mardi 13 mai 2008

"LA PART DES LOUPS" de Jann-Marc ROUILLAN

Comme l'a dit quelqu'un d'extrêmement sympathique ici, j'ai donc pris quelques jours de vacances pendant les ponts "comme les riches"...

J'en ai profité pour lire un roman de Jann-Marc ROUILLAN ( ne cherchez pas, oui c'est bien le camarade d'Action Directe) "La part des loups".

Ce roman retrace, des années 1920 à l'orée des années 1950, le parcours d'un homme entre la guerre sociale et la guerre civile, de Barcelone à Toulouse, des plaines d'Aragon à celles de Navarre et d'un côté à l'autre des Pyrénées : comment des paysans pauvres rêvent d'un autre monde, affrontent le pouvoir des propriétaires, de l'Eglise et de l'Etat ; comment ils gagnent, perdent, fuient, s'arrêtent sur un autre front, celui du maquis français contre l'occupant nazi ; comment ils reviennent et perdent encore... Le dernier front de Jaume, guerillero sans troupe, fantôme d'une mémoire qui refuse de capituler, sera de remonter les vieux murs de pierre.

J'ai suivi pas à pas le personnage principal du roman, Jaume, attachée à la semelle de ses espadrilles de brigadiste, dans les rocailles et dans la neige, au milieu des vicissitudes et des saloperies humaines, jusqu'à la fin. Au fil des pages j'ai vu cet homme ses camarades et sa famille être trahis (principalement par les "partis politiques", aimer, se battre, résister, et mourir.

Cela m'a fait découvrir davantage le genre d'Histoire que l'on n'enseigne pas à l'école.

Franco, cette pourriture, est mort l'année de ma naissance. C'est fou de se dire ça et de constater que cette histoire très proche et très contemporaine est totalement passée sous silence à l'école.
Quand elle ne l'est pas, elle est traitée comme un fait divers, presque.

Et pourtant, j'ai eu de bons profs la plupart du temps. Mais trop peu de communistes enseignent l'histoire hélas.

J'ai donc navigué entre l'évocation de l'histoire, très complexe (mais en fait assez simple et répétitive, hélas...) du POUM, du PCE, des anarchistes, des brigades internationales...et la force de Rouillan c'est la beauté de son écriture, la précision de l'évocation, et la philosophie de l'action et de l'engagement armé, dont on sent bien qu'elle sous tend la moindre ligne écrite, sans romantisme et sans complaisance cependant, les années de ce point de vue là ont passé.

D'ailleurs, ne confiait-il pas récemment non seulement ne rien regretter mais continuer à penser que c'était la voie juste (il me semble, mille excuses si ma mémoire est défaillante).

Quand il met dans la bouche de son personnage une remarque: "Nous avons des ennemis devant mais aussi dans notre dos". Comme j'ai compris, comme je me suis sentie proche de Jaume quand il a dit cela... Mais quelle tristesse de voir que nous n'avons rien appris au fond ,et que rien n'a encore changé. Que de travail nous avons.

Et puis j'ai aimé la prise de conscience de la lutte des classes au creux des hanches de "la fille du patron", l'évocation de la nudité, l'amour et le désir qui remettent chaque chose à sa place...

Merci donc à Jann-Marc Rouillan pour ce beau roman, paru chez Agone en 2005 et que je vous recommande (chaudement, forcément) ...

NON A LA "REFORME" SUR L'ASSURANCE CHOMAGE - IL N'Y A RIEN A NEGOCIER!

Image Anartoka

La "réforme" de l’assurance chômage est "discutée" depuis le 15 avril 2008, parait il.

Plus liberticide, plus antisociale, plus horrible, désolée pour moi, on va pas trouver, là. Ca ne vous rend pas malade que personne ou presque ne nous aide sur ce coup là?

Qui en parle, qui se bat? A qui profite le crime de trahir ainsi nos pus vieux acquis? Non ça ne se négocie pas, non, on n'est pas polis ni ouverts, on ne discute pas avec de telles racailles que celles qui nous gouvernent.

Il n'y a pas à négocier, il y a à dire NON, à nous battre et à nous opposer. Non seulement on ne touche pas à une de nos dernières libertés les plus fondamentales (ce n'est pas le patron qui va en plus de tout le reste, devenir maître absolu de l'offre de travail -combien de temps ça nous a pris pour imposer un minimum de contraintes au capitalisme???), mais encore, on doit demander bien plus.

Voulez vous voir sacrifiées, au nom du profit et de la richesse de 200 ou 300 personnes en France, vos compétences, vos qualifications, vos formations? Votre liberté , vos rêves, vos envies? Voulez vous être contraints d’accepter un travail qui ne vous plaît pas sous peine d’être jetés, avec votre famille dans la précarité et la misère?

On va me dire "les partenaires sociaux négocient"? !! Pardon mais ...j’ose une question : y-a-t-il à négocier une idée qui nous fait revenir au 19è siècle et nous propose de devenir tous des Chinois ( c’est à dire, de la chair à patrons/canons?) - pour moi donc, c’est NON.

— >RESPECT DE NOS CHOIX, DE NOS EFFORTS, DE NOS QUALIFICATIONS, DE NOTRE DROIT A AVOIR UN TRAVAIL EPANOUISSANT

Les chômeurs ne sont pas les seuls ni les premiers concernés par cette saloperie. Accréditer cela est une erreur et c’est enfoncer le clou de l a division. Reprendre le concept de "prolétaire" et ça sera plus clair. Les chômeurs sont des prolétaires sans poste et les prolétaires actifs sont des chômeurs potentiels ( quand on sait que le chômage est un des outils du capitalisme en période de crise - pour ses profits - notamment)...

Donc nous sommes TOUTES ET TOUS CONCERNES, CHOMEURS OU PAS !!!

C’est au-delà de la protection des chômeurs/ses, cette histoire. C'est vraiment uen question d'idéologie.

C’est une véritable INFAMIE, c’est un retour à la préhistoire, la conception du prolétaire est marquée par la pensée du 19è siècle (salarié = objet à la disposition du patron pour se faire plus de pognon) et nous n’avons quasiment aucune information sérieuse sur ce qui se déroule actuellement à ce sujet.

Il y a eu une réunion le 2 mai dernier manifestement. Que s’est il passé? Qu’est ce qui a été dit? Qui sait?

Voici de l’info' en date du 2 mai dernier sur ce sujet :

"Réforme de l’assurance-chômage : Christine Lagarde reçoit les partenaires sociaux mardi

Les partenaires sociaux seront reçus mardi prochain par la ministre de l’Economie et de l’Emploi Christine Lagarde, dans le cadre du projet de réforme de l’assurance-chômage qui doit notamment conduire aux renforcements des sanctions contre les chômeurs qui refuseraient deux offres "raisonnables" d’emploi.

Une première rencontre sur le sujet avait eu lieu à Bercy entre Mme Lagarde et les partenaires sociaux le 17 avril. La ministre recevra les partenaires sociaux à Bercy en présence du secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi Laurent Wauquiez mardi à partir de 14h15, a annoncé le gouvernement dans un communiqué diffusé vendredi.

La "méthode" et le "calendrier des chantiers 2008 dans le domaine de l’emploi", la "situation des régimes d’indemnisation du chômage" et la "définition de l’offre raisonnable d’emploi", seront notamment à l’ordre du jour selon le ministère de l’Economie.

Le 14 avril dernier, le journal "Les Echos" avait révélé que le gouvernement préparait un projet de texte prévoyant un renforcement des contrôles et des sanctions en direction des chômeurs, dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage et de la fusion ANPE-UNEDIC.

Selon le quotidien économique, le projet du gouvernement prévoit qu’un demandeur d’emploi, pendant les six premiers mois de chômage, devra accepter des offres conformes à "ses qualifications, son salaire, sa vie familiale".

Mais au-delà, le chômeur "devrait accepter tout emploi requérant moins de deux heures de transport par jour", même avec une baisse du montant de son salaire précédent pouvant aller jusqu’à 30%. Les sanctions tomberont après deux refus. Cette obligation ferait l’objet d’un "contrat" entre le demandeur d’emploi et l’assurance-chômage.

Le 15 avril, Laurent Wauquiez avait assuré que la réforme de l’assurance-chômage permettrait un "meilleur équilibre entre les droits et les devoirs" du chômeur, ajoutant que le gouvernement "ne lâchera pas" sur ce principe.

"Ce n’est pas mettre la pression sur le chômeur, c’est avoir un meilleur équilibre entre les droits et les devoirs", avait-il dit sur LCI. "Sur les modalités, on va en discuter avec les syndicats, mais sur le principe, on ne lâchera pas parce que je pense que c’est une question de justice sur notre politique de l’emploi", avait-il précisé.

Le secrétaire d’Etat avait expliqué qu’il y aurait pour les demandeurs d’emploi "plus de droits", avec notamment un accompagnement "sur mesure", contrairement à la période précédente où "on traitait les chômeurs comme des numéros" et aussi "plus de devoirs", comme "accepter des emplois quand ils sont raisonnables".

Par "raisonnable", il a défini le fait que l’offre d’emploi "correspond(e)" aux expériences antérieures et à la "formation" du chômeur, se situe "dans un bassin géographique" accessible et propose un "niveau de rémunération qui est à peu près dans la fourchette".

http://www.latribune.fr/

Je SUIS FOLLE DE RAGE.


vendredi 9 mai 2008

Communisme. IL Y A LOIN DE LA COUPE AUX LEVRES...

Il est quasiment impossible de réfléchir aujourd’hui à ce que doit (ou pour être modeste, à ce que devrait) être un parti communiste, sans réfléchir en même temps à ce que A. Badiou a fort justement dénommé « l’hypothèse communiste ».

On sait (enfin j'espère...) que « le communisme » ne peut pas être imposé par un groupe ou une structure de prolétaires sur d’autres, que, s’il n’est pas mouvement global de la classe des prolétaires, accession par la lutte à un « au-delà » du capitalisme, il est nécessairement "autre chose" que le communisme ou le socialisme. Il peut être anticapitaliste, mais ça ne suffit pas à préserver des errements de tentatives historiques bien connues.

Le communisme, c’est bien cela que l’on vise par l’expression de « changement de société ».

Ce qui peut être choisi, imposé (d’une classe sur une autre), c’est à la rigueur le socialisme, une forme de transition entre l’Etat capitaliste et l’absence d’Etat qui signera l’avènement d’une société communiste.

Le terme d’ « hypothèse » prend donc ici tout son sens. Car qu’est-ce qu’une hypothèse ? C’est une supposition à partir de laquelle on construit un raisonnement, c’est une possibilité. Cela sous entend qu’il est possible qu’après le capitalisme ce soit le règne du communisme, mais cela sous entend aussi (et même Marx, dans sa sagesse, n’a pas exclu cette possibilité) que cela peut ne pas être. Cela dépendra des conditions de la révolution, et donc, des conditions de la lutte des classes.

Le simple fait d’envisager cela, que le communisme puisse ne pas être, ne pas advenir, permet de penser plus rigoureusement le futur souhaitable, envisageable, et permet d’analyser les moyens qu’il faudrait mettre en œuvre pour que l’on ait une chance d’y parvenir.

Peut être donc qu’un parti, au sens moderne du terme (c’est à dire comme élément stratégique dans une démocratie bourgeoise dans des relations de pouvoir gouvernées par le capitalisme), ne peut pas être communiste à proprement parler.

Il ne peut être que socialiste, car il est encore dans l’Etat.

Il est encore dans la gestion verticale et dans la prise de pouvoir d’une classe sur une autre. Il n’est pas possible qu’il soit dans « l’au-delà » du capitalisme.

Ce qui peut être communiste à la rigueur, c’est un rassemblement de personnes qui oeuvrent pour que le communisme ait le plus de chance possible d’advenir. Ce mouvement ou rassemblement est évidemment et nécessairement, en étroite liaison avec une forme de structure qu'on appelle parti, à laquelle il délègue le soin de gérer la phase transitoire entre l’Etat bourgeois et la société communiste de nos souhaits.

Ce mouvement, c’est celui qui rassemble les gens qui souhaitent qu’un jour advienne une société sans classe, sans Etat, une société d’hommes et de femmes libres, où chacun aura selon ses besoins.

Ce que nous pouvons faire, en tant que communistes, c’est cela, œuvrer, de toutes les manières possibles, et de toutes nos forces, au renversement du capitalisme (renversement qui est à la fois brutal et progressif car une fois que le pouvoir est pris la contre révolution capitaliste s’actionne et tout est fait pour nous tirer à nouveau en arrière), à la préparation de la Révolution, à la mise en place d’un gouvernement socialiste qui sera chargé d’organiser et de permettre, ensuite, la société communiste.

En cela, l’Etat socialiste est en soi extrêmement problématique et sans doute est-ce un des points d’achoppements de notre réflexion actuelle.

Car cet Etat devra être assez fort pour perdurer et se défendre contre l’inévitable réaction capitaliste, pour mettre en œuvre les structures nécessaires à un nouveau développement progressiste de la classe des prolétaires, et en même temps, ne pas devenir un Léviathan qui finira par rendre impossible l’avènement d’une société communiste.

C’est une tâche extrêmement ardue car il faut être à la fois un guerrier et un protecteur et ne pas tourner ses armes contre ses enfants.

Pour cela, il faut peut être que le mouvement communiste soit organisé de manière dualiste.

Une partie de ce mouvement, de ce rassemblement, doit être clairement identifiée comme ayant pour but de gérer la phase transitoire du socialisme. C’est là que les camarades sont les plus fragiles car ils sont encore dans les décombres (et donc, dans les pièges) de la société capitaliste, puisque, à ce moment, l’Etat bourgeois survit et subit les assauts transformateurs que nous voulons lui imposer et qui seront nécessairement violents.

Aussi, le parti politique, au sens moderne, ne peut être identifié que comme « parti socialiste » et il doit être contrôlé fortement par l’ensemble du mouvement communiste, des communistes réunis en assemblée délégante. L’objectif doit être clairement défini et les limites aussi. Les sanctions doivent être les meilleures gardiennes des camarades qui vont accepter cette charge de gestion, en étroite liaison avec l’ensemble des communistes. En d’autres termes, le parti socialiste ne peut être qu’un outil entre les mains du rassemblement des communistes. Un outil qui ne peut avoir qu’une durée de vie limitée et qui doit être gouverné par des règles extrêmement strictes en son sein, contrôlées "de l'extérieur" en quelque sorte

D’une certaine manière, c’est ce qui se passe déjà au sein de tout les partis dits « de gauche » (PCF compris), mais de manière non réfléchie, anarchique et donc, négative (c’est à dire dont on ne peut rien faire « de bon »), par le développement d’un « parti dans le parti », c’est à dire d’une caste de gens qui sont non pas spectateurs (ou acteurs indirects) mais acteurs directs de la relation de pouvoir. Cette « caste » comprend les élus et les dirigeants. C’est une réalité dont il faut tenir compte pour un projet de communisme pour le 21ème siècle.

Il faut en tenir compte et essayer de faire du « positif » de ce « négatif », donc, en effet, constituer officiellement cette caste en parti mais avec des règles et des objectifs nouveaux et théorisés.

C’est là aussi, dans cette dualité mouvement/parti, que l’articulation entre le Fait et l’Idée doit trouver sa place. Car l’être humain est aussi Idées, pensées. Elles déterminent également ses actions, autant que la nécessité et les contingences, les réalités, qui ont permis la naissance de ces idées.

Aussi, « pendant ce temps » pendant que certain-e-s d’entre nous seront "assignés" à la tâche de créer un Etat socialiste moderne de transition, le travail des camarades qui restent en dehors de la gestion d’Etat n’est pas moins grand ni moins important, et il est tout aussi fondamental ; c’est de travailler dans la société de façon permanente, pour aider à la prise de conscience individuelle et collective.

Il ne s’agit pas ici de faire naître de fausses conditions par la propagande, de devenir bêtement idéaliste, de remplacer la foi religieuse par la foi politique, non, il s’agit d’offrir aux gens, au plus grand nombre possible, les outils mentaux susceptibles de faire appréhender correctement la réalité, qui leur permettent de réaliser quelle est leur servitude et de décider ensuite, en conscience, s’ils ne préfèrent pas la liberté (et ses difficultés, mais aussi, ses bonheurs) à leur servitude actuelle et à toutes ses vicissitudes.

Seul l’état de conscience et la pratique de l’analyse peuvent favoriser la réalisation de notre souhait.

Avec cela, il n’est pas sûr que nous y parvenions, mais sans, il est certain que rien de ce que nous souhaiterions n’arrivera. C’est une autre manière de dire que la lutte des classes ne peut déboucher sur la victoire de la classe ouvrière, des travailleurs, que si cette lutte se fait avec les instruments appropriés. Et dans ces instruments, nous rangeons les Idées et l’analyse comme outils.

En d’autres termes, il s’agit aussi de permettre de développer l’espoir (et les conditions matérielles de cet espoir) que l’homme n’est pas « un loup pour l’homme », et de démontrer historiquement que nous pouvons vivre libres. Cela ne repose nullement sur une idée chrétienne que l’homme serait bon par essence. Il n’est ni bon ni mauvais « en soi », mais son attitude vis à vis de ses semblables dépend des conditions dans lesquelles il vit et croît.

On pourrait dire qu’on ne construit pas la même maison selon que l’on vit au Pôle Nord ou au soleil, on ne fait pas la même ouvrage avec un bon ou un mauvais outil.

Ce travail des communistes (de « ré-équipement intellectuel ») se fait par les actions sur les lieux de production, - c’est une grande partie de l’œuvre des syndicalistes, mais peut ne pas être leur apanage -, cela se fait par l’enseignement aussi, l’enseignement de toutes matières, et de toutes sortes. Par la création de médias indépendants du capital, par la propagation de livres qui ne reçoivent pas la publicité requise, par la création artistique, par la musique même, bref, par tout ce qui permet une large diffusion des idées, en tant qu’outils mentaux d’appréhension de la réalité ; ces idées, elles doivent être à même de faire sauter la gangue de peur et de conformisme dans laquelle nos esprits sont enfermés, et qui souvent nous aveugle, y compris (et il ne faut pas le nier car ce serait une erreur fatale) y compris chez nous, les communistes « conscients », ou « volontaires ».

La première idée, ou plutôt, le premier désir, à « promouvoir », donc, me semble-t-il, ou plutôt, celui dont il faut être à même de faire revenir le goût, non pas par des utopies, mais par une étude attentive des conditions de vie actuelles, c’est celui de la Liberté. Il faut que nous travaillions à lui redonner son sens véritable (que le capitalisme a dévoyé et parasité en liberté de commerce et d’industrie, liberté d’entreprendre) et, grâce à la force et à la beauté du désir de liberté, parvenir à faire envisager aux hommes leurs conditions de vie actuelles d’un autre point de vue que celui qui ne conçoit l’esclavage qu’infini et sans cesse.

Un des points d’application tangible de ce désir de liberté peut être désir de se libérer de l’argent et de la possession matérielle des choses superflues. L’envie de trouver ailleurs et autrement que dans la jouissance du confort matériel et la consommation (une fois le nécessaire acquis, nécessaire qui n’est pas non plus nécessairement spartiate) , le plaisir, la joie, la satisfaction personnelle, tout ce qui nous permet de nous tenir debout et nous fait préférer à long terme les conditions du bonheur à celles du malheur.

De ce point de vue, les communistes agissent comme des « révélateurs » aux consciences de leurs semblables. Ils sont ceux qui démontrent que le capitalisme est une des formes les pires d’exploitation de l’homme par l’homme. Ils sont ceux qui permettent de rendre compte de la gravité des conséquences de ce mode de production et autorisent à rêver d’un « vivre-autrement ». De sorte que, enfin « autorisés » à penser le monde et l’histoire autrement que comme une fatalité dont ils ne peuvent rien faire, les hommes entrevoient la possibilité de changer leur condition de classe. Une fois cela fait, si le « travail » maïeutique a été bien fait, c’est presque "naturellement" que les hommes ne verront pas d’autre hypothèse juste que le communisme.

Disons qu’un prolétaire qui lutte contre ses intérêts est un travailleur qui n’a pas encore croisé le communiste susceptible de lui éclairer sa lanterne.

Le travailleur qui vote Le Pen ou Sarkozy le fait de bonne foi dans l’erreur, mais en tant que communistes, leurs erreurs sont avant tout les nôtres et on ne peut pas échapper à cette responsabilité. Nous aurons mal ou insuffisamment ou faussement démontré, analysé, expliqué les conditions actuelles. En conséquence, nos propositions n'auront pu être qu' erronées.

Certes, la prise de conscience est amenée, de façon "primitive", par la relation au travail, par le vécu de l’exploitation, mais, sauf à souhaiter le retour de conditions de travail inhumaines, qui furent celles des serfs ou des ouvriers dans des temps pas si lointains, ou à ouvrir grand la porte aux sentiments misérabilistes ou compassionnels, on ne peut pas compter uniquement sur la tyrannie du capital pour que les prolétaires prennent conscience que, même à leur corps défendant, ils sont des sujets de la lutte des classes et sont des victimes, avérées, ou potentielles, du mode global de production capitaliste.

Il faut donc également trouver des « points d’appui » pour éveiller la conscience de la partie des prolétaires qui peut encore estimer se satisfaire de son sort (ce sentiment qui fait que les cadres, dans une entreprise, ne s’estiment pas dans « le même bateau » que les ouvriers ou le personnel technique par exemple…). Cela peut se faire de différentes manières, mais un de ces points d’appui peut être la prise à bras le corps par les communistes de la question environnementale, en tant qu’un des symptômes majeurs du capitalisme.

De même que l’esclavagisme, le féodalisme, n’ont pas été théorisés « ex ante » pour être ensuite « appliqués avec succès », de même pour le capitalisme, ainsi en ira-t-il également du communisme. Pour être conforme à son essence, celui-ci ne peut, le cas échéant, qu’advenir en tant que Liberté matérialisée pour le plus grand nombre. Ce qui ne signifiera d’ailleurs nullement que le communisme sera la fin de l’Histoire ! Il y a des projections qu’un marxiste ne peut raisonnablement faire car nos projections dépendent des circonstances données, passées et présentes et on ne peut inventer celles qui n’existent pas sans sombrer dans un dangereux idéalisme.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas non plus ici de prôner qu’il faut « attendre le grand soir » les bras croisés, dans une posture somme toute messianique! Non, il faut plutôt agir en conscience de ce que le communisme est une hypothèse dont la réalisation peut être enfin souhaitée par le plus grand nombre, c’est à dire, par une classe enfin en mouvement globalement. Le but du travail des communistes dans la société doit donc être de mettre en mouvement cette classe, notre classe, celle des prolétaires, de tous les travailleurs (actifs et inactifs si on veut), en vue de permettre que la Révolution, qui adviendra nécessairement (car une chose est sûre, c’est que ce mode de production qu’est le capitalisme ne pourra se régénérer à l’infini ni durer perpétuellement, puisqu’il porte en lui, dès sa naissance, les conditions de sa propre mort), soit une Révolution qui conduise, in fine, à une société communiste (étant entendu par là que cette société ne pourra être que globale, mondiale).

Pour employer une image, il y a loin de la coupe aux lèvres, mais il faut au moins commencer par planter la vigne et apprendre à la cultiver.

Evidemment, de ma part il n'y a là aucune certitude, aucun dogme, juste des éléments de réflexion qu'il appartient à tout le monde de critiquer, de développer, de compléter. Y compris de manière très concrète, dans une réflexion sur ce que pourrait être ce "rassemblement binaire" ou "dualiste" des communistes.

En d'autres termes, il s'agit de trouver le moyen non pas de soigner mais d'utiliser au meilleur escient, la schizophrénie que le capitalisme inflige nécessairement aux communistes dans un Etat bourgeois.

Au plaisir de vous retrouver en tout cas.

Elodie

mercredi 30 avril 2008

1er MAI - "FETE DU TRAVAIL" :-)


BONNE FETE DU TRAVAIL A TOUTES ET A TOUS

N'OUBLIEZ PAS D'ALLER MANIFESTER!



La Liste des Manifestations et Rassemblements CGT pour le 1er Mai ici

PEUGEOT CYCLES & DUNLOP GOODYEAR - LA BONNE ET LA MAUVAISE MANIERE?....


Ce matin sur RTL ,la désinformation a battu son plein sur le syndicalisme, l’utilité des luttes, des grèves, le comportement patronal etc. C’est bien d’écouter tout ça pour savoir "où on en est".

Mais j’ai pris comme une petite revanche intérieure l’intervention téléphonique du dernier quidam qui réagissait, après l’avalanche de témoignages de "salarié-e-s" contre les syndicats (et notamment, sans blague, contre la CGT), une femme, une ouvrière de Bretagne qui racontait son expérience et disait : "Moi j’ai accepté avec mes collègues de donner mes RTT en échange du maintien de l’emploi. On a perdu nos RTT et 3 ou 4 mois plus tard on a quand même subi un gros plan social et les salaires n’ont pas augmenté et tout le monde travaille plus."

Finalement j’étais contente que ça se "termine" là dessus, car c’était le bon message, alors que 80 % des intervenants avant avaient passé leur temps à vomir sur la CGT, les salariés syndiqués etc.

J’étais carrément effrayée. Je repense notamment à ce petit gommeux de "commercial" de chez Dunlop Goodyear, qui disait "Pas de grève, lâchons tout, on préfère vivre à plat ventre le nez dans le purin qu’au chômage, donc surtout, ne nous battons pas, ne cherchons pas d’autres solutions" - en gros.

Ce genre de personne est, à mes yeux, un terroriste. Manipulé, inconscient peut être oui.Mais un terroriste social quand même, avec la complicité active du patronat et de l’Etat ! Quelle nocivité idéologique redoutable que ce type de vérolés.

Imaginez qu’on donne quand même la parole à ce type de salariés pour faire une telle propagande "l’air de rien" - c’est comme s’il se baladait dans le métro avec 30 kgs de dynamite dans son sac car, combien de gens écoutent RTL le matin? !

Les bandes de l’émission de ce matin sont disponibles sur le site de la radio - je vous recommande vivement d’aller y faire un tour - quand on écoute ça, pour celles et ceux qui sont un peu "loin" du monde du travail, de l’entreprise, du syndicalisme , tous les "yakafokon" qui pullulent à l’approche de mai, on mesure le gouffre qu’il nous reste à franchir, même si, et ça on le remarque aussi, imperceptiblement, ça commence à bouger sérieusement.

Bon tout le débat était présenté ainsi à charge (du "classique" type "vous êtes pris en otage par les grèves"...) :

"Les syndicats ayant refusé la réorganisation du travail, la direction de Goodyear à Amiens a annoncé mardi la suppression de 402 emplois sur l’un de ses deux sites d’Amiens. En revanche, les syndicats de Peugeot moto-cycles ont accepté une révision de l’organisation du travail en échange d’un maintien des emplois. Que choisir entre l’emploi ou les RTT ?"

On prenait donc évidemment , et a contrario, l’exemple des Peugeot Cycles - qui viennent de lâcher leurs 35 heures ( ce privilège indécent n’est ce pas...) et on en profitait pour fustiger et critiquer à tour de bras l’immoralité des syndicats qui veulent se battre .

Jean Louis Gombaud, le chroniqueur maison (autrefois membre du PCF, c’est quand même ahurissant d’en être aujourd’hui si éloigné !!) faisait , comme souvent , la voix de la CFDT, prenant appui sur le prêt-à-penser libéral classique et violemment anticommuniste.

Alors, bien sur, quand ensuite on lit dans la presse, rapportés, mais confirmés, les propos de certains secrétaires nationaux de la CGT sur la position commune relative à la "représentativité syndicale", nous expliquer les mêmes saloperies que celles qui nous rendent malades lorsqu’on les écoute à la radio de la part de gens qui sont supposés être des ennemis de classe, avec le même vocabulaire, les mêmes arguments, au coeur de ce qui fut le syndicat de classe et de lutte par excellence, franchement c’est pas facile d’aller faire ton boulot de syndicaliste dans ta boîte ensuite.

Faut vraiment être porté par "quelque chose" pour y aller avec le cœur à l’ouvrage.

En même temps, après tu t’étonnes plus que les gens de ta boîte se laissent carrotter le jour de l’Ascension sans réagir, sans rien oser demander et pire, refusent lorsque le patron leur proposent une journée de récupération (là je n’y croyais pas, mais si je viens de le vivre et ça m’a flanqué un coup), voire même , t’en veulent à toi d’essayer d’obtenir la récupération de ce jour auprès des patrons...Bref.

Mes chèr-e-s camarades communistes et socialistes "de tout poils", on le dit souvent ici, mais je vais le répéter - trop peu d’entre nous encore sont syndiqués, oui trop peu, et syndiqués là où "ça fait mal".

Si vous avez un devoir, un seul, en tant que communiste aujourd’hui, et que vous voulez faire une chose efficace et utile c’est de vous syndiquer dare-dare.

Que vous soyez salariés, chômeur ou retraité. Même pour apporter "une paille" et pas une "poutre". L’urgence est là car c’est là qu’est la faille dans le bateau. C’est là que ça prend l’eau.

La Louve

Fraternellement, et avec tout mon soutien aux camarades et salariés de Peugeot Cycles (je ne juge pas car les conseilleurs ne sont pas les payeurs, même si je crains qu’ils n’aient pas fait le bon choix et qu’en plus, ce choix est un choix qui va dépasser largement leur usine seule) et de Dunlop Goodyear .

Nous sommes de tout cœur avec vous, on sait combien c’est dur et que ça va l’être encore plus, quoi que vous ayez choisi. Mais la lutte continue.

Malgré tout cette désespérance, sans doute, bientôt va sonner l’heure de tirer les marrons du feu et de vendanger les raisins de la colère. ENSEMBLE.

mardi 29 avril 2008

Le Salaire socialisé , de B . Friot - Invitation conf. Anicet Le Pors le 17 mai 2008


Soixante-dix, adhérents de Rouges-Vifs, sympathisants, personnes ayant trouvé l’annonce sur internet, sont venus à la mairie du IIe écouter Bernard Friot nous parler de la question du salaire socialisé et en débattre avec lui. Cette rencontre nous a paru extrêmement riche, d’abord par l’intérêt de ce que nous a apporté notre orateur de ses recherches sur la question, ensuite par celui de la confrontation de son point de vue universitaire, de chercheur et aussi de syndicaliste, avec l’expérience des luttes sociales et politiques du public, qui a permis un apport mutuel. L'intervention et les débats ont été retranscrit et filmés afin de pouvoir être diffusés aux personnes n'ayant pu assister à cette conférence.

Elle est désormais en ligne.

"Je ne vais pas faire une intervention très longue pour lancer de premières pistes, mais bien d'autres pourront être explorées au cours d'un débat qui sera riche compte tenu du caractère averti de notre assemblée.

Je voudrais insister au départ sur la dimension anticapitaliste du salaire socialisé en tant qu'il met en cause la forme proprement capitaliste de la contrainte monétaire.

Ce sera mon point de départ, certes arbitraire, et on pourrait en prendre d'autres.
La contrainte monétaire existe quelle que soit la forme de la société parce qu'il n'y a pas identité entre l'espace de la richesse produite par le travail et l'espace de la reconnaissance monétaire de ce travail. Appelons cette reconnaissance monétaire « valeur » sans entrer dans les débats marxiens sur la question de la valeur car je ne suis pas sûr d'être très compétent sur le sujet.

Beaucoup de travaux, et la richesse qu’ils produisent, n'ont pas de reconnaissance monétaire c'est évident.

Et par ailleurs toute une partie des travaux qui ont une reconnaissance monétaire ne sont pas producteurs de richesses, si l'on entend par richesse quelque chose qui satisfait les besoins humains. Bien des travaux comme la production de matériel militaire, les travaux de conseil en communication pour bourrer le mou des populations, tout ça ce sont des travaux bien évidemment négatifs et qui ne sont pas créateurs de richesses mais qui sont pourtant valorisés.

Donc l'espace de la valeur qui correspond à celui de la monnaie et l'espace de la richesse sont distincts et il y a une contrainte monétaire.(...)


La suite ici (à lire en ligne ou à télécharger)

(Une prochaine rencontre est envisagée avec Bernard Friot pour poursuivre ce débat.)

Par ailleurs, une conférence du même type est prévue avec Anicet Le Pors sur la question des institutions et du communisme:


"Comment sortir de l'enfermement institutionnel ?"
17 mai de 14h à 17h30, à la mairie du IIe
arrondissement de Paris (8 rue de la Banque, métro Bourse, bus 29)
Adhérents ou pas, inscrivez-vous!

Un peu de lecture pour nos week ends...

Allez, je vais encore en faire râler quelques-un-e-s ( mais ce n'est pas grave...) en vous proposant un peu de lecture pour les "week ends" qui se profilent.

Tout d'abord l'excellent ouvrage de Stathis KOUVELAKIS "La France en révolte, Luttes sociales et cycles politiques", aux éditions Textuel, sept. 2007

Que dit Kouvelakis?

Il analyse avec précision les transformations qui ont pris place dans le monde du travail postfordien, de l'usine au bureau, ainsi que celles qu'a subies le capitalisme stricto sensu pour répondre à la question qui traverse tout son livre: la victoire de l'Innommable ( c'est moi qui l'appelle ainsi) à la présidentielle de 2007 signifie-t-elle la fin de la résistance de la société française (cette "société révolutionnaire") aux politiques libérales?

Pourquoi les luttes sociales qui durent deux décennies, et qui ont remis en cause la contre-réforme libérale n'ont pas connu d'issues plus favorables au monde du travail, pourquoi ont-elles tendu à la contre révolution justement? La crise que nous traversons est-elle le signe d'une effervescence sociale qui ne trouverait pas d'expression politique?

Comment analyser le champ sociale et le monde du travail aujourd'hui?

Je vous le recommande vivement - on y trouve notamment des études très intéressantes sur les modifications structurelles qui ont frappé de plein fouet le monde du travail. Ses analyses de la place et du rôle de l'homme dans la chaîne , du développement de la catégorie du "personnel d'encadrement", l'atomisation et l'individualisation des rapports de travail...tout cela est scruté à la loupe dans une perspective marxiste ( à la fois historique, matérialiste et sociologique) et on en ressort plus armé idéologiquement.

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Puis, le non moins excellent pamphlet, et qui rafraichit si bien la mémoire, de Georges GASTAUD, "Lettre ouverte aux "bons 'Français' qui assassinent la France". Editions le Temps des Cerises, 2005.

Sans pitié, Georges Gastaud déroule la liste de tout ces gens qui n'ont de cesse que se prétendre "les meilleurs d'entre nous" et qui sont en réalité les héritiers de toute cette classe qui livra la France aux Allemands en 1940. D'une plume trempée dans l'acide, avec un humour corrosif, l'auteur nous dépeint quelques figures politiques que les jeunes générations n'ont pas connues ( Giscard notamment), tout en analysant comment (et en esquissant le pourquoi...), tout ce "gratin UDMPS" a, sous couvert de servir l'intérêt général, vendu la France au Capital mondialisé et à l'Eurocratie bruxelloise.

Il offre également ce faisant une nouvelle manière d'envisager la Nation, et propose aux socialistes et aux communistes de se ré approprier cette notion pour lui redonner son vrai sens et en faire l'un des meilleurs alliés tant de l'union des prolétaires ( de tous les prolétaires) que de l'internationalisme, et de ne surtout pas laisser ce concept aux mains de l'extrême droite. La nuance est de taille, loin de s'approprier les thèmes de l'extrême droite liés à la fausse idée de Nation, Gastaud propose un combat idéologique consistant à leur imposer notre vision des choses.

On sourit, voire, on rit beaucoup en lisant, et on apprend ou on se rappelle aussi, beaucoup. A déguster sans a priori.

samedi 26 avril 2008

REVONS D'UN PROJET COMMUNISTE POUR LE 21ème siècle...

Ce petit billet m’a été inspiré par mes nombreuses discussions avec mes ami-e-s et camarades « de France et de Navarre », par ma modeste activité syndicale aussi. Comme toujours ou presque c'est la réalité qui me sert "d'accroche". Je remercie donc mes camarades de contribuer à alimenter ma réflexion, y compris avec leurs désaccords ou digressions…

Imaginons que je vais parler d’un parti qui n’existe pas et qui serait un parti communiste. Ca pourrait être un mélange de la Ligue et du PCF par exemple. Et même je pense que certains militants du PS pourraient aussi se reconnaître dans cette réflexion qui va suivre.

Au fond ce n’est pas l’étiquette qui m’intéresse, et je n’ai pas l’intention de défendre l'un ou crucifier un autre en tant que tel, il me faut juste, disons, "un support" pour penser.

Cela fait quelques temps que je me pose des questions sur la validité de l’essai de théorisation politique du communisme par Marx et Engels. Plus je relis le Manifeste, plus il y a un « quelque chose » qui me trouble , sans trop savoir pourquoi. Lorsque, surfant, comme souvent, sur le merveilleux site des Archives Marxistes, je suis tombée récemment sur un nouveau texte de Karl et Friedrich mis en ligne et qui s’intitule « Statuts de la Ligue des communistes » extrait d’un ouvrage plus vaste publié en 73 chez Maspero « Le parti de classe ».

Je vous livre un des extraits qui m’a plongée dans un gouffre d’interrogations quant à la pertinence de certaines idées de ces deux génies (par ailleurs):

« Art. 2. - Les conditions d'adhésion sont :
a) un mode de vie et une activité conformes à ce but ;
b) une énergie révolutionnaire et un zèle propagandiste ;
c) faire profession de communisme ;
d) s'abstenir de participer à toute société politique ou nationale anticommuniste, et informer le Comité supérieur de l'inscription à une société quelconque ;
e) se soumettre aux décisions de la Ligue ;
f) garder le silence sur l'existence de toute affaire de la Ligue ;
g) être admis à l'unanimité dans une commune.
Quiconque ne répond plus à ces conditions est exclu. (Voir section VIII.) »

Si la plupart des prescriptions, quoi que tournées dans un style parfois contestable, ne me semblent pas délirantes dans un parti communiste (à certaines conditions), j’avoue que le a) et le c) m’ont particulièrement agacée.

Bien sûr, diront certains puristes, c’est là la manifestation de mon caractère, au fond, éminemment petit-bourgeois (je ne dis pas non, c’est possible que je le sois, mais je dirais qu’au moins, j’en suis en partie consciente).

Cette demande sacrificielle et presque sacerdotale, cette quasi-intimation de la foi, dans un parti communiste, cela m’a bluffée.

De la même manière, le ton péremptoire et comminatoire du Manifeste ne laisse pas de me surprendre à chaque fois que je le relis.

Evidemment, je partage en première intention 90% des analyses et de leurs conséquences qui y sont inscrites.

Cependant je dirais que à la lecture, et à la relecture, on peut faire de nombreuses critiques ou se poser des questions (auxquelles on n’a pas forcément la réponse) – ce qui me fait dire que si Marx et Engels ont été des analystes exceptionnels, peut être qu’en tant que théoriciens du communisme, ils n’ont pas été les mieux inspirés ou en tout cas, pas sur tout et que sans doute , ils n’ont fait là qu’initier un travail que d’autres ont repris d’ailleurs, et qui doit toujours être poursuivi. (Ajoutons à cela que j’ai quand même toujours du mal à admettre que de vrais bons bourgeois qui n’ont jamais travaillé de leur vie, donnent des conseils, sinon « des potions magiques », à la classe ouvrière…) – je distingue donc les géniaux analystes des théoriciens politiques – cela, ce n’est pas une lecture nouvelle de leur œuvre, mais une analyse jusque là classique.

Bref, je dirais que sans doute , Marx et Engels ont eu la bonne intuition en commençant à théoriser le communisme, en tentant de le définir, en prenant appui sur leurs analyses sociologiques, économiques, historiques pour ce faire…mais que la théorisation du projet est en réalité fort peu avancée au travers de siècles, et qu’à ce jour, le projet communiste en tant que tel est toujours à construire et très embryonnaire.

Au fond, que ce projet se construise, dans un parti, un mouvement, ou ailleurs, ou tout cela à la fois, c’est bien ce qu’attendent la plupart d’entre nous.

A condition de bien s’entendre sur ce sujet : il n’ y a pas de « révolution à construire », ce n’est pas « nous » qui allons la « faire advenir », ni le communisme d’ailleurs, mais c’est à nous à construire les conditions qui vont rendre possible que la révolution, lorsqu’elle arrivera, soit une révolution communiste et pas fasciste, par exemple.

L’analyse de Marx et Engels démontre parfaitement ce qu’est le capitalisme, les outils qu’ils nous ont laissés permettent toujours, mieux que tout , d’appréhender le monde façon correcte aujourd’hui encore, ils ont établi de façon quasi scientifique que le capitalisme aura une fin. Que ce mode de domination en aura une .

Mais attention, que ce qui sortira de la lutte des classes ne sera pas forcément le communisme ! Ils ne disent d’ailleurs pas autre chose dans les premières lignes de la première partie du Manifeste et c’est une phrase que j’aime relire :

« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.

Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte. »

La question pour nous, c’est donc plutôt à la fois comment continuer (ou peut être , recommencer à continuer...) à construire ce projet communiste, et comment faire en sorte que, si la classe bourgeoise est un jour balayée par une révolution véritable, cette révolution puisse permettre au communisme d’advenir et ne fasse pas place à un état fasciste (car le danger existe je pense.)

Qu’est ce que ça pourrait être cet "état fasciste" ? Il y a un film qui en donne une image issue de ce qu’on appelle la « science fiction » (parmi d’autres oeuvres), et que j’ai revu il y a quelques mois, cela s’appelle « Equilibrium ». Je vous le recommande, c’est une petite réflexion intéressante. - Ca me permet une incidente sur ce genre qu’on appelle « science fiction » (ça m’a toujours beaucoup amusée qu’on le dénomme ainsi d’ailleurs) tant on devrait l’appeler plutôt un style « d’anticipation politique » - mais on sait que les détours du Capital pour noyer le poisson dans l’eau sont innombrables !

Le « comment faire » amène plusieurs réponses. Selon que se place du point de vue "interne" à un parti communiste ou du point de vue "externe", selon que l'on est militant dans le parti ou militant vers les autres à l'extérieur du parti.

D’abord, je pense toujours qu’il est plus urgent que jamais de pouvoir enfin faire bénéficier les gens et les militants d’un parti communiste (je dis enfin car je crois que depuis l’éviction des gens comme Charles Tillon etc, en ce qui concerne le PCF, mais la LCR et d’autres ne sont pas exclus de la critique) il n’est pas sûr qu’il y ait eu toujours un parti communiste…

De ce point de vue, les Congrès divers (et déjà avariés) qui se présentent sentent mauvais. On va s’écharper sur l’opportunité de X ou Y comme « chef », se castagner sur la question de « l’existence du parti » (sic). On en sortira sans doute encore avec la voie « du moindre mal », un parti non renouvelé, et qui ne se renouvellera pas, et surtout pas plus de projet communiste que de cheveux sur la tête d’un chauve.

Comprenons-nous bien sur ce que j’appelle « projet communiste » ! Ce n’est certes pas un « programme ». Je pense que cela, nous avons toujours suffisamment de bons économistes, philosophes etc, pour le faire sérieusement si nous le voulions.

Je parle d’un texte qui commencerait ainsi par exemple : « Se proposant essentiellement pour but de supprimer toute exploitation de l’homme par l’homme, d’abolir complètement la division de la société en classes, d’écraser impitoyablement tous les exploiteurs(…), exprimant son inébranlable décision d’arracher l’humanité des griffes du capital financier et de l’impérialisme qui ont inondé la terre de sang pendant cette guerre, la plus criminelle de toutes, (….) l’organisation de la plus large fraternisation avec les ouvriers et les paysans des armées actuellement en guerre (…) ». C’est la Déclaration russe des droits du peuple travailleur et exploité du 4 janvier 1918 (je l'ai recopiée d'un recueil, mais elle doit bien exister sur Internet).

Il pourrait aussi bien commencer ainsi, notez... « Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules cause des malheurs publics et de la corruption des gouvernements (…) afin que les actes du pouvoir législatif et exécutif pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique (…) ». C’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

Voilà ce que doit être un « projet communiste », le fameux projet communiste, dont tout le monde parle mais que personne ne voit, comme l’Arlésienne, et que d’ailleurs aucun de nos dirigeants, y compris ceux qui se poussent du coude pour apparaître (plus ou moins soudainement comme « plus rouge que moi tu meurs »), ni ne propose, ni même ne commence à ébaucher.

Alors on lit, (ou on voit) des rodomontades sur les « ruptures stratégiques » (sic) - avec le PS notamment- , qui seraient les premières choses à mettre en œuvre, des incantations à « réinvestir le monde du travail » (qui font mourir de rire tous les camarades qui sont quotidiennement, eux, dans ce « monde du travail »…). Dans "l’autre clan" qui a pour objet (également) d’imposer la domination de son idéologie et de ses gens à la masse militante, pour faire ce que lui juge bon pour nous, on lit de pires bêtises encore, alors pour le coup, ne serait-ce que d’un point de vue stratégique pour le coup… Bref.

On va à nouveau droit à « l’empire du milieu » dégoulinant de mollesse apparente et de vraie rigidité intellectuelle…Fermez le ban. Tant qu’on est dans la logique de « l’homme providentiel », on est dans la mauvaise logique pour des cocos, donc on aura un mauvais résultat.J'ai déjà écrit ce que j'en pensais.

Moi je ne serai évidemment pas présente au Congrès – sans aucune illusion, il y a environ 0,0005% de chance pour que je sois désignée dans ma section - mais si j’étais déléguée, je ne voterai que pour le texte qui présenterait un tel effort de définition d’un projet, dont découlerait nécessairement un profond renouvellement des pratiques et une proposition de nouveaux statuts pour le PCF.

- Inutile de préciser que la plupart des apparatchiks n’auraient pas la moindre chance d’obtenir ma voix (genre le permanent qui grenouille dans les jupes du Parti depuis qu’il a 20 ans et n'a jamais vu un patron de sa vie "en vrai"…), et que je ne pourrai voter en conscience que pour des gens qui auraient une vraie expérience du monde du travail, du syndicalisme, ou du milieu associatif, des gens qui auraient une profession ou un métier, et qui se seraient donné la peine d’être ouverts (vraiment ouverts) au débat et auraient tenté de construire quelque chose de vraiment émancipateur à commencer par « chez nous ».

De ce projet découleraient aussi, presque « naturellement », si l’ensemble a été à peu près bien pensé, des principes, destinés à construire un programme. L’un des principes à rappeler est évidemment de prendre appui (pas seulement mais nécessairement) sur les analyses marxistes et de se servir des outils-concepts forgés par Marx et Engels et quelques autres après eux.

Et surtout, je crois que je n’accorderai plus ma voix (à aucune élection) à une équipe ou à un projet qui ne commencerait pas par poser comme postulat que la liberté et l’égalité dans l’organisation même sont les vertus cardinales qu’il importe de faire respecter par tous moyens, et y compris contre eux-mêmes (les dirigeants), le cas échéant. Cela implique évidemment des traductions concrètes comme la possibilité de « rappeler » les dirigeants qui déraisonnent, comme la possibilité de référendum, le droit de pétition etc. Bref, je ne voterai plus pour personne qui ne commence pas par mettre en place des moyens raisonnables permettant aux délégants de contrôler les délégataires.

Voilà en gros, ce à quoi il faudrait que nous nous attelions en interne, ici et là, à mon humble avis.

Je crois qu’on ne s’y est même pas encore mis sérieusement, à de rares exceptions sans doute méconnues pour le moment .

En "externe", si je puis dire, le travail est tout aussi rude.

J’ai des tas de petits exemples quotidiens très simples à évoquer pour appuyer ce constat (et je suis sûre que tout les gens qui sont plus ou moins dans le syndicalisme en ont) : il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Or , si une vraie révolution prolétaire peut advenir, elle ne peut advenir que de la grande majorité des prolétaires enfin unis. On ne va quand même pas envisager la révolution d’une partie des prolétaires contre une autre, et rêver qu’on peut égorger nos frères ? Il n’y aura pas une révolution des « prolétaires communistes ». Ca c’est la dictature du prolétariat oui…mais sur une autre fraction du prolétariat. Il y aura une révolution des prolétaires point. Et ceux qui seront "avec nous" seront majoritairement des gens qui n'auront jamais milité ni milité avec les communistes! Comment expliquer que la plupart des révolutions se sont faites sans ou contre les partis, y compris communistes, ou se prétendant tels?

Je "crois" beaucoup plus en la pédagogie et en l’amour, et pas en la contrainte ni en la force, pour éveiller les consciences chez les prolétaires.

Je vais livrer mon petit exemple du jour, très simple. Pris dans mon entreprise entreprise du tertiaire (comme on dit)…

Et bien cette année, le 1er mai tombe le jour de l'Ascension. Ca n’aura pas échappé aux plus perspicaces…Je pensais (connement) qu'on n'en était pas encore au stade de servitude volontaire où 90 % de « mes » 88 salariés s'en battraient les genoux de se faire carotter un jour de congé!

Et bien ô surprise, si, la plupart d’entre eux s'en foutent. Certains membres du CE auxquels j’ai lancé une perche ont même trouvé limite indécente ma proposition de faire passer ce jour de congé "mort" dans la fameuse "journée de solidarité" (qui est déjà bien critiquable en soi mais bon, chaque chose en son temps, on part de très loin) supposée nous être taxées sur la RTT d’août...

Les seules qui sont venues me voir pour me demander si on pouvait pas faire quelque chose sont deux ou trois secrétaires qui bossent comme des ânes pour pas grand chose, et qui habitent à 50 ou 80 km de Paris et se tapent des heures de transport chaque jour . Mais elles, c'est pas par utopie ni par « idéalisme » qu’elles demandent à pouvoir bénéficier ce jour de congé - c'est parce qu'elles n'en peuvent plus. Elles sont crevées. Fatiguées. Et encore « en conscience » de la lutte des classes aussi, il faut le dire. Alors, un jour de congé offert au patron, même pas en rêve, et la préservation d’un de leurs jours légaux de vacances, elles et ben ça leur parle (moi aussi d’ailleurs…).

C'est ça le principe de réalité et c'est sur ça qu'il faut prendre appui. C’est là que les militants communistes doivent travailler justement, c’est dans le monde du travail (quelle que soit sa forme). Si possible comme élément intérieur, et pas extérieur.

C'est cela qui fera une révolution « selon nos goûts », la prise de conscience collective, la plus large possible, que le capitalisme nuit gravement à l'espèce humaine et qu'il faut changer de société "dans le bon sens".

Pour cela il faut « planter des graines dans la tête des gens » et là il y a du boulot pour leur faire prendre ne serait-ce que conscience de leur servitude !

Et une fois que t'as fait ça, c'est pas encore gagné. Car il faut ensuite expliquer à quoi est due cette servitude. L’expliquer le plus exactement possible ( et c’est là l’importance de la formation que peuvent recevoir les militants communistes, notamment au sein de leurs partis, qui fait qu’ils ne sont pas de syndicalistes ou des associatifs « comme les autres »).

Et puis encore, « phase III du projet », leur faire réaliser qu'ils ne l'aiment pas, au fond, cette servitude et qu'ils acceptent l'idée qu'on peut s'en débarrasser et qu’on a le droit, mais même le devoir, de rêver "d'autre chose".

Ensuite encore, que c'est bien beau de rêver mais qu'on peut passer à l'action...

Voilà ma modeste contribution à notre débat infini, jamais clos, pour ce week end.

Profitez du soleil. Je ne crois pas qu’on puisse bien être communiste si on en sait pas goûter aux petits plaisir de la vie, si on ne sait pas écouter la brise comme on écoute les gens, si on ne sait pas apprécier autant un bon vin qu’une belle page de Marx...Si on n’accorde pas au Plaisir une place aussi importante qu’au Devoir.

Fraternellement à toutes et tous

vendredi 25 avril 2008

PAS D'ECHEC POUR LA POLITIQUE DE LA DROITE




Nicolas Sarkozy n'est pas en échec. Le PCf a raison de souligner ce point. Sa politique, qui est celle du capital et du capitalisme, non plus.

Tout cela fonctionne très bien au contraire si l'on prend en compte les objectifs réels du petit groupe de gens qui dit gouverner la France mais qui en réalité la dépouille, la désosse et la viole depuis des années, à des degrés divers et avec une brutalité variable, dont Sarkozy n'est, somme toute, qu'une figure paroxystique.

Si l'on prend en compte ces objectifs réels ( à savoir désengager complètement le capitalisme et la finance des liens que l'union populaire, aidée des communistes et de socialistes,avaient réussi à tresser pour permettre aux gens vivant sur le territoire français, de vivre bien, et de maîtriser ce capitalisme, ou, au moins, ses effets les plus néfastes) ,si on prend en compte ces objectifs réels donc (ce qui ne signifie pas qu'ils sont officiels) on constate qu'en un an, le nanoprésident a fait vite et bien et qu'il poursuit sur sa lancée:

- encerclement des droits syndicaux,limitation du droit de grève
- "modernisation" du paysage syndical français - traduire liquidation d'un vrai syndicalisme pour amener un lobbying salarial
- chasse aux étrangers, contrôle génétique, restriction du regroupement familial, criminalisation de l'action citoyenne d'entraide...
- mise à sac du corps de l'Education nationale, vente des universités aux entreprises capitalistes...
- restrictions des droits au chômage, des minima sociaux...
- casse du secteur de la santé de A à Z: démantèlement des hôpitaux publics, de la sécurité sociale, déremboursement des soins et des médicaments, mise en compression du personnel hospitalier...
- casse du système des retraites et allongement de la durée de cotisation...
- volonté claire de mener une politique de non-augmentation des salaires se traduisant en réalité par une baisse des salaries, et donc une baisse du niveau de vie etc...

Cette politique est aussi la conséquence directe de la crise du capitalisme, sa crise de changement de régime. Et bien sûr,c'est nous qui la payons. S'affrontent deux conceptions du capitalisme: le capitalisme financier, celui des concentrations, et le capitalisme industriel, "propriétaire", ou "historique".

Enfin, nous payons également l'entrée, inévitable , du capitalisme dans un cycle inhérent à sa nature même: goinfre de vies et de profits par essence, sans que la question du choix de faire "autrement" se pose (et c'est un autre point qui nous distingue facilement du PS qui ne veut pas admettre qu'on ne "contrôle pas" le capitalisme), le capitalisme, dont personne ne niera qu'il a été vecteur de certains progrès à une époque (et surtout lorsqu'il était en effet encadré par un socialisme et un communisme forts et puissants), est aujourd'hui au sommet de sa boulimie, et il mange donc ses enfants.

Hier soir, nous avons, nous les communistes et socialistes, encore un peu habitués à l'analyse marxiste de la société capitaliste, été confrontés à la puissance de tir de l'idéologie capitaliste, qui a soigneusement capté ou verrouillé depuis des années toutes les possibilités, formelles et idéologiques, de faire de l'éducation populaire marxiste et anticapitaliste à échelle nationale.

Je regardais cela avec une ou deux personnes qui n'ont pas les mêmes "lunettes" que les miennes, et j'avais l'impression que nous n'écoutions pas la même émission. C'était très étonnant.

Je ne m'étendrai pas ici sur tout ce que cet affreux personnage (ou les soi disant commentateurs, y compris du PS, ont pu en dire après, c'était presque pire à supporter) a pu proférer comme mensonges, contre vérités, et j'en passe.

Sur le sujet des étrangers j'ai du me pincer deux ou trois fois de suite pour vérifier que j'entendais bien qu'il parlait de naturalisations! Croire que c'était une erreur de sa part, qui relèverait son incompétence ou le manque de sérieux de ses collaborateurs, serait pour le coup une bêtise. A mon avis il y a deux objectifs: faire vibrer la corde national-facho sur le mode "Etre Français ça se mérite, dehors les bougnoules" et un second, plus discret, ouvrir une porte de sortie, peut être, à son Sinistre de la Désintégration "les naturalisations non, les cartes de séjour, bon, pourquoi pas...".

Aucun des propos qu'il a tenus n'auraient résisté face à un-e contradictateur/trice communiste "sérieux". Voir les tronches de Flamby de ces pauvres journalistes, de plus en plus affligés, atterrés, face à la Kolossale machine de com' qu'est le nano président, se marchaient presque sur la langue.

A peine peut on remercier le très gentil caméraman qui nous a offert 3 secondes et demies de pur bonheur en prenant la tronche médusée de PPDA en gros plan. Le grand regardait le petit avec un air de dire "mais c'est pas vrai de raconter autant de con...". Excellent.

Bref , comme on dit, faute de combattants, le combat cessa ( d'ailleurs il ne commença même pas).

Il ne faut pas sous estimer la dangerosité de ce type de prestations.

Et si nous avons un rôle à jouer, plus que jamais , c'est bien de diffuser la possibilité marxiste de rêver et de penser autrement ,de toutes les manières possibles. L'auto défense intellectuelle doit précéder ou accompagner la lutte.

Reprendre les bases: qu'est-ce-qu'un salaire? Que sont en réalité les "cotisations patronales"? etc.

Nous devons aider nos concitoyens à sortir du système capitaliste dans leurs têtes aussi ( surtout) et à se battre contre la pensée unique. La plupart d'entre eux sont comme hypnotisés, ne connaissent ou ne voient rien d'autre et ne comprennent pas le piège dans lequel ils sont.


La Louve

25 AVRIL 1974 - Portugal Révolution des Oeillets



Comme chaque année, une pensée pour la Révolution portugaise

Et la toujours sublime et intemporelle chanson de Zeca Alfonso interprétée pour cette année collectivement et en "live" - régalez vous!

La Louve

mercredi 23 avril 2008

Ne pas faire porter le poids de l’échec politique aux syndicalistes!


J’aimerais commencer par dire que je ne tiens nullement à prétendre que tous les syndicalistes seraient parfaits et intouchables et que dans le syndicalisme tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Non. Le syndicalisme n’est pas non plus cette potion miracle qui rendrait l’Homme absolument bon et parfait à la première gorgée bue. Je crois d’ailleurs qu’on commence à s’en douter, cette potion-là n’existe pas…C’est bien dommage , ce serait plus simple, mais c’est ainsi.

Il y a des imbéciles, des gens bornés, voire de vraies pourritures partout. Hélas.

Il ne s’agit pas non plus de proposer d’absoudre les errements de certains dirigeants syndicaux. Non. Nous y reviendrons , je crois que sur ce sujet, il y a quelques pistes éclairantes à emprunter, quelques questions à se poser et à poser à d’autres qui ne sont pas syndicalistes.

Cette "précaution" prise, cela fait longtemps que ce texte me trotte dans la tête, longtemps. Je ne savais pas comment l’aborder.

Hier soir, en écoutant des camarades provenant de syndicats divers (je citerais le STC- Marins, l’USM CGT Saint Nazaire, l’USTKE, Solidaires, la CGT entre autres, la CNT aussi si ma mémoire est bonne) dont certains représentants engagent aujourd’hui leurs vies au sens le plus littéral du terme, j’ai mis en place ce que j’aimerais dire à ce sujet.

Je regardais Annick Coupé (qui avait invité un syn,dicaliste licencié pour « harcèlement syndical » !!! ), José Bové, André Fadda, Jacky Fourreau, Alain Mosconi, par vidéo interposée, Gérard Jodar, les camarades de l’USTKE…et je pensais à tous les autres moins « connus », et d’accord ou pas avec eux sur certains sujets, certaines pratiques ou prises de position, que leurs personnalités apparentes (leurs personnalités « intimes », au fond bien peu les connaissent) séduise ou agace, peu importe, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir « débutante » et assez « petite », et je l’ai dit à l’un d’entre eux ensuite d’ailleurs.

Pourquoi ? Parce que le syndicalisme « de lutte de classe », c’est la mise en mouvement de l’Idée. C’est l’incarnation des mots. C’est le corps et la quotidienneté d’une vie qui s’engagent physiquement. Le risque va du licenciement, du harcèlement, à la baston, à l’emprisonnement, voire, à la mort pour certains (et je pense ici notamment au camarade grec de Saint Nazaire).

Je me disais aussi que , de toute façon, en observant et en écoutant les camarades plus « chevronnés » qui ont pour elles ou pour eux la légitimité du bilan de l’action, la légitimité de l’engagement dans la réalité (qui impose que tu fermes ta gueule, non pas par peur ou soumission, mais parce que tu es comme un élève, un apprenti, ce qui n’empêche nullement le libre-arbitre ni la contestation), tu ne peux qu’apprendre. Je me suis même surprise à rêver d’une sorte d’université populaire du syndicalisme, où qui voudrait pourrait venir entendre tout ces lutteurs, non pas parler d’eux, mais parler de leur expérience, la transmettre….

Et puis, le syndicalisme est aussi une école, parce que tu es confronté , directement, à une matière qu’il est loin d’être facile de façonner, qui ne se résout pas à coup de propagande, parce que ce que tu proposes à l’Autre c’est aussi ce type d’engagement et que ça , c’est quand même autre chose en terme d’implications dans une vie que de mettre un bulletin de vote, une fois tous les 36 du mois, parce que le syndicalisme te confronte directement à la réalité de l’Autre justement, tu vois les choses différemment et tu agis différemment de ce que permet ou suppose le champ politique.

Et c’est tout à fait normal. Pourtant, si l’un et l’autre doivent être différentiables et différenciés, l’un ne va pas sans l’autre.

Le syndicalisme va de l’action la plus apparemment anodine (faire adhérer les collègues, éveiller la conscience, défendre un salarié licencié, se battre dans son entreprise pour protéger les intérimaires, faire respecter les règles de sécurité et d’hygiène….) à l’action la plus évidemment admirable (la grève, l’occupation, l’engagement physique dans les manifestations, la prison…).

Quand je dis que l’action de ces camarades est admirable, c’est sans flagornerie. Je le pense. Pousser l’engagement à ce degré, c’est non seulement respectable mais admirable. Cela on le mesure justement à la difficulté de l’action de terrain quotidienne « anodine ». Et l’action « anodine » elle aussi est admirable parce qu’elle suppose qu’on a pris la mesure de ce qu’est l’Homme, de ce qu’est notre société.

C’est déjà bien dur « d’investir » le terrain correctement, particulièrement quand on est seul-e dans la boîte et qu’il faut « commencer », ça demande déjà tellement de temps, de gagner la confiance des collègues, de ne pas usurper sa charge, ça impose tellement de rester humble aussi, et tenace, et solide, même pour faire deux ou trois « bricoles » qui ne rempliront jamais les colonnes des journaux, alors on se dit qu’arriver à mobiliser correctement dans des luttes difficiles et tenir un terrain, unir des hommes et des femmes dans une action qui peut s’avérer risquée, dangereuse, qui aura forcément des répercussions sur leurs vies, même mineures, ben franchement ,c’est « chapeau bas », d’autant plus quand ces luttes portent leurs fruits, même si il arrive fréquemment que ces fruits soient amers.

Ces derniers temps, ici ou là, on voit fleurir deux expressions qui sont pour moi toutes deux « antisyndicales » à leur manière.

Celle qui consiste à critiquer et à cracher sur « les syndicalistes », ou « les syndicats » (sur certains plus que d’autres et là, la critique exhale un fort parfum d’anticommunisme manifeste), tous plus ou moins soupçonnés, sans qu’on sache très bien quoi entendre par là, d’être des « vendus », des « complices », des « traîtres »…

On le sait ,c’est vrai en partie, il y a des syndicats qui n’ont jamais vraiment soutenu la cause des travailleurs et qui ne sont au fond que des courroies de transmission du pouvoir et de la domination bourgeoise. Ils l’ont toujours été et le seront toujours. Néanmoins je me dis parfois que mieux vaut des gens syndiqués à la mauvaise école que pas syndiqués du tout…Il y a des tas de camarades de « bonne foi » qui ne sont pas au bon endroit. Mais bref. Les vrais « jaunes » on finit toujours par les connaître.

Et puis il y a l’attitude qui consiste à réclamer ardemment aux syndicalistes qu’ils adoptent une position sacrificielle, qu’ils « construisent » les mouvements populaires à eux seuls, qu’ils prennent le risque, l ‘engagement de « faire bouger la société », qui supplie que nous lancions des mots d’ordre : « grève générale », « révolution »…comme si on pouvait faire cela à tout moment, n’importe comment… « comme ça ». L’attitude qui demande aux syndicalistes d’être au fond des délégués de gens qui « dorment », car, bien souvent, dans celles et ceux qui demandent cela, on trouve des gens qui ne soutiennent pas et ne soutiendront jamais aucun mouvement ( quel que soit le syndicat qui le lance), ou qui seront prêts à se retourner contre nous à la moindre contrariété, ou encore qui finalement seront les premiers à gueuler que nous sommes des « preneurs d’otages », des « salauds de syndicalistes » qui « ne pensent qu’à leur gueule », qui font grève « et qui en plus » (le comble !) sont « payés » pour faire grève et « saignent leurs boîtes et leurs patrons », mettant « l’économie du pays à genoux ».

De victimes expiatoires, les syndicalistes deviennent d’immondes parasites qui empêchent de se déplacer normalement, de vivre normalement etc.

Franchement, ces deux attitudes sont à la fois irritantes et désolantes.

D’abord je ne vois pas ce qu’y gagnent les camarades, syndiqués ou pas, ou prétendus tels ( le Web permet tellement d’affabulations et de manipulations) , qui s’y livrent. A part enfoncer des coins dans les luttes et faire le jeu du capital. Aucun syndicaliste sérieux en tout cas ne prend ce genre de posture (ce qui ne veut pas dire non plus fermer sa gueule et dire « amen » à tout).

Etre responsable des gens qui vous suivent c’est une chose, être « raisonnable » (c’est à dire céder à la demande politique conservatrice de ne pas pousser un vrai mouvement social révolutionnaire) c’en est une autre aussi.

Ensuite, cela me semble une méconnaissance grave du travail syndical et de sa réalité. Des obligations qui doivent être celles d’un syndicaliste (ne pas « cramer » des gens, ne pas envoyer des « troupes » au feu pour poursuivre des combats qui sont politiques, et pas syndicaux, ne pas abuser la confiance qu&#