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samedi 9 avril 2011

Le programme économique du FN, l' Etat, la Nation et la possibilité révolutionnaire.


Passons sur le côté "amusant" de la présentation du programme économique du Front National, avec hauts-fonctionnaires anonymes, et tout le tremblement, légitimé par la "persécution" dont les militants frontistes seraient l'objet.

Rentrons dans le vif du sujet: le politique.

C'est amusant aussi, notez bien. Amusant de constater que, pour un parti dont le nouveau credo semble être de vouloir redonner la première place au politique, le passage obligé est celui de la "crédibilité économique" selon la plus pure tradition bourgeoise.

Comment faire la démonstration inverse de ce que l'on prône, donc.

On commence par dévoiler un "programme économique". Pas un programme politique.

En cela, le FN ne présente strictement aucune différence avec les partis institutionnalisés bourgeois, qui servent le capitalisme, directement ou indirectement.

Et un programme fabriqué en partie par un énarque, actuellement en poste, si on en croit l'article du Parisien, à ...Bercy! On a vu mieux comme révolution populaire, que d'employer les services de ces cerveaux formatés à servir l'Etat bourgeois à l'ENA....

Mais passons, donc.

Comme presque tous les autres partis politiques, le programme économique présenté par le FN a d'abord vocation à attirer les fameuses "classes moyennes" (l'autre nom pour ce nous appelons nous, la "petite-bourgeoisie"). Ca marchera sans doute en partie, compte tenu des circonstances.

La critique principale que je vais faire aujourd'hui (j'en ferai sans doute d'autres par la suite) me semble tout sauf anecdotique.

Elle a trait à la conception de l'Etat et de la société qui rend possible toute la construction du programme économique du FN.

Cette conception, c'est celle de l'Etat dit régalien, jacobin et centralisé.

Cette conception, elle n'est appuyée que sur une seule jambe qui s'appelle la "souveraineté nationale". Coupez-la lui, et tout s'écroulera.

Problème pour le FN: ce sont les masses qui font l'histoire, et il faut faire avec.

Or les masses, même si elles le regrettent peut-être aujourd'hui (mais, à supposer que regret il y ait, regretter est une chose, vouloir faire "machine arrière" en est une autre, et pouvoir faire "machine arrière" encore une autre), elles ont décidé, il y a de cela un moment déjà, que de la Nation, de la souveraineté nationale, et de l'Etat jacobin, elles n'en voulaient plus, que cela plaise ou pas, et quels que soient les "dommages collatéraux" que ces décisions ont coûté - en premier lieu et presque exclusivement, pour les auteurs de ces décisions eux-mêmes.

Ces décisions ont été prises, et entérinées à plusieurs reprises, que ce soit en portant au pouvoir des socio-démocrates (ou des libéraux-sociaux), ou des libéraux "tout court" (les deux pôles principaux de l'alternance politique sous la 5ème république) pour des raisons qui ne sont pas exclusivement (loin de là) des raisons économiques. Il y a d'autres visages de ces décisions (dans les syndicats notamment). Mais je m'en tiendrai là, pour ne pas alourdir le propos.

Elles ont été prises parce que, pour plusieurs raisons, non seulement le peuple n'a pas lutté contre la mondialisation mais encore, il l'a accompagnée et même à un moment, majoritairement souhaitée (même s'il n'en a pas souhaité évidemment, les résultats, qu'il subit de plein fouet chaque jour).

Évidemment, ce que le peuple a souhaité au fond, avant toute chose, ce n'était pas les délocalisations, les licenciements, la perte du pouvoir d'achat, la précarisation, la coupe permanente dans les budgets de l'Etat au nom de la sacro-sainte réduction de la dette publique imposée par Maastricht...

Ce qu'il a souhaité, (parce que c'est ce qu'on nous a vendu avant tout), c'était la libre circulation des personnes et des biens , une monnaie forte et une économie assainie. Une nouvelle forme de sécurité en somme: la paix entre des hommes débarrassés de leurs oripeaux nationaux et un Etat protecteur qui ne soit plus soumis au diktat des financiers via la dette publique.

Souhaitant cela, et le mettant politiquement en œuvre par différents moyens, le peuple n'a pas forcément vu ou compris la polysémie de ces notions et ce qu'elles pouvaient entraîner comme effets pervers dévastateurs de nos vies. A moins que (hypothèse que je privilégie) l'ayant pressenti, son désir de se libérer des frontières , de la nation... son désir, finalement, de paix et de liberté, ait été plus fort que toutes ses préventions.

D'aucuns peuvent en arriver à regretter plus ou moins secrètement que le peuple, ce peuple que certains membres d'auto-proclamées "avant-gardes" jugent inculte, stupide, ignorant, soit doté de tels pouvoirs, soit doté du droit de s'exprimer, à travers le vote, la grève ou les manifestations, soit du doté du pouvoir de prendre part, même un peu, aux décisions qui président à sa propre destinée.

Mais la question n'est pas de savoir, ni de dire aux masses (masses dont, au moins en théorie, tout militant communiste est et doit se revendiquer fièrement) si elles ont eu raison ou tort de clore ce chapitre initié en France en 1789, mais bien de faire de la politique avec ce que des décisions "démocratiques" ont amené ici et là, bon et mauvais ensemble, et la transformation profonde qu'elles ont apportée aux instruments politiques traditionnels.

Lire la France d'aujourd'hui avec des lunettes construites sur la base de 1789 et remodelées dans les années 50 (mais guère plus), c'est prendre le risque de la myopie aiguë. Le FN n'y échappe pas plus que les autres en refusant aussi ouvertement de partir de la réalité pour se (re)bâtir.

De quoi nous parle, en gros, ce programme économique qui a été présenté?

Il parle de "nationalisations". De "patriotisme". De "frontières". De "centralisme"...

Il nous parle d'un Etat que la majorité des habitants de ce pays aujourd'hui ignorent, voire, rejettent, pour des raisons diverses. Cet Etat, c'est l'Etat régalien devenu Etat policier au service quasi-absolu du capitalisme, et principalement, de sa forme impérialiste.


Ce faisant, le FN est doublement à côté de la plaque.

Une première fois parce que rien ne dit que, même regrettant leurs décisions d'autrefois, les masses voudront et feront effectivement "machine arrière". Une seconde fois parce que la position tenue par le FN est à l'exact opposé de ce que produit ce moment de la lutte des classes dans et sur cette chose étrange qu'on appelle "Etat". Le FN propose une chose irréalisable. Tant économiquement que politiquement.

Irréalisable économiquement parce que irréalisable politiquement.

Irréalisable politiquement parce que à contre-courant de l'Histoire pour des pays comme la France qui ont fait, il y a longtemps, leur révolution nationale, et qui doivent désormais à toute force, passer à autre chose, entamer une nouvelle révolution, qui consiste principalement à dépasser ce qu'a enfanté 1789, à le dépasser en achevant de le détruire pour pouvoir créer "autre chose".

C'est là qu'apparaît la nature profondément conservatrice, réactionnaire et infantile du FN, à l 'opposé de l'image révolutionnaire et populaire qu'il veut se donner.

C'est sa conception de l'Etat et de la société (et de l'économie) qui explique, contre toutes les fausses prédictions qu'on nous a assénées pendant plusieurs semaines, qu'en dépit du fabuleux coup de pouce médiatique qu'il a reçu, il se soit finalement autant planté que les autres aux dernières cantonales (et sur ce point fondamental, qui ne peut souffrir de discussions oiseuses, je renvoie à l'excellent travail de démystification par la raison qu'a réalisé notre ami et camarade Charles Hoareau ici ), même si, du fait de l'abstention, il a obtenu un score de votes exprimés satisfaisant qui lui permet (avec la complicité honteuse de la majorité de la classe politique et de nombreux éditocrates) de faire croire à une victoire.

J'ai déjà eu l'occasion plusieurs fois de m'exprimer sur ce que je pensais de la Nation comme concept politique, notamment (mais pas seulement) pour des communistes du 21ème siècle, concept dont je pense démontrer qu'il n'est plus d'actualité dans nos combats parce qu'il ne recouvre plus de réalité tangible et que, dans le contexte actuel de la lutte des classes et de la mondialisation, le maniement de ce concept, loin de pouvoir protéger les masses laborieuses, les enferme, les prive de ce qu’elles doivent devenir, les prive d'un travail d'émancipation vers la souveraineté populaire au profit d'une souveraineté nationale qui ne fera plus jamais "leur bonheur", et donc, les désarme complètement.


Pour ces raisons, qui ne sont ici que très résumées et simplement esquissées, qui demanderont des développements ultérieurs, en tant que communiste dont le souhait est et reste l'émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes et le dépérissement de l'Etat jusqu'à sa disparition, je ne peux pas considérer comme un avis valable que le programme du FN serait susceptible d'être taxé de programme "de gauche", ou de programme socialiste.

Oh bien sûr, si l'on entend par "de gauche", ou "socialiste" la bouillie infecte faite d'une pincée de dirigisme par-ci et d'une poignée de libéralisme par là saupoudrée d'un peu de contractualisme, que nous servent depuis 40 ans le PS et ses alliés, alors là, en effet, il risque d'être difficile pour les soi-disant gens "de gauche" de se dépatouiller du piège que le FN tente de refermer sur eux. Encore une fois, face au risque fasciste, une bonne partie de la petite-bourgeoise se fera dévorer toute crûe.

Non, la position anti-raciste ne suffira pas à départager les uns et les autres car le racisme, n'en déplaise à certains, n'est aujourd'hui pas beaucoup plus fréquent chez les "gens de droite" qu'il n'est chez les "gens de gauche" (car les gens de droite ne sont pas tous des bourgeois et les gens de gauche ne sont pas tous des ouvriers). C'est, je pense, une des choses hélas, les mieux partagées au monde, qui, comme disaient Balibar et Wallerstein, tient lieu en quelque sorte de mémoire collective quasi-universelle et dont, même dans une société communiste, il sera difficile sans doute, de se débarrasser complètement.

Je ne dis justement pas cela parce que les "nationalisations" que propose le FN seraient en soi différentes (parce qu'émanant du FN) de celles que proposeraient d'autres partis, plutôt "de gauche". Non.

Une nationalisation est une nationalisation, pour le FN comme pour le PS . Même si l'on a vu en 1981, entre le PS et le PCF, que les modalités de mise en oeuvre, non négligeables, des nationalisations, pouvaient diverger.

Pour faire une courte parenthèse sur cette notion de "mise en œuvre" et de politique des "petits pas", des petits gains", supposés apporter de grands pas, que l'on m'oppose souvent en prenant comme exemple le syndicalisme ("un bon syndicaliste est celui qui sait construire au quotidien le rassemblement le plus large des travailleurs dans son entreprise en organisant et en participant aux combats qui permettent d'obtenir des gains apparemment petits pour pouvoir lancer des batailles sur des combats plus importants", ce qui est assez juste), je dirais simplement que, justement, si le syndicalisme est politique, le politique lui, ne peut pas, ne doit pas être syndicaliste. Là où le syndicalisme est de terrain, où il est pragmatique, là où il est quotidien, le politique, lui, doit viser l'horizon et les vastes étendues, le politique est sans limite de date. C'est dans les limites du syndicalisme que git la possibilité politique, qui est constituée du rapport dialectique entre la théorie et la praxis dans la lutte de classe. Je ferme cette parenthèse.

Une nationalisation est une nationalisation. Comme l'Etat est l'Etat, pour les uns ET pour les autres (et il faut être fou pour continuer de définir l'Etat bourgeois comme une sorte de véhicule dont la nature et la substance changerait en fonction de qui les élections amènent aux commandes!). Le protectionnisme c'est le même, de nature, qu'il s'agisse de celui des USA ou de celui de l'UE (ou de la France, si elle sortait de l'UE). - Pour ne pas être trop longue, je renvoie sur ce point de l'analyse de ce qu'est l'Etat bourgeois aux travaux de Poulantzas, parfois insatisfaisants et incomplets mais en dépit de cela, je pense, encore uniques dans leur genre à ce stade de notre réflexion politique.

Non. Je dis que ce programme du FN ne devrait pas pouvoir être taxé de "programme de gauche" ou de "programme socialiste" s'il existait encore dans ce pays un parti de masse, un parti communiste, capable de réfléchir collectivement et de proposer des idées innovantes qui traduisent les aspirations du peuple des travailleurs.

Je dis cela parce qu'un communiste aujourd'hui ne devrait pas pouvoir raisonnablement proposer d'utiliser un instrument (les nationalisations) qui viendrait, en l'état actuel des choses, renforcer la figure exacerbée de l'Etat capitaliste actuel.

Que donneraient des nationalisations dans un Etat globalement libéralisé et dans une économie mondialisée? Elles donneraient des pouvoirs encore plus grands en période de crise aux actionnaires qui prennent le contrôle de la société anonyme "France". Est-ce par crise de "socialisme" qu'Obama a adopté des stratégies proches de la nationalisation pendant la crise aux USA? Sérieusement et évidemment, non!

Obama n'a fait qu'adopter le comportement de tout bon actionnaire majoritaire dans une telle situation pour sauver ses miches et pouvoir repartir de plus belle: il a fait ce que l'on appelle en droit des sociétés un "coup d'accordéon"! C'est à dire qu'il a restructuré le capital de sa "société" à cause d'une perte trop importante de capitaux propres.

Imaginons ce qu'aurait donné la politique du gouvernement Sarkozy-Fillion si les banques avaient été nationalisées (au sens strict)!

Aussi, et en conclusion, on ne luttera pas contre le programme du FN sans être véritablement révolutionnaire. Or, au risque de faire une lapalissade, je ne crois pas qu'être conservateur, voire réactionnaire, puisse aider à être (à devenir) révolutionnaire...

Évidemment donc, tous les partis qui continuent à se placer dans ce registre de la pérennisation de l'Etat (qu'il soit libéral , qu'il soit policier, dirigiste, ou fasciste), et en particulier, de l’État tel qu'issu de 1789 et 1945, ne pourront pas lutter contre le FN.

Ils vont se perdre dans des arguties juridico-économiques, des batailles d'experts, des myriades de chiffres... qui risquent d'avoir pour seul effet, non pas d'entraîner les foules en délire derrière eux, mais d'éloigner encore plus les masses d'eux, et des élections (ce qui de mon point de vue ne serait pas forcément un mal si autre chose se construisait autrement ailleurs, mais ne soyons pas pessimistes...).

Les masses se détourneront non par bêtise, fainéantise ou par incompréhension, mais parce qu'intuitivement, comme en témoigne l'embryon de conscience de classe qui se reforme et qui affleure dans l'abstention majoritaire, les masses désirent ardemment autre chose, même de façon "inconsciente", et il est probable que cette "autre chose" s’appelle la souveraineté populaire et la démocratie directe, donc, le début de la fin de l’État bourgeois, et peut-être même, le début de la fin de l’État tout court...

mercredi 23 février 2011

Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste

Un texte un peu long, qui m'a pris plusieurs jours et nuits de rédaction, (que j'ai mis aussi en pièce attachée pour celles et ceux qui préfèrent imprimer et lire plutôt que de lire sur un écran), mais assez aéré je pense, pour faciliter la lecture. Pour celles et ceux qui veulent, à débattre, à critiquer, ouvert aux suggestions, naturellement! publié aussi dans les lieux habituels.

Elodie



Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste



1. On ne parlera pas ici de "2012", de "droite" et de "gauche" ni de "sarkozysme", ou alors pas sans aborder la question de la représentation des classes et de la défense de leurs intérêts

Je préviens d’emblée celles et ceux qui voudraient me voir aborder la question de la présidentielle et des législatives de 2012 sur le mode convenu et électoraliste de passer leur chemin, ils ne trouveront pas cela dans ce papier.

Ils y trouveront en revanche peut être des pistes de réflexions, qui, éventuellement, pourront leur être utiles pour réfléchir à ce sujet, mais pas plus, car, si on ne peut pas complètement négliger la question de "2012", l’essentiel est bien ailleurs.

Car ce qui est certain , c’est qu’aborder le sujet de 2012 sans se poser la question de la représentation éventuelle du peuple, dans toute sa diversité sociale et culturelle, et donc, des classes sociales dont sont issues les votants (et les abstentionnistes ou non inscrits), et de la défense des intérêts des unes et des autres ne peut que mener à une impasse politique.

Loin de continuer à accréditer la fiction (au sens quasi-juridique du terme) d’une division de la vie politique entre "droite" et "gauche", au contraire, il nous faut, toutes et tous, faire les efforts nécessaires pour situer clairement les enjeux politiques actuels.

"Droite" et "gauche", je le dis depuis plusieurs années maintenant, ne sont plus (s’ils l’ont jamais été ) des critères pertinents pour déterminer un quelconque choix politique.

En effet, si la ligne de fracture de la société passe par l’exploitation de l’homme et la propriété du capital, et l’extorsion, au besoin armée (on le voit en Libye ou ailleurs) de toute plus-value, alors on sait qu’il y a "à gauche" de plus en plus de partis et de figures politiques qui ne remettent plus ces lignes de fractures en cause, ni de près ni de loin.

D’autres qui font semblant d’y apporter des "corrections" (tout en refusant de se positionner clairement par rapport au capitalisme).

Si l’on en reste au clivage "droite/gauche", qui est désormais presque exclusivement fondé sur des "valeurs" qu’on pourrait souvent qualifier de "droits-de-l’hommistes", on fait le lit du marais démocrate-chrétien, marais dont on doit bien constater qu’il permet la jonction de certaines fractions de "gauche" et de "droite".

La question du "vote anti-sarkozy" ne sera pas abordée non plus ici (je m’en suis déjà expliquée dans d’autres articles, le "sarkozysme" n’existe pas, c’est un cache-sexe pour "la gauche" justement et si notre objectif est seulement de "bouter Sarkozy" hors du gouvernement de ce pays, nous prenons plusieurs risques politiques conséquents).

Je ne dis évidemment pas non plus qu’il faut que cet individu soit maintenu au pouvoir. Je dis que la façon dont nous allons le chasser lui et les siens, et tous ceux de son espèce, représentants politiques directs du Capital, n’est pas anodine, est déterminante même, pour l’avenir et ne se fera certainement pas dans les urnes, et peut être même pas en 2012 d’ailleurs.

Ceux qui ne veulent pas voir cela, ou qui le voient mais jettent dessus un voile, "à gauche", se préparent des lumbagos terribles pour cause de contorsions foireuses d’entre-deux tours...On ne leur apportera pas la pommade!

In fine, ce petit article va donc plutôt traiter du renouveau de l’organisation des communistes, communistes qui, comme nous le savons ne sont évidemment pas "de droite" mais ne sont pas non plus "de gauche", puisqu’ils sont "communistes" et que cela dit tout (ce qui n’empêche nullement certaines alliances avec certains groupes ou partis à certaines occasions, sur certains sujets, le cas échéant, qui se réclameraient de "la gauche").

2. De quoi le gouvernement actuel est-il l’expression en termes de lutte de classe?

Voilà à dire vrai, la question qui me semble préférable à celle de savoir de quoi Sarkozy pourrait être le nom. (Cela me démangeait un peu).

Le gouvernement actuel est l’expression politique d’une alliance de la petite bourgeoisie exploitante et de la bourgeoisie, ou plus exactement d’une fraction de la bourgeoisie particulière qui est à la fois financière et compradore (les deux vont souvent ensemble ces dernières décennies), c’est à dire dont les acteurs tirent principalement leurs plus-values de la financiarisation et (alternativement ou cumulativement) de la vente des actifs " de l’Etat français" à l’impérialisme américain.

On pourrait les comparer d’une certaine manière, à des ferrailleurs, qui désossent les voitures et les revendent au poids du métal ou du plastique...

C’est une alliance étonnante et hautement contradictoire, car c’est en quelque sorte l’alliance du parasite et du parasité, puisque cette fraction de la bourgeoisie ne peut tirer ses profits que de la soumission et de la paupérisation de la petite-bourgeoisie exploitante qui est elle nécessairement "locale " et "nationale" et qui a tout intérêt à maintenir une forme de fordisme dans son exploitation (alors que la fraction de la bourgeoisie que représente cette ligne de l’UMP a tout intérêt à éradiquer jusqu’au fordisme lui-même).

C’est donc, en termes de lutte de classe, une alliance potentiellement explosive. Mais qui pour l’instant fonctionne car elle est faite "sur la peau" des exploités (et que ceux -ci ne sont ni représentés ni organisés).

On peut l’appeler "gouvernement de droite" si c’est ce que "la droite" recouvre comme réalité sociale ("la gauche" recouvrant alors l’alliance de la petite-bourgeoisie exploitante et de la petite-bourgeoisie exploitée, soutenue par une fraction du prolétariat).

Mais notons que l’expression "droite" ou "gauche" ne dit absolument rien de l’hégémonie dans l’union (or la détermination de la position hégémonique est fondamentale)....

La petite bourgeoisie exploitante a été portée là par la bourgeoisie, notamment par une fraction de celle-ci, qui voyait en elle le moyen d’obtenir le consentement populaire de la petite bourgeoisie exploitée et d’une partie du prolétariat susceptibles, pour des raisons économiques, sociales et culturelles, de venir en appui à des intérêts bourgeois.

Soit directement en adoptant volontairement des positions de classe bourgeoises (discours policier, sécuritaire, raciste et individualiste), soit indirectement en prenant pour argent comptant les pseudos-positions politiques de classe de la bourgeoisie vis-à-vis du prolétariat (l’OPA de Sarkozy sur une partie du prolétariat et sa tentative de récupération de la classe ouvrière, par exemple -tentative qui évidemment allait majoritairement échouer mais n’a été faite que pour convaincre la partie de la petite-bourgeoisie qui assumait son alliance avec les plus exploités du prolétariat).

C’est comme cela que l’on fabrique une majorité, c’est en liant par des positions politiques des classes sociales qui n’ont finalement que des intérêts mineurs et sporadiques en commun (voire qui auraient surtout des intérêts à long terme divergents!).

Mais ce que la bourgeoisie sait, et met en œuvre actuellement avec brio, c’est que si la majorité politique (pour eux principalement, mais aussi pour nous) est nécessairement composite et faite d’alliances avec des classes ou des sous-couches qui ont fondamentalement des intérêts communs restreints, voire divergents, ce pour quoi elle doit justement batailler ferme, c’est pour assurer son hégémonie dans cet assemblage hétéroclite.

Seule compte l’hégémonie dans l’assemblage. C’est le tour de force presque toujours renouvelé des capitalistes que de parvenir à être hégémoniques tout en étant strictement minoritaires, et ô combien minoritaires dans la société.

A ce titre et plus que jamais on peut dire actuellement que la bourgeoisie est une classe sociale numériquement archi-minoritaire, et relativement divisée, mais politiquement archi-hégémonique et capable d’alliances objectives.

Il y a travail de la bourgeoisie pour être hégémonique, et il y a consentement d’une grande majorité de la petite bourgeoisie et d’une fraction du prolétariat à cette hégémonie bourgeoise.

La question est de savoir comment la bourgeoisie parvient à cette hégémonie (et donc, corrélativement, au consentement des "autres" à cette hégémonie) tout en étant si strictement minoritaire.

Bien sûr, il y a la propagande, l’idéologie...on ne va pas revenir là-dessus ce soir car ce sont finalement les aspects les plus simples à comprendre et les plus saillants de la mise au pas, mais cela suffit-il?

Non. Le déterminant, ce sont tes conditions de vie immédiates, à toi et ta famille, tes amis, "l’essentiel" est dans ce que tu manges, ce que tu touches, ce que tu vois, ce que tu possèdes. Et tout cela, ce ne sont pas des "idées", MAIS CEPENDANT, c’est "la bataille des idées" qui y amène.

Sauf que pour eux, c’est un "acquis", pour nous, c’est un "à prendre" .

Plusieurs moyens, pour les capitalistes d’assurer matériellement leur hégémonie idéologique sur la petite bourgeoisie exploitante (et une partie de la petite-bourgeoisie exploitée).

En transférant la gestion, la "location", pourrait-on dire, d’une partie du Capital (dont les capitalistes restent propriétaires in fine, bien évidemment) à toute une partie de la petite-bourgeoisie, que ce soit directement par l’attribution d’actions, de parts sociales, de titres, de rentes.., que ce soit indirectement par la possibilité que la bourgeoisie leur offre de "commander" en son nom et d’être rétribué pour ce faire ; au niveau national ou local.

Directement aussi en faisant dépendre du maintien d’une forme de "capitalisme régional" la survie de ces mêmes petits-bourgeois exploitants. L’avocat d’affaires "provincial" qui ne sera plus rien, à terme, si Airbus se tirait de Toulouse, entraînant avec soi la grande majorité des PME du secteur. C’est le cas du "petit capital parasitaire du gros". Et ce n’est pas peu encore dans ce pays.

La petite-bourgeoisie exploitante assumant quant à elle une forme de contrôle de la petite-bourgeoisie exploitée et d’une fraction particulière du prolétariat (la "classe moyenne").

C’est par ce système de contrôles-gigognes, exactement comme dans les sociétés capitalistes où l’on peut contrôler 100% d’une "société petite-fille" avec seulement 20 % des parts de la "société mère", que fonctionnent les relais hégémoniques du Capital.

3. La question de l’hégémonie des communistes dans le prolétariat en cas d’alliance nécessaire, et ponctuelle, d’intérêts de classe différents

Le prolétariat, et parmi lui toute la fraction du prolétariat qui lutte plus ou moins consciemment contre le capitalisme, parfois avec les mauvaises armes, n’a pas de prébendes à offrir à la majorité de la petite-bourgeoisie.

Ou plus exactement devrais-je dire, exception faite de la partie du prolétariat qui était consciemment organisée dans le PCF et dont les castes dirigeantes successives ont permis à la petite-bourgeoisie (incarnée, notamment, mais pas seulement, dans le Parti socialiste), ces 40 dernières années, "d’union de la gauche" et "de programme commun" en "gauche plurielle", d’acquérir la plupart des "fiefs électoraux", seules "prébendes" dont cette image du prolétariat ait jamais pu se targuer.

Qu’y avait il d’autre à "offrir", me dit-on sans cesse, (puisque l’idéalisme est à bannir, que seul compte le matérialisme sauce stalinienne). "Nous avons troqué ce que nous avons pu dans les limites raisonnables pour juguler notre perte d’hégémonie".

Mais, surprise, cela ne "fonctionne" pas! La seule chose qui fonctionne avec cette méthode, c’est la descente aux enfers du PCF entant que tel.

Personne ne se demande plus d’où est venue cette "perte d’hégémonie".

Beaucoup considèrent que c’est une affaire réglée par l’explication de "l’effondrement de l’URSS".

Bien-sûr que l’effondrement de l’URSS a porté un coup dur (mais, je pense, surestimé, et surestimé à dessein) à l’hégémonie d’une partie du prolétariat (identifié dans le PCF et la CGT) sur le mouvement d’alliance avec d’autres fractions de la "classe populaire".

Mais est-ce l’explication déterminante?

Non.

Il faut tenter une autre analyse, une autre explication. Je la tente brièvement, sans prétendre qu’elle est juste, et encore moins qu’elle est la seule juste!

3.1. Détour par les 40 dernières années du PCF à nos jours

Le PCF, qu’on le déplore ou pas, là n’est pas la question, était "LE" Parti communiste pendant plusieurs décennies, au point d’être vu, à ses débuts comme le seul parti des communistes dans ce pays. On disait d’ailleurs simplement "Je suis membre du Parti" et tout le monde savait de quel parti vous parliez.

Cette perte d’hégémonie est directement liée à l’état de la lutte des classes en France reproduite (c’est bien normal) DANS le PCF .

Elle est malheureusement venue, non seulement d’un écroulement numérique de la classe ouvrière stricto sensu du fait des délocalisations et désindustrialisations (c’est ennuyeux pour un parti devenu "ouvriériste au sens le plus répugnant du terme), alliée, il faut le dire, à l"embourgeoisement" d’une partie de celle-ci (embourgeoisement par différents moyens dont les moindres n’étaient pas l’appartenance à l’encadrement syndical ou partisan, ou au"communisme municipal"), mais aussi de la difficulté, sinon du refus (ou carrément de la fermeture) de s’ouvrir au prolétariat exploité non-ouvrier, ainsi qu’à une partie de la petite-bourgeoisie exploitée, alors que dans un mouvement presque "naturel" (du point de vue des intérêts matériels cette fois) la partie de la classe ouvrière embourgeoisée qui restait au PCF (et en moindre mesure, dans la CGT), celle-ci a tendu vers des alliances avec la petite-bourgeoisie exploitante.

C’est ainsi que débutait dans les années 80 une réelle période de collaboration de classe entre une fraction du prolétariat et une fraction de la bourgeoisie.

Le PCF agonise donc d’un dommage collatéral de la lutte des classes, c’est à dire de la partie que le prolétariat le plus exploité a perdue contre le prolétariat le moins exploité dans ce parti.

Toute cette partie de la population méprisée ou méconnue et crainte par les nouveaux maîtres du PCF.

Les héritiers d’une partie de la classe ouvrière et une minorité du prolétariat non-ouvrier devenus ouvriéristes, qui ont vu dans la naissance du "prolétariat moderne" (les femmes, les immigrés et les jeunes - notamment ceux issus de l’immigration et/ou rejetons directs d’ouvriers qui ne voulaient pas l’être - qui devenaient employés de bureau, secrétaires, coursiers, balayeurs, manutentionnaires, vendeurs, caissières, serveurs, institueurs...) la contestation possible de leur hégémonie politique DANS l’appareil du PCF si jamais les portes leur étaient ouvertes. Et qui ont défendu (et défendent encore) leurs intérêts de caste au lieu de leurs intérêts de classe.

Bien-sûr pour nombre de militants de bonne foi au PCF, cela n’a pas forcément sauté aux yeux et cela se fit même grâce à eux mais pas forcément selon leur volonté directe.

Car le drame, c’est que cette partie de la "classe ouvrière embourgeoisée" était minoritaire dans le prolétariat, bien-sur, mais aussi dans la classe ouvrière elle-même qui elle, ne voulait pas de ce sectarisme et qui se foutait totalement des luttes de pouvoir internes au PCF. Elle s’est donc spontanément dirigée soit vers le RPR (par affection patriotique et mythlogique envers de Gaulle et celui que l’on pensait être son héritier, Chirac) soit vers le PS, mais aussi déjà, vers l’abstention.

Bon nombre d’ouvriers alors n’ont pas compris comment et pourquoi le PCF ne parvenait pas à assimiler les nouveaux développements de la société du travail dans sa composition.

Pourquoi les travailleurs immigrés étaient considérés comme des ennemis de "la classe ouvrière française" par certains membres dirigeants du PCF ; pourquoi les jeunes et les femmes n’avaient pas plus de représentants dans ce parti, et pourquoi, quand ils avaient des représentants, ceux-ci étaient incapables de discours d’émancipation du sous-groupe qu’ils représentaient.

Mai 68 aura été lé dernier message que le prolétariat moderne adressa au PCF.

La perte d’hégémonie vient aussi naturellement de la perte de travail créatif idéologique, de l’absence de projet politique (remplacé par des "programmes"), de la négation du besoin de rêver, d’espérer, de se projeter dans l’avenir, de la part de ceux-là mêmes qui devaient le faire absolument.

3.2 Sur quelques tentatives politiques récentes

La suite on la connaît, la classe ouvrière aujourd’hui constitue l’immense majorité de l’abstention aux élections quelles qu’elles soient, mais tragiquement, aussi (pour l’instant en tout cas), elle connait une abstention de la vie politique même, contrairement au mythe complaisamment rapporté à "droite" et "à gauche" qui veut qu’elle se soit majoritairement tournée vers les forces néo-fascistes.

A ce triste sort politique (et social) de la classe ouvrière s’ajoute aujourd’hui, 30 ans plus tard, celui d’une grande partie du prolétariat non-ouvrier et de la petite-bourgeoisie exploitée, en voie de dépolitisation pour une part, ou de reprise en main par les représentants de la démocratie-chrétienne en France, après l’échec de la social-démocratie incarnée dans le PS et la CFDT , SOS-racismes, ou autres, d’autre part.

De ce point de vue, il est évident que tant le PCF que le PS sont des forces politiques à bout de course et en voie d’extinction à moyen voire à court terme.

L’histoire ne repasse pas deux fois les plats et à moins d’être idiots, le prolétariat et la petite-bourgeoisie exploitée ne s’investiront plus politiquement dans aucun de ces partis. "Chat échaudé craint l’eau froide".

La question du renouveau de l’organisation communiste (et révolutionnaire) est donc plus que jamais au cœur de la question (sauf si l’on s’assoit sur son cul en se disant "tout est foutu", la tête entre ses mains), et ce qui est au coeur de cette réorganisation, ce sont les rapports que peuvent et doivent entretenir cette fraction du prolétariat (ouvrier et non-ouvrier) et de la petite-bourgeoisie exploitée, au-delà des éventuelles différences de revenus, de nationalités, et de cultures (au sens large) entre certains de leurs sous-groupes.

Comment pouvons-nous créer du lien entre ces diverses classes et sous-groupes sociaux et comment pouvons-nous entraîner une force en mouvement, en travaillant à y construire notre hégémonie, nous qui n’avons aucune de ces prébendes que les capitalistes ont à offrir directement ou indirectement? Et dans le "comment" posé de la sorte, il n’y a pas que la question du moyen qui est posée (car non "tous les moyens ne sont pas bons") mais celle du contenu qui à la fois construit et utilise le moyen.

* Le NPA a été une tentative intéressante de ce point de vue.

Je ne suis pas devin pour dire si cette tentative a échouée ou pas, car il faudrait être un peu prétentieux pour dire que l’histoire du NPA est finie. Je dis "il a été une tentative" car pour l’instant, cette tentative me semble en panne, pour le moins. Non pas du tout par "sectarisme" ou "personnalisation", comme se complaisent à dire certains, mais justement parce que le NPA paie son erreur fondatrice d’avoir laissé entrer des ennemis manifestes de toute tentative d’émancipation des exploités quels qu’ils soient.

Des ennemis qui ne veulent pas de l’organisation réelle des exploités du prolétariat et de la petite-bourgeoisie, et qui veulent encore moins de leur coalition, parce que cela signifierait la perte de leurs positions sociales, ces positions qu’ils détiennent indirectement de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie exploitante.

Le NPA vit donc actuellement un épisode de lutte de classes politiques en son sein. Épisode dont il n’est pas parvenu à se prémunir, mais dont il aurait pu se prémunir dès l’origine en "triant" ses adhérents (on peut le faire et ce n’est pas choquant si ce tri consiste à pouvoir évacuer les forces qui ne veulent manifestement entrer que pour vous tuer), en refusant le mythe du "droit de courant organisé et constitué" qui est le contraire de la démocratie prolétarienne, et en s’ouvrant, non à des forces coalisées dès l’origine contre lui, mais à tous les prolétaires et petits-bourgeois exploités qui souhaitaient le rejoindre de bonne foi (ce qu’il avait la possibilité de faire par son assise syndicale et paar la popularité dont jouissait son leader d’alors, Olivier Besancenot).

Car le NPA a permis de créer au moins une nouveauté politique réelle dont il faut lui être reconnaissant.Je veux parler de la candidature d’Ilham Moussaid. Cette candidature qui a fait grimper aux rideaux des gens comme Mélenchon ou Chevènement, mais aussi, une fraction du NPA, et qui était pourtant un acte formidable et un souffle d’air frais dans la pratique politique de ce pays.

Les forces réactionnaires qui ont gueulé contre cela dans le NPA jusqu’à créer une crispation énorme qui a abouti à une décision dommageable de reprise en main centralisatrice grossière (mais inévitable) quelles sont-elles? Où sont-elles et d’où viennent-elles? Sont-elles toujours là ou ont-elles quitté ce parti?

Cela, il serait extrêmement intéressant de le savoir pour pouvoir envisager l’avenir du NPA à court terme. Si ce noyau purulent de petite-bourgeoisie réactionnaire bien-pensante est resté dans le NPA et a conquis davantage de positions, c’est dramatique pour l’avenir de ce parti. Si en revanche, ce congrès a été l’occasion de trancher dans le vif les positions avancées de l’hydre nationaliste et républicaine, alors tant mieux, il se passera peut-être quelque chose au NPA encore une fois.

* Le Parti de Gauche (nous parlerons du "Front de gauche" ensuite), alors, est-il à même de prendre une quelconque relève d’organisation vis-à-vis de ces couches sociales et de ces classes qui ont quitté le PC et le PS, ou que le PCF a "manquées"?

Le Parti de Gauche fait très bien semblant de pouvoir assumer cette relève. Mais la réalité c’est qu’il ne le peut pas. Il le peut encore moins que le NPA. Ceux qui quittent le NPA pour aller au Parti de Gauche sur ce motif font donc doucement rigoler.

Il ne le peut pas pour une raison simple qui est inscrite dans sa fondation soi-même : il ne le voudra pas, et c’est son socle sociologique, de classe, qui va l’en empêcher.

Ce parti est en effet né en étant dès l’origine un parti d’élus d’une part (et d’élus ex-PS ex-PC ou ex-Verts, ce qui en dit long sur son "assise populaire"), mais aussi de cadres syndicaux bureaucratisés (tous les cadres syndicaux ne le sont pas) et enfin, d’universitaires ou de chercheurs. Voilà la composition sociale majoritaire du Parti de Gauche dont la plupart des cadres sont en outre déjà des "quinqas" vieux "routiers" de la politique politicienne, quasi exclusivement blancs, et toutes et tous français, par naissance ou par naturalisation.

D’autant que les verrous idéologiques puissants sont d’ores et déjà à l’oeuvre : il s’agit du républicanisme dans sa forme la plus réactionnaire issue de la troisième république (république qui, rappelons-le, est née en réprimant dans le sang la Commune et a fini dans les cendres nauséabondes de la collaboration et du pétainisme) et d’une forme de nationalisme laïcard (qui ne signifie pas "laïque"), importé avec ceux qui les professent et qui ont bâti ce parti, sans parler de la course éperdue et avouée à un "renouveau social-démocrate" perdu d’avance en l’absence d’assise ouvrière et "populaire".

J’ajoute que si le financement et les bases matérielles et militantes du NPA sont relativement transparents et viennent en grande partie de feu la LCR (et de ses satellites), on ne peut pas en dire autant pour le Parti de Gauche dont on ne sait pas dire ce qu’il doit au PCF et ce qu’il doit au PS...Il est donc assez simple ( beaucoup plus simple que pour le NPA, serai-je tentée de dire) de voir comment va évoluer ce parti si on veut ouvrir les yeux.

* Le Front de Gauche, envisagé comme le "rassemblement" du PCF du Parti de Gauche et de deux ou trois autres petits groupuscules sera-t-il cette voie nouvelle?

D’aucuns le pensent, qui attendent de pouvoir adhérer directement à ce Front de Gauche et de pouvoir hâter sa transformation en parti à part entière. Je leur souhaite bien du plaisir. si une telle chose devait advenir (ce qui est rien moins que sûr), cela naitrait sur le pire compromis possible de la petite-bourgeoisie contre la majorité du prolétariat, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus poussées à leur paroxysme.

* Je ne parlerai pas ici de la FASE ni de la Gauche Unitaire, micro-rassemblements plus proche du groupuscule que du parti politique qui n’ont été créés que pour servir une poignée d’ex-élus ou d’élus ou de bureaucrates en "attente" de plate-forme partisane plus "conséquente" pour leurs appétits... Ce n’est pas par leur taille, réduite, qu’ils sont inintéressants, c’est la conjonction de leur taille, de leurs objectifs, de leurs "cadres", oui porte-paroles, et de leurs expressions "politiques", qui les rend périmés avant même d’être réellement nés.

3.3 Par quels moyens et sur quelles bases les communistes peuvent-ils reconstruire une organisation et travailler à la conquête idéologique?

Le challenge pour les communistes, dans leur quête de construction d’une nouvelle organisation politique, est donc à plusieurs niveaux.

Et ce défi, c’est celui des communistes mais à travers eux, (qui ne sont finalement que des exploités plus conscients que d’autres de l’être, et plus désireux que d’autres de ne plus être soumis), à travers eux, c’est le défi d’un peuple, du peuple -classe, et de la perspective révolutionnaire.

Ce défi, il est d’abord, me semble-t-il (mais je suis loin d’être la seule à le penser), de travailler à la CONSTRUCTION (et non à une hypothétique "REconstruction") d’une organisation politique propre aux communistes, et à retravailler à "l’outil-parti".

Puis, et dans le même temps, au sein même de l’organisation d’un mouvement politique plus vaste où ce nouveau parti ou rassemblement trouverait sa place, de permettre enfin ces alliances nouvelles, entre certaines couches sociales et certaines fractions de classe dans leur diversité telles que définies plus haut, à savoir, pour résumer, la majorité des "exploités".

Or, comment permettre ces alliances autrement qu’en commençant par construire plus ou moins localement des socles populaires de cette alliance (il va de soi que toutes les tentatives de construction "entre partis" sont à proscrire! Ce sont les seules tentées dernièrement, on voit où elles mènent)?

De définir ensuite ce qui peut permettre l’alliance de ces classes et de ces sous-couches : va-t-on s’en tenir à la énième promesse de se "partager le gâteau du pouvoir républicain" ou va-t-on avoir autre chose à proposer, et dans ce cas, quoi?

De se donner les moyens, également, dans cette alliance, d’assurer l’hégémonie du prolétariat le plus exploité sur le reste de ses partenaires (nullement en les dupant ou en les trahissant mais en se donnant les moyens concrets et en les mettant face à leurs contradictions qui les obligent à choisir leur camp).

Et ce de façon ni autoritariste, ni consumériste.

Par la même occasion, de faire tout notre possible pour porter les contradictions internes à la bourgeoisie et à ses alliés objectifs à leur paroxysme en réalisant, justement, ces alliances non encore abouties dans la lutte contre le capitalisme, et en politisant le prolétariat, c’est à dire en l’aidant à se constituer comme force politique dominante dans "le peuple".

Il me semble que certains chantiers sont plus urgents et aussi plus à même que d’autres de se prêter à ces constructions aujourd’hui ; je vais en lister quelques-uns.

J’en vois trois groupes principaux.

3.3.1.

Ceux qui portent sur le salaire et les conditions de travail bien-sûr, notamment sur les luttes pour la préservation et le développement de la qualification professionnelle (contre le "salarié interchangeable et jetable" mais aussi, contre la division du travail telle que nous la connaissons). Ce chantier doit être l’occasion de remettre au cœur des débats la question de l’abolition du salariat (ce que nombre de camarades syndiqués n’ont jamais cessé de présenter comme une exigence d’ailleurs). De même qu’il nous faut réfléchir sur la politique dite de "sécurisation", la mise en place de nombreux moyens et systèmes "d’atténuation" des "méfaits du capitalisme"...

Puis, (et sans ordre de "préférence" ais sans exclusive non plus), ceux qui portent directement sur les conditions de vie matérielle, d’une part, et ceux qui portent que les conditions de vie sociales et spirituelles permettant de combattre pour les droits "matériels" d’autre part.

Dans ces deux derniers groupes de luttes cités, je donne trois "sous-groupes fondamentaux" dans chaque groupe :

3.3.2

la lutte pour un droit au logement effectif pour tous et donc, la lutte contre le capitalisme foncier et immobilier.

C’est le militantisme pour le plafonnement des loyers et l’interdiction de la propriété immobilière spéculative ou au titre de la plus-value, mais aussi, le droit de réquisition populaire et la défense des occupations qui doivent être au cœur des combats.

la lutte pour la défense, l’extension et la pérennisation de la Sécurité Sociale, pour une santé gratuite et de qualité.

La lutte pour son financement (qui implique donc une remise en cause de la destination de l’impôt public), et pour son extension au plus grand nombre, en lien avec le travail, qu’il soit déclaré ou pas.

Il est parfaitement anormal et aberrant que des travailleurs immigrés, dont le système d’Etat organise la clandestinité et donc la précarisation et donc, la surexploitation, se fassent exploiter, sans avoir le droit de se faire soigner au même titre que tous les travailleurs français.

la lutte pour le droit à une nourriture savoureuse, suffisante, non pathogène et la moins écolo-agressive possible, pour tous.

La préservation de l’environnement, de la faune, de la flore, est aujourd’hui intimement liée à celle de notre santé immédiate, et vice-versa. Et là encore, il y a à mettre en lumière le rôle et les mécanismes particuliers du capitalisme, pour mieux le combattre.

3.3.3

la lutte contre le racisme et la xénophobie, impliquant, notamment, la régularisation des travailleurs sans-papiers sur notre sol, ainsi que la lutte contre une forme de communautarisme religieux d’une part, lutte qui n’a de sens que couplé à la lutte contre la stigmatisation (corrélative) de certaines parties de la population en raison de leur religion, d’autre part.

la lutte pour la liberté la plus absolue d’expression, à commencer sur les lieux d’exploitation, mais aussi dans les espaces publics.

Mais également, la lutte contre la criminalisation des combats politiques et syndicaux, et contre toute forme "d’état policier" que se soit dans les rues ou sur le net, et évidemment, dans le cadre de la solidarité internationale.

De nombreux foyers locaux de résistance et solidarité sur ce point sont déjà créés sur ce sujet.

la lutte pour le partage et la propagation de l’Amour du Savoir (y compris et surtout "inutile" et "non directement productif") et de la possibilité de la connaissance pour tous, ce qui va bien au-delà de la que le question de l’"éducation nationale" d’ailleurs, pour poser la question d’un véritable service public des enseignements et de la transmission des savoirs, tant "fondamentaux" et techniques que littéraires et artistiques, et du développement de quelque chose que l’on pourrait appeler "la culture".

Si nous parvenons à construire une organisation "à plusieurs strates" qui atteint ces buts, qui les développe dans un projet politique au sens le plus beau et le plus fort du terme, appuyé par un programme économique qui les mette en œuvre (y compris de façon très locale pour commencer), sans jamais bien sûr, perdre de vue l’objectif communiste, et si nous parvenons à la faire vivre au-delà de nos intérêts immédiats, alors nous-mêmes, peut être, mais plus sûrement, nos enfants et petits-enfants auront-ils une chance d’être à peu près armés quand se présentera à eux une situation possiblement révolutionnaire.

Ce qui pourrait arriver assez rapidement à l’échelle de l’humanité.


http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114023

lundi 10 janvier 2011

2011: La nuit, tous les chats sont gris.

2010 se sera achevé comme elle a commencé.

Dans un terrible marasme politique, intellectuel et social.

Il fait nuit dans ce pays, et partout en Europe.

Et la nuit, tous les chats sont gris, surtout à l’approche de 2012.

A la faveur d’un prétendu "sarkozysme", (qui justifie ainsi un "anti-sarkozysme" mensonger, bien utile à celles et ceux qui ne veulent plus faire passer ce vieux monde cul-par-dessus-tête, ni ici, ni ailleurs, et le peuple palestinien attendra bien encore un peu...), tous les concepts aussi sont gris.

"Chaque chose en son temps" nous disent de nombreuses bonnes âmes.

"L’essentiel, c’est d’abord de battre la droite, et notamment, Sarkozy".

"Pour redonner de l’espoir" nous dit-on.

L’espoir, je ne suis pas contre, je serais même plutôt pour, mais enfin, le coup de l’espoir supposé re-dynamiser les luttes, on nous l’a déjà fait dans les années 80 il me semble.

On a vu le résultat.

C’était le début de la collaboration de classe et du désarmement du prolétariat.

Que nous avons payés hier encore, au prix fort, avec les luttes sur les retraites, où nous avons passé plus de temps à réveiller et organiser ce qui pouvait l’être qu’à nous battre réellement, puisque tout était à reconstruire, et qu’on ne peut pas être "au four et au moulin", même avec la meilleure volonté du monde.

Alors, heureusement qu’il est là, cet épouvantail à moineaux de Sarkozy, hein, pour nous faire repasser le PS et ses copains en 2012, non?

Si en plus, on a un second tour FN/PS, alors là, mes amis, l’affaire sera dans le sac. Un second tour UMP/ FN n’est cependant pas improbable, vue la Marine, et le reste, nombreux sont ceux qui pensent que 2002 n’était pas qu’un "accident" et ils n’ont peut être pas tort....(je dis ça pour tous mes amis qui se rangent à une démarche électoraliste dans le cadre d’une démocratie bourgeoise, et de façon incohérente avec eux-mêmes, s’emploient d’abord à diviser ce qu’ils appellent "la gauche"...)

Allez, finie l’opposition structurante "capitalisme/communisme", on parle encore et toujours plus de "droite" et de "gauche", alors que la situation actuelle impose un débat de fond sur ces définitions et leur usage/utilité, dans le cadre d’une analyse de classe.

Utile pour ne pas se poser la question de savoir si "la gauche" est bien toujours en lutte contre le capitalisme...

On s’en fiche ma bonne dame!

L’essentiel est que "la gauche" soit "de gauche", si possible même, "de gauche de la gauche de la gauche etc..."

Finie l’opposition structurante "bourgeois/prolétaires", "exploités/exploiteurs", "dominés/dominants"...

Vive l’opposition "riches/pauvres", tellement plus présentable, plus pratique et convenable pour s’en tenir à l’écume des choses et faire un score aux élections à venir sans effrayer les "classes moyennes"...

Qui pourrait être assez dégueulasse pour ne pas vouloir rendre les pauvres moins pauvres, dites-moi?

Nombreux sont ceux qui nous jettent au visage "la souffrance des gens sous Sarkozy" (ahhh, "les gens"...), comme une raison ultime de faire "quelque chose", même si cela doit être n’importe quoi.

Bien-sûr, je ne peux pas m’en moquer ni la nier cette "souffrance des gens". Non.

La question est plutôt ce que l’on pense devoir faire, en tant que communiste, pour que cette souffrance, inévitable dans ce moment du capitalisme que nous vivons (même avec "la gauche" aux manettes), ne soit pas en plus inutile.

Doit-on adopter une mentalité de curé ou de psychologue, tenir la main, caresser la tête "aux gens", et s’en tenir à la prescription d’anti-antidépresseurs sociaux sans penser à demain, aux effets secondaires de ces antidépresseurs (ce que propose "la gauche") ?

Ou doit-on refuser que "la souffrance des gens" (accessoirement, elle est aussi la nôtre en général, cette souffrance, non par compassion, mais par vécu) serve comme prétexte à tous les renoncements politiques?

Les communistes sont-ils devenus des soignants accompagnant la "fin de vie" ou ont-ils encore et toujours un "autre monde" à proposer et comment comptent-ils s’y prendre?

Personne (ou si peu, qui seront inaudibles) ne se demandera donc en 2012 comment il se fait qu’on rencontre des prolétaires riches (et embourgeoisés même!) et jamais de bourgeois pauvres (ni prolétarisés), cependant.

Trop compliqué, de regarder comment existent et fonctionnent les CLASSES et les frontières entre elles, sur quelles positions exactes se jouent les luttes quotidiennes...

Avec l’opposition non-structurante (sauf pour le capitalisme) "riches/pauvres", vive la "répartition des richesses", nouvelle "bataille" des dadets du PS et affiliés!

Vive la politique de la compassion.

Comme ça, on peut "vendre" du combat pour faire en sorte que les pauvres soient moins pauvres et les riches (un peu) moins riches.

Mais on ne supprimera pas l’inégalité fondamentale entre l’ouvrier qui travaille à l’usine et l’actionnaire qui possède l’usine. Celle de la propriété des moyens de production. Trop compliqué, il faudrait reparler de "révolution".

On s’en tiendra aux SCOP, voire au "capitalisme coopératif ou mutualiste", nouvelle panacée de la "gauche radicale".

Ou, "à gauche de la gauche" on agitera en plus des "nationalisations" (rebaptisées "pôles publics") sans surtout se poser la question, très compliquée, de l’Etat et de la Nation à ce moment de notre histoire, sans se poser la question de l’Union Européenne autrement qu’en façade ("il faut la changer"!).

Et, finie la "révolution", vive le "dialogue social", vive la "justice sociale"!

Même pas "la Justice" tout court, non, faut pas exagérer quand même...

Place aux "alliances de partis" tricotées par le haut, et terminée la question des alliances éventuelles de certaines classes ayant leurs outils de combat propres, dans le cadre des luttes.

Certaines personnalités sympathiques et éminentes nous ont souhaité de pouvoir nous "indigner" pour 2011.

L’indignation a été ainsi portée rapidement au pinacle des vertus. Pas la colère ou la révolte, non, l’indignation.

Comme si nous étions si loin de tout, tellement loin de l’humanité dans l’humain, que bon, finalement, au moins, s’indigner, ce sera déjà "pas mal" (surtout si ça peut permettre de "voter à gauche" en 2012. Sans remettre en cause ni la 5ème République, ni la république nationaliste bourgeoise, ni le système capitaliste. Trop compliqué. Trop long.)

Comme si c’était l’indignation qui faisait la résistance.

J’aimerais lui poser la question, sans ménagement particulier pour son grand âge ni pour son passé (dont je le remercie, comme tant d’autres, et notamment, des communistes). Est-ce parce qu’il était simplement "indigné" que Stephane Hessel s’est engagé dans la Résistance? Ou "un peu plus"?

Un peu plus, je pense. On ne risque pas sa vie à 22 ans, comme il l’a fait, avec tant d’autres, par simple "indignation", je crois... Quoi? Cela, lui seul peut le dire.

Allez, il devait bien y avoir des non-résistants indignés, en 1940? "Je suis indigné, bien-sûr, mais bon , que voulez-vous, j’ai une femme et trois enfants alors....".

Un peu comme il y a trois mois on entendait lors des luttes pour les retraites : "Je vous soutiens à fond mais vous comprenez, je ne peux pas me mettre en grève ni même me syndiquer...non, désolé".

Oh, bien sûr, je ne me couvrirai pas de ridicule à faire la leçon à ce grand homme (je le pense vraiment), et nous ne sommes pas en 1940, je ne mélangerai pas tout.

Mais j’attendais autre chose qu’un appel à "l’indignation" (et au vote PS?) venant, justement, d’un homme comme lui.

En 1954, Pierre Grouès, l’Abbé Pierre, autre résistant, était-il simplement "indigné"?...

A le réécouter parler des "provocateurs de toute violence" , des "situations de violence", ou dire "la misère est forcément muette, comme le pouvoir est aveugle", je ne pense pas, non, il n’a jamais été seulement "indigné", il était en colère, et il n’a jamais mâché ses mots, lui, bien "qu’homme de Dieu".

Ah..."Le gouvernement de Sarkozy" nous aura fait tellement de mal en 5 ans, c’est vrai. Faudrait-il être fou pour dire le contraire!

Un mal encore plus insidieux que la fonte de nos moyens de subsistance, que la baisse, chaque année plus dramatique pour de plus en plus de personnes, de nos revenus...

Ce mal s’appelle la trouille, le dégoût de la politique, le désespoir, pour beaucoup même, la dépression, franchement. Toutes ces "choses" qui vont pousser la majorité d’entre nous à faire, encore, de mauvais choix.

Mais..."Le gouvernement de Sarkozy", vraiment?

Oui, il parait que c’est Sarkozy tout seul qui a foutu tout ce merdier, dites donc. Il est vraiment doué le petit!

Pas le capitalisme, la bourgeoisie, les banques internationales et les syndicats patronaux, pas la mondialisation, pas les USA, pas le FMI, pas l’Union Européenne, pas l’incurie politique et syndicale, pas "l’opposition", aux abonnés absents ou en démonstration de pacotille (quand ils n’allaient pas carrément porter la soupe à l’UMP et au FN) quand on a eu besoin de nos "représentants".

Non! Sarkozy et son gouvernement, tout seuls!

Comme Kerviel et la Société Générale.

Alors vous avez bien compris hein, pour 2011, il faut vous indigner, pester devant votre poste de télé ou en écoutant votre radio.

Vous indigner, sentir votre cœur, cette jolie petit chose si fragile, capable de sentiments si nobles, se soulever d’indignation même, à chaque sale trouvaille de tel ou tel, Hortefeux, Valls et compagnie.

Tellement vous indigner qu’en 2012, (ne faites pas les andouilles hein), vous voterez "à gauche", voire même, si vous êtes très très indignés, au premier tour, "à gauche de la gauche" .

Pour plus "de justice sociale" et pour une "meilleure répartition des richesses" contre le "sarkozysme" et "la droite" pour "lutter contre la pauvreté"...

C’est pas la révolution, d’accord, mais "le grand soir ", hein, qui y croit encore?

Et puis, il faut bien de bonnes réformes pour préparer une bonne révolution, regardez Chavez, regardez vers la lumière du Vénézuela!

La révolution par les urnes, elle a eu lieu là bas, et c’est miraculeux. Au Vénézuela, Chavez change l’eau en vin et le vin en pétrole et il multiplie aussi les pains.Les aveugles revoient et les paralytiques remarchent.

Sans casse, sans heurts, démocratiquement, par les urnes! - Et tous ceux qui tordent un peu le nez devant l’exemple ou avancent quelques doutes, ou aimeraient, simplement, que l’on puisse ne pas refaire les mêmes erreurs avec le Vénézuela qu’avec l’URSS ( c’est-à dire, taire la critique, taire le débat) seront classés immédiatement "ennemis du peuple", je vous préviens...

Vous pourrez commencer, vous aussi, dès 2011 même, pour les cantonales votre "révolution par les urnes". (Vous vous êtes bien inscrits sur les listes électorales j’espère?).

Regardez, il y a même un parti qui a été créé "ex nihilo" (c’est très balèze, ça) fin 2008, par un ancien sénateur (à 32 ans s’il vous plait!), un gars du PS qui cause comme nous (dit-on), qui montre ses muscles chez Drucker et chez Ardisson, qui a soutenu Maastricht en 1992 et s’est réveillé de sa cuite pro-européenne 15 ans plus tard, spécialement pour vous qui êtes très très indignés et voulez absolument battre Sarkozy et tirer le PS vers "la gauche".

Ce n’est pas dur, ça s’appelle "le Parti de gauche", vous ne pouvez même plus vous tromper (même pour les mal latéralisés), comme le Port-Salut, c’est écrit dessus!

On vous le garantit sur facture. Avec ce Parti de Gauche qui aura ingéré, en plus, un bon paquet de PCF, grâce au Front de Gauche (là non plus, vous ne pouvez pas vous tromper), vous aurez des lendemains qui chantent.

Toi qui étais trop jeune pour voter, dans un enthousiasme délirant, Mitterrand dans les années 80, toi aussi, tu peux l’avoir, ta victoire du 10 mai 1981, ton "programme commun", toi aussi tu auras ta fête de "la victoire de la gauche" place de la Bastille, sous la pluie. A ton tour tu pourras dire "j’y étais".

Alors vote, "sans penser à demain", car l’essentiel, c’est MAINTENANT. Et demain, c’est un autre jour, donc on verra bien.

1983? Oh, un mauvais souvenir, un coup de pas de chance. Bon, bien sûr, il se pourrait que tu aies à voter pour Aubry ou DSK au second tour mais bon. C’est quand même mieux que Sarkozy et l’UMP non?

On va me dire : "Mais enfin, réveille toi, sois pragmatique, arrête de rêver, tu proposes quoi alors hein, pour les gens qui souffrent de la politique de Sarkozy? Le PS n’est quand même pas l’UMP!".

Ce que je propose, comme quelques autres, ce n’est pas très "sexy" car cela demande du travail, un énorme travail et plus de coups à prendre que de caresses à recevoir.

Ça demande de serrer les dents, de prendre du temps.

La proposition, c’est que nous prenions notre vie en mains.

Que nous grandissions.

Que nous ne nous précipitions pas encore dans des solutions électoralistes court-termistes, dans le paternalisme, qui ne vont pas du tout nous sauver (on a déjà eu un "père" dans l’histoire, il s’appelait Staline, "le petit père des peuples", et en France, même mieux, on a eu un gentil grand-père venu nous sauver, il s’appelait Pétain).

De se méfier des "lendemains qui chantent", qui pourraient bien, encore une fois, nous bricoler des "surlendemains qui déchantent".

Pourquoi des lendemains qui déchantent?

Parce que tout ce qui est proposé, "à gauche", ou "à gauche de la gauche" est à la fois incohérent et mensonger.

Tout ce qui ne fait pas des luttes directes du prolétariat le pilier central du changement dont nous avons besoin, va aggraver le désespoir, aggraver le renoncement, ramener les partis bourgeois encore plus forts, encore plus violents.

Tout ce qui accrédite la distinction entre "syndicalisme" et "politique", qui laisse à des syndicats affaiblis le soin de "gérer les contestations sur les lieux d’exploitation" et aux experts politiques de "mettre en musique les négociations patronat/salariat" nous tire vers le bas.

Il faut que nous prenions le temps et que nous trouvions le courage, non pas de nous "indigner", mais de CRÉER ce dont nous avons besoin comme armes, et d’AGIR.

Je propose donc qu’au lieu d’être indignés, nous soyons courageux et responsables, avec les yeux ouverts et les manches retroussées. Responsables de nous-mêmes.

L’urgence est donc à la création d’un parti des communistes.

Le communisme ne peut pas avoir vocation à être "un courant de pensée" toléré dans un parti à peine social-démocrate, genre "Die Linke", ou alors, c’est qu’on a rien compris à Tours, que les 90 ans du PCF (dont tout a été fait pour faire oublier ce qu’ils signifiaient) ne comptaient pas, qu’on s’apprête à effacer la leçon de 1905/1920!

Vous croyez que même avec un Front de Gauche à 15 % au premier tour en 2012 (soyons fous...certains semblent croire que c’est possible sous l’effet de l’aversion conjuguée pour le PS et le "sarkozysme", et qu’en plus, ce serait souhaitable!) le PS fera une autre politique que celle qu’il fait au FMI, ou dans les institutions de l’Union Européenne?

En Grèce? Le PS.
En Espagne? Le PS.
Au FMI? Un représentant du PS, ex-candidat à la candidature à la présidentielle en 2006. Au FMI avec l’appui de Sarkozy.
A l’OMC? Un représentant du PS, qui autrefois œuvré à la commission européenne. A l’OMC avec l’appui de Chirac.

Bien sûr que non!

Le PS fera la politique que les capitalistes voudront bien lui laisser faire.

Dont ils auront besoin. L’ère Jospin et la gauche plurielle, c’était un accident entièrement imputable à Jospin? Soyons sérieux!

Avec ça me direz-vous, quel mal y aura-t-il alors à faire la courte échelle à un PCF déliquescent et à un Parti de Gauche fait dans le velours des appareils, et dont certains créateurs semblent affamés de pouvoir (pour notre bien, bien-sûr)?

Si ces partis ne servent pas à maintenir le PS sous perfusion, à renforcer la bipolarisation (ou la "tripolarisation" même, tant qu’on écarte le spectre communiste....), s’ils ne servent pas à nous distraire de la lutte contre le capitalisme, s’ils ne visent pas à renforcer l’Etat bourgeois plutôt qu’à le faire dépérir, si ce ne sont pas des mirages, s’ils ne sont pas là pour nous faire perdre encore plus de temps, si ces partis servent à la classe ouvrière et aux prolétaires à s’organiser pour lutter pour leur émancipation, et bien, en effet, il n’y a aucun mal.

Si c’est cela, vraiment, alors oui, on peut trouver très révolutionnaire sans doute, de soutenir des candidats qui, au plus fort des luttes sur les retraites, instillaient, en toute conscience, le poison du renoncement en agitant le mirage d’un hypothétique "référendum" sur le sujet...

Mais pardonnez-moi si je doute quand je lis "les programmes" (de "projet politique" ça en revanche, il n’y en a pas).

Bien républicains, bien souverainistes, bien centralisateurs, et pleins "d’expertises".

Bien jacobins, pour tout dire, et donc, à mon humble avis, désormais fortement anachroniques, pour ne pas dire intrinsèquement incompatibles avec toute tentative révolutionnaire communiste...

Alors oui, cela me fait mal au coeur de voir des camarades valeureux partir dans ce sens ; je me dis que ce sont des énergies et des savoirs perdus pour la lutte. Et bon, tant pis, il faut faire avec. Ceux qui sont sincères comprendront vite, et mieux, une fois "dedans", n’y resteront pas longtemps.

Donc, ce que je nous souhaite pour 2011 et au-delà, c’est, non pas de nous indigner, mais de savoir nous organiser pour pouvoir nous révolter et nous battre.

Ce que je nous souhaite à toutes et à tous, pour 2011, c’est d’avoir une assez bonne santé et encore assez de folie pour souffler toujours sur les braises de la révolution et du communisme.

D’affûter les concepts et les mots, de mettre du bois dans le feu, et avec ce feu, non pas de nous chauffer les mains devant la cheminée d’une énième République arrière-arrière-petite fille de la révolution bourgeoise de 1789, mais d’embraser les institutions existantes, qu’elles partent en fumée, et avec elles, la classe dominante et les Idées qui les tiennent.

Bonne année 2011 de luttes et de renaissance politique, camarades communistes!

mardi 4 mai 2010

Puisqu’élection présidentielle il y aura en 2012, quelques pistes de réflexions sur ce sujet.


Loin de faire de l’élection présidentielle "l’alpha et l’omega" de ce que devrait être la vie politique des travailleurs et des communistes dans ce pays, quoi que l’on pense de cette élection et du cadre (la 5ème République, la république bourgeoise, la prédominance de l’UE...) dans lequel elle se déroule, il est au moins quatre "travers" à éviter d’emblée pour y réfléchir correctement.

Les deux premiers tiennent à la conception de l’élection présidentielle stricto sensu pour nous :

dire que rien de ce qui s’y déroulera ne nous concerne, nous, communistes et travailleurs, et que nous nous en lavons les mains.

dire que de ce qui s’y déroulera constituera l’essentiel de notre avenir politique et social, et que tout se jouera là.

Ces deux voies me semblent également fausses.

La raison et nos engagements nous imposent donc, avant tout débat sur le "qui et comment" (ce qui serait mettre la charrue avant les bœufs), de remettre à sa place cette élection dans ce cadre précis, et de ne pas lui faire dire plus, ni moins, que ce qu’elle dit et peut offrir comme opportunités, pour nous, du point de vue de la lutte des classes et d’une certaine conception de la démocratie prolétarienne.

De ne pas y cristalliser toute la vie politique jusque là, mais de nous en préoccuper assez tôt pour ne pas répéter les mêmes fiasco indéfiniment, tout en attribuant à ce moment de la vie politique française sa juste valeur pour nous et ce que nous défendons, c’est à dire, un autre projet de société, un projet politique alternatif (et non d’alternance plus ou moins "rougie"), un projet dont les racines sont la lutte contre l’exploitation capitaliste et le renouveau de la démocratie, et à terme, de préserver et de renforcer la possibilité révolutionnaire, donc.

A ce titre, il va de soi, il me semble, que la question posée n’est pas, ne peut pas être, et à plus forte raison pour 2012, en l’état actuel des choses et des consciences, "quel programme et quel candidat pour que le Président élu de la 5ème République soit communiste" !

La question est bien plutôt "comment nous saisir ensemble, le plus nombreux possible, de ce moment particulier de la vie politique qui nous accorde des moyens et des droits que nous n’avons pas en temps habituel, pour reconstituer le mouvement communiste, pour restaurer les organisations qui se réclament du communisme, pour faire entendre notre différence d’avec tous les autres (les non-communistes) et surtout, pour donner de la force et de l’espoir politique aux luttes d’émancipation et de résistance en cours".

Les deux autres travers à éviter pour nous sont donc, il me semble, les suivants :

ne militer d’emblée que pour "faire gagner la gauche" et "battre la droite" - ce qui revient de fait à entériner le vote utile mortifère, à stériliser les luttes et le développement de la pensée politique, et à soutenir le candidat ou la candidate du PS

ne militer que pour,dans et par le PCF.

La vie politique actuelle est ainsi faite que de nombreux communistes ne sont plus encartés nulle part (et certes pas ou plus au PCF, qui ne peut plus prétendre avoir l’hégémonie ou le monopole de la représentation des communistes en France), et grossissent chaque année davantage les rangs des abstentionnistes.

Que le PCF est certes extrêmement imparfait et à bout de souffle, très critiquable à maints égards, mais qu’il existe encore, et que sans lui, toutefois, dans sa diversité, dans sa composition bien plus complexe qu’on ne veut le dire souvent, aucun mouvement communiste pérenne n’est possible ni envisageable sérieusement.

Une élection présidentielle en France, compte tenu de la composition de notre pays, c’est avant tout le mouvement qu’un parti capable matériellement et intellectuellement d’assumer une position d’avant-garde, de "leader", est capable de fédérer, de rassembler à ses côtés, pour transformer une partie de l’état des choses, soit directement, soit indirectement.

Ceci à plus forte raison que les élections législatives suivront directement l’élection présidentielle, et que c’est aussi la dynamique enclenchée au moment de la présidentielle, l’intensité du projet politique proposé, la clarté et la fermeté des choix idéologiques revendiqués et assumés, qui déterminera, pour le coup, notre réappropriation d’un lieu de véritable pouvoir, de pouvoir du peuple, celui de l’Assemblée nationale.

Oui, il y a encore et toujours énormément de communistes et de sympathisants communistes ou socialistes, révolutionnaires, jeunes, moins jeunes, dans ce pays, de toutes origines ethniques , religieuses, culturelles, mais aussi des tas de personnes qui ne savent pas encore qu’elles pourraient être communistes et que c’est ce projet, toujours aussi fou et révolutionnaire, qui répondrait à beaucoup de leurs attentes.

Il ne faut pas laisser gâcher cela !

L’idée qui sert actuellement de pivot à toutes nos discussions, celle de la "gauche de gauche", est une idée creuse et un peu ridicule, insusceptible de rassembler le plus grand nombre d’entre nous, du fait de son flou, de ses ambiguïtés, de ses origines partisanes et théoriques particulières, et de son inadéquation à transcrire et à appuyer politiquement aujourd’hui la lutte des classes face au capitalisme.

Elle prend d’ailleurs d’emblée appui sur un mythe qui fut certes aimé, voire utile, mais qui a été battu en brèche par la conjonction du travail de sape idéologique capitaliste et la faiblesse "intellectuelle" des organisations dites ouvrières dans la seconde partie du 20ème siècle, une fiction qui (s’)est discréditée, peut être plus encore que le communisme lui-même, car ses fautes sont plus récentes et très actuelles, et pour longtemps je le crains : ce mythe, c’est celui de "la gauche" (on a donc là au moins une erreur tactique énorme).

Les peu satisfaisants scores du Front de gauche, malgré certaines exceptions, - Front supposé mettre en pratique cette construction théorique, douteuse dès l’origine -, en témoignent, même si il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et que l’existence de ce Front de gauche et la démarche indépendante du PS majoritaire au premier tour des régionales montrent aussi des craquements, montrent que la tour d’ivoire dogmatique et assez sectaire du courant majoritaire de la direction nationale se fissure, ce qui n’est pas dommage.

En cela, nous vivons encore dans les soubresauts de l’échec du gloubiboulga de 2007 "gauche populaire et antilibérale" issu de la démarche des collectifs unitaires anti-libéraux, mouvement petit-bourgeois par essence, de sa formation sociologique jusqu’à ses conceptions de la démocratie et de la politique, mais également, dans son rapport, jamais éclairci, au capitalisme.

Envisager 2012 sereinement et utilement pour nous, travailleurs actifs, retraités ou au chômage, précaires, étudiants...en lutte ou pas encore, implique donc de mon point de vue avant toute chose que soient réunis les points suivants :

que tous les communistes de France, quelle que soit leur nationalité et leur éventuelle appartenance partisane, réfléchissent ensemble à ce qu’est cette élection, à comment elle peut nous être utile, non pas à nous "membres du PCF ou de tel parti", mais à nous travailleurs et a fortiori, travailleurs militants communistes. Qu’une fois pour toutes, une position majoritaire ou susceptible de l’être, claire et ferme, soit exprimée et tenue sur ce sujet d’importance.

que la question de la participation ou non-participation à un éventuel gouvernement sous la coupe du PS soit tranchée avant toute chose, par principe, et que l’on s’y tienne, même si par grand bonheur, notre candidat-e alignait un score à deux chiffres à l’issue du premier tour.

En fonction de la réponse à ces questions ( mais également, pour répondre à ces questions, dans une certaine mesure) :

que le PCF accepte de (re)prendre ses responsabilités en tant que dernier parti conséquent de communistes (ou en tout cas portant ce nom ce qui, de toute façon, aujourd’hui, n’est pas rien) pour être, non pas "le chef", mais déjà, l’initiateur du rassemblement du plus grand nombre de communistes encartés ou non dans ce pays, sans exclusive, de façon ouverte, et s’offre donc à être le pivot du mouvement communiste à reconstruire et à faire renaître. Ce avant même que de penser à la "gauche" fut-elle "de gauche" !

Le rassemblement des communistes et de leurs sympathisants D’ABORD !

A 1.97% on est très loin de faire déjà le "plein" de "nos " voix.

Il y a actuellement matière à rassembler et à débattre sans tabou sur de nombreux sujets de travail : les retraites, la Grèce, l’Union européenne, la désindustrialisation, les luttes sociales en cours (sans papiers, industrie automobile etc)...Profitons-en.

que la question de la personnalité du candidat ou de la candidate soit mise impérativement à un second plan, après la rédaction d’un projet politique (et non pas seulement d’un "programme électoral") ; que cette désignation apparaisse même comme une conséquence logique du projet.

Que cette question du projet politique, qui doit avoir pour premier but de remettre le politique et l’humain devant l’économie et la finance, soit centrale, et fasse dès à présent l’objet d’ateliers de réflexion et de propositions partout en France sur le thème "Quel projet politique communiste pour la France au 21ème siècle" (ateliers dont le "cahier des charges" doit exister et devrait, sans inscrire les réponses dans les questions, mettre en avant la question de la lutte des classes, des conflits en cours et de leur soutien, des choses à faire pour transformer ces luttes de terrain en victoires, de l’analyse du capitalisme et du bloc au pouvoir, mais aussi de l’analyse des classes et sous-couches sociales en France, et de la démocratie prolétarienne, entre autres).

mais que cette question de la personne ne soit pas renvoyée non plus à quelques mois du début de la campagne électorale (sachant que le ou la candidat-e ne pourra pas négocier ensuite "ses conditions", mais sera avant tout le candidat des communistes et porte-parole du projet communiste, cela devrait en théorie éliminer un bon nombre de pique-assiette qui ne se disent pas d’abord "de gauche" par hasard...).

Dans la désignation de cette personne, il me semble évident qu’il faudra faire une bonne balance entre plusieurs choses :

une certaine expérience du combat électoral et des prises de paroles publiques ou devant les médias, sans que, cependant notre porte-parole apparaisse comme blanchi sous le harnais, usé médiatiquement, "politicien", représentant d’une caste, etc mais également une bonne connaissance des luttes de terrain, dans les entreprises, dans les associations....

qu’il ou elle soit "présentable" sociologiquement et politiquement (pas un "élu professionnel" ni un permanent depuis son plus jeune âge, et qu’il ou elle soit communiste, du PCF ou pas, c’est-à-dire avant tout, acceptant de s’en revendiquer sans honte ni forfanterie).

La question du charisme, si importante en ces temps médiatiques, sera évidemment importante.

Ce ou cette candidat-e devra pouvoir incarner dans sa personne certaines qualités objectives que l’on attend des responsables, sans cependant que nous ayons à singer les codes et les valeurs bourgeoises, mais au contraire, qu’il ou elle puisse incarner certaines de nos valeurs jamais représentées dans cette société (en d’autres termes, je ne crois pas que nous combattrons bien les candidats du capital avec un clone de chez eux, "le feu par le feu"...)

qu’il ou elle soit à même d’être soutenu par une équipe de campagne renouvelée et renforcée sur la théorie, entre autre, mais aussi dans la pratique, notamment syndicale, et qu’il puisse laisser une place assez large àd’autres porte-paroles.

qu’il ou elle, évidemment, accepte que ce projet politique, décidé en commun, et cette candidature elle-même, ne seront pas "les siens propres", mais ceux de toutes et tous, et qu’il ou elle sera avant toute chose un porte-parole plus médiatisé et plus responsable que les autres, militants, mais pas un "chef".

Résumons, donc, en vue de 2012 :

Une vision claire de l’élection présidentielle et de ses possibilités réelles,
des principes fermes et intangibles quant à une éventuelle participation gouvernementale ( ou pas) et par rapport à la "gauche",
un projet politique communiste,
un candidat communiste,
porté par un mouvement et des organisations communistes,
pour les communistes, et pour la fraction de notre peuple qui souhaitera s’y reconnaître.

Voilà les quelques suggestions et idées que je me permets de soumettre dès à présent à la sagacité et à la perspicacité de mes camarades communistes, car prévoir c’est pouvoir.

Salutations militantes et fraternelles.

vendredi 12 mars 2010

ABSTENTION ET VOTE BLANC : DES CHOIX RESPECTABLES ET DES MESSAGES CLAIRS



L’abstention et le vote blanc ou "nul", bien qu’ayant sans doute des significations légèrement différentes, seraient des "preuves de résignation", des "actes de découragement", "antidémocratiques", des actes "d’immaturité politique"...etc.

Gérard Longuet, patron des sénateurs UMP dont on a pu se souvenir il y a quelques jours qu’il avait été un des fondateurs du groupe d’extrême droite "Occident" (cf. ses propos sur Boutih et le président de la HALDE), a même proposé de rendre le vote OBLIGATOIRE !

Pour vous dire comme l’abstention est, elle, antidémocratique, hein... ;)

Quand on est "de gauche", l’argument massue c’est en général : "l’abstention, le vote blanc, cela fait passer la droite (car les électeurs de droite, eux, votent)". "Tu dois voter NPA/FDG/LO... pour peser sur le PS". "Le PS ce sera toujours mieux que la droite".

Sans qu’on soit cependant à même d’expliquer ce que cela signifiait "droite" "gauche" aujourd’hui, justement (alors qu’une grosse partie du problème est bien là).

Certains tentent un "Je vais voter au premier, mais pas au second comme ça je ne vote pas pour le PS".

Est-ce plus cohérent? Je ne suis pas sûre.

Ordonc, voici les abstentionnistes et autres renégats de la DEMOCRATURE-confiture renvoyés dos à dos de leurs propres ennemis de classe, voire "alliés objectifs" ! Très classe.

Tout ceci au nom d’un "principe de réalité" qui, je le pensais encore il y a peu, me semblait réservé aux pensées totalitaires et fascisantes "de droite" (voire d’extrême droite, où le fameux "vote révolutionnaire" n’a jamais été, pour le coup, une abstraction métaphysique...).

Voilà, donc, là, on assiste, comme à chaque scrutin, à une mise au pilori en règle de celles et ceux qui n’iront pas VEAU-ter.

Avec le genre d’assertion que nous sortent TOUS les partis qui concourent à ces élections.

Personnellement, j’aurais tendance à appeler cela du "terrorisme intellectuel".

Doublé d’une grosse mauvaise foi et d’un aveuglement que seule la "gestion à court terme" et le renoncement à l’intérêt général peuvent justifier.

Car ce n’est pas aussi simple que "abstention = couillons" (ni non plus d’ailleurs que "élections = piège à cons" que pour ma part, je ne pratique pas et n’ai jamais pratiqué).

Je parie qu’il y a peu d’abstentionnistes ou de "blanchistes" habituels, "idéologiques", dans les 50 % de personnes qui n’iront pas voter Dimanche, et même sans doute, que parmi eux, beaucoup seront d’anciens "électeurs de gauche" justement.

Loin d’être un acte anodin, dépourvu de sens au regard des institutions actuelles, l’abstention (ou le vote blanc) sont des signes extrêmement forts adressés à l’ENSEMBLE de ceux qui, "droite" ou "gauche", sont considérés, sans doute avec une certaine raison, comme appartenant à la même "CASTE"(reste à savoir ce qu’on reproche à cette "caste"), qui défend au fond, le même système, ne proposant que des aménagements différents de ce système qui fait "en-commun", et à la marge.

L’abstention (ou le vote blanc) signent, je le pense, compte tenu des circonstances actuelles, loin d’un renoncement, la colère violente d’un PEUPLE, qui se regarde, qui se connaît, qui connaît de façon historique et presque "innée" la violence dont il est capable de faire preuve dans des situations de crise insurmontables (dois-je rappeler aux ahuris que la France est une terre de révoltes et de révolutions parfois extrêmement violentes? Allez oui, j’y vais : 1789, 1791,1848, 1871, 1936, 1968...), mais qui aspire quand même profondément à la paix sociale, aux réformes législatives et au débat, plutôt qu’à couper des têtes, pendre les banquiers, ou à brûler des voitures, et qui , faute de relais fiables pour exprimer sa colère autrement, pense envoyer ainsi aux "dirigeants politiques" un MESSAGE qu’il ne tiendrait qu’à eux de comprendre.

L’abstention pour moi, c’est ce MESSAGE.

Et si on le replace dans son contexte, celui des, disons, dix dernières années, je crois que son sens est assez clair, notamment "à gauche".

D’où que nous parlions (communistes, socialistes, écologistes...), quoi que nous espérions, NOUS SOMMES PROFONDÉMENT EN COLÈRE.

Peut être que si on écoutait un peu plus "le peuple" dont "on" (qui est un con, comme chacun sait) ne se gargarise qu’en période électorale, chaque jour, on se rendrait vite compte que ce que le SYSTEME s’acharne à faire passer pour de la RESIGNATION (comme si nous étions des bons cons sous antidépresseurs parce qu’on ne va PLUS VEAU-TER), c’est une COLÈRE FORTE , UN DÉGOÛT,et, comme disait Jean Sol, "LA NAUSÉE" (après "LES MAINS SALES", c’est normal...), qui montent avec obstination et que chaque échéance électorale rend de plus en plus forte, d’ailleurs.

Bien sûr, "on" peut continuer à faire semblant de ne pas comprendre ce que signifie cette abstention, ce vote blanc, DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES.

On peut continuer à dire "les prolos qui ne vont pas voter donnent des voix à la droite...c’est pas bien... blablabla".

On peut continuer à rendre le prolétariat, le peuple, responsables, et ne pas vouloir comprendre pourquoi le peuple a majoritairement élu un SARKOZY, et pourquoi c’était ROYAL face à lui :

Je rappelle : "DÉSIR d’AVENIR" et "RUPTURE".

Pourtant, il me semblait que, même exprimé au premier degré et à côté de la plaque, le message de nos camarades , de nos frères et soeurs, de nos concitoyens , était CLAIR :

Il y a un désir de CHANGEMENT DE SOCIÉTÉ FORT, QUI SE RADICALISE, VERS UNE SOCIÉTÉ PLUS JUSTE, DIFFÉRENTE DE CELLE QUE NOUS CONNAISSONS DEPUIS 20 ans, au moins.

Il y a une prise de conscience aiguë que nous avons régressé, que la France d’aujourd’hui PUE, et pire encore, car non seulement nous avons régressé socialement, économiquement, mais aussi politiquement. Pas seulement en terme de représentation populaire, mais en termes d’engagement citoyen, de propositions novatrices, alternatives, culturelles.

Alors même que le peuple de Grèce est confronté à une crise monstrueuse, à une attaque sans précédent du FMI, de l’UE, des spéculateurs financiers, qui hypothèque l’avenir de millions de personnes sur plusieurs décennies, AUCUN candidat "de gauche" n’a parlé de l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui (et très éloignée de l’Europe des peuples, de l’Europe politique avant d’être économique, rêvée un jour par nombre d’entre nous)...

TOUTE ET TOUS , MÊME LE NPA, veulent au contraire accréditer LA RÉGION comme échelon de "démocratie" valable, alors que c’est bien un des plus mauvais qui soit. Pour des tas de raisons.

Est-ce NORMAL?

Aucun projet politique, aucune rupture de CE TYPE, aucun avenir nouveau ne semble poindre, ce qui entraîne DE LA COLÈRE, particulièrement dans une telle période de crise.

Attention à toutes et tous qui maintenez les politiciens dans l’illusion qu’ils pourront encore nous berner longtemps, et que l’abstentionniste est un défaitiste, car il n’est pas dit que celui ou celle qui incarnera le mieux cette colère un jour ( et il arrivera forcément) le fera "dans le bon sens" si on continue à laisser en déshérence NOTRE champ de bataille.

Faudra pas pleurer ensuite.

En espérant que les mêmes qui ont dépensé tant d’énergie à faire la morale seront aux côtés de ceux qui se battront pour leurs droits.

lundi 1 février 2010

LA DÉPRESSION CITOYENNE COLLECTIVE ET LA VOIE SUICIDAIRE D’UNE PARTIE DU CORPS SOCIAL



(Je précise d’emblée que cet article n’a aucune prétention scientifique, voire, emploie peut être à tort des concepts scientifiques ou prétendus tels, mais dans le sens que le plus grand nombre d’entre nous entend généralement...

Les habitants de ce pays, la douce France, seraient ceux qui consomment le plus d’anxiolytiques et antidépresseurs en ce bas monde. Faisons abstraction d’un phénomène comparable à mon sens, qui est celui des Etats-Unis où la sur-consommation de malbouffe et de crédits en tous genres joue peu ou prou le même rôle.

Comme toujours, on jette la pierre aux médecins - tous des incapables et des bons à rien. On peut aussi accuser les laboratoires pharmaceutiques. Ok. Mais ceux-ci expliquent non pas tant le besoin que le type de réponse actuellement offerte au besoin exprimé.

Oui, la France est devenue un pays de grands dépressifs. Nous sommes un pays de grands malades.

Parce qu’elle a été, à maintes reprises, le pays des plus grands espoirs politiques (au sens noble du terme) et que depuis des décennies, elle ne cesse de se perdre en turpitudes politicardes et électoralistes.

Plus hauts ont été les sommets à atteindre plus dure a été la chute.

La politique telle qu’elle est pratiquée quotidiennement dans ce pays depuis des années, sinon des siècles, qu’elle se dise "de droite" ou "de gauche", a fini par rendre le "corps social" totalement schizophrène. Et naturellement, dépressif face à la conscience aiguë de cette schizophrénie. Car constater un mal auquel on n’a aucune cure ne peut que rendre anxieux et dépressif.

Des maux (bien réels) qui n’affectent plus seulement les adultes, mais qui touchent également, par voie indirecte ( les parents, la famille) et directe (la confrontation dès leur plus jeune âge à un système qui marche sur la tête), les enfants, nos enfants et ceux des Autres ; c’est à dire l’Avenir de tous.

Les symptômes de cet état dépressif généralisé, nous les voyons tous les jours dans notre vie quotidienne. Les causes de cet état, nous les voyons également.

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne fallait pas tricher. Or, la triche est institutionnalisée, sinon encouragée par tous moyens.Des hommes politiques condamnés pour fraude, détournement de fonds, injures racistes etc, peuvent continuer d’être candidats et sont même remerciés par l’attribution de présidence de commission sur la vie carcérale !

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne faut pas s’en prendre aux plus faibles que soi, et que au contraire, les plus forts devraient protéger les plus faibles. Or, les plus faibles servent de bouc-émissaire et sont piétinés quotidiennement. Tout est fait pour expliquer que les chômeurs méritent leur sort et doivent être punis parce qu’ils sont chômeurs. Pas un doigt ne se lève au moment de l’opération "plomb durci" à Gaza...(soi dit en passant, ne cherchez pas pourquoi la cause palestinienne est emblématique pour de nombreux jeunes de banlieues ou pour de nombreux militants communistes - elle est le super-symbole de l’Injustice institutionnalisée avec un grand "I").

On nous éduque (ou plutôt on nous culpabilise) à protéger l’environnement (et protéger l’environnement est en soi un objectif juste et essentiel) mais observez le sol de la salle de cinéma où des milliers de spectateurs (sans doute de bonne foi mais particulièrement décérébrés) viennent de vautrer complaisamment leur mauvaise conscience dans la médiocrité dialectique d’un "Océans" ou d’un "la Terre vue du ciel" : les dalles sont couvertes de papiers, de pop-corn, de bouteilles. Une porcherie.

On nous élève dans l’idée qu’il faut respecter la Loi et l’Ordre mais la vie quotidienne est constellée de la victoire (petite ou grande) de ceux dont le premier principe est de ne jamais respecter la Loi et l’Ordre, de la cour de l’école maternelle au bureau en passant par les transports en commun, à commencer par le comportement de nombre des représentants des dites "forces de l’Ordre".

Des partis politiques nous expliquent que ce système nous fait crever (et c’est juste, ce système qui n’est pas seulement "économique", nous fait crever, quotidiennement, chacun de nous de mille manière différentes et pire, il fait crever l’Avenir et l’Espoir) mais leur premier acte est toujours de cautionner et de renforcer ce système.

J’en passe, la liste serait trop longue. Chacun de nous a mille exemples bien précis de ces contextes officiels et institutionnels propres à créer schizophrénie, angoisse, dépression.

Le drame, en plus, c’est que plus ce climat "pathogène" s’étend, plus le bonheur (ou ce que nous dit devoir être le bonheur) est présenté comme un impératif catégorique, et que celui ou celle qui ne peut pas l’atteindre, qui constate qu’il ne peut pas atteindre le bonheur tel que "notre société" le définit de façon maladive, est rejeté, perçu et se perçoit comme nul, minable, bon à rien, à jeter.

Et alors...

Alors on choisit :

LA CORDE. LA FENÊTRE. LA BALLE. LA PILULE...

Contre soi ou contre l’Autre (tuer un Autre, c’est toujours tuer une partie de soi et vice-versa).

Avez-vous vu que la RATP dans son souci faussement bienveillant de limiter les suicides sur ses voies, pose de plus en plus de "gardes-corps"?

Qui n’a pas l’impression, aujourd’hui, d’être atteint de ce mal qui ronge, insidieusement, sans toutefois bien savoir pour quoi on en est atteint puisque finalement dans notre vie prise isolément, cela peut ne pas aller si mal que cela? Et pourtant, qui, y compris parmi ceux qui estiment légitimement n’avoir pas trop de motifs d’angoisse, échappe actuellement réellement à la grande pieuvre de la dépression et de l’angoisse?

La réponse du "corps social" (comme du corps individuel) à ce type de pathologies, quand on ne rentre pas dans un processus de cure, ne peut être, à terme, que d’une rare violence. Une violence explosive.Une violence déchirante. Une violence qui se manifeste de plusieurs manières, et ne fait pas nécessairement une "révolution".

Je ne crois pas trop me tromper en disant que l’apathie du corps dit, cette fois, "électoral" (qui n’est pas exactement le même que le corps dit "social") ne fait que traduire, une fois de plus, cette prise de conscience aiguë, enfoncée dans nos chairs, ce ras-le bol et cette dépression profonde, que nous vivons à la fois individuellement et collectivement.

Nous n’avons pas ou plus envie d’aller voter parce que, si on se pose les questions du remède au mal, nous avons bien plus spontanément envie d’une solution radicale de l’ordre de "flinguer" toutes celles et tous ceux que nous rendons ( à tort ou à raison) responsables de cette angoisse, de cette schizophrénie généralisée, et ce depuis des décennies.

Nous souffrons, quotidiennement, et même chez nos soi-disant "défenseurs naturels" (à qui on peut encore moins le pardonner qu’à nos exploiteurs naturels) d’une absence de cohérence qui finit par faire norme ; nous souffrons de l’ambigüité comme état permanent de la conscience, et nous souffrons de ces maux sur lesquels de moins en moins, nous pouvons mettre des mots.

Notre énergie vitale est usée par la tension qu’induisent la schizophrénie et l’angoisse collectives, de plus en plus fortes.

En 2010, je mettrais ma tête à couper, qu’une journée de vie "normale" d’un salarié ou d’un chômeur "lambda" (enfants+boulot+maison+transports etc..) consomme, en situations anxiogènes, tracasseries administratives, rapports de domination sans frein, absence de solidarités, urgences physiquement éprouvantes, etc... ce qu’il nous fallait d’énergie pour toute une semaine il y a plusieurs décennies.

Le lundi soir ou disons allez, le mardi, une personne de 35 à 50 ans "normale" est déjà épuisée. Le 5 du mois elle est déjà au comble de l’angoisse de "la fin du mois".De tout ceci découlent des réactions en chaîne dans toute la famille, y compris étendue. Et donc, dans la société.

Déléguée syndicale, je ne vois pas, dans mon entreprise (où pourtant rien n’est "rose"), beaucoup de salariés qui veulent encore se battre pour "changer leur travail", leurs conditions de travail , leurs salaires. J’en vois de moins en moins, et de plus en plus qui ne rêvent qu’à une chose : larguer les amarres, quitter le bateau, fuir le monde, à commencer par celui du travail (qui nous suit jusqu’à chez nous, pendant la pause de déjeuner et y compris dans les transports en communs). Épuisés de vivre à 40 ans : "Comment je peux négocier un bon chèque pour me barrer?".

Allez faire défendre leurs retraites à des salariés ou des étudiants ou des chômeurs qui pour mille bonnes raisons et parfois sans le concevoir encore sont déjà dans une logique morbide et suicidaire? !

P. Mignard dans son dernier article intitulé "la Fronde" ici, parle de réaliser des expériences alternatives concrètes de résistance et de subversion du système, à l’échelon local.

Je ne peux pas repousser d’un revers de main cet objectif. Au contraire. "L’agir" m’apparaît de plus en plus comme une nécessité.

Mais je m’interroge sur ce qu’on doit entendre par là, sur les chances de succès à moyen terme, et surtout, sur les moyens intellectuels à notre disposition (la dialectique, je pense) pour appréhender le déroulement de ces expériences alternatives concrètes, afin qu’elles ne soient pas vues comme des échecs et donc que, in fine, le remède ne soit pas pire que le mal, compte tenu de notre état actuel.

Plus que jamais, je me dis que notre Avenir tient en grande partie dans l’éducation et l’enseignement (qui sont deux choses différentes), mais d’abord et surtout à la façon dont nous concevons éducation et enseignement -et donc, le maître et l’élève mais surtout la FINALITÉ réelle de l’enseignement - (car il va de soi que de mon point de vue la façon dont on les envisage doit profondément changer si on veut en faire des instruments de résistance valables).

On nous agite ces derniers temps les épouvantails des expériences ratées, monstrueuses, inhumaines, qui ont eu comme objectifs de créer un "nouvel être humain" - sur ce point là précis, les médias mettent sur le même plan nazisme et stalinisme, qu’ils appellent honteusement "communisme".

Par tous moyens, on nous explique que c’est la liberté dite "individuelle" (comme si cela existait vraiment pour l’Homme - la question n’est pas tranchée il me semble...) qui doit nous prémunir de ce type d’expériences , expériences forcément dangereuses et mauvaises, à ne pas tenter, - comme si ce grand Paquebot rapiécé qu’on appelle "Éducation Nationale" ne servait pas précisément à fabriquer, aussi, cet "homme nouveau" dont le système capitaliste va avoir de plus en plus besoin pour se maintenir de façon à peu près pérenne.

Je finis par me demander si nous pouvons oser rêver refaire un jour de la Politique (avec un grand P), comme je l’ai déjà défini ailleurs, sans se réapproprier d’abord urgemment la question de l’Éducation et de l’enseignement comme moyens d’autodéfense intellectuelle et donc de résistance concrète au quotidien, et au delà la question de la formation des êtres et des esprits?

Plus j’y pense, moins je le crois. Apprendre et enseigner, là est la clef.



De : LA LOUVE