoyens qui, aujourd’hui, sont rassemblés au-delà de leurs clivages politiques, qu’ils aient ou pas un engagement politique.

Dernier mot sur les adhésions et le renforcement de la CGT. Continuons en avril et prenons aussi des dispositions exceptionnelles pour le 1er Mai, essayons de passer encore un cran supplémentaire pour les manifestations du 1er Mai en termes de dispositions d’organisation en faveur du renforcement. Nous avons peut-être de nouveaux arguments à travailler à propos de l’adhésion. Nous disons que les lignes de la bataille idéologique ont bougé. Aujourd’hui et au vu de la participation aux initiatives syndicales, cette idée que les syndicats sont utiles, nécessaires à des contre pouvoirs, voire même doivent organiser des choses pour permettre aux salariés de peser est perçu différemment. A nous de nous faire comprendre sur le fait qu’il y a de l’attente vis-à-vis des syndicats, vis-à-vis de la CGT mais que l’on ne peut pas attendre de nous des résultats qui ne soient pas proportionnels au degré d’engagement des salariés. Nous ne pourrons pas aller aider les salariés qui n’ont pas de syndicat dans leur entreprise si se multiplient les situations qui nécessitent une intervention syndicale. C’est ce que nous essayons de faire mais nous ressentons bien les limites que nous rencontrons faute de syndiqués en nombre suffisant. Vous reconnaissez l’utilité de la représentation syndicale, de l’engagement syndical, voire même de la bataille syndicale, il faut à votre tour que vous vous organisiez en syndicats, il faut à votre tour que vous veniez dans la CGT. Tel est le message à délivrer. Et à plus long terme, parce que nous travaillons aussi à plus long terme, parmi les questions centrales, la place faite aux salariés dans la société de demain au sens large du terme est un enjeu. Il y a à faire face à la crise actuelle mais de toutes façons, parmi les questions nouvelles posées et parmi nos ambitions, il y a aussi la question d’une autre place aux salariés, dans l’entreprise, dans la société en général. Cela on ne pourra le gagner, ce débat ne pourra être conduit que s’il y a un plus grand nombre de salariés organisés en syndicats. A leur tour, solidairement, ils défendront un certain nombre de valeurs, de principes mais aussi de revendications.

Nous avons donc à la fois à prendre des dispositions plus étoffées en matière de syndicalisation mais aussi à actualiser un peu l’argumentation à partir de laquelle nous suggérons d’adhérer à la CGT. Il y a déjà une tendance à l’adhésion plus importante que l’année dernière car nous sommes dans une séquence où nous pouvons mieux nous faire comprendre et plus largement convaincre de l’utilité du syndicat. Reste un défi : que les adhésions se concrétisent dans l’organisation, notamment celles que nous réalisons en manifestation ; soyons conséquents.

Encore une fois, au gré des événements, Nous aurons besoin d’avoir des contacts plus étroits, nous verrons en avril de quel dispositif de suivi nous aurons besoin car c’est toujours avec vous, dirigeants de fédérations et d’unions départementales, que la direction confédérale peut prendre les meilleures dispositions, faire les meilleures propositions et aussi adapter sa communication extérieure de façon appropriée.

Publié par Jean Levy sur son blog