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mercredi 23 février 2011

Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste

Un texte un peu long, qui m'a pris plusieurs jours et nuits de rédaction, (que j'ai mis aussi en pièce attachée pour celles et ceux qui préfèrent imprimer et lire plutôt que de lire sur un écran), mais assez aéré je pense, pour faciliter la lecture. Pour celles et ceux qui veulent, à débattre, à critiquer, ouvert aux suggestions, naturellement! publié aussi dans les lieux habituels.

Elodie



Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste



1. On ne parlera pas ici de "2012", de "droite" et de "gauche" ni de "sarkozysme", ou alors pas sans aborder la question de la représentation des classes et de la défense de leurs intérêts

Je préviens d’emblée celles et ceux qui voudraient me voir aborder la question de la présidentielle et des législatives de 2012 sur le mode convenu et électoraliste de passer leur chemin, ils ne trouveront pas cela dans ce papier.

Ils y trouveront en revanche peut être des pistes de réflexions, qui, éventuellement, pourront leur être utiles pour réfléchir à ce sujet, mais pas plus, car, si on ne peut pas complètement négliger la question de "2012", l’essentiel est bien ailleurs.

Car ce qui est certain , c’est qu’aborder le sujet de 2012 sans se poser la question de la représentation éventuelle du peuple, dans toute sa diversité sociale et culturelle, et donc, des classes sociales dont sont issues les votants (et les abstentionnistes ou non inscrits), et de la défense des intérêts des unes et des autres ne peut que mener à une impasse politique.

Loin de continuer à accréditer la fiction (au sens quasi-juridique du terme) d’une division de la vie politique entre "droite" et "gauche", au contraire, il nous faut, toutes et tous, faire les efforts nécessaires pour situer clairement les enjeux politiques actuels.

"Droite" et "gauche", je le dis depuis plusieurs années maintenant, ne sont plus (s’ils l’ont jamais été ) des critères pertinents pour déterminer un quelconque choix politique.

En effet, si la ligne de fracture de la société passe par l’exploitation de l’homme et la propriété du capital, et l’extorsion, au besoin armée (on le voit en Libye ou ailleurs) de toute plus-value, alors on sait qu’il y a "à gauche" de plus en plus de partis et de figures politiques qui ne remettent plus ces lignes de fractures en cause, ni de près ni de loin.

D’autres qui font semblant d’y apporter des "corrections" (tout en refusant de se positionner clairement par rapport au capitalisme).

Si l’on en reste au clivage "droite/gauche", qui est désormais presque exclusivement fondé sur des "valeurs" qu’on pourrait souvent qualifier de "droits-de-l’hommistes", on fait le lit du marais démocrate-chrétien, marais dont on doit bien constater qu’il permet la jonction de certaines fractions de "gauche" et de "droite".

La question du "vote anti-sarkozy" ne sera pas abordée non plus ici (je m’en suis déjà expliquée dans d’autres articles, le "sarkozysme" n’existe pas, c’est un cache-sexe pour "la gauche" justement et si notre objectif est seulement de "bouter Sarkozy" hors du gouvernement de ce pays, nous prenons plusieurs risques politiques conséquents).

Je ne dis évidemment pas non plus qu’il faut que cet individu soit maintenu au pouvoir. Je dis que la façon dont nous allons le chasser lui et les siens, et tous ceux de son espèce, représentants politiques directs du Capital, n’est pas anodine, est déterminante même, pour l’avenir et ne se fera certainement pas dans les urnes, et peut être même pas en 2012 d’ailleurs.

Ceux qui ne veulent pas voir cela, ou qui le voient mais jettent dessus un voile, "à gauche", se préparent des lumbagos terribles pour cause de contorsions foireuses d’entre-deux tours...On ne leur apportera pas la pommade!

In fine, ce petit article va donc plutôt traiter du renouveau de l’organisation des communistes, communistes qui, comme nous le savons ne sont évidemment pas "de droite" mais ne sont pas non plus "de gauche", puisqu’ils sont "communistes" et que cela dit tout (ce qui n’empêche nullement certaines alliances avec certains groupes ou partis à certaines occasions, sur certains sujets, le cas échéant, qui se réclameraient de "la gauche").

2. De quoi le gouvernement actuel est-il l’expression en termes de lutte de classe?

Voilà à dire vrai, la question qui me semble préférable à celle de savoir de quoi Sarkozy pourrait être le nom. (Cela me démangeait un peu).

Le gouvernement actuel est l’expression politique d’une alliance de la petite bourgeoisie exploitante et de la bourgeoisie, ou plus exactement d’une fraction de la bourgeoisie particulière qui est à la fois financière et compradore (les deux vont souvent ensemble ces dernières décennies), c’est à dire dont les acteurs tirent principalement leurs plus-values de la financiarisation et (alternativement ou cumulativement) de la vente des actifs " de l’Etat français" à l’impérialisme américain.

On pourrait les comparer d’une certaine manière, à des ferrailleurs, qui désossent les voitures et les revendent au poids du métal ou du plastique...

C’est une alliance étonnante et hautement contradictoire, car c’est en quelque sorte l’alliance du parasite et du parasité, puisque cette fraction de la bourgeoisie ne peut tirer ses profits que de la soumission et de la paupérisation de la petite-bourgeoisie exploitante qui est elle nécessairement "locale " et "nationale" et qui a tout intérêt à maintenir une forme de fordisme dans son exploitation (alors que la fraction de la bourgeoisie que représente cette ligne de l’UMP a tout intérêt à éradiquer jusqu’au fordisme lui-même).

C’est donc, en termes de lutte de classe, une alliance potentiellement explosive. Mais qui pour l’instant fonctionne car elle est faite "sur la peau" des exploités (et que ceux -ci ne sont ni représentés ni organisés).

On peut l’appeler "gouvernement de droite" si c’est ce que "la droite" recouvre comme réalité sociale ("la gauche" recouvrant alors l’alliance de la petite-bourgeoisie exploitante et de la petite-bourgeoisie exploitée, soutenue par une fraction du prolétariat).

Mais notons que l’expression "droite" ou "gauche" ne dit absolument rien de l’hégémonie dans l’union (or la détermination de la position hégémonique est fondamentale)....

La petite bourgeoisie exploitante a été portée là par la bourgeoisie, notamment par une fraction de celle-ci, qui voyait en elle le moyen d’obtenir le consentement populaire de la petite bourgeoisie exploitée et d’une partie du prolétariat susceptibles, pour des raisons économiques, sociales et culturelles, de venir en appui à des intérêts bourgeois.

Soit directement en adoptant volontairement des positions de classe bourgeoises (discours policier, sécuritaire, raciste et individualiste), soit indirectement en prenant pour argent comptant les pseudos-positions politiques de classe de la bourgeoisie vis-à-vis du prolétariat (l’OPA de Sarkozy sur une partie du prolétariat et sa tentative de récupération de la classe ouvrière, par exemple -tentative qui évidemment allait majoritairement échouer mais n’a été faite que pour convaincre la partie de la petite-bourgeoisie qui assumait son alliance avec les plus exploités du prolétariat).

C’est comme cela que l’on fabrique une majorité, c’est en liant par des positions politiques des classes sociales qui n’ont finalement que des intérêts mineurs et sporadiques en commun (voire qui auraient surtout des intérêts à long terme divergents!).

Mais ce que la bourgeoisie sait, et met en œuvre actuellement avec brio, c’est que si la majorité politique (pour eux principalement, mais aussi pour nous) est nécessairement composite et faite d’alliances avec des classes ou des sous-couches qui ont fondamentalement des intérêts communs restreints, voire divergents, ce pour quoi elle doit justement batailler ferme, c’est pour assurer son hégémonie dans cet assemblage hétéroclite.

Seule compte l’hégémonie dans l’assemblage. C’est le tour de force presque toujours renouvelé des capitalistes que de parvenir à être hégémoniques tout en étant strictement minoritaires, et ô combien minoritaires dans la société.

A ce titre et plus que jamais on peut dire actuellement que la bourgeoisie est une classe sociale numériquement archi-minoritaire, et relativement divisée, mais politiquement archi-hégémonique et capable d’alliances objectives.

Il y a travail de la bourgeoisie pour être hégémonique, et il y a consentement d’une grande majorité de la petite bourgeoisie et d’une fraction du prolétariat à cette hégémonie bourgeoise.

La question est de savoir comment la bourgeoisie parvient à cette hégémonie (et donc, corrélativement, au consentement des "autres" à cette hégémonie) tout en étant si strictement minoritaire.

Bien sûr, il y a la propagande, l’idéologie...on ne va pas revenir là-dessus ce soir car ce sont finalement les aspects les plus simples à comprendre et les plus saillants de la mise au pas, mais cela suffit-il?

Non. Le déterminant, ce sont tes conditions de vie immédiates, à toi et ta famille, tes amis, "l’essentiel" est dans ce que tu manges, ce que tu touches, ce que tu vois, ce que tu possèdes. Et tout cela, ce ne sont pas des "idées", MAIS CEPENDANT, c’est "la bataille des idées" qui y amène.

Sauf que pour eux, c’est un "acquis", pour nous, c’est un "à prendre" .

Plusieurs moyens, pour les capitalistes d’assurer matériellement leur hégémonie idéologique sur la petite bourgeoisie exploitante (et une partie de la petite-bourgeoisie exploitée).

En transférant la gestion, la "location", pourrait-on dire, d’une partie du Capital (dont les capitalistes restent propriétaires in fine, bien évidemment) à toute une partie de la petite-bourgeoisie, que ce soit directement par l’attribution d’actions, de parts sociales, de titres, de rentes.., que ce soit indirectement par la possibilité que la bourgeoisie leur offre de "commander" en son nom et d’être rétribué pour ce faire ; au niveau national ou local.

Directement aussi en faisant dépendre du maintien d’une forme de "capitalisme régional" la survie de ces mêmes petits-bourgeois exploitants. L’avocat d’affaires "provincial" qui ne sera plus rien, à terme, si Airbus se tirait de Toulouse, entraînant avec soi la grande majorité des PME du secteur. C’est le cas du "petit capital parasitaire du gros". Et ce n’est pas peu encore dans ce pays.

La petite-bourgeoisie exploitante assumant quant à elle une forme de contrôle de la petite-bourgeoisie exploitée et d’une fraction particulière du prolétariat (la "classe moyenne").

C’est par ce système de contrôles-gigognes, exactement comme dans les sociétés capitalistes où l’on peut contrôler 100% d’une "société petite-fille" avec seulement 20 % des parts de la "société mère", que fonctionnent les relais hégémoniques du Capital.

3. La question de l’hégémonie des communistes dans le prolétariat en cas d’alliance nécessaire, et ponctuelle, d’intérêts de classe différents

Le prolétariat, et parmi lui toute la fraction du prolétariat qui lutte plus ou moins consciemment contre le capitalisme, parfois avec les mauvaises armes, n’a pas de prébendes à offrir à la majorité de la petite-bourgeoisie.

Ou plus exactement devrais-je dire, exception faite de la partie du prolétariat qui était consciemment organisée dans le PCF et dont les castes dirigeantes successives ont permis à la petite-bourgeoisie (incarnée, notamment, mais pas seulement, dans le Parti socialiste), ces 40 dernières années, "d’union de la gauche" et "de programme commun" en "gauche plurielle", d’acquérir la plupart des "fiefs électoraux", seules "prébendes" dont cette image du prolétariat ait jamais pu se targuer.

Qu’y avait il d’autre à "offrir", me dit-on sans cesse, (puisque l’idéalisme est à bannir, que seul compte le matérialisme sauce stalinienne). "Nous avons troqué ce que nous avons pu dans les limites raisonnables pour juguler notre perte d’hégémonie".

Mais, surprise, cela ne "fonctionne" pas! La seule chose qui fonctionne avec cette méthode, c’est la descente aux enfers du PCF entant que tel.

Personne ne se demande plus d’où est venue cette "perte d’hégémonie".

Beaucoup considèrent que c’est une affaire réglée par l’explication de "l’effondrement de l’URSS".

Bien-sûr que l’effondrement de l’URSS a porté un coup dur (mais, je pense, surestimé, et surestimé à dessein) à l’hégémonie d’une partie du prolétariat (identifié dans le PCF et la CGT) sur le mouvement d’alliance avec d’autres fractions de la "classe populaire".

Mais est-ce l’explication déterminante?

Non.

Il faut tenter une autre analyse, une autre explication. Je la tente brièvement, sans prétendre qu’elle est juste, et encore moins qu’elle est la seule juste!

3.1. Détour par les 40 dernières années du PCF à nos jours

Le PCF, qu’on le déplore ou pas, là n’est pas la question, était "LE" Parti communiste pendant plusieurs décennies, au point d’être vu, à ses débuts comme le seul parti des communistes dans ce pays. On disait d’ailleurs simplement "Je suis membre du Parti" et tout le monde savait de quel parti vous parliez.

Cette perte d’hégémonie est directement liée à l’état de la lutte des classes en France reproduite (c’est bien normal) DANS le PCF .

Elle est malheureusement venue, non seulement d’un écroulement numérique de la classe ouvrière stricto sensu du fait des délocalisations et désindustrialisations (c’est ennuyeux pour un parti devenu "ouvriériste au sens le plus répugnant du terme), alliée, il faut le dire, à l"embourgeoisement" d’une partie de celle-ci (embourgeoisement par différents moyens dont les moindres n’étaient pas l’appartenance à l’encadrement syndical ou partisan, ou au"communisme municipal"), mais aussi de la difficulté, sinon du refus (ou carrément de la fermeture) de s’ouvrir au prolétariat exploité non-ouvrier, ainsi qu’à une partie de la petite-bourgeoisie exploitée, alors que dans un mouvement presque "naturel" (du point de vue des intérêts matériels cette fois) la partie de la classe ouvrière embourgeoisée qui restait au PCF (et en moindre mesure, dans la CGT), celle-ci a tendu vers des alliances avec la petite-bourgeoisie exploitante.

C’est ainsi que débutait dans les années 80 une réelle période de collaboration de classe entre une fraction du prolétariat et une fraction de la bourgeoisie.

Le PCF agonise donc d’un dommage collatéral de la lutte des classes, c’est à dire de la partie que le prolétariat le plus exploité a perdue contre le prolétariat le moins exploité dans ce parti.

Toute cette partie de la population méprisée ou méconnue et crainte par les nouveaux maîtres du PCF.

Les héritiers d’une partie de la classe ouvrière et une minorité du prolétariat non-ouvrier devenus ouvriéristes, qui ont vu dans la naissance du "prolétariat moderne" (les femmes, les immigrés et les jeunes - notamment ceux issus de l’immigration et/ou rejetons directs d’ouvriers qui ne voulaient pas l’être - qui devenaient employés de bureau, secrétaires, coursiers, balayeurs, manutentionnaires, vendeurs, caissières, serveurs, institueurs...) la contestation possible de leur hégémonie politique DANS l’appareil du PCF si jamais les portes leur étaient ouvertes. Et qui ont défendu (et défendent encore) leurs intérêts de caste au lieu de leurs intérêts de classe.

Bien-sûr pour nombre de militants de bonne foi au PCF, cela n’a pas forcément sauté aux yeux et cela se fit même grâce à eux mais pas forcément selon leur volonté directe.

Car le drame, c’est que cette partie de la "classe ouvrière embourgeoisée" était minoritaire dans le prolétariat, bien-sur, mais aussi dans la classe ouvrière elle-même qui elle, ne voulait pas de ce sectarisme et qui se foutait totalement des luttes de pouvoir internes au PCF. Elle s’est donc spontanément dirigée soit vers le RPR (par affection patriotique et mythlogique envers de Gaulle et celui que l’on pensait être son héritier, Chirac) soit vers le PS, mais aussi déjà, vers l’abstention.

Bon nombre d’ouvriers alors n’ont pas compris comment et pourquoi le PCF ne parvenait pas à assimiler les nouveaux développements de la société du travail dans sa composition.

Pourquoi les travailleurs immigrés étaient considérés comme des ennemis de "la classe ouvrière française" par certains membres dirigeants du PCF ; pourquoi les jeunes et les femmes n’avaient pas plus de représentants dans ce parti, et pourquoi, quand ils avaient des représentants, ceux-ci étaient incapables de discours d’émancipation du sous-groupe qu’ils représentaient.

Mai 68 aura été lé dernier message que le prolétariat moderne adressa au PCF.

La perte d’hégémonie vient aussi naturellement de la perte de travail créatif idéologique, de l’absence de projet politique (remplacé par des "programmes"), de la négation du besoin de rêver, d’espérer, de se projeter dans l’avenir, de la part de ceux-là mêmes qui devaient le faire absolument.

3.2 Sur quelques tentatives politiques récentes

La suite on la connaît, la classe ouvrière aujourd’hui constitue l’immense majorité de l’abstention aux élections quelles qu’elles soient, mais tragiquement, aussi (pour l’instant en tout cas), elle connait une abstention de la vie politique même, contrairement au mythe complaisamment rapporté à "droite" et "à gauche" qui veut qu’elle se soit majoritairement tournée vers les forces néo-fascistes.

A ce triste sort politique (et social) de la classe ouvrière s’ajoute aujourd’hui, 30 ans plus tard, celui d’une grande partie du prolétariat non-ouvrier et de la petite-bourgeoisie exploitée, en voie de dépolitisation pour une part, ou de reprise en main par les représentants de la démocratie-chrétienne en France, après l’échec de la social-démocratie incarnée dans le PS et la CFDT , SOS-racismes, ou autres, d’autre part.

De ce point de vue, il est évident que tant le PCF que le PS sont des forces politiques à bout de course et en voie d’extinction à moyen voire à court terme.

L’histoire ne repasse pas deux fois les plats et à moins d’être idiots, le prolétariat et la petite-bourgeoisie exploitée ne s’investiront plus politiquement dans aucun de ces partis. "Chat échaudé craint l’eau froide".

La question du renouveau de l’organisation communiste (et révolutionnaire) est donc plus que jamais au cœur de la question (sauf si l’on s’assoit sur son cul en se disant "tout est foutu", la tête entre ses mains), et ce qui est au coeur de cette réorganisation, ce sont les rapports que peuvent et doivent entretenir cette fraction du prolétariat (ouvrier et non-ouvrier) et de la petite-bourgeoisie exploitée, au-delà des éventuelles différences de revenus, de nationalités, et de cultures (au sens large) entre certains de leurs sous-groupes.

Comment pouvons-nous créer du lien entre ces diverses classes et sous-groupes sociaux et comment pouvons-nous entraîner une force en mouvement, en travaillant à y construire notre hégémonie, nous qui n’avons aucune de ces prébendes que les capitalistes ont à offrir directement ou indirectement? Et dans le "comment" posé de la sorte, il n’y a pas que la question du moyen qui est posée (car non "tous les moyens ne sont pas bons") mais celle du contenu qui à la fois construit et utilise le moyen.

* Le NPA a été une tentative intéressante de ce point de vue.

Je ne suis pas devin pour dire si cette tentative a échouée ou pas, car il faudrait être un peu prétentieux pour dire que l’histoire du NPA est finie. Je dis "il a été une tentative" car pour l’instant, cette tentative me semble en panne, pour le moins. Non pas du tout par "sectarisme" ou "personnalisation", comme se complaisent à dire certains, mais justement parce que le NPA paie son erreur fondatrice d’avoir laissé entrer des ennemis manifestes de toute tentative d’émancipation des exploités quels qu’ils soient.

Des ennemis qui ne veulent pas de l’organisation réelle des exploités du prolétariat et de la petite-bourgeoisie, et qui veulent encore moins de leur coalition, parce que cela signifierait la perte de leurs positions sociales, ces positions qu’ils détiennent indirectement de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie exploitante.

Le NPA vit donc actuellement un épisode de lutte de classes politiques en son sein. Épisode dont il n’est pas parvenu à se prémunir, mais dont il aurait pu se prémunir dès l’origine en "triant" ses adhérents (on peut le faire et ce n’est pas choquant si ce tri consiste à pouvoir évacuer les forces qui ne veulent manifestement entrer que pour vous tuer), en refusant le mythe du "droit de courant organisé et constitué" qui est le contraire de la démocratie prolétarienne, et en s’ouvrant, non à des forces coalisées dès l’origine contre lui, mais à tous les prolétaires et petits-bourgeois exploités qui souhaitaient le rejoindre de bonne foi (ce qu’il avait la possibilité de faire par son assise syndicale et paar la popularité dont jouissait son leader d’alors, Olivier Besancenot).

Car le NPA a permis de créer au moins une nouveauté politique réelle dont il faut lui être reconnaissant.Je veux parler de la candidature d’Ilham Moussaid. Cette candidature qui a fait grimper aux rideaux des gens comme Mélenchon ou Chevènement, mais aussi, une fraction du NPA, et qui était pourtant un acte formidable et un souffle d’air frais dans la pratique politique de ce pays.

Les forces réactionnaires qui ont gueulé contre cela dans le NPA jusqu’à créer une crispation énorme qui a abouti à une décision dommageable de reprise en main centralisatrice grossière (mais inévitable) quelles sont-elles? Où sont-elles et d’où viennent-elles? Sont-elles toujours là ou ont-elles quitté ce parti?

Cela, il serait extrêmement intéressant de le savoir pour pouvoir envisager l’avenir du NPA à court terme. Si ce noyau purulent de petite-bourgeoisie réactionnaire bien-pensante est resté dans le NPA et a conquis davantage de positions, c’est dramatique pour l’avenir de ce parti. Si en revanche, ce congrès a été l’occasion de trancher dans le vif les positions avancées de l’hydre nationaliste et républicaine, alors tant mieux, il se passera peut-être quelque chose au NPA encore une fois.

* Le Parti de Gauche (nous parlerons du "Front de gauche" ensuite), alors, est-il à même de prendre une quelconque relève d’organisation vis-à-vis de ces couches sociales et de ces classes qui ont quitté le PC et le PS, ou que le PCF a "manquées"?

Le Parti de Gauche fait très bien semblant de pouvoir assumer cette relève. Mais la réalité c’est qu’il ne le peut pas. Il le peut encore moins que le NPA. Ceux qui quittent le NPA pour aller au Parti de Gauche sur ce motif font donc doucement rigoler.

Il ne le peut pas pour une raison simple qui est inscrite dans sa fondation soi-même : il ne le voudra pas, et c’est son socle sociologique, de classe, qui va l’en empêcher.

Ce parti est en effet né en étant dès l’origine un parti d’élus d’une part (et d’élus ex-PS ex-PC ou ex-Verts, ce qui en dit long sur son "assise populaire"), mais aussi de cadres syndicaux bureaucratisés (tous les cadres syndicaux ne le sont pas) et enfin, d’universitaires ou de chercheurs. Voilà la composition sociale majoritaire du Parti de Gauche dont la plupart des cadres sont en outre déjà des "quinqas" vieux "routiers" de la politique politicienne, quasi exclusivement blancs, et toutes et tous français, par naissance ou par naturalisation.

D’autant que les verrous idéologiques puissants sont d’ores et déjà à l’oeuvre : il s’agit du républicanisme dans sa forme la plus réactionnaire issue de la troisième république (république qui, rappelons-le, est née en réprimant dans le sang la Commune et a fini dans les cendres nauséabondes de la collaboration et du pétainisme) et d’une forme de nationalisme laïcard (qui ne signifie pas "laïque"), importé avec ceux qui les professent et qui ont bâti ce parti, sans parler de la course éperdue et avouée à un "renouveau social-démocrate" perdu d’avance en l’absence d’assise ouvrière et "populaire".

J’ajoute que si le financement et les bases matérielles et militantes du NPA sont relativement transparents et viennent en grande partie de feu la LCR (et de ses satellites), on ne peut pas en dire autant pour le Parti de Gauche dont on ne sait pas dire ce qu’il doit au PCF et ce qu’il doit au PS...Il est donc assez simple ( beaucoup plus simple que pour le NPA, serai-je tentée de dire) de voir comment va évoluer ce parti si on veut ouvrir les yeux.

* Le Front de Gauche, envisagé comme le "rassemblement" du PCF du Parti de Gauche et de deux ou trois autres petits groupuscules sera-t-il cette voie nouvelle?

D’aucuns le pensent, qui attendent de pouvoir adhérer directement à ce Front de Gauche et de pouvoir hâter sa transformation en parti à part entière. Je leur souhaite bien du plaisir. si une telle chose devait advenir (ce qui est rien moins que sûr), cela naitrait sur le pire compromis possible de la petite-bourgeoisie contre la majorité du prolétariat, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus poussées à leur paroxysme.

* Je ne parlerai pas ici de la FASE ni de la Gauche Unitaire, micro-rassemblements plus proche du groupuscule que du parti politique qui n’ont été créés que pour servir une poignée d’ex-élus ou d’élus ou de bureaucrates en "attente" de plate-forme partisane plus "conséquente" pour leurs appétits... Ce n’est pas par leur taille, réduite, qu’ils sont inintéressants, c’est la conjonction de leur taille, de leurs objectifs, de leurs "cadres", oui porte-paroles, et de leurs expressions "politiques", qui les rend périmés avant même d’être réellement nés.

3.3 Par quels moyens et sur quelles bases les communistes peuvent-ils reconstruire une organisation et travailler à la conquête idéologique?

Le challenge pour les communistes, dans leur quête de construction d’une nouvelle organisation politique, est donc à plusieurs niveaux.

Et ce défi, c’est celui des communistes mais à travers eux, (qui ne sont finalement que des exploités plus conscients que d’autres de l’être, et plus désireux que d’autres de ne plus être soumis), à travers eux, c’est le défi d’un peuple, du peuple -classe, et de la perspective révolutionnaire.

Ce défi, il est d’abord, me semble-t-il (mais je suis loin d’être la seule à le penser), de travailler à la CONSTRUCTION (et non à une hypothétique "REconstruction") d’une organisation politique propre aux communistes, et à retravailler à "l’outil-parti".

Puis, et dans le même temps, au sein même de l’organisation d’un mouvement politique plus vaste où ce nouveau parti ou rassemblement trouverait sa place, de permettre enfin ces alliances nouvelles, entre certaines couches sociales et certaines fractions de classe dans leur diversité telles que définies plus haut, à savoir, pour résumer, la majorité des "exploités".

Or, comment permettre ces alliances autrement qu’en commençant par construire plus ou moins localement des socles populaires de cette alliance (il va de soi que toutes les tentatives de construction "entre partis" sont à proscrire! Ce sont les seules tentées dernièrement, on voit où elles mènent)?

De définir ensuite ce qui peut permettre l’alliance de ces classes et de ces sous-couches : va-t-on s’en tenir à la énième promesse de se "partager le gâteau du pouvoir républicain" ou va-t-on avoir autre chose à proposer, et dans ce cas, quoi?

De se donner les moyens, également, dans cette alliance, d’assurer l’hégémonie du prolétariat le plus exploité sur le reste de ses partenaires (nullement en les dupant ou en les trahissant mais en se donnant les moyens concrets et en les mettant face à leurs contradictions qui les obligent à choisir leur camp).

Et ce de façon ni autoritariste, ni consumériste.

Par la même occasion, de faire tout notre possible pour porter les contradictions internes à la bourgeoisie et à ses alliés objectifs à leur paroxysme en réalisant, justement, ces alliances non encore abouties dans la lutte contre le capitalisme, et en politisant le prolétariat, c’est à dire en l’aidant à se constituer comme force politique dominante dans "le peuple".

Il me semble que certains chantiers sont plus urgents et aussi plus à même que d’autres de se prêter à ces constructions aujourd’hui ; je vais en lister quelques-uns.

J’en vois trois groupes principaux.

3.3.1.

Ceux qui portent sur le salaire et les conditions de travail bien-sûr, notamment sur les luttes pour la préservation et le développement de la qualification professionnelle (contre le "salarié interchangeable et jetable" mais aussi, contre la division du travail telle que nous la connaissons). Ce chantier doit être l’occasion de remettre au cœur des débats la question de l’abolition du salariat (ce que nombre de camarades syndiqués n’ont jamais cessé de présenter comme une exigence d’ailleurs). De même qu’il nous faut réfléchir sur la politique dite de "sécurisation", la mise en place de nombreux moyens et systèmes "d’atténuation" des "méfaits du capitalisme"...

Puis, (et sans ordre de "préférence" ais sans exclusive non plus), ceux qui portent directement sur les conditions de vie matérielle, d’une part, et ceux qui portent que les conditions de vie sociales et spirituelles permettant de combattre pour les droits "matériels" d’autre part.

Dans ces deux derniers groupes de luttes cités, je donne trois "sous-groupes fondamentaux" dans chaque groupe :

3.3.2

la lutte pour un droit au logement effectif pour tous et donc, la lutte contre le capitalisme foncier et immobilier.

C’est le militantisme pour le plafonnement des loyers et l’interdiction de la propriété immobilière spéculative ou au titre de la plus-value, mais aussi, le droit de réquisition populaire et la défense des occupations qui doivent être au cœur des combats.

la lutte pour la défense, l’extension et la pérennisation de la Sécurité Sociale, pour une santé gratuite et de qualité.

La lutte pour son financement (qui implique donc une remise en cause de la destination de l’impôt public), et pour son extension au plus grand nombre, en lien avec le travail, qu’il soit déclaré ou pas.

Il est parfaitement anormal et aberrant que des travailleurs immigrés, dont le système d’Etat organise la clandestinité et donc la précarisation et donc, la surexploitation, se fassent exploiter, sans avoir le droit de se faire soigner au même titre que tous les travailleurs français.

la lutte pour le droit à une nourriture savoureuse, suffisante, non pathogène et la moins écolo-agressive possible, pour tous.

La préservation de l’environnement, de la faune, de la flore, est aujourd’hui intimement liée à celle de notre santé immédiate, et vice-versa. Et là encore, il y a à mettre en lumière le rôle et les mécanismes particuliers du capitalisme, pour mieux le combattre.

3.3.3

la lutte contre le racisme et la xénophobie, impliquant, notamment, la régularisation des travailleurs sans-papiers sur notre sol, ainsi que la lutte contre une forme de communautarisme religieux d’une part, lutte qui n’a de sens que couplé à la lutte contre la stigmatisation (corrélative) de certaines parties de la population en raison de leur religion, d’autre part.

la lutte pour la liberté la plus absolue d’expression, à commencer sur les lieux d’exploitation, mais aussi dans les espaces publics.

Mais également, la lutte contre la criminalisation des combats politiques et syndicaux, et contre toute forme "d’état policier" que se soit dans les rues ou sur le net, et évidemment, dans le cadre de la solidarité internationale.

De nombreux foyers locaux de résistance et solidarité sur ce point sont déjà créés sur ce sujet.

la lutte pour le partage et la propagation de l’Amour du Savoir (y compris et surtout "inutile" et "non directement productif") et de la possibilité de la connaissance pour tous, ce qui va bien au-delà de la que le question de l’"éducation nationale" d’ailleurs, pour poser la question d’un véritable service public des enseignements et de la transmission des savoirs, tant "fondamentaux" et techniques que littéraires et artistiques, et du développement de quelque chose que l’on pourrait appeler "la culture".

Si nous parvenons à construire une organisation "à plusieurs strates" qui atteint ces buts, qui les développe dans un projet politique au sens le plus beau et le plus fort du terme, appuyé par un programme économique qui les mette en œuvre (y compris de façon très locale pour commencer), sans jamais bien sûr, perdre de vue l’objectif communiste, et si nous parvenons à la faire vivre au-delà de nos intérêts immédiats, alors nous-mêmes, peut être, mais plus sûrement, nos enfants et petits-enfants auront-ils une chance d’être à peu près armés quand se présentera à eux une situation possiblement révolutionnaire.

Ce qui pourrait arriver assez rapidement à l’échelle de l’humanité.


http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114023

lundi 10 janvier 2011

2011: La nuit, tous les chats sont gris.

2010 se sera achevé comme elle a commencé.

Dans un terrible marasme politique, intellectuel et social.

Il fait nuit dans ce pays, et partout en Europe.

Et la nuit, tous les chats sont gris, surtout à l’approche de 2012.

A la faveur d’un prétendu "sarkozysme", (qui justifie ainsi un "anti-sarkozysme" mensonger, bien utile à celles et ceux qui ne veulent plus faire passer ce vieux monde cul-par-dessus-tête, ni ici, ni ailleurs, et le peuple palestinien attendra bien encore un peu...), tous les concepts aussi sont gris.

"Chaque chose en son temps" nous disent de nombreuses bonnes âmes.

"L’essentiel, c’est d’abord de battre la droite, et notamment, Sarkozy".

"Pour redonner de l’espoir" nous dit-on.

L’espoir, je ne suis pas contre, je serais même plutôt pour, mais enfin, le coup de l’espoir supposé re-dynamiser les luttes, on nous l’a déjà fait dans les années 80 il me semble.

On a vu le résultat.

C’était le début de la collaboration de classe et du désarmement du prolétariat.

Que nous avons payés hier encore, au prix fort, avec les luttes sur les retraites, où nous avons passé plus de temps à réveiller et organiser ce qui pouvait l’être qu’à nous battre réellement, puisque tout était à reconstruire, et qu’on ne peut pas être "au four et au moulin", même avec la meilleure volonté du monde.

Alors, heureusement qu’il est là, cet épouvantail à moineaux de Sarkozy, hein, pour nous faire repasser le PS et ses copains en 2012, non?

Si en plus, on a un second tour FN/PS, alors là, mes amis, l’affaire sera dans le sac. Un second tour UMP/ FN n’est cependant pas improbable, vue la Marine, et le reste, nombreux sont ceux qui pensent que 2002 n’était pas qu’un "accident" et ils n’ont peut être pas tort....(je dis ça pour tous mes amis qui se rangent à une démarche électoraliste dans le cadre d’une démocratie bourgeoise, et de façon incohérente avec eux-mêmes, s’emploient d’abord à diviser ce qu’ils appellent "la gauche"...)

Allez, finie l’opposition structurante "capitalisme/communisme", on parle encore et toujours plus de "droite" et de "gauche", alors que la situation actuelle impose un débat de fond sur ces définitions et leur usage/utilité, dans le cadre d’une analyse de classe.

Utile pour ne pas se poser la question de savoir si "la gauche" est bien toujours en lutte contre le capitalisme...

On s’en fiche ma bonne dame!

L’essentiel est que "la gauche" soit "de gauche", si possible même, "de gauche de la gauche de la gauche etc..."

Finie l’opposition structurante "bourgeois/prolétaires", "exploités/exploiteurs", "dominés/dominants"...

Vive l’opposition "riches/pauvres", tellement plus présentable, plus pratique et convenable pour s’en tenir à l’écume des choses et faire un score aux élections à venir sans effrayer les "classes moyennes"...

Qui pourrait être assez dégueulasse pour ne pas vouloir rendre les pauvres moins pauvres, dites-moi?

Nombreux sont ceux qui nous jettent au visage "la souffrance des gens sous Sarkozy" (ahhh, "les gens"...), comme une raison ultime de faire "quelque chose", même si cela doit être n’importe quoi.

Bien-sûr, je ne peux pas m’en moquer ni la nier cette "souffrance des gens". Non.

La question est plutôt ce que l’on pense devoir faire, en tant que communiste, pour que cette souffrance, inévitable dans ce moment du capitalisme que nous vivons (même avec "la gauche" aux manettes), ne soit pas en plus inutile.

Doit-on adopter une mentalité de curé ou de psychologue, tenir la main, caresser la tête "aux gens", et s’en tenir à la prescription d’anti-antidépresseurs sociaux sans penser à demain, aux effets secondaires de ces antidépresseurs (ce que propose "la gauche") ?

Ou doit-on refuser que "la souffrance des gens" (accessoirement, elle est aussi la nôtre en général, cette souffrance, non par compassion, mais par vécu) serve comme prétexte à tous les renoncements politiques?

Les communistes sont-ils devenus des soignants accompagnant la "fin de vie" ou ont-ils encore et toujours un "autre monde" à proposer et comment comptent-ils s’y prendre?

Personne (ou si peu, qui seront inaudibles) ne se demandera donc en 2012 comment il se fait qu’on rencontre des prolétaires riches (et embourgeoisés même!) et jamais de bourgeois pauvres (ni prolétarisés), cependant.

Trop compliqué, de regarder comment existent et fonctionnent les CLASSES et les frontières entre elles, sur quelles positions exactes se jouent les luttes quotidiennes...

Avec l’opposition non-structurante (sauf pour le capitalisme) "riches/pauvres", vive la "répartition des richesses", nouvelle "bataille" des dadets du PS et affiliés!

Vive la politique de la compassion.

Comme ça, on peut "vendre" du combat pour faire en sorte que les pauvres soient moins pauvres et les riches (un peu) moins riches.

Mais on ne supprimera pas l’inégalité fondamentale entre l’ouvrier qui travaille à l’usine et l’actionnaire qui possède l’usine. Celle de la propriété des moyens de production. Trop compliqué, il faudrait reparler de "révolution".

On s’en tiendra aux SCOP, voire au "capitalisme coopératif ou mutualiste", nouvelle panacée de la "gauche radicale".

Ou, "à gauche de la gauche" on agitera en plus des "nationalisations" (rebaptisées "pôles publics") sans surtout se poser la question, très compliquée, de l’Etat et de la Nation à ce moment de notre histoire, sans se poser la question de l’Union Européenne autrement qu’en façade ("il faut la changer"!).

Et, finie la "révolution", vive le "dialogue social", vive la "justice sociale"!

Même pas "la Justice" tout court, non, faut pas exagérer quand même...

Place aux "alliances de partis" tricotées par le haut, et terminée la question des alliances éventuelles de certaines classes ayant leurs outils de combat propres, dans le cadre des luttes.

Certaines personnalités sympathiques et éminentes nous ont souhaité de pouvoir nous "indigner" pour 2011.

L’indignation a été ainsi portée rapidement au pinacle des vertus. Pas la colère ou la révolte, non, l’indignation.

Comme si nous étions si loin de tout, tellement loin de l’humanité dans l’humain, que bon, finalement, au moins, s’indigner, ce sera déjà "pas mal" (surtout si ça peut permettre de "voter à gauche" en 2012. Sans remettre en cause ni la 5ème République, ni la république nationaliste bourgeoise, ni le système capitaliste. Trop compliqué. Trop long.)

Comme si c’était l’indignation qui faisait la résistance.

J’aimerais lui poser la question, sans ménagement particulier pour son grand âge ni pour son passé (dont je le remercie, comme tant d’autres, et notamment, des communistes). Est-ce parce qu’il était simplement "indigné" que Stephane Hessel s’est engagé dans la Résistance? Ou "un peu plus"?

Un peu plus, je pense. On ne risque pas sa vie à 22 ans, comme il l’a fait, avec tant d’autres, par simple "indignation", je crois... Quoi? Cela, lui seul peut le dire.

Allez, il devait bien y avoir des non-résistants indignés, en 1940? "Je suis indigné, bien-sûr, mais bon , que voulez-vous, j’ai une femme et trois enfants alors....".

Un peu comme il y a trois mois on entendait lors des luttes pour les retraites : "Je vous soutiens à fond mais vous comprenez, je ne peux pas me mettre en grève ni même me syndiquer...non, désolé".

Oh, bien sûr, je ne me couvrirai pas de ridicule à faire la leçon à ce grand homme (je le pense vraiment), et nous ne sommes pas en 1940, je ne mélangerai pas tout.

Mais j’attendais autre chose qu’un appel à "l’indignation" (et au vote PS?) venant, justement, d’un homme comme lui.

En 1954, Pierre Grouès, l’Abbé Pierre, autre résistant, était-il simplement "indigné"?...

A le réécouter parler des "provocateurs de toute violence" , des "situations de violence", ou dire "la misère est forcément muette, comme le pouvoir est aveugle", je ne pense pas, non, il n’a jamais été seulement "indigné", il était en colère, et il n’a jamais mâché ses mots, lui, bien "qu’homme de Dieu".

Ah..."Le gouvernement de Sarkozy" nous aura fait tellement de mal en 5 ans, c’est vrai. Faudrait-il être fou pour dire le contraire!

Un mal encore plus insidieux que la fonte de nos moyens de subsistance, que la baisse, chaque année plus dramatique pour de plus en plus de personnes, de nos revenus...

Ce mal s’appelle la trouille, le dégoût de la politique, le désespoir, pour beaucoup même, la dépression, franchement. Toutes ces "choses" qui vont pousser la majorité d’entre nous à faire, encore, de mauvais choix.

Mais..."Le gouvernement de Sarkozy", vraiment?

Oui, il parait que c’est Sarkozy tout seul qui a foutu tout ce merdier, dites donc. Il est vraiment doué le petit!

Pas le capitalisme, la bourgeoisie, les banques internationales et les syndicats patronaux, pas la mondialisation, pas les USA, pas le FMI, pas l’Union Européenne, pas l’incurie politique et syndicale, pas "l’opposition", aux abonnés absents ou en démonstration de pacotille (quand ils n’allaient pas carrément porter la soupe à l’UMP et au FN) quand on a eu besoin de nos "représentants".

Non! Sarkozy et son gouvernement, tout seuls!

Comme Kerviel et la Société Générale.

Alors vous avez bien compris hein, pour 2011, il faut vous indigner, pester devant votre poste de télé ou en écoutant votre radio.

Vous indigner, sentir votre cœur, cette jolie petit chose si fragile, capable de sentiments si nobles, se soulever d’indignation même, à chaque sale trouvaille de tel ou tel, Hortefeux, Valls et compagnie.

Tellement vous indigner qu’en 2012, (ne faites pas les andouilles hein), vous voterez "à gauche", voire même, si vous êtes très très indignés, au premier tour, "à gauche de la gauche" .

Pour plus "de justice sociale" et pour une "meilleure répartition des richesses" contre le "sarkozysme" et "la droite" pour "lutter contre la pauvreté"...

C’est pas la révolution, d’accord, mais "le grand soir ", hein, qui y croit encore?

Et puis, il faut bien de bonnes réformes pour préparer une bonne révolution, regardez Chavez, regardez vers la lumière du Vénézuela!

La révolution par les urnes, elle a eu lieu là bas, et c’est miraculeux. Au Vénézuela, Chavez change l’eau en vin et le vin en pétrole et il multiplie aussi les pains.Les aveugles revoient et les paralytiques remarchent.

Sans casse, sans heurts, démocratiquement, par les urnes! - Et tous ceux qui tordent un peu le nez devant l’exemple ou avancent quelques doutes, ou aimeraient, simplement, que l’on puisse ne pas refaire les mêmes erreurs avec le Vénézuela qu’avec l’URSS ( c’est-à dire, taire la critique, taire le débat) seront classés immédiatement "ennemis du peuple", je vous préviens...

Vous pourrez commencer, vous aussi, dès 2011 même, pour les cantonales votre "révolution par les urnes". (Vous vous êtes bien inscrits sur les listes électorales j’espère?).

Regardez, il y a même un parti qui a été créé "ex nihilo" (c’est très balèze, ça) fin 2008, par un ancien sénateur (à 32 ans s’il vous plait!), un gars du PS qui cause comme nous (dit-on), qui montre ses muscles chez Drucker et chez Ardisson, qui a soutenu Maastricht en 1992 et s’est réveillé de sa cuite pro-européenne 15 ans plus tard, spécialement pour vous qui êtes très très indignés et voulez absolument battre Sarkozy et tirer le PS vers "la gauche".

Ce n’est pas dur, ça s’appelle "le Parti de gauche", vous ne pouvez même plus vous tromper (même pour les mal latéralisés), comme le Port-Salut, c’est écrit dessus!

On vous le garantit sur facture. Avec ce Parti de Gauche qui aura ingéré, en plus, un bon paquet de PCF, grâce au Front de Gauche (là non plus, vous ne pouvez pas vous tromper), vous aurez des lendemains qui chantent.

Toi qui étais trop jeune pour voter, dans un enthousiasme délirant, Mitterrand dans les années 80, toi aussi, tu peux l’avoir, ta victoire du 10 mai 1981, ton "programme commun", toi aussi tu auras ta fête de "la victoire de la gauche" place de la Bastille, sous la pluie. A ton tour tu pourras dire "j’y étais".

Alors vote, "sans penser à demain", car l’essentiel, c’est MAINTENANT. Et demain, c’est un autre jour, donc on verra bien.

1983? Oh, un mauvais souvenir, un coup de pas de chance. Bon, bien sûr, il se pourrait que tu aies à voter pour Aubry ou DSK au second tour mais bon. C’est quand même mieux que Sarkozy et l’UMP non?

On va me dire : "Mais enfin, réveille toi, sois pragmatique, arrête de rêver, tu proposes quoi alors hein, pour les gens qui souffrent de la politique de Sarkozy? Le PS n’est quand même pas l’UMP!".

Ce que je propose, comme quelques autres, ce n’est pas très "sexy" car cela demande du travail, un énorme travail et plus de coups à prendre que de caresses à recevoir.

Ça demande de serrer les dents, de prendre du temps.

La proposition, c’est que nous prenions notre vie en mains.

Que nous grandissions.

Que nous ne nous précipitions pas encore dans des solutions électoralistes court-termistes, dans le paternalisme, qui ne vont pas du tout nous sauver (on a déjà eu un "père" dans l’histoire, il s’appelait Staline, "le petit père des peuples", et en France, même mieux, on a eu un gentil grand-père venu nous sauver, il s’appelait Pétain).

De se méfier des "lendemains qui chantent", qui pourraient bien, encore une fois, nous bricoler des "surlendemains qui déchantent".

Pourquoi des lendemains qui déchantent?

Parce que tout ce qui est proposé, "à gauche", ou "à gauche de la gauche" est à la fois incohérent et mensonger.

Tout ce qui ne fait pas des luttes directes du prolétariat le pilier central du changement dont nous avons besoin, va aggraver le désespoir, aggraver le renoncement, ramener les partis bourgeois encore plus forts, encore plus violents.

Tout ce qui accrédite la distinction entre "syndicalisme" et "politique", qui laisse à des syndicats affaiblis le soin de "gérer les contestations sur les lieux d’exploitation" et aux experts politiques de "mettre en musique les négociations patronat/salariat" nous tire vers le bas.

Il faut que nous prenions le temps et que nous trouvions le courage, non pas de nous "indigner", mais de CRÉER ce dont nous avons besoin comme armes, et d’AGIR.

Je propose donc qu’au lieu d’être indignés, nous soyons courageux et responsables, avec les yeux ouverts et les manches retroussées. Responsables de nous-mêmes.

L’urgence est donc à la création d’un parti des communistes.

Le communisme ne peut pas avoir vocation à être "un courant de pensée" toléré dans un parti à peine social-démocrate, genre "Die Linke", ou alors, c’est qu’on a rien compris à Tours, que les 90 ans du PCF (dont tout a été fait pour faire oublier ce qu’ils signifiaient) ne comptaient pas, qu’on s’apprête à effacer la leçon de 1905/1920!

Vous croyez que même avec un Front de Gauche à 15 % au premier tour en 2012 (soyons fous...certains semblent croire que c’est possible sous l’effet de l’aversion conjuguée pour le PS et le "sarkozysme", et qu’en plus, ce serait souhaitable!) le PS fera une autre politique que celle qu’il fait au FMI, ou dans les institutions de l’Union Européenne?

En Grèce? Le PS.
En Espagne? Le PS.
Au FMI? Un représentant du PS, ex-candidat à la candidature à la présidentielle en 2006. Au FMI avec l’appui de Sarkozy.
A l’OMC? Un représentant du PS, qui autrefois œuvré à la commission européenne. A l’OMC avec l’appui de Chirac.

Bien sûr que non!

Le PS fera la politique que les capitalistes voudront bien lui laisser faire.

Dont ils auront besoin. L’ère Jospin et la gauche plurielle, c’était un accident entièrement imputable à Jospin? Soyons sérieux!

Avec ça me direz-vous, quel mal y aura-t-il alors à faire la courte échelle à un PCF déliquescent et à un Parti de Gauche fait dans le velours des appareils, et dont certains créateurs semblent affamés de pouvoir (pour notre bien, bien-sûr)?

Si ces partis ne servent pas à maintenir le PS sous perfusion, à renforcer la bipolarisation (ou la "tripolarisation" même, tant qu’on écarte le spectre communiste....), s’ils ne servent pas à nous distraire de la lutte contre le capitalisme, s’ils ne visent pas à renforcer l’Etat bourgeois plutôt qu’à le faire dépérir, si ce ne sont pas des mirages, s’ils ne sont pas là pour nous faire perdre encore plus de temps, si ces partis servent à la classe ouvrière et aux prolétaires à s’organiser pour lutter pour leur émancipation, et bien, en effet, il n’y a aucun mal.

Si c’est cela, vraiment, alors oui, on peut trouver très révolutionnaire sans doute, de soutenir des candidats qui, au plus fort des luttes sur les retraites, instillaient, en toute conscience, le poison du renoncement en agitant le mirage d’un hypothétique "référendum" sur le sujet...

Mais pardonnez-moi si je doute quand je lis "les programmes" (de "projet politique" ça en revanche, il n’y en a pas).

Bien républicains, bien souverainistes, bien centralisateurs, et pleins "d’expertises".

Bien jacobins, pour tout dire, et donc, à mon humble avis, désormais fortement anachroniques, pour ne pas dire intrinsèquement incompatibles avec toute tentative révolutionnaire communiste...

Alors oui, cela me fait mal au coeur de voir des camarades valeureux partir dans ce sens ; je me dis que ce sont des énergies et des savoirs perdus pour la lutte. Et bon, tant pis, il faut faire avec. Ceux qui sont sincères comprendront vite, et mieux, une fois "dedans", n’y resteront pas longtemps.

Donc, ce que je nous souhaite pour 2011 et au-delà, c’est, non pas de nous indigner, mais de savoir nous organiser pour pouvoir nous révolter et nous battre.

Ce que je nous souhaite à toutes et à tous, pour 2011, c’est d’avoir une assez bonne santé et encore assez de folie pour souffler toujours sur les braises de la révolution et du communisme.

D’affûter les concepts et les mots, de mettre du bois dans le feu, et avec ce feu, non pas de nous chauffer les mains devant la cheminée d’une énième République arrière-arrière-petite fille de la révolution bourgeoise de 1789, mais d’embraser les institutions existantes, qu’elles partent en fumée, et avec elles, la classe dominante et les Idées qui les tiennent.

Bonne année 2011 de luttes et de renaissance politique, camarades communistes!

mardi 4 mai 2010

Puisqu’élection présidentielle il y aura en 2012, quelques pistes de réflexions sur ce sujet.


Loin de faire de l’élection présidentielle "l’alpha et l’omega" de ce que devrait être la vie politique des travailleurs et des communistes dans ce pays, quoi que l’on pense de cette élection et du cadre (la 5ème République, la république bourgeoise, la prédominance de l’UE...) dans lequel elle se déroule, il est au moins quatre "travers" à éviter d’emblée pour y réfléchir correctement.

Les deux premiers tiennent à la conception de l’élection présidentielle stricto sensu pour nous :

dire que rien de ce qui s’y déroulera ne nous concerne, nous, communistes et travailleurs, et que nous nous en lavons les mains.

dire que de ce qui s’y déroulera constituera l’essentiel de notre avenir politique et social, et que tout se jouera là.

Ces deux voies me semblent également fausses.

La raison et nos engagements nous imposent donc, avant tout débat sur le "qui et comment" (ce qui serait mettre la charrue avant les bœufs), de remettre à sa place cette élection dans ce cadre précis, et de ne pas lui faire dire plus, ni moins, que ce qu’elle dit et peut offrir comme opportunités, pour nous, du point de vue de la lutte des classes et d’une certaine conception de la démocratie prolétarienne.

De ne pas y cristalliser toute la vie politique jusque là, mais de nous en préoccuper assez tôt pour ne pas répéter les mêmes fiasco indéfiniment, tout en attribuant à ce moment de la vie politique française sa juste valeur pour nous et ce que nous défendons, c’est à dire, un autre projet de société, un projet politique alternatif (et non d’alternance plus ou moins "rougie"), un projet dont les racines sont la lutte contre l’exploitation capitaliste et le renouveau de la démocratie, et à terme, de préserver et de renforcer la possibilité révolutionnaire, donc.

A ce titre, il va de soi, il me semble, que la question posée n’est pas, ne peut pas être, et à plus forte raison pour 2012, en l’état actuel des choses et des consciences, "quel programme et quel candidat pour que le Président élu de la 5ème République soit communiste" !

La question est bien plutôt "comment nous saisir ensemble, le plus nombreux possible, de ce moment particulier de la vie politique qui nous accorde des moyens et des droits que nous n’avons pas en temps habituel, pour reconstituer le mouvement communiste, pour restaurer les organisations qui se réclament du communisme, pour faire entendre notre différence d’avec tous les autres (les non-communistes) et surtout, pour donner de la force et de l’espoir politique aux luttes d’émancipation et de résistance en cours".

Les deux autres travers à éviter pour nous sont donc, il me semble, les suivants :

ne militer d’emblée que pour "faire gagner la gauche" et "battre la droite" - ce qui revient de fait à entériner le vote utile mortifère, à stériliser les luttes et le développement de la pensée politique, et à soutenir le candidat ou la candidate du PS

ne militer que pour,dans et par le PCF.

La vie politique actuelle est ainsi faite que de nombreux communistes ne sont plus encartés nulle part (et certes pas ou plus au PCF, qui ne peut plus prétendre avoir l’hégémonie ou le monopole de la représentation des communistes en France), et grossissent chaque année davantage les rangs des abstentionnistes.

Que le PCF est certes extrêmement imparfait et à bout de souffle, très critiquable à maints égards, mais qu’il existe encore, et que sans lui, toutefois, dans sa diversité, dans sa composition bien plus complexe qu’on ne veut le dire souvent, aucun mouvement communiste pérenne n’est possible ni envisageable sérieusement.

Une élection présidentielle en France, compte tenu de la composition de notre pays, c’est avant tout le mouvement qu’un parti capable matériellement et intellectuellement d’assumer une position d’avant-garde, de "leader", est capable de fédérer, de rassembler à ses côtés, pour transformer une partie de l’état des choses, soit directement, soit indirectement.

Ceci à plus forte raison que les élections législatives suivront directement l’élection présidentielle, et que c’est aussi la dynamique enclenchée au moment de la présidentielle, l’intensité du projet politique proposé, la clarté et la fermeté des choix idéologiques revendiqués et assumés, qui déterminera, pour le coup, notre réappropriation d’un lieu de véritable pouvoir, de pouvoir du peuple, celui de l’Assemblée nationale.

Oui, il y a encore et toujours énormément de communistes et de sympathisants communistes ou socialistes, révolutionnaires, jeunes, moins jeunes, dans ce pays, de toutes origines ethniques , religieuses, culturelles, mais aussi des tas de personnes qui ne savent pas encore qu’elles pourraient être communistes et que c’est ce projet, toujours aussi fou et révolutionnaire, qui répondrait à beaucoup de leurs attentes.

Il ne faut pas laisser gâcher cela !

L’idée qui sert actuellement de pivot à toutes nos discussions, celle de la "gauche de gauche", est une idée creuse et un peu ridicule, insusceptible de rassembler le plus grand nombre d’entre nous, du fait de son flou, de ses ambiguïtés, de ses origines partisanes et théoriques particulières, et de son inadéquation à transcrire et à appuyer politiquement aujourd’hui la lutte des classes face au capitalisme.

Elle prend d’ailleurs d’emblée appui sur un mythe qui fut certes aimé, voire utile, mais qui a été battu en brèche par la conjonction du travail de sape idéologique capitaliste et la faiblesse "intellectuelle" des organisations dites ouvrières dans la seconde partie du 20ème siècle, une fiction qui (s’)est discréditée, peut être plus encore que le communisme lui-même, car ses fautes sont plus récentes et très actuelles, et pour longtemps je le crains : ce mythe, c’est celui de "la gauche" (on a donc là au moins une erreur tactique énorme).

Les peu satisfaisants scores du Front de gauche, malgré certaines exceptions, - Front supposé mettre en pratique cette construction théorique, douteuse dès l’origine -, en témoignent, même si il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et que l’existence de ce Front de gauche et la démarche indépendante du PS majoritaire au premier tour des régionales montrent aussi des craquements, montrent que la tour d’ivoire dogmatique et assez sectaire du courant majoritaire de la direction nationale se fissure, ce qui n’est pas dommage.

En cela, nous vivons encore dans les soubresauts de l’échec du gloubiboulga de 2007 "gauche populaire et antilibérale" issu de la démarche des collectifs unitaires anti-libéraux, mouvement petit-bourgeois par essence, de sa formation sociologique jusqu’à ses conceptions de la démocratie et de la politique, mais également, dans son rapport, jamais éclairci, au capitalisme.

Envisager 2012 sereinement et utilement pour nous, travailleurs actifs, retraités ou au chômage, précaires, étudiants...en lutte ou pas encore, implique donc de mon point de vue avant toute chose que soient réunis les points suivants :

que tous les communistes de France, quelle que soit leur nationalité et leur éventuelle appartenance partisane, réfléchissent ensemble à ce qu’est cette élection, à comment elle peut nous être utile, non pas à nous "membres du PCF ou de tel parti", mais à nous travailleurs et a fortiori, travailleurs militants communistes. Qu’une fois pour toutes, une position majoritaire ou susceptible de l’être, claire et ferme, soit exprimée et tenue sur ce sujet d’importance.

que la question de la participation ou non-participation à un éventuel gouvernement sous la coupe du PS soit tranchée avant toute chose, par principe, et que l’on s’y tienne, même si par grand bonheur, notre candidat-e alignait un score à deux chiffres à l’issue du premier tour.

En fonction de la réponse à ces questions ( mais également, pour répondre à ces questions, dans une certaine mesure) :

que le PCF accepte de (re)prendre ses responsabilités en tant que dernier parti conséquent de communistes (ou en tout cas portant ce nom ce qui, de toute façon, aujourd’hui, n’est pas rien) pour être, non pas "le chef", mais déjà, l’initiateur du rassemblement du plus grand nombre de communistes encartés ou non dans ce pays, sans exclusive, de façon ouverte, et s’offre donc à être le pivot du mouvement communiste à reconstruire et à faire renaître. Ce avant même que de penser à la "gauche" fut-elle "de gauche" !

Le rassemblement des communistes et de leurs sympathisants D’ABORD !

A 1.97% on est très loin de faire déjà le "plein" de "nos " voix.

Il y a actuellement matière à rassembler et à débattre sans tabou sur de nombreux sujets de travail : les retraites, la Grèce, l’Union européenne, la désindustrialisation, les luttes sociales en cours (sans papiers, industrie automobile etc)...Profitons-en.

que la question de la personnalité du candidat ou de la candidate soit mise impérativement à un second plan, après la rédaction d’un projet politique (et non pas seulement d’un "programme électoral") ; que cette désignation apparaisse même comme une conséquence logique du projet.

Que cette question du projet politique, qui doit avoir pour premier but de remettre le politique et l’humain devant l’économie et la finance, soit centrale, et fasse dès à présent l’objet d’ateliers de réflexion et de propositions partout en France sur le thème "Quel projet politique communiste pour la France au 21ème siècle" (ateliers dont le "cahier des charges" doit exister et devrait, sans inscrire les réponses dans les questions, mettre en avant la question de la lutte des classes, des conflits en cours et de leur soutien, des choses à faire pour transformer ces luttes de terrain en victoires, de l’analyse du capitalisme et du bloc au pouvoir, mais aussi de l’analyse des classes et sous-couches sociales en France, et de la démocratie prolétarienne, entre autres).

mais que cette question de la personne ne soit pas renvoyée non plus à quelques mois du début de la campagne électorale (sachant que le ou la candidat-e ne pourra pas négocier ensuite "ses conditions", mais sera avant tout le candidat des communistes et porte-parole du projet communiste, cela devrait en théorie éliminer un bon nombre de pique-assiette qui ne se disent pas d’abord "de gauche" par hasard...).

Dans la désignation de cette personne, il me semble évident qu’il faudra faire une bonne balance entre plusieurs choses :

une certaine expérience du combat électoral et des prises de paroles publiques ou devant les médias, sans que, cependant notre porte-parole apparaisse comme blanchi sous le harnais, usé médiatiquement, "politicien", représentant d’une caste, etc mais également une bonne connaissance des luttes de terrain, dans les entreprises, dans les associations....

qu’il ou elle soit "présentable" sociologiquement et politiquement (pas un "élu professionnel" ni un permanent depuis son plus jeune âge, et qu’il ou elle soit communiste, du PCF ou pas, c’est-à-dire avant tout, acceptant de s’en revendiquer sans honte ni forfanterie).

La question du charisme, si importante en ces temps médiatiques, sera évidemment importante.

Ce ou cette candidat-e devra pouvoir incarner dans sa personne certaines qualités objectives que l’on attend des responsables, sans cependant que nous ayons à singer les codes et les valeurs bourgeoises, mais au contraire, qu’il ou elle puisse incarner certaines de nos valeurs jamais représentées dans cette société (en d’autres termes, je ne crois pas que nous combattrons bien les candidats du capital avec un clone de chez eux, "le feu par le feu"...)

qu’il ou elle soit à même d’être soutenu par une équipe de campagne renouvelée et renforcée sur la théorie, entre autre, mais aussi dans la pratique, notamment syndicale, et qu’il puisse laisser une place assez large àd’autres porte-paroles.

qu’il ou elle, évidemment, accepte que ce projet politique, décidé en commun, et cette candidature elle-même, ne seront pas "les siens propres", mais ceux de toutes et tous, et qu’il ou elle sera avant toute chose un porte-parole plus médiatisé et plus responsable que les autres, militants, mais pas un "chef".

Résumons, donc, en vue de 2012 :

Une vision claire de l’élection présidentielle et de ses possibilités réelles,
des principes fermes et intangibles quant à une éventuelle participation gouvernementale ( ou pas) et par rapport à la "gauche",
un projet politique communiste,
un candidat communiste,
porté par un mouvement et des organisations communistes,
pour les communistes, et pour la fraction de notre peuple qui souhaitera s’y reconnaître.

Voilà les quelques suggestions et idées que je me permets de soumettre dès à présent à la sagacité et à la perspicacité de mes camarades communistes, car prévoir c’est pouvoir.

Salutations militantes et fraternelles.

mercredi 17 mars 2010

Élections régionales, stratégie & avenir du PCF, classes et capitalisme (+ extrait Poulantzas)


Précision préalable : ce petit article n’a pas de prétention à "la vérité", ni, non plus, à être complet (il faudrait des pages et des pages pour faire à peu près correctement le tour des causes et conséquences de la situation du PCF dans la lutte des classes actuellement, et de la manifestation de cette situation au regard des élections régionales ; il faudrait beaucoup de temps, il faudrait pouvoir "écrire à plusieurs mains", et probablement, il faudrait des connaissances et une expérience que je n’ai pas). La seule prétention de cet articulet, c’est donc simplement d’ouvrir ou d’éclairer une piste de réflexion et de travail pour l’avenir.

Le premier tour des élections régionales, et plus encore, le résultat des "négociations d’alliance" entre les deux tours, signe, manifestement, un nouvel échec de la énième tentative de prise du pouvoir du socialisme petit-bourgeois, qui est en train d’achever le PCF.

L’absence d’analyse en forme marxiste des possibilités qu’offrent les élections bourgeoises dans cette République particulière qu’est la 5ème incluse dans un processus "européo-atlantiste", en termes de construction de l’alliance de la classe ouvrière et de la classe de la petite-bourgeoisie contemporaine (défaut de construction d’alliance qui prit d’abord la forme d’un ouvriérisme stérile) , le reniement de la perspective de "démocratie prolétarienne" (avec l’abandon du travail sur la notion de "dictature du prolétariat"), et la négation même de l’existence de la classe ouvrière comme seule classe révolutionnaire (négation à plusieurs visages au cours de l’histoire du PCF) emmènent une nouvelle fois le PCF, et ce qu’il pouvait accomplir et représenter de révolutionnaire en cette période de grave "crise" du capitalisme mondialisé, droit dans le mur.

Faute de travail de réflexion sérieuse en termes de classes, de lutte des classes, et faute d’analyse juste de la phase que traverse actuellement le capitalisme, au niveau national et au niveau mondial, il y a fort à parier que la gangrène du tropisme bourgeois qui agite une partie de la petite-bourgeoisie moderne va continuer à pourrir ce qui fut un jour dans l’histoire de la lutte des classes en France le "Parti de la classe ouvrière".

Tant qu’il n’y aura plus, au sein du PCF, de courant dominant (et donc, assumant de façon volontariste, la nécessité d’une domination idéologique) revendiquant, sur la base d’une analyse de la société actuelle en terme de classes et de luttes, de position dans le mode de production capitaliste, l’alliance avec la petite-bourgeoisie sous la direction de la classe ouvrière, tant qu’on ne reviendra pas sur l’analyse d’une formule qui posait, justement que, de par sa place et son rôle unique dans le mode de production capitaliste, notamment, a fortiori depuis le début de la phase aiguë de la mondialisation, la classe ouvrière seule peut être révolutionnaire, seule peut être internationaliste, et que toute alliance (y compris hors période électorale et dans le cadre des organisations syndicales) avec d’autres classes doit être conduite comme une "prise en charge" réelle de la classe de la petite bourgeoisie par les organisations ouvrières MAIS (contrairement à ce qui a été fait ces 30 dernières années) sous l’égide et la direction de la classe ouvrière seule, il n’y a aucun sursaut à espérer de ce côté.

D’autant que pour en arriver à un sursaut véritable, il faudrait que les cadres dirigeants du PCF (s’ils le voulaient) comprennent ce qu’est réellement la petite-bourgeoisie contemporaine, les positions de classe qu’elle peut adopter, écartelée qu’elle est et sera toujours entre position bourgeoise et position ouvrière, mais surtout, tordent le cou à ce mensonge de la "disparition de la classe ouvrière" en France, et c’est peu dire qu’on en est loin.

Pire, la stratégie du PCF fondée sur un électoralisme forcené, d’alliances de sommet avec des partis aussi peu révolutionnaires que le PDG, les Verts ou le PS, ne fait qu’éloigner la perspective d’un renouveau du PCF comme possible organisation révolutionnaire de la classe ouvrière et au-delà, ouvre des voies insoupçonnables au fascisme "new-look", qui est bien une manifestation d’un des pires compromis que la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie peuvent sceller en période de crise économique grave.

La classe ouvrière et la fraction de la petite-bourgeoisie adoptant le point de vue de la classe ouvrière (fraction actuellement dominante, du fait de la crise, au sein de la petite-bourgeoisie) ne s’y sont pas trompées, qui ont refusé de se déplacer Dimanche dernier , pour participer à ce jeu de dupes.

Le "plus fort", c’est que dorénavant, même en termes strictement électoralistes, le PCF, - qui participe activement (par masochisme? par pure opportunisme de la caste politico-bureaucrate qu’il abrite en son sein?...) à la création de ce nouveau parti prétendument représentant d’une petite-bourgeoisie qui serait favorable au "prolétariat" (mais pas "à la classe ouvrière" ni à la révolution, nuance subtile !) qu’on appelle "Parti de gauche" (et qui n’est qu’une resucée moins glorieuse de ce qui donnera le PS) d’une part, et d’autre part, qui assoit l’actuelle développement de cet autre véhicule de l’alliance de classe bourgeoisie/Petite-bourgeoisie qu’est "Europe Ecologie", tout en contribuant à maintenir sous respirateur artificiel le PS, ne récolte même plus les fruits de ses reniements, voire, de ses trahisons, puisque presque partout, il perd des postes de conseillers régionaux, des vices-présidents, voire, se fait carrément enfler par le duo socialo-écolo, comme en Picardie ou en Limousin (mais pourquoi nos ennemis de classe se priveraient-ils de laminer même le peu qui reste du PCF?)

Pour "sauver" ce qui resterait à sauver du PCF, il faudrait une prise de conscience proprement "révolutionnaire", de ce qui reste d’éléments révolutionnaires non opportunistes, de représentants non corrompus de la classe ouvrière, et des alliés objectifs de cette classe au sein du PCF.

Une prise de conscience telle qu’elle aboutisse à une véritable insurrection interne qui parvienne à faire le tri entre "le bon grain et l’ivraie" et jette dehors les cadres qui "tiennent" ces alliances (rosâtres, brunâtres ou verdâtres) avec le pire de la fraction de la petite-bourgeoisie dans le Parti.

C’est-à-dire qu’il faudrait prendre conscience dans les jours à venir que la lutte des classes existe au sein du parti lui-même (et depuis des décennies !), qu’elle est âpre, violente, à l’instar de celle qui se déroule quotidiennement entre classe ouvrière et classe bourgeoise à tous les niveaux, qu’elle ne permet plus de tergiverser, de biaiser, ni d’être attentiste.

Évidemment, un tel processus impliquerait de pouvoir balancer aux orties des dogmes quasi-religieux qui stérilisent le meilleur du PCF en l’éloignant des objectifs de la classe ouvrière, comme "l’unité du Parti", "la fraternité des camarades", et j’en passe.

Il y a un divorce interne (inévitablement violent, je le crains) à accomplir, entre la fraction du PCF qui peut encore servir de fondement à la construction d’un nouveau parti de la classe ouvrière susceptible de prendre en charge le sort de la classe d’une fraction de la petite bourgeoisie (donc, qui doit accepter de redevenir d’abord un parti de classe avant de pouvoir prétendre être un parti "de masse", car la constitution de la société en classes actuellement est telle que le parti de masse est presque l’antithèse d’une direction par la classe ouvrière du procès révolutionnaire, dans la mesure où la classe ouvrière est numérairement moins importante aujourd’hui que la petite-bourgeoisie, et qu’on voit bien qu’on ne peut pas régler le problème en noyant tout cela dans une fausse classe qu’on appellerait "prolétariat"), et la fraction du Parti qui tient, directement ou indirectement, parfois sans en avoir conscience, pour la défense d’intérêts qui, à travers les intérêts d’une fraction de la petite bourgeoisie, sont des intérêts qui servent la bourgeoisie.

Cela est-il possible?

J’en doute, dans la mesure où des décennies d’éducation à accepter, à œuvrer même, pour certains, à la soumission idéologique et politique de la classe ouvrière à la fraction la plus bourgeoise de la petite-bourgeoisie, à priver même, la classe ouvrière de sa légitimité à se revendiquer et à se construire comme organe de la révolution prolétarienne, ainsi que la composition sociale actuelle du Parti lui-même, hypothèquent gravement la survenance de la prise de conscience.

Quand bien-même, comme me disent certains camarades du Parti, on "remettrait à l’usine" la plupart des cadres dirigeants du parti, ils ne (re)deviendraient pas pour autant des agents politiques actifs de la restauration de la classe ouvrière, et au contraire !

La tentative d’assassinat politique d’un des derniers représentants social et politique objectif de la classe ouvrière au sein du PCF (quoi qu’on puisse trouver à lui reprocher également), je veux parler, bien-sûr, de Maxime Gremetz en Picardie, signe le forfait plus sûrement que n’importe quelle revendication : les renards sont nombreux dans le poulailler.

Je suis peu optimiste.

Hors l’hypothèse de la prise du Palais d’Hiver de la Place du colonel Fabien,donc, il ne me semble pas y avoir d’autre solution raisonnable qu’une scission prochaine et rapide, et que la fraction du PCF issue de cette scission (scission qui devrait, pour être efficace et pérenne et surtout, pour ne pas nous entraîner dans un processus à l’italienne type "Refondation", être réalisée sur la double base, d’une part, de la volonté claire d’assumer à nouveau le rôle de lieu d’organisation politique privilégié de la classe ouvrière et de la reconnaissance de son DROIT à être hégémonique -moins l’ouvriérisme bien-sûr, qui est une plaie social-démocrate-, et d’autre part, de construction du parti sur des principes aptes à fonder une réelle démocratie prolétarienne), que la partie du PCF issue de cette scission prenne sur elle de rassembler d’abord, parmi les membres de la classe ouvrière, et dans les individus qui acceptent de devenir des alliés objectifs de cette classe, les militants communistes .

Cette scission, pour être efficace, suppose en outre une main tendue et une absence de sectarisme de la part de certains qui serait quasiment, vu son ampleur, une sorte de transsubstantiation des cadres de certains courants ! Peut-on y CROIRE? oui sans doute, comme on peut croire au ciel. Doit-on l’espérer? C’est une autre affaire.

Tout cela est-il possible? Nous le saurons bientôt. En toute logique, celles et ceux qui ont été réveillés par cette séquence-là dans le Parti devraient rapidement sortir les boîtes à gifles et affûter leurs "arguments", et tout ceci devrait se régler au "congrès extraordinaire de juin", dans quelques mois.

Si rien ne se fait, Mélenchon et ses soutiens dans le parti sonneront le tocsin et le PCF finira dans un suaire rose (reconnaissons au moins à la tactique mélenchonesque l’immense vertu dialectique d’avoir fait exploser certaines contradictions internes, et d’avoir permis à certains camarades du Parti d’ouvrir les yeux sur une partie de leur caste dirigeante qui s’unit au-delà des prétendus courants, comme toute bonne caste).

Les questions qui doivent d’ores et déjà se poser à nous, militants communistes plus ou moins isolés et situés en dehors du PCF, quels que soient les véhicules qui aient été reconstruits par la suite, sont les suivantes : comment, d’une part, doit-on s’organiser pour "attendre" cette insurrection, ou cette scission (qu’il ne faut pas, je pense, pour la justesse de notre démarche, chercher à provoquer), dans quel délai doit-on circonscrire cette attente, et comment, d’autre part, dans l’hypothèse, très probable, où cette scission, dans ce sens, ne se produirait pas rapidement, comment peut-on faire "sans le PCF", question mainte fois posée mais à laquelle il n’a pas été répondu VALABLEMENT pour l’instant.

Sachant que toute tentative de fusion dans ou de rapprochement avec des partis ouvertement construits pour assumer la représentation politique hégémonique de la petite-bourgeoisie (PDG avec une fraction majoritaire manifestement "pro-bourgeoise", et, dans une autre mesure, moins nette, NPA, victime de ses lointaines origines idéologiques trotskistes, et donc, victime de ses penchants idéologiques de classe, je pense aux mencheviks, le "cul entre deux chaises", oscillant entre tropisme bourgeois et tropisme ouvrier sans jamais pouvoir trancher, et, bien-sûr, "Europe Ecologie", de façon encore plus flagrante puisque reniant même l"idée de classes, ou de détermination ne serait-ce que par la "couche sociale"), toute tentative en ce sens serait évidemment une nouvelle erreur.

Il faut également appliquer d’une certaine manière, ces bribes de raisonnements au devenir de la CGT (qui peut encore être le lieu d’une reconstruction communiste) et à l’utilisation qui peut en être faite de façon "non gauchiste" en termes de lutte des classes et de restauration de la classe ouvrière, ainsi qu’en termes de "prise en charge" des fractions des autres classes qui peuvent lui être objectivement alliées (fraction très résiduelle de la petite paysannerie, et fraction de la petite-bourgeoisie à tropisme ouvrier), sur SES bases à ELLE.

La question des erreurs, -et je m’en arrêterais là- (étant bien placée pour en parler !), quand ce sont réellement des erreurs (erreurs d’analyse, fondées sur un manque d’étude, et de culture de la très longue histoire du mouvement ouvrier, de la lutte des classes, de l’étude marxiste...ou erreurs de raisonnement, fondée sur une pratique inexacte de la dialectique) ce n’est pas qu’elle place X ou Y dans une position de "faiblesse" ou qu’elle impacte" négativement tel ou tel, non.

Ce n’est pas qu’elle soit un signe de "faillibilité" qui fasse perdre la légitimité de tel ou tel. Non, le problème n’est pas là. C’est pire ! C’est que l’erreur, répétée, d’une part, éloigne du but, fait perdre du temps (ce qui est parfois rétrospectivement très utile), mais surtout, que l’erreur répétée et non analysée, d’autre part, empêche radicalement de "transformer le négatif en positif" et ne permet pas d’avancer, mais fait même reculer la construction du mouvement révolutionnaire.

Or, si l’hypothèse de base (toujours valable selon moi, dans la mesure où sa fausseté n’a pas été démontrée, au contraire) est toujours que la révolution prolétarienne et l’avènement d’une société sans classe ne sont pas du tout des "conséquences nécessaires et immédiates" du capitalisme soi-même, et donc, qu’elles pourraient très bien ne pas "advenir" (a fortiori quand on ne combat plus ses ennemis), qu’il n’y a rien de "mécaniste" dans la survenue de la révolution socialiste, et qu’au contraire, même, il se peut que les classes se dissolvent et se détruisent l’une l’autre et que notre monde finisse dans une sorte de gros chaos sanguinaire, on voit qu’on a tout intérêt à continuer de se battre, à chercher des voies, à ne pas abandonner l"idée de la révolution prolétarienne, et donc, à pouvoir tirer des enseignements de l’analyse de ses erreurs passées.

Je me permets de vous transmettre ci joint un extrait court, de ce qui a été mon livre de chevet ces derniers jours, et qui, lié à d’autres éléments de lecture, m’a permis d’en arriver à cette conclusion d’étape ( peut être fausse? je ne prétends pas à la vérité) d’un livre que pour ma part, quoi qu’ardu parfois,j’ai trouvé fascinant, vivifiant, enrichissant, incroyablement d’actualité, qui est un recueil de textes de Nicos Poulantzas, que certain-e-s d’entre vous connaissent déjà sûrement, intitulé "Les classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui".

J’ai choisi cet extrait mais je recommande la lecture de l’ouvrage entier, si possible, ainsi que de "Fascisme et dictature", du même auteur, à mon avis une très bonne tentative d’analyse des erreurs idéologiques qui ont jalonné la vie du Komintern et une bonne analyse de classe.

Extrait de Nicos POULANTZAS dispo. ici à la fin

lundi 15 mars 2010

Première analyse des résultats des régionales et perspectives d’avenir



Plus de 53 % (53,75 % selon les chiffres du Ministère de l’Intérieur) des habitants de France autorisés à voter ne se sont pas déplacés hier.

C’est historique, au sens strict, et ne peut être passé sous silence, mais au contraire, mérite une analyse lucide et posée.

Le nombre des votes blancs/nuls est de 1.98 % (résultats Min. Intérieur).

Quelques 8 % d’électeurs potentiels ne seraient pas inscrits du tout (sce Le Monde).

Démonstration est faite que les électeurs et électrices en ont assez d’être pris pour des imbéciles et des vaches à lait, et qu’ils ont décidé d’adresser à l’ensemble de la classe politique un fort signal de ras-le-bol, sinon de colère.

Qu’ils n’ont pas trouvé dans cette campagne de quoi les satisfaire intellectuellement, ni pratiquement, pour appuyer leurs luttes de chaque jour contre les méfaits du capitalisme et de la politique de la bourgeoisie, sous ses multiples visages .

Ces 53 % d’abstention signifient clairement une défiance et un désamour des Français, non pas de "la politique" ( ce serait si facile et ça en arrangerait tellement, à commencer au PS), mais plutôt, de la "classe" politique, perçue de plus en plus comme une "caste".

Ainsi, démonstration est faite, une nouvelle fois, que le "clivage droite /gauche" est dépassé et obsolète, et qu’il ne peut plus rendre compte des aspirations populaires.

On serait bien en peine de dire qui "de droite" ou "de gauche" n’est pas allé "veau-ter".

Et pour cause !

En revanche, mathématiquement, on peut déduire qu’une énorme majorité de "petits", des pauvres, des exclus, des peu argentés, des prolétaires, salariés des bureaux, ouvriers, chômeurs, petits artisans, petits paysans... n’est pas allée aux urnes.

Cela c’est extrêmement significatif que cette mascarade de "la gauche" doit cesser.

Si "la gauche" ne rassemble plus, ne mobilise plus en tant que pseudo-unité fondée sur rien, la place est à nouveau ouverte aux idées et aux hommes et femmes qui disent clairement ce qu’elles sont et veulent être : communisme, socialisme.

Les faux-semblants, cela suffit ! Cela aussi c’est un message, que l’on peut déduire de la confirmation de scores corrects (quoi qu’en nette baisse également) pour "Europe Ecologie" supposée représenter clairement "l’écologisme".

- Ne boudons pas notre plaisir, avec si peu d’électeurs, l’UMP, quoiqu’en tête des scores à l’issue du premier tour au niveau national en pourcentages de voix exprimées, mais derrière le PS en termes de sièges déjà attribués, prend le début d’une double claque, qui prolonge celle déjà reçue aux européennes, ce qui est réjouissant à certains égards mais pas suffisant.

Le score du FN, en progression par rapport aux européennes, est inquiétant et, évidemment, à analyser.

Cependant, rapportée au nombre d’électeurs et aux chiffres des régionales plus anciennes, cette progression n’est pas si importante que cela, il ne faut pas non plus tomber dans le piège des Le Pen père et fille, Gollnisch... qui se pavanent. Ce peut être aussi le chant du cygne noir.

Toutefois, pour le moment, ce parti, qui réalise 11,42% au niveau national (sce Int.) est en position de se maintenir dans plusieurs régions, c’est un fait.

Mais on peut aussi se demander si une partie de l’électorat UMP ou "de droite" ne s’est pas reportée sur ces listes pour signifier un désaccord de la politique menée par le pantin politique actuel du capitalisme, Sarkozy, comme en 2002.

Que donneront ces éventuels votes de protestation au second tour? Quel sera le report exact de voix? Où va-t-on voir le FN montrer son vrai visage en s’alliant avec l’UMP? En Rhônes-Alpes, le candidat UMP fait déjà des appels au FN.

- Ce scrutin est également un signe que de nombreux électeurs politisés (et contrairement au tableau que l’on dresse en permanence des électeurs en France, je pense que nombreux sont ceux qui aiment encore la politique, la vraie, et ne demandent que de la voir renaître) ont conscience, plus ou moins nettement, que la région est un échelon anti-démocratique, européaniste, mauvais pour eux, auquel ils ne reconnaissent aucune légitimité et qui, contrairement à ce que clame le PS , ne peut en rien servir de "contre poids politique", au contraire.

Nous venons d’ailleurs d’en avoir la preuve en actes en 2 ans de crise avérée pendant laquelle pourtant, les régions étaient déjà "à gauche"...A part contribuer aux politiques de l’UMP au niveau local, au lieu d’entrer en résistance, à quoi ont-elles servi?

Les véritables échelons de la démocratie locale, ce sont encore et toujours le département, et la commune. Justement ceux que Sarkozy et consorts voudraient "tuer".

- Ce scrutin voit aussi le NPA se faire laminer (par lui-même, avant tout), éliminé presque, du paysage politique bourgeois auquel il a voulu se fondre à toutes forces, sans cependant s’en donner les moyens réalistes, et au mépris des convictions profondes des citoyens qui pouvaient se reconnaître en lui et espéraient le voir changer le paysage politique sur le fond.

La claque est encore plus violente qu’aux Européennes. Il y a la matière à se poser de sacrées questions pour ses militants et dirigeants.

La politique du "dedans /dehors", les palabres incohérents pour les alliances, les positions dogmatiques en totale contradiction avec les objectifs affichés et les moyens réels, tout ce qui fut perçu comme une forme de "trahison" par ceux qui auraient pu, assez naturellement, se reconnaître dans ce parti, se sont payés cash pour cette formation issue du trotskisme qui a fait le choix de renoncer publiquement au communisme pour choisir un "anticapitalisme" sans histoire et sans contenu révolutionnaire.

- Les résultats de LO montrent que ce parti, lui, toujours trotskiste, ne se porte guère mieux, même si traditionnellement, ce genre d’élections ne lui a jamais réussi,(ce que d’ailleurs il ne cherche pas à faire, se contentant d’utiliser là ponctuellement les moyens de communication qu’offre encore la démocratie bourgeoise).

- Pour les communistes, ce scrutin démontre, puisque besoin était, que le "Front de gauche" semble, en effet, mauvais pour le PCF.

Mais comment pourrait-il en être autrement, dans une telle période?

Le Front de gauche, initié aux Européennes suite à l’irruption sur la scène politique du "PdG" de Mélenchon-Dolez-Coquerel, et qui fait suite aux stratégies des CUALs, et de la " Gauche Populaire" de MG Buffet, composé de sa multitude de petites formations arrivistes et des anciens chevènementistes et transfuges du PS ou lambertistes en quête de "places", échoue à faire mieux et plus que le PCF seul aux dernières régionales, et est doublement en baisse par rapport aux européennes de 2009, en général et rapporté au niveau national.

Les communistes, militants, sympathisants, ne se reconnaissent plus dans "la gauche" dont ils ont bien compris, en 30 ans de pratique à tous les échelons, à quoi elle avait servi, et son inutilité générale face aux attaques du Capital.

Certes, la comparaison 2004/1010 PCF/ Front de gauche est délicate puisque dans 14 régions le PCF faisait liste commune avec le PS dès le premier tour en 2004 !

En 2010, le "Front de gauche" obtient aux régionales une moyenne nationale de 5.84% (chiffres Int.) des voix exprimées - il est difficile, sinon impossible de comparer avec les résultats de 2004.

En revanche, on peut le faire avec ceux de des européennes 2009, toutes proportions gardées.

Et le résultat au niveau national est sans appel : non seulement en moins d’un an, le "Front de gauche" ne progresse pas mais encore, il baisse, puisqu’aux européennes il dépasse les 6 % (6.47% chiffres FDG), ce uqi n’est plus le cas en 2010, et que l’abstention, déjà importante en 2009, est supérieure en 2010.

Un point intéressant, malgré tout , qui en dit long sur l’état d’esprit de nombreux militants du PCF et qui n’est pas à prendre à la légère, c’est qu’en 2010, le nombre de listes communes avec le PS dès le premier tour est très largement en baisse : cette liste commune n’existe plus que dans 5 régions à savoir Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne, Champagne-Ardenne et Lorraine.

En 2004, dans les régions où le PC se présente hors le PS, en tête, rassembleur sous ses couleurs (principalement Picardie et Npdc) les listes communistes atteignaient les 10 %.

En 2004, dans les régions où avaient déjà été choisi l’embryon de la tactique actuelle, les listes affichent des scores différents de ceux obtenus cette fois, plus faibles, il faut le reconnaître.

Ainsi en Ile de France, la liste de rassemblement "Front de gauche" emmenée par le PCF et MG Buffet fait 7.2% en 2004, quand, en 2010, la liste "Front de gauche " emmenée par P. Laurent et Eric Coquerel fait seulement 6.55 % (source Int.) et connaît donc une baisse manifeste. Mais elle est certes en très légère augmentation si on veut comparer aux européennes où P. Le Hyaric avait obtenu 6.32 % des voix (sce FDG).

En Auvergne, où la liste de rassemblement emmenée par A. Chassaigne a fait 9.2 % en 2004, on est passé en 2010 à 14,24 %, ce qui fait d’A. Chassaigne, infatigable homme de terrain, populaire, présent, disponible, le vrai vainqueur de cette séquence électorale, et pourrait le désigner plus probablement comme candidat

pour succéder à Buffet que Pierre Laurent, s’il le voulait.

Dans le Npdc, la liste emmenée par A. Bocquet (non explicitement "Front de gauche" mais appelée "l’Humain d’abord - Liste d’union emmenée par le PCF" et clairement identifiée "communiste" sur le terrain) se maintient bien par rapport à 2004, avec plus de 10% (10.78% sce Int.), ce qui confirme le bon travail des camarades du PCF dans cette région pour se maintenir, mais rend aussi compte des problèmes de visibilité et d’identité, puisque, compte tenu de la crise et des attaques énormes que connaissent les électeurs dans cette terre historiquement rouge et ouvrière, on peut se demander si une liste et un programme encore plus clairement "communistes" n’auraient pas fait plus, la liste ne progressant que de 0.10 % en 6 ans .

Cela étant, il ne faut pas dénigrer les résultats comme ceux -ci, et au contraire, on peut les applaudir et les analyser.

En Limousin, la liste "Front de gauche" réellement étendue y compris au NPA, remporte plus de 13 % -ce qui constitue là encore une autre leçon, à savoir que les électeurs communistes et sympathisants accordent leurs suffrages volontiers aux listes d’union COMMUNISTES et ANTICAPITALISTES qui dépassent les clivages anciens.

La stratégie suicidaire de division et d’effacement d’une forme d’identité communiste visible en Picardie porte ses fruits amers, si l’on peut dire, et la division des communistes fait chuter la liste emmenée par M. Gremetz (dt la liste réalise quand même 11 % en Somme) qui ne dépasse pas les 6.2% contre plus de 10% en 2004 ; en outre la liste PS auyant emmené l’autre branche communiste de la région dès le premier tour fait moins bien en 2010 qu’en 2004 (on passe de 27.42 % en 2004 à 26.64 % en 2010) le tout sans empêcher un score à deux chiffres du FHaine, en position de se maintenir.

Qui dans cette région portera la vraie responsabilité du maintien du FN au second tour? Comptons, réfléchissons...

Une union des communistes derrière M. Gremetz aurait pu, sans doute, porter cette liste aux 10 % requis.

Quel gâchis !

En Corse, une liste certes intitulée "Front de gauche - Pour changer en Corse" mais avec une forte identité communiste et présentée dans les médias locaux - et nationaux - comme "liste emmenée par le PCF" connait une belle progression ; emmenée par D. Bucchini, cette liste dépasse les 10 % et est ainsi en position de se maintenir . Elle fait mieux que celle de Zucarelli et est cette fois en position de peser fortement sur la liste "DVG" de Giaccobi (qui est même largement battue à Bastia par la liste communiste qui réalise plus de 13 % avec "seulement" 40 % d’abstention, c’est à dire bien moins qu’au niveau national). En 2004 la liste emmenée par le même D. Bucchini faisait environ 6 %. Quelle progression !

En Rhônes-Alpes, le même "Front de gauche" fourre-tout atteint à peine les 6 %...Tandis que l’UMP et le FN ont le vent en poupe. Ce qui pourrait démontrer l’inanité, la dangerosité même, de la campagne "anti-burqa" menée par A. Gérin avec la droite.

En Aquitaine, la liste "Front de gauche" n’atteint même pas les 6 %, avec 5.95 % quand la liste PCF seule emmenée en 2004 par A.Guilhamet faisait 4.35 % (certes une progression, mais due manifestement à un transfert de voix du PS puisque la liste PS/Verts PRG en 2004 au premier tour faisait 38,42 % en 2004, donc, plus que les 37.63 % actuels).

Ces chiffres seront sans nul doute analysés et disséqués par les uns et les autres, à la lumière des campagnes qui ont été faites sur le terrain, de la composition des listes, de ce que l’on sait au niveau local qu’on ignore toujours au niveau national...

Mais, à moins d’être complètement autiste, il va falloir se rendre à l’évidence : la "stratégie" du "Front de gauche" effaçant le PC ne rassemble pas, n’est pas perçue comme ayant pu permettre une forte expression de la colère populaire, ne satisfait pas les communistes, et parmi eux, satisfait à peine les militants du PCF.

La direction actuelle du PCF a, à nouveau !, failli et a raté une opportunité historique de faire entendre une voix différente, des propositions communistes, elle a échoué à pouvoir se prétendre encore représentant du mouvement ouvrier, et des prolétaires.

Bien sûr, au QG du "Front de gauche", certains peuvent se raccrocher aux branches en se réjouissant d’avoir fait "plus que le MODEM et le NPA" - on a les victoires qu’on peut. Quand on va aller se jeter dans les bras du PS ou à peu près, effectivement, avec des scores médiocres la plupart du temps, on peut prendre les vessies pour des lanternes et continuer à cirer les godillots de JL Mélenchon pour 2012...

Si la satisfaction de la direction du PC en est à servir de plateforme à des règlements de compte entre trotskistes et ex-trotskistes, on est vraiment tombés bien bas ! On comprend que Mme Zappi et JL Mélenchon, eux, se réjouissent mais nous? !

Non, ça ne fait pas le compte dans une telle période, c’est même franchement lamentable de prétendre qu’un parti comme le PC avec son antériorité , ses forces militantes, son histoire, ses bases...aurait pu se sentir réellement menacé par le NPA (alors qu’il aurait pu profoiter du NPA pour augmenter une dynamique communiste, comme en Limousin) !

Alors que dire de ce premier tour pour NOUS, prolos, ET cocos? Nous toutes et tous qui, souvent en parfaite connaissance de cause, en pleine conscience, ne nous sommes pas déplacés aux urnes, et n’avons voté ni NPA ni Front de Gauche ni LO?

Cette élection est d’ores et déjà illégitime.

Que la colère, sous des formes diverses, monte, cela, c’est évident aussi. Et comment pourrait-il en être autrement?

Faut-il s’en réjouir?

En l’absence d’un véritable parti ou mouvement communiste, c’est -à -dire encore disposé à s’en revendiquer ouvertement ,encore disposé à défendre sans complexe des positions de classe (à l’instar du KKE grec par exemple), à présenter ses militants communistes, à oser des propositions réellement audacieuses et novatrices, surtout en cette période de crise et de récession grave, non, je ne crois pas qu’il faille s’en réjouir.

Ne pas se réjouir est une chose, constater que, toutefois, cette situation dit des choses intéressantes en matière de perspectives de reconstruction d’un "mouvement" communiste uni et novateur en est une autre.

La lueur d’espoir de ces résultats (à condition que chacun prenne ses responsbailités et cesse de faire l’autruche au nom de la défense de la Sainte Chapelle de Fabien), portée par les quelques listes sortant du lot (Auvergne, Limousin, Corse, Nord Pas de Calais notamment), c’est que, sans aucun doute, le communisme et la lutte de classe, syndicale et POLITIQUE, ont de l’avenir dans ce pays, en ce moment plus que jamais.

- Je ne parle pas du PCF, notons bien. Je parle de ce que peuvent être capable d’incarner localement certains camarades des rangs du PCF. Nuance.-

A condition qu’une formation politique qui ne s’en cache pas daigne en représenter les idées et propositions communistes, sans les trahir, sans se vendre au PS pour un plat de lentilles. Sans donner l’illusion que les élections bourgeoises seraient tout et règleraient tout. En s’en servant comme nous savions le faire fut un temps, sans se tromper d’objectif.

En reprenant, aussi, le chemin abandonné pour de mauvaises raisons en 1976, quand on a jeté aux orties la "dictature du prolétariat" contre rien, avec des pudeurs de pucelle, au lieu de faire monter dans le Parti le niveau d’exigence d’analyse et de propositions, mais aussi d’actions, vers une "démocratie prolétarienne" et les luttes de classe.

Ma conclusion est invariable : avec ou sans ce qui reste de communistes au PCF, il va bien falloir, rapidement, que TOUS LES COMMUNISTES de ce pays qui n’ont pas renié leurs idéaux, ni leurs combats, qui en "veulent" encore, s’unissent, un jour prochain, malgré leurs différences, malgré NOS différences, nos divergences, dont certaines sont évidentes, dans une formation qui permette de rassembler nos forces militantes actuellement dispersées et divisées.

Non pas pour contester au PCF ou à ce qui en tiendra lieu ou le remplacera, des "places" dans la course aux voix dans les élections bourgeoises, mais pour faire ce que ce parti ne fait plus depuis au moins 20 ans, c’est à dire organiser les forces, unir, avancer dans la contestation du capitalisme, dans le soutien des luttes de terrain qui tentent, chaque jour, d’arracher au patronat des bribes de droits, et pour construire enfin le projet politique qui nous manque.

Hauts les cœurs, camarades, comme toujours, le combat continue !

Demain sera "un autre jour". Il ne tient qu’à nous de savoir de quoi il sera fait.