mardi 27 décembre 2011

La classe, remède à la tentation contre-révolutionnaire du syncrétisme de gauche

Quand on ne conçoit de pouvoir que gouvernemental, quand on ne conçoit d’instrument de lutte que l’État, quand on ne conçoit de démocratie que bourgeoise, quand on a abandonné toute idée de révolution, quand on pense que finalement, le capitalisme doit "seulement" être "modifié", on ne peut évidemment pas faire autrement, en période électorale (c’est à dire désormais , tout le temps !) que de tenter de mettre ensemble des chèvres, des choux et des loups (vous vous rappelez comment il faut s’y prendre pour leur faire traverser la rivière ? ;-)).

Pour "re-gonfler" une "équipe" (qu’on a progressivement contribué à décimer en abandonnant l’organisation de classe et en hurlant sur tous les toits que "la classe ouvrière n’existait plus"...), parce que cette "équipe" il la faut, il en faut, du "contingent de votants", pour espérer gagner une élection bourgeoise , notamment dans le système mis en place sous la 5ème République de ce pays !

Alors, urgence et politique "petit-bras" obligent, mais surtout, volonté de ne pas porter atteinte au Capital, "on" choisit de "faire masse" plutôt que de faire "classe".

Et "on" joue le jeu du Capital, avec les règles du Capital, et les objectifs de ceux-ci.

Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas inévitable, c’est un CHOIX POLITIQUE qui vient d’une classe bien identifiable, qui s’appelle la petite-bourgeoisie, qui est entrée en lutte pour la sauvegarde de ses INTÉRÊTS à ELLE.

Petite-bourgeoisie qui, de par son positionnement -de classe, politique, économique...- spécifique entre le prolétariat et la bourgeoisie, à commencer par son implantation dans les entreprises, est naturellement appelée à connaître, dans ce genre de moment historique, son heure de gloire. (Jusqu’à ce que, une fois sur deux, elle périsse sous les coups du patronat, entraînant avec elle toute une partie des prolétaires qui auront fait la folie de s’en remettre à elle...)

La petite-bourgeoisie aime se fonder, pour ce faire, sur la pente dominante et presque "naturelle" (et compréhensible à maints égards) du prolétariat (et notamment, de la classe ouvrière, et c’est tout à son honneur) qui est de préférer la paix à la guerre, de préférer l’amour aux armes, de préférer le calme à la violence etc...

En effet, aucun de nous (à part quelques éléments inévitables) n’est assez fou ou sauvage pour AIMER la guerre civile.

"On" dira alors : "Mais ce n’est pas nous qui choisissons cela, ce sont les prolétaires eux-mêmes ! Nous sommes des démocrates, nous ! Nous n’allons quand même pas contrarier le peuple, qui n’en veut pas, lui, de votre révolution ! La preuve ? Regardez, il ne la fait pas ! CQFD. Non. Ce dont il veut, le peuple, c’est des élections, et un salaire ! En bons démocrates, nous, nous allons lui en donner."

"On" fera ainsi bon marché notamment, de la propagande et du rôle des mass-médias (mais aussi du désir mimétique et des moyens offerts par "la société de consommation" -et les sweatshops chinois et indiens - pour satisfaire ce désir).

"On" pourrait aussi bien dire : "Allons allons, les travailleurs ne veulent pas être libres, vous savez, finalement, ils préfèrent être exploités, parce qu’être libres, c’est beaucoup trop compliqué...Ce qu’ils veulent, les travailleurs, ce sont de bons maîtres, des maîtres paternalistes, qui les traitent bien. ils ne veulent pas de démocratie directe, prolétarienne, allons. Ils veulent de bons députés, de bons sénateurs...".

Bref , la proposition , toute simple, du syncrétisme de gauche mis en avant par la petite-bourgeoise, c’est de remplacer "les méchants" par "des gentils". Mais les exploités ne sauront pas, hélas, comment on reconnaît VRAIMENT un "gentil" d’un "méchant"...pour cause !

Cette pente naturelle de l’être humain, c’est ce qui sert la tentation syncrétique "à gauche" dans le contexte de la démocratie bourgeoise.

Mais il en existe une autre, de "pente naturelle" dans la "nature humaine". C’est celle qui aspire AUSSI à la liberté, et qui ne conçoit pas cette liberté autrement que comme la dignité. Mais cette pente-là "on" fera bien en sorte ni de la prendre ni de la flatter...(Ce n’est pas trop dans l’intérêt du cadre en général, que l’ouvrier soit mis au même niveau hiérarchique que le sien...)

La tentation syncrétique de gauche, qu’est-ce ?

C’est lorsque la bourgeoisie, acculée par la crise, se sert , par le truchement de la petite-bourgeoisie moderne, de l’inclination naturelle des prolétaires que nous sommes à préférer la vie, le calme, la joie, la concorde et l’amour pour augmenter encore le nombre de chaînes qu’elle nous a déjà mis au cou, en nous faisant miroiter des choses impossibles mais auxquelles nous n’avons pas encore cessé de rêver ou de croire.

Lorsqu’elle nous menace de la guerre civile, du chaos... pour nous faire tenir encore un peu tranquilles sous les coups qu’elle nous donne.

Lorsqu’elle n’a plus, pour nous faire avancer, que la Peur comme arme, et qu’elle appelle cela la "Fraternité", par exemple.

La tentation syncrétique, c’est celle qui consiste à feindre d’unir des éléments de classes et de couches sociales différentes, opposées même, AU SEIN D’UNE MÊME ORGANISATION, notamment par le biais de la désignation, voire la création, d’un vrai-faux ennemi prétendument "commun" à tous ces éléments.

En l’occurrence, Sarkozy (et parfois on rajoute, l’UMP) sont appelés à jouer ce rôle unifiant depuis le début du quinquennat. C’est bien ce qu’ont tenté ceux qui à gauche, ont CRÉÉ "le sarkozysme".

La petite-bourgeoisie chargée de cornaquer le prolétariat en colère (quand même) sur des positions "gauchistes" se dotera en plus d’autres "épouvantails", comme "les agences de notation", ou "les financiers", par exemple.

Elle désignera telle "nation" à la vindicte de "telle autre" ("A bas la Chine" !).

Elle évitera évidemment soigneusement de mordre aux jarrets le capitalisme industriel, et même, elle dorlotera toute la fraction locale de cette bourgeoisie, contre la vilaine fraction compradore, "mondialisatrice".

Elle évitera d’employer les termes de "propriété privée des moyens de production", d’"expropriation sans indemnisation", elle ne dira pas non plus qu’il faut abolir le salariat.

Elle cachera son aversion pour l’émancipation réelle du prolétariat en proposant le pis-aller de la "nationalisation" (en se gardant bien d’ouvrir toute réflexion sur ce qu’est l’Etat bourgeois aujourd’hui, Etat sans lequel il n’y a PAS de "nationalisation" possible...).

Et surtout, elle ne dira pas qu’il faut "détruire l’Etat", au contraire ! Elle dira qu’il faut s’en emparer par les élections, et puis que telle ou telle nomination changeront la nature de cet Etat. Elle dira que l’État c’est comme un gant, qu’il suffit de changer la main qui est dans ce gant pour que , de gant de fer, ce gant se fasse de velours...

Cette tentation syncrétique, elle n’est possible en tant que telle qu’en période de crise systémique. C’est même LA réponse favorite, en première intention, de la bourgeoisie aux tensions et aux luttes de classe que ne manque jamais de déclencher une véritable crise systémique du Capitalisme comme celle que nous connaissons.

On peut l’appeler "collaboration de classe", ou "fordisme", ou "unité nationale". Dans sa forme aiguë, et mise en œuvre par la bourgeoisie soi-même quand ça sent trop "le brûlé", ce syncrétisme s’appelle également "fascisme".

La tentation syncrétique, c’est le renforcement, par l’amalgame dans une organisation unique (et prétendument UNITAIRE) type "social-démocrate", d’éléments du prolétariat, de la petite-bourgeoisie, voire, du petit capital, de la fausse-classe qu’agite la bourgeoisie depuis des siècles, qu’on l’appelle "peuple" ou "nation", ou les deux.

C’est celle qui consiste à masquer un système plutôt qu’à le dévoiler, alors même que l’époque serait au dévoilement.

Fausse classe, faux ensemble, faussement homogène, au sein duquel cohabitent des classes et des intérêts antagonistes, qui n’ont que peu d’objectifs communs dès lors que tombent les blablas destinés à masquer la réalité de classeS de l’ensemble en question.

Une tentation qui, a fortiori à cet instant précis de la crise systémique du capitalisme, non seulement est obsolète et irréaliste (car les antagonismes DE CLASSE s’aiguisent de jour en jour, la bourgeoisie a sorti les couteaux contre nous, et ce ne sont pas les diatribes à base de "pauvres" et de "riches" qui masqueront longtemps ce fait) mais qui de ce fait, devient une arme CONTRE les exploités du capitalisme.

C’est un peu comme si une sage-femme conseillait à la parturiente de, non pas "pousser", pour expulser le bébé, mais de "tirer" l’enfant dedans elle.

Triple inconvénient de ce genre de "fausse bonne idée" : c’est impossible à faire, et cela compromet la naissance de l’enfant et la vie de la mère (vous voyez la métaphore ?).

La tentation syncrétique gomme, tend à effacer "la classe".

Or, la classe, (et la conscience de classe), c’est la constitution même de l’être politique du prolétariat. Nier la classe, de quelque manière que ce soit, c’est nier le prolétariat en tant que sujet politique. C’est donc le priver de son avenir et de sa liberté.

Parce que nous le savons de par l’histoire, cette tentation syncrétique désarme les travailleurs, elle désarme les luttes des exploités, elle désamorce la lutte de classe, seule lutte envisageable (parce que seule efficace) contre la bourgeoisie.

C’est également un frein puissant à l’hégémonie du mouvement ouvrier dans une hypothèse révolutionnaire PUISQUE c’est la négation même de la nécessité de l’organisation ouvrière autonome de base dans un "fatras", un fourre-tout.

Car nous savons bien comment sont faits les partis bourgeois (ou embourgeoisés) pour étouffer les courants de classe en leur sein. (C’est bien pour cela, pour lutter contre cela, qu’en 1920 en France... etc.)

Probablement la tentation syncrétique a encore quelques beaux jours devant elle. Elle fonctionne sur cette "pente naturelle". Elle va fonctionner encore un peu. Pas plus. Fonctionner encore à peu près , comme élément contre- révolutionnaire, jusqu’à ce que la bourgeoisie , poussée par sa lutte permanente contre la baisse tendancielle du taux de profit, accentue ses coups, affermisse sa poigne d’acier sur nos nuques et fasse son éternel doigt d’honneur à toute cette frange de la petite-bourgeoisie qui prétend nous garde-chiourmer.

Il ne faut pas piaffer, il faut prendre patience, encore, et travailler dans les masses, dans la classe, toujours. Ne pas prêter la main au syncrétisme "de gauche", ni de près, ni de loin. Le combattre, au contraire, bien-sûr. Le combattre en le distinguant du combat éternel des communistes, le combat pour unir le prolétariat dans la classe qui doit lui tenir lieu de "parti" et de "nation" :

"Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité." (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste).

Ceux qui ont les yeux ouverts sont pour l’instant trop peu nombreux et trop mal organisés, ils ont trop peu de moyens pour lutter à armes égales contre la propagande à la même vitesse. C’est ça aussi, la chance de la tentation syncrétique. Mais outre que c’est toujours ainsi, ça ne marchera pas éternellement. A nous donc, de DURER.

Nous laissons bien volontiers à la petite-bourgeoisie, momentanément organisée en "parti", le soin de se faire les kapos du prolétariat pour le compte de la bourgeoisie.

Notre devoir à nous, exploités communistes, c’est de tenter de nous unir, en tant que classe, de nous vacciner, de protéger nos frères contre le virus de la servitude volontaire, d’inoculer dans notre classe le puissant anticorps de l’amour de la liberté, du désir d’émancipation, par nos actes et nos paroles, fussent-ils, pour le moment, modestes.

Je souhaite à tous nos camarades de lutte, à tous nos frères de classe, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas rangé l’étendard de la lutte de classe dans leur poche, où qu’ils se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine... une année 2012 clairvoyante, lucide et encore plus courageuse, mais également, la plus agréable possible dans les conditions qui sont les nôtres actuellement, (conditions qui, ne nous voilons pas la face, sont hélas appelées à se durcir encore - et l’élection présidentielle n’y changera pas grand-chose).

Je nous souhaite de savoir reconnaître et choisir NOTRE CLASSE.

Je nous souhaite, au cœur des luttes, qui sont la vie même, dès notre origine, de ne pas oublier d’essayer d’être heureux, à l’occasion, "avec les moyens du bord". Notre vie est à nous, ne nous la laissons pas voler !

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article123771

mardi 13 décembre 2011

Crise systémique, économisme, réformes et révolution.

Ce matin, je me faisais la réflexion que la révolution a bel et bien commencé. Le "hic", c’est que c’est la bourgeoisie qui est en train de la mener...Elle a l’avantage offensif.

Question : face à une offensive révolutionnaire de la bourgeoisie, quelle doit être la position juste pour le prolétariat et quelle doit être la position juste des communistes ?

A quoi cela sert-il de faire des propositions économiques (certes justes) si on ne met pas avant tout sur la table la question du Pouvoir politique, si on ne dénonce pas l’ensemble (culturel, social,économique et politique) du système capitaliste ? Il ne s’agirait pas de ressasser la proposition (à mon sens fausse telle qu’elle existe jusqu’alors) de "6ème république" en répétant qu’il faut introduire de la proportionnelle etc. Non.

Il faudrait déjà taper, et dur, sur la question de la démocratie représentative et des institutions qui en découlent, sur les fameux "appareils d’Etat", et sur la question de la citoyenneté, liée à la nation.

On l’a vu pourtant avec la question des retraites, mouvement sur lequel, finalement, on a peu écrit et peu réfléchi (or, le mouvement ouvrier doit apprendre autant, sinon plus , de ses échecs que de ses succès).

Qu’est ce qui a manqué AUSSI au mouvement pour qu’il ait une chance véritable d’emporter le morceau ?

Bien sûr il a manqué de mobilisation et de grèves directement sur les lieux de production.

Mais pourquoi cela a t il manqué ? Alors ok, mollesse de certaines institutions syndicales, situations matérielles précaires, tendues, propagande massive etc etc (mais enfin bon, de façon objective le mouvement ouvrier a connu des conditions bien pires qui ont pourtant été des situations de victoires d’étapes du prolétariat).

Ce qui a manqué je pense (mais je me trompe peut être), surtout c’est la dimension politique, qui aurait consisté à formuler, à faire apparaître la DOMINATION, en élevant le niveau des contradictions DANS le bloc au pouvoir, par des propositions politiques de haut niveau.

Ce qui a manqué c’est que "l’avant-garde" (enfin, ce qu’il en reste) fasse son boulot "d’éclaireur" (je dis bien "éclaireur" et pas "guide" et encore moins "maître") et refuse de continuer à jouer le rôle de "garde-chiourme" du mouvement ouvrier dans lequel, nécessairement, le bloc au pouvoir la cantonne. D’une certaine manière, c’est donc "nous"qui avons fait défaut à cette époque, probablement.

Il fallait contester, non seulement le bloc au pouvoir, mais encore le lieu même du pouvoir, sa forme, pour démontrer la surdité d’un bloc au pouvoir garant du et garanti par le système institutionnel actuel.

Ce qui a manqué, c’est une proposition politique relative aux appareils d’Etat.

Je pense que plus ou moins intuitivement, les prolétaires engagés dans ce mouvement des retraites l’ont perçu assez rapidement. Ils ont perçu que ce mouvement, sans proposition concrète de renversement de l’ordre établi, était vain. Et hélas, l’histoire immédiate a démontré que ceux qui le pensaient ou le pressentaient, avaient raison.

C’est la différence entre un "mai 68" (aussi critiquable et imparfait soit il) et "nous aujourd’hui", cette dimension politique et contestatrice du cœur du Pouvoir, c’est à dire, de la domination destinée à assurer notre exploitation, sous toutes ses formes.

Il va de soi que dans de telles conditions, la proposition d’un référendum apparaissait immédiatement comme d’une inanité folle, d’une incohérence , d’une absurdité insupportables !

A un mouvement, il faut un BUT et des REVENDICATIONS structurantes.

Un mouvement de contestation du bloc au pouvoir qui DEMANDE au lieu de PRENDRE ce que, forcément, ledit bloc va refuser de lui DONNER est déjà dans une position de faiblesse.

C’est ce que démontre aussi le contre- exemple (pour le moment) des "Indignés" en France (ailleurs, je ne sais pas trop, mais je crois que ça se politise et ça se radicalise pas mal dans un sens de lutte des classes). Un "mouvement" qui ne propose RIEN et n’affiche aucun BUT concret a à peu près autant de chances de réussir à se développer qu’un manchot a de chances de battre Roger Federer au tennis.

Par ailleurs et enfin, plus que jamais, il devient extrêmement important pour nous de rétablir la réalité que désignent certaines expressions, certains mots, il devient vraiment urgent d’être précis, et de ne pas jouer à "l’attrape-tout" pour des raisons électoralistes, ou par "peur" d’être "minoritaires".

Si on colporte des choses aussi non-structurantes (sinon carrément fausses)... que l’opposition "riches/pauvres", que le "partage des richesses", que la "crise financière", que "la dictature des marchés financiers", que "la responsabilité des agences de notation" ou la "perte du pouvoir d’achat" etc... on ne s’en sortira pas, car ces concepts ne sont pas là pour permettre de démasquer la REALITE DE LA DOMINATION et de l’EXPLOITATION.

Ils sont là au contraire pour contribuer à continuer de les masquer, paradoxalement.

Si on s’en tient au seul niveau de "l’anticapitalisme" (à mon sens une donnée certes critiquable mais qui peut être néanmoins politiquement utile par les temps qui courent), à supposer que l’on ait pour but de démontrer qu’il faut combattre le capitalisme, c’est ainsi, en laissant prospérer ces faux clivages, qu’on en arrive à penser que Cheminade est un anticapitaliste, que Mélenchon est un anticapitaliste, que Marine Le Pen est anticapitaliste (et pourquoi pas Sarkozy et Hollande, allons-y gaiment), bref que tous ces gens (que je n’assimile pas pour autant, je précise) qui directement ou indirectement, consciemment ou pas, "roulent" en réalité pour une fraction de la bourgeoisie (la bourgeoisie locale et industrialo-immobilière par exemple) contre une autre (la bourgeoisie compradore et financière), "rouleraient" en réalité pour "nous.

Bon, bien-sûr, si on a fait le choix de ne pas combattre le capitalisme pour le renverser, la question ne se pose pas dans les mêmes termes...mais cela ne nous concerne pas.

Si l’on s’en tient à ce niveau d’analyse et qu’on le laisse prospérer sans réagir à chaque fois pour remettre les choses à plat, et bien, bon gré, mal gré, on fait le jeu de la bourgeoisie.

Si l’on s’en tient aujourd’hui à l’économisme, là aussi on fait le jeu de la bourgeoisie, car on aboutit en réalité à ne faire que des propositions de replâtrage du capitalisme. Or, ce n’est pas à nous de trouver au Capitalisme des solutions de "sortie de crise" !

Les réformes, quand il y a un espace pour en faire de réelles, pourquoi pas. On ne peut pas être "contre par principe". Même si le réformisme implique nécessairement une partie de collaboration de classes qu’il faut assumer (et dont on connait les effets mortifères sur l’aiguillon de la lutte de classe). Mais il y a des solutions qui diffèrent dans leur justesse en fonction des époques...

Donc, là où le bât blesse vraiment, c’est quand on continue à suivre la voie réformiste quand le capitalisme a sonné depuis un moment la fin de la collaboration de classes.

Dans une telle période, les propositions "réformistes", pour avoir une chance de confluer avec des propositions révolutionnaires, doivent comporter de hauts niveaux d’exigence politique et des propositions franchement progressistes, pour avoir au moins la faculté d’ouvrir les esprits à un autre possible.

Proposer des réformes (surtout des réformes en papier) face à un adversaire de classe qui est, lui, entré dans un combat révolutionnaire (le K), c’est comme proposer à un crocodile de bouffer de l’herbe alors qu’il peut croquer du buffle ou de l’antilope, vous voyez...

Aussi, nous n’avons pas cinquante solutions, pour nous en sortir, nous n’avons même pas deux solutions.

Nous n’avons comme unique solution que 1/ de nous battre, sur le terrain des Idées et des propositions d’actions, pour faire apparaître la DOMINATION et l’EXPLOITATION de la bourgeoisie, et, (comme je ne connais finalement que peu de personnes qui, ayant pris conscience de la domination et de l’exploitation qu’elles subissent, voudraient consciemment continuer à la subir), 2/ d’aider à organiser et à se mettre en mouvement les masses prolétariennes largement entendues (ouvriers, employés, chômeurs, étudiants, petits paysans, artisans et "auto-entrepreneurs" prolétarisés...) pour renverser le système (culturel, social, politique, économique) qui permet cela.

dimanche 6 novembre 2011

HALTE A LA REPRESSION - CREER UN MOUVEMENT DE LUTTE POUR LES DROITS ET LIBERTES

Je suis absolument scandalisée par le traitement qui a été réservé hier soir aux campeurs de #LaDéfense qui se sont fait violemment charger par les CRS alors qu’ils étaient absolument pacifiques.

RIEN ne justifie l’usage d’une telle violence à l’égard de ces manifestants, que l’on partage ou pas leur action ou leurs motivations.

Les campeurs, ne serait-ce que comme symboles de nous tous, doivent avoir toute notre solidarité.

J’en connais certain-e-s, je lis leurs témoignages, leurs messages, ce qu’ils ont vécu hier soir me révolte au plus haut point.

Nous savons bien quel est l’objectif de cette violence policière si rapide, si brutale, dès maintenant : c’est d’impressionner, de décourager, de faire peur , de dire aux gens, de leur coller dans la tête une petite musique d’angoisse qui leur susurre : "Restez chez vous braves gens, sinon...GARE A VOUS !"

Cette violence là, aveugle, gratuite, de classe, c’est une de plus, une de trop aujourd’hui.

Cela arrive après le terrible accident des 3 camarades à Lyon suite à une charge et à un gazage.

Cela arrive après les violences policières dont on été victimes cet été les participants de la mission "Bienvenue en Palestine" à l’aéroport de Roissy.

Cela arrive après le décès de l’interpelé dans le RER E.

Nous sommes à présent de plain-pied dans l’Etat policier et la répression, aveugle, brutale.

Il faut se réveiller d’urgence, l’heure n’est plus à "l’indignation", mais bien à l’organisation et à l’action pour résister.

Soyons humbles mais efficaces ; chacun à sa mesure,avec ses moyens et ses compétences. Mais chacun FAISANT le peu qu’il ou elle peut faire.

Les avocats aux gardes à vue et aux procès, les travailleurs dans les grèves (je sais, ce type de grève sera qualifié "de grève de solidarité" et ne répondra pas aux critères), les policiers dans la grève du zèle, le personnel administratif dans la désobéissance, les élus dans leur présence et leur soutien etc... et nous toutes et tous dans les manifestations qu’il faut absolument pousser toutes nos organisations à mettre en place, et vite.

Il y a déjà bien 3 ans que le niveau de violence et de répression a été sérieusement relevé dans ce pays.

Combien de jeunes manifestants ont failli perdre un œil par des tirs de flash-balls ces dernières années ?

Le 4 février 2008 à Versailles, tandis que nous défendions pacifiquement notre "NON" au TCE de 2005 ("NON" sur le point d’être piétiné par un Congrès véritablement versaillais), nous avions déjà pu constater que certains des "forces de l’ordre" avaient la gâchette de la lacrymo’ un peu facile, et nous en avions été plusieurs à en prendre généreusement et très gratuitement (enfin, gratuitement, si on veut, car il faut quand même rappeler que ce sont nos impôts qui arment et équipent la répression !) plein la poire.

Est-ce bien le rôle de forces d’intervention payées par nos soins (nos impôts, toujours nos impôts) que de nous gazer ou de nous casser la gueule quand nous manifestons pacifiquement pour des droits, des libertés ? Qui parmi nous, le pense aujourd’hui ?

Avons-nous déjà oublié le sort qui a été réservé à "Tarnac", à Yldune Lévy et Julien Coupat ?

En 2009, 49 jeunes avaient été inculpés après avoir été saisis lors d’une rafle à la fin d’une manifestation à Nation, le 19 mars. A l’époque, avec d’autres partis et syndicats, nous avions créé une solidarité et une coordination d’avocats pour essayer de ne laisser aucun jeune inculpé "sur le carreau".

Des camarades de la CGT à Saint-Nazaire avaient été tabassés et emmenés au poste.

Lors d’une manifestation à Opéra contre l’opération "Plomb durci" menée par Israël, nous avons été gazés jusque dans les couloirs du métro, alors que RIEN ne s’était passé qui pouvait le justifier.

Des militants et certains de nos camarades de la CGT sont poursuivis comme des criminels pour avoir refusé de donner leur ADN...et combien d’entre nous fichés, hélas ? Combien de fichiers créés aujourd’hui, d’ailleurs, de toutes sortes ?

Les sans-papiers poursuivis, arrêtés, enfermés dans des CRA, des enfants des grands-parents.. expulsés comme du bétail, des Rroms harcelés et désignés à la vindicte populaire...

Et j’en passe, hélas !

Donc, je me demande : jusqu’à quand allons-nous considérer le niveau d’inaction (insupportable) de nos organisations politiques et syndicales, au niveau national, comme légitime ou juste ou normal face à un tel désastre ?

Jusqu’à quand allons-nous penser "élections", ou "en 2012" , au lieu de penser" MAINTENANT" ?

Conditionner l’implication des organisations actuelles, le travail qui doit être établi collectivement entre les "organisés" et les "non-organisés" au sempiternel "t’as qu’à adhérer si tu veux faire bouger les choses" n’est plus acceptable. On n’est plus à ce stade, dans un contexte où les préoccupations plus ou moins boutiquières sont recevables.

Nous, militants, ne sommes-nous pas responsables de cette apathie infernale ? Je sais, ça ne plaît pas de lire cela (ça ne me plaît pas de me le dire non plus mais je le dis sans juger).

Car il y a une différence de fond entre le militant et le non-militant qui s’appelle la conscience. C’est un cadeau empoisonné, c’est vrai, la conscience, mais il faut faire avec, car on ne peut pas faire sans, à moins de se rendre fou.

Si nous attendons d’être "majoritaires dans le peuple" pour agir, nous attendrons fatalement un jour ou l’autre en prison ou à la rue.

Jamais autrefois nous n’aurions attendu d’être "majoritaires" pour entamer un mouvement ou une action ( car nous savions que ce sont les actions qui nous rendent majoritaires et que c’est dans la lutte que l’on syndique ou organise le mieux et le plus) et même quand la syndicalisation de la seule classe ouvrière était d’une importance autre que ce qu’elle est aujourd’hui, nous étions de toute façon minoritaires.

Minoritaires mais pas inefficaces car déterminés et habiles.

Pendant la seconde guerre mondiale, les résistants de la première heure n’étaient guère plus que quels poignées de centaines d’hommes et de femmes.

Ceux qui disent le contraire inventent.

Alors je vais me répéter (je dis la même chose depuis plusieurs années, je sais, je RADOTE ;)), tant pis :

- nous devons pousser partout A LA BASE, dans le cadre de la démocratie de nos organisations respectives, des associations (parents d’élève etc) auxquelles nous appartenons, mais avec ténacité et fermeté, pour que soit ENFIN organisé (et VITE), le plus largement possible, un GRAND MOUVEMENT national pour la défense des droits et des libertés et contre l’Etat policier.

Un dernier exemple ?

Après la scandaleuse contribution à l’aide juridique de 35 euros mise en place depuis le 1er octobre 2011, on annonce une disposition qui doit faire l’objet d’un prochain décret d’application, prévoyant, tenez-vous bien, que le Conseil National des Barreaux établisse une liste d’avocats habilités à assister les gardés à vue dans les affaires de terrorisme et de grande criminalité !

Pas la peine de dire sur quels critères seraient faits les choix.

S’il y a une urgence aujourd’hui, elle est donc bien là.

On ne défendra pas notre pain si on ne défend pas notre peau.

Pour revendiquer, il faut être libre et ne pas avoir peur de la répression patronale policière et administrative.

Je crois que vu ce qui se passe en Grèce, en Italie, après l’annonce de Fillon sur le budget d’austérité, en pleine crise systémique du Capitalisme, nous voyons bien comment cela va tourner pour nous tous .

Répétons-le sans fin : le fascisme n’est pas l’antichambre de la révolution prolétarienne !

Entendons-nous bien, qu’on ne me fasse pas (encore) ce reproche de soi-disant "faire la morale" ou d’être "donneuse de leçon". Non. Je ne fais la morale à PERSONNE, et je ne juge PERSONNE.

Je la fais d’autant moins, la morale, que je me compte dans "le tas" et que j’essaie d’abord de m’appliquer à moi-même les quelques idées que j’exprime. Je connais assez bien la vie de militant-e pour savoir qu’elle n’est pas un chemin semé de pétales de roses et qu’elle est pleine d’embûches et de difficultés de toutes sortes. Je me fiche bien de juger, de donner des bons ou des mauvais points à X ou Y, ce n’est pas mon but du tout, même si j’ai quelques idées sur tel ou tel sujet (qui aujourd’hui n’en a pas ?) ; mon but c’est, avec bien d’autres, d’essayer de rassembler dans l’action et l’organisation, comme bon nombre d’entre nous.Voilà.

Comme nombre d’entre vous, bien lucides, et bien au courant, je suis véritablement catastrophée par ce à quoi nous assistons depuis des années, je me sens souvent impuissante, bien que militante, comme nombre d’entre nous, et j’en ai franchement assez.

Je crois que la" prise de conscience individuelle" n’a jamais été aussi aiguë ni aussi forte que ces dernières années, et qu’elle touche des gens dont on n’aurait même pas pu imaginer il y a 40 ans qu’ils aient cette prise de conscience individuelle (c’est ça que signifie le succès du bouquin de Hessel, c’est ça que signifiait les millions de personnes dans les rues contre la casse des retraites).

Ce qui fait défaut aujourd’hui, qui ne faisait pas défaut, bon gré mal gré, il y a 40 ans, c’est la suite à donner à ces millions de prises de conscience individuelles, justement.

Ce qui fait défaut cruellement, ce n’est pas l’individualisme ni l"individualité mais bien le collectif. Je dirais même que c’est l’excès de conscience individuelle qui ne trouve aucun débouché collectif qui est en train de nous assassiner à petit feu.

Il faut donc nous organiser largement, les actions individuelles un peu "désespérées" étant à mon avis radicalement à proscrire dans un tel contexte. Je pense qu’il faut aussi tout faire pour entraîner les orgas "classiques" dans ce mouvement, sans pour autant les "attendre".

Pour nous organiser, nous sommes nombreux à le dire ici et là (et dans le mouvement anarchiste et anarco-syndicaliste, nombreux sont ceux qui l’ont compris et mis en œuvre depuis longtemps, nous avons toutes et tous , enfin, des leçons à en tirer de l’anarchisme en général), il faut commencer par créer des collectifs locaux là où l’on est (" fleurir là où l’on pousse "), type "comités populaires pour la défense des droits et des libertés" ou quel que chose de ce type, prendre nos "bâtons de pèlerins", essayer de mobiliser avec des tracts, des mots, nos voisins, nos proches, etc.

Il faut commencer par le commencement et , sans faire d’angélisme, savoir ne pas être "sectaires" sur cette organisation. Nous n’avons plus le choix.

La résistance, la rébellion, la révolte, la révolution (au choix de chacun ;)) doit commencer en nous et par nous.

La critique et les contre-propositions sont ouvertes !

Fraternellement

La Louve (en "habits de Cassandre" -(K-CENDRES ?), et qui espère bien ne pas finir pareil ;))

mercredi 21 septembre 2011

Déclaration de la CGT GOODYEAR AMIENS - "Le monde du travail violemment agressé"

La CGT dans son ensemble mais plus largement le monde du travail subit ce jour une agression sans précédent sur notre région.

4 élus CGT Goodyear sont la cible d’un patronat à bout d’arguments.

En 2007, c’est-à-dire il y a 4 ans jour pour jour, le PDG de l’époque, c’est-à-dire Rousseau, annonçait aux médias que la CGT serait responsable de plus de 400 suppressions d’emplois sur Amiens du fait de son refus d’accepter et signer les 4x8, doit on rappeler que les 4x8 ont été rejetés à l’époque par plus de 83% du personnel posté, la CGT a donc, et contrairement à d’autres, respecté le choix des salariés, c’est cela le syndicalisme.

En 2007 et 2008, nous avons à plusieurs reprises mis en échec la direction et bloqué son plan de restructuration qui annonçait déjà la mort de notre usine.

En 2008, profitant d’une crise créée par les actionnaires et les financiers du monde entier, Goodyear a annoncé une nouvelle restructuration avec cette fois ci la totalité des emplois tourisme c’est-à-dire 817 emplois menacés.

Depuis et grâce à une lutte sans faille pas un seul salarié n’a perdu son emploi du fait de cette hémorragie annoncée, nous avons gagné tous nos jugements et socialement les Goodyear ont toujours su se mobiliser à chaque grand rendez vous, à chaque fois que nous avons du nous déplacer devant les tribunaux de Nanterre, nous l’avons fait accompagné de centaines de salariés motivés à bien se battre jusqu’au bout pour garder le droit de vivre.

Nous pouvons l’affirmer aujourd’hui, nous serons encore des Goodyear en 2012 et au-delà, qui aurait mis un euro sur la table il y a 4 ans en pariant sur le fait que nous serions encore tous ici présents ?

Cette détermination sans faille, agace de plus en plus une direction à la dérive et va même bien au-delà des simples frontières de Goodyear Amiens Nord, ce combat est sans doute unique au monde, depuis 4 ans nous tenons tête au leader du pneumatique dans le monde.

Ce groupe qui réalise des bénéfices colossaux est ridiculisé par des salariés qui agissent avec détermination et beaucoup de courage, notre lutte est devenue emblématique et commence à donner des idées à d’autres, c’est pourquoi il faut casser ceux qui mènent ce combat quitte à les faire passer pour des bandits.

Nous avons pu constater que d’autres luttes sont menées en France et dans notre région, à Ham en particulier où des salariés se battent avec force contre une entreprise et des employeurs sans scrupules, nous appuyons leurs revendications légitimes à tout faire pour garder leur boulot, mais nous sommes scandalisés quand des forces de l’ordre française aident des dirigeants malhonnêtes à fuir leur responsabilité.

Prenons juste un peu de temps pour revenir rapidement sur le projet de fermeture de notre usine, car il s’agit bien d’une fermeture et non d’un projet ambitieux, TITAN a passé dans un accord global et mondial un accord avec Goodyear pour sous traiter la fermeture définitive du site.

TITAN exige la fermeture du tourisme et 817 suppressions de postes avant de concrétiser la reprise de l’agraire, au nom de qui et de quelle logique ce groupe peut il exiger un tel massacre, il s’agit bien là d’un accord entre les 2 parties, repris en cœur hélas par certains représentants de l’Etat mais, tout cela n’est rien d’autre qu’un nouveau moyen de pression.

Il faut aussi indiquer que depuis peu ils nous ont inventé une date butoir celle du 30 novembre 2011, cette date est comme tout le reste un artifice complet, TITAN ne peut pas dire qu’au 1er décembre 2011 il retirera son offre pour Amiens Nord car l’offre entre les 2 groupes est globale, là aussi vous aurez compris qu’une fois encore il s’agit d’une mascarade de mauvais goût.

Faut il rajouter que TITAN annonce et l’écrit que le coût d’achat du site d’Amiens Nord comprenant la reprise de l’usine, le parc machine, la marque Goodyear, le réseau de distribution et éventuellement 500 salariés qui resteraient, ce coût serait de 3 millions de dollars alors qu’il y a moins d’un an il indiquait que son offre pour l’usine d’Amiens Nord était de 36 millions de dollars, un chiffre divisé par 12, soit Taylor ferait le holdup up du siècle soit c’est Harry Potter.

Sur ce sujet et d’autres Fiodor va prendre la parole pour vous expliquer techniquement les dangers du projet Goodyear /TITAN, mais nous savons que déjà vous avez une analyse pertinente de cette arnaque made in Goodyear.

Le 05 octobre 2011, nous serons de nouveau au Tribunal de Nanterre, nous avons aussi préparé et finalisé de nouvelles actions juridiques visant à obtenir de la justice qu’elle donne son avis sur le projet en entier et nous restons persuadés que cette fois encore nous obtiendrons gain de cause.

La CGT Goodyear et vous l’avez tous compris, du fait de votre présence en nombre, est victime d’une machination ou d’un complot peu importe comment on l’appelle, nous l’avons écrit et dit à de nombreuses reprises la direction ne sait plus comment faire pour se sortir de cette situation où elle est mise en échec systématiquement par la justice française.

Depuis 2007, nous avons gagné tous nos jugements, la justice ne donne jamais raison à ceux qui ont tort, la direction ne compte que sur son fric pour essayer de nous écraser, nous sommes victimes depuis des années de harcèlement syndical, un de nos camarades Vincent en a fait les frais lui aussi, cette fois ci la direction s’en prend à 4 autres élus de votre syndicat, en attaquant le secrétaire du syndicat et celui du CE ainsi que 2 autres membres actifs de cette instance.

Au-delà des 4 élus CGT c’est vous qui êtes directement visés, la direction pense depuis longtemps que si elle arrive à affaiblir suffisamment la CGT, elle pourra enfin obtenir ce qu’elle veut depuis 4 ans, d’ailleurs certains « syndicats » se disent prêts depuis longtemps à accepter le dialogue dans l’intérêt de la direction.

Sans notre combat, depuis 2007, que serions nous devenus ?

Il y a fort à parier qu’un grand nombre d’entre nous serait déjà au RSA et que nous aurions constaté que les promesses d’embauche faites par ci ou par là, seraient en réalité de la poudre aux yeux, nous sommes dans une région sinistrée où le patronat a tapé de toutes ces forces depuis une dizaine d’années, et de très nombreuses entreprises n’existent plus.

Aujourd’hui la seule chance d’avoir un emploi est de garder le nôtre, nous vous le répétons sans cesse, nous devons continuer à nous battre pour que nous ayons un avenir professionnel et que pour demain nos enfants aient le droit eux aussi d’avoir un travail, nous apportons la preuve qu’aujourd’hui en France il est possible de se battre contre une multinationale c’est ce que nous faisons depuis 2007.

La direction de Goodyear ne cesse de dire qu’elle a les moyens de nous laisser partir, nous lui demandons juste de mettre en place les moyens de nous maintenir, les plans sociaux coûtent des centaines de millions d’euros aux grands groupes.

Alors qu’ils refusent des investissements qui eux coûteraient cent fois moins et garantiraient le développement industriel de la France, car au-delà de la misère qui est créée par les restructurations dans les entreprises il faut ajouter celle des dommages collatéraux, qui détruisent des pans entiers de notre industrie et de nos services publics.

Les gouvernements successifs depuis plus de 30 ans, n’ont jamais voté de lois interdisant les licenciements boursiers, le groupe Goodyear a annoncé il y a 1 mois que son bénéfice venait de croître de près de 43% et que jamais le groupe n’avait connu d’aussi bons résultats depuis sa création, TOTAL, CONTINENTAL, PROCTER et bien d’autres, tous les grands groupes annoncent des résultats scandaleux au vue de la politique anti sociale qu’ils mènent dans leurs usines.

On nous bassine depuis des semaines avec la crise mondiale et la Grèce, plus que jamais le monde du travail et de la souffrance a de quoi s’unir et exiger l’arrêt de ce gâchis humain.

Pendant que les dirigeants des soit disant plus grand pays organisent des G8 ou des G20 qui coûtent à eux seuls des fortunes, des millions d’Africains crèvent de faim et on entend parler de centaines de milliards d’euros reversés aux banques alors qu’avec mille fois moins on pourrait sauver des millions de vies.

Dans ce monde d’égoïsme et du chacun pour soi nous les salariés de Goodyear faisons exception, ce qui depuis 2007 nous permet d’être encore debout d’avoir encore le droit de vivre, de se soigner et d’être digne c’est le tous ensemble que nous avons toujours su mettre en œuvre dès qu’il le fallait.

La CGT Goodyear réitère sa demande d’une action coordonnée de toutes les industries et de tous les salariés de notre pays, nous devons aussi réunir les demandeurs d’emploi, les retraités, bref tous ceux qui aujourd’hui en ont plus que ras le bol de cette opulence financière qui écrase un monde du travail appelé à disparaître sans réactions massives.

Les femmes et les hommes qui se lancent dans un futur combat politique doivent tenir compte de cette situation, les salariés de Goodyear et de bien d’autres endroits d’ailleurs n’ont que faire des querelles internes à certains partis ou encore même des débats autour d’une dette dont le monde du travail n’est en rien strictement responsable mais victime, il ne faudra pas nous faire des promesses mais il faudra cette fois ci les tenir, depuis 5 ans les agressions contre le monde du travail ont été terribles et nous exigeons d’être traités comme des humains et non pas de vulgaire carte bleue ou autres cartes types électoralistes.

La CGT Goodyear n’a pas pour habitude d’avoir sa langue dans sa poche, dans un monde aseptisé où il ne faut plus rien dire et s’écraser, nous, nous avons décidé au contraire de dire haut et fort ce que nous pensons, et ce que pense une large majorité de salariés qui veule que dès demain soit au cœur du débat leurs préoccupations.

Nous demandons au secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, d’écouter notre message d’un syndicat de luttes des classes, il n’y a pas que la direction Goodyear qui aimerait nous voir disparaître, bien d’autres sans le dire pensent que sans la CGT Goodyear il n’y aurait plus de blocage de zone dans les moments importants, plus de voix discordantes et surtout plus personne pour donner un exemple que la lutte dans notre pays est source de victoire et de fierté.

Aujourd’hui la CGT Goodyear et parce que vous l’avez souhaité c’est plus de 35 élus qui tous les jours se battent à vos côtés dans une lutte démarrée depuis des années et que nous mènerons tous ensemble à son terme.

Nous ne pouvons pas intervenir ce jour sans avoir une pensée aux salariés d’AZF qui, il y a 10 ans, perdaient leur vie par négligence de l’employeur, la course au profit, les économies faites sur la sécurité au travail, ont créé le 21 septembre 2001 le plus grand drame industriel du 21é siècle, 10 ans après, force est de constater que les patrons continuent de bafouer les règles élémentaires de la sécurité des salariés, mieux que cela encore les délocalisations sont bien souvent du fait non plus d’un gain financier mais le fait de pouvoir aller exploiter les pauvres gens dans des pays où il n’existe aucune réglementation sur la santé au travail, celui qui dit que l’esclavage a été aboli, ne connaît donc rien aux conditions misérables dont sont soumis ces salariés.

Nous aussi chez Goodyear nous connaissons l’insécurité au travail, en 2009, nous avons eu à déplorer plus de 220 accidents du travail, en 2010, encore plus, certains de nos collègues, Ludovic, Alain et d’autres ont été gravement atteints du fait d’une négligence totale de cette direction haineuse.

Le groupe Goodyear a décidé il y a au moins 10 ans d’arrêter d’investir sur notre site, car il ne faut pas croire que notre situation est liée au hasard, de ce fait l’outil de travail se délabre peu à peu, mettant ainsi en danger toute la population de cette usine :

Quand nous demandons à la direction comment compte t’elle mener une politique de réduction de risques des accidents elle nous répond acceptez les 817 suppressions d’emplois et ainsi vous réduirez d’autant les risques, cette réponse est certes violente mais c’est ce à quoi nous avons le droit de la part de ceux qui nous méprisent.

La CGT Goodyear est donc sur tous les fronts, nous sommes les premiers à attaquer cette multinationale au cœur même de sa maison mère, en effet, depuis que nous avons découvert en 2007 que les composants utilisés pour produire les pneumatiques de notre marque contenaient des produits hautement cancérogènes nous avons décidé d’attaquer le groupe pour non respect de ses obligations et notamment le décret de 2001, à partir du moment où nous avons découvert ce problème grave de santé pour les salariés et leurs familles et que nous l’avons exposé médiatiquement, nous avons entendu la direction parler de restructuration.

Nous pensons que la situation dans laquelle nous sommes est liée en grande partie au fait que Goodyear pense qu’en se débarrassant de l’usine il pourrait se débarrasser des poursuites en cours, d’ailleurs dans le projet entre Goodyear et TITAN, nous pouvons lire d’après notre traduction la stratégie suivante :

Goodyear commence par licencier 817 salariés affectés tout ou partie à l’activité tourisme, ensuite il passe un contrat avec TITAN qui créé une structure sans capitaux propres, le groupe TITAN annonce au bout de 6 mois qu’il ne peut construire un avenir sur Amiens Nord et qu’il est donc dans l’obligation d’annoncer la fermeture de notre usine, au-delà de l’aspect social nous y voyons clairement une idée de solution pour Goodyear afin de se débarrasser définitivement des salariés, de leurs familles et de leurs graves soucis de santé.

Si aujourd’hui 4 d’entre nous sont en mises à pied conservatoire, convoqués à des entretiens préalables faisant l’objet d’une procédure de licenciement pour faute grave, c’est parce que nous gênons et que nous sommes devenus ceux à abattre.

La direction ne se cache plus pour confirmer qu’elle est prête à tout pour obtenir notre peau, nous regrettons que certains se prêtent à ce jeu malsain en inventant des stratèges visant à nous détruire, coute que coute.

Les ficelles de ce nouvel épisode sont certes très grosses mais comme nous vous l’avons indiqué en début de ce discours, les élus CGT par ce qu’ils représentent deviennent un danger et bien au-delà de notre usine.

Nous ne faisons rien de mal si ce n’est de s’opposer comme personne à un système capitalisme où seuls les actionnaires ont le droit de vivre, si la direction Goodyear arrivait un jour à mettre en place sa volonté à vouloir nous détruire, ce sont 1300 familles qui seraient immédiatement détruites et au-delà il y aurait des milliers d’emplois induits et donc des milliers de vies de famille qui elles aussi seraient impactées par ce génocide voulu par un groupe qui réalise des milliards de chiffres d’affaires.

Notre seul tort est de lutter tous les jours dans l’intérêt des emplois des salariés de l’usine Goodyear Amiens, nous ne comptons plus les remerciements qui nous sont faits par des femmes de salariés ou même des enfants d’ex salariés, ceci nous motive à chaque fois un peu plus pour mener à son terme ce combat contre une fermeture inexplicable et surtout injustifiée.

Nous avons su dire NON à l’esclavage des 4x8 car le bien être familial ne doit pas appartenir uniquement à ceux qui sur notre dos se font des fortunes indécentes, nous avons su dire NON à la mort de nos emplois, nous avons su rester souder malgré une recherche de division de la direction, nous avons su pérenniser et garder notre outil de travail alors que la direction elle ne rêve que d’une explosion sociale qui lui permettrait de justifier administrativement la fermeture du site.

Il est vrai qu’il est parfois difficile de rester calme quand nous voyons avec quel mépris nous sommes traités, mais nous savons que plus nous resterons calmes et déterminés plus la direction enragera, elle veut coute que coute nous faire passer pour des syndicalistes archaïques, depuis des années, des élus CGT sont sanctionnés parce qu’ils ne se soumettent pas au désirata de dirigeants à la ramasse.

Ce que nous inflige une nouvelle fois la direction Goodyear est une preuve supplémentaire de l’impuissance totale de ce groupe à obtenir satisfaction sur son projet morbide, la direction sait plus que jamais que son énième projet va exploser devant les tribunaux mais pour autant elle n’a pas le droit de sanctionner sans aucune preuve des militants CGT qui ne font que leur travail.

Dumortier a confirmé lors d’une interview sur une chaîne locale, qu’il ne peut plus tolérer que des syndicalistes bloquent un processus en cours, voilà ce qu’il nous est reproché, la direction aurait tant aimé que suite à nos mises à pied vous pétiez un câble, à chaque fois qu’elle porte atteinte à un élu elle sait pertinemment qu’elle vous provoque et que le but de toutes ces manœuvres antisyndicales dont nous sommes victimes depuis trop longtemps est d’obtenir une explosion de colère, mais une fois encore c’est raté.

La CGT Goodyear vous le dit souvent et vous le redit aujourd’hui « ne faisons pas plaisir à cette bande d’incapables », nous devons, malgré toute la haine et l’énergie déployées par la direction à nous détruire, arriver à toujours relativiser et se dire que seuls les dirigeants en perdition peuvent utiliser des méthodes aussi pitoyables.

Le DRH de l’usine Amiens Nord se permet même de dire à 3 élus, si vous voulez que cela s’arrange écoutez bien nos messages, la direction ne décolère pas.

Non seulement elle est la risée des salariés du groupe Goodyear mais en plus elle devient un boulet pour les autres grands groupes qui n’aimeraient pas que les Goodyear donnent des idées à leurs salariés.

Un jour peut être et comme nous l’écrivons souvent la direction en arrivera à des méthodes plus radicales et pour faire taire la CGT elle utilisera peut être des méthodes en cours dans des pays où ceux qui ont le malheur de contester les puissants finissent au fond de lacs !!!

Bien sûr certains diront nous ne sommes pas dans cette situation mais quand régulièrement certains responsables disent « faites bien attention sur la route du retour, regardez dans vos rétros », cela n’est en rien de la paranoïa car les propos tenus confirment que la direction du groupe pense à se débarrasser de ceux qui gênent y compris par des moyens radicaux.

Nous 4 sommes aujourd’hui victimes de notre succès syndicales, la direction ne digère toujours pas l’excellent résultat de votre choix aux dernières élections, Smith avait même dit que son syndicat maison allait nous battre à plate couture, une preuve de plus qu’ils ne connaissent absolument rien de cette usine et de son personnel.

C’est avec beaucoup d’émotions que nous constatons que votre fidélité est sans faille, nous ne savons pas si d’autres syndicats peuvent être aussi fiers que nous le sommes en ce moment, vous êtes des salariés dignes et nous sommes fiers d’être vos représentants.

La CGT Goodyear c’est une équipe d’amis, de collègues, c’est avant tout et surtout derrière chaque élu une famille et dans cette épreuve que nous traversons nos familles justement elles aussi subissent cette injustice sans nom, certains se demandent comment fait on pour être aussi déterminés, c’est simple il suffit de se sentir entouré, aidé, aimé, apprécié et surtout pouvoir tous les matins se lever, se regarder dans un miroir puis être fier de ce que l’on fait.

Notre syndicat a des valeurs fortes, normal car il est composé de forts caractères, cette équipe, bon nombre de directions doit en rêver surtout la nôtre, chacun avec ses compétences et son envie forment à ce jour le syndicat qui résiste le plus à une multinationale.

Aujourd’hui c’est Mickaël, Franck, Reynald et Sébastien qui sont les cibles à abattre, mais derrière c’est toute la CGT Goodyear qui est touchée, nous nous bâterons jusqu’au bout pour démontrer que nous sommes victimes d’un complot honteux et nous pouvons affirmer que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.

Merci à toutes et tous de ce soutien dont nous avons réellement besoin, la direction confirme qu’elle est dans l’incapacité à obtenir ce qu’elle veut depuis 2007 et donc elle utilise des méthodes de voyous pour essayer d’arriver à ces fins, nous sortirons encore plus forts de cet épisode et nous vous en faisons la promesse aujourd’hui nous gagnerons tous ensemble, VIVE LES SALARIES GOODYEAR, VIVE LA CGT GOODYEAR, VIVE LA LUTTE, TOUS ENSEMBLE NOUS GAGNERONS.

Fiers d’être des vôtres, fiers d’être des Goodyear, bravo à vous toutes et tous et merci pour tout.

VOTRE SYNDICAT GAGNANT, VOS ELUS CGT

http://www.cgt-goodyear-nord.fr/ind...

vendredi 2 septembre 2011

LEUR MORALE ET LA NOTRE?

Il est désolant de constater à quel point même les luttes pour les libertés (notamment collectives) dites "fondamentales," pour ces libertés politiques, comme la liberté d'expression, la liberté d'information, la liberté de réunion ou de manifestation... ne soient pas menées ni même évoquées par l'ensemble de ce que d'aucuns appellent encore "la gauche".

Il est pourtant assez évident, me semble-t-il, que la bourgeoisie dans son ensemble, opère depuis plusieurs années, avec un point culminant ces dernières semaines, une sévère (re)prise en mains des cultures et des esprits.

Le but est toujours le même: nous interdire de penser, de débattre et de réfléchir, nous interdire de remettre en question.

Nous habituer à cette interdiction.

Nous la faire intérioriser.

Par la même occasion, imposer leurs valeurs, imposer leur morale pour criminaliser la notre.

L'ordre dans les têtes précède l'ordre imposé aux corps. (Relire Foucault, Althusser, Chomski, Bourdieu, si on peu, et tant d'autres!)

Aujourd'hui la prison dans les têtes, demain la prison pour les corps.

La violente réforme de l'hospitalisation psychiatrique rappelle des heures extrêmement sombres et douloureuses.

L'accaparement de la presse et de sa distribution par les puissances de l'argent atteint un climax.

Le délabrement actif et accéléré de l'enseignement et de l'école complète le tableau.

Aujourd'hui, 80 députés de l'UMP prétendent dire ce qu'il faut trouver dans les manuels scolaires sur l'orientation sexuelle.

Luc Chatel prétend rétablir la "leçon de morale" à l'école primaire.

Les journalistes qui essaient de faire encore ce qui ressemble à leur travail sont espionnés, menacés, poursuivis en justice!

Depuis plusieurs années, la bourgeoisie a criminalisé le syndicalisme, elle a fait patiemment entrer dans les consciences que l'idée même de se syndiquer était au mieux inutile au pire, une faute.

Les salariés l'ingèrent, l'intègrent, l'intériorisent. Cela prend le temps qu'il faut, mais cela vient.

Ce qui fut CONQUIS dans le sang et les armes à la main est défait par TFHaine dans le temps de cerveau disponible pour Coca-Cola.

Également, elle châtie sévèrement les rebelles qui osent encore pratiquer un syndicalisme de lutte de classe.

La bourgeoisie fabrique des ennemis extérieurs. (Le "viol des foules par la propagande politique" s'en est fait depuis longtemps une spécialité qui s'améliore à mesure qu'augmentent nos connaissances en sociologie, en génétique etc.)

Elle cloue au pilori des syndicalistes comme Xavier Mathieu ou Philippe Galano, qui refusent, avec raison, de donner leur ADN, elle embastille des Yldune Lévy, des Julien Coupat, elle traite les manifestants pour les droits du peuple palestinien comme des criminels en les fichant, en restreignant leur droit sacré à la libre circulation, et en faisant donner les CRS contre des manifestations et des "sit-in" absolument pacifiques et respectueux de la légalité, elle poursuit de ses foudres des malheureux gamins qui font "fuiter" un sujet du bac, et j'en passe...

Tous les jours, elle désigne à la vindicte populaire supposée de nouveaux boucs-émissaires pour maintenir une illusion d'altérité: les sans-papiers, les musulmans, les immigrés, les Rroms, les chômeurs, les pauvres, les habitants des cités... L'Iran, la Chine, Kadhafi, Gbagbo... le monde entier regorge également de boucs-émissaires de premier choix!

Interdit d'informer, interdit de discuter. STOP, on ne passe PAS. La voix de la raison s'appelle BHL!

La bourgeoisie fabrique ainsi également des ennemis intérieurs dans chacun de nous. Elle nous délègue le soin de nous auto-censurer, elle instille la peur, la peur qui pue comme la mort.

"Il faut défendre la société" nous explique-t-elle.

Oui-da!

Défendre la société contre ceux qui la composent, n'est-ce-pas piquant?

Défendre la société contre chacun de nous, rebelles en puissance, révoltés d'un jour ou de toujours.

La société? D'ailleurs, de quelle société parle-t-on? La polysémie du terme ne peut plus nous échapper. La société "civile" disparaît, bienvenue dans ce que Les Guignols avaient un temps baptisé la "World Company" (disparue desdits Guignols au profit de sketches de plus en plus ineptes ça ne vous aura pas échappé) . Il n'y a plus de société, il y a une "company", une SA, dont nous devenons tous plus ou moins des salariés, des larbins!

Il y a "leur morale" et il y a "la notre".

Leur morale? Je vais la rappeler:

"Plutôt Hitler que le Front Populaire". "Classe laborieuse, classe dangereuse". "Qui vole un œuf vole un bœuf". "Mange ta soupe et tais-toi"...

Il y a "leur morale" et il y a "la notre".

En théorie au moins car en pratique...

La notre, de morale, on ne l'entend plus.

Même dans nos rangs, et c'est cela qui est grave, au point de virer au tragique sous peu!

On ne la voit plus. Nous sommes taiseux. Nous sommes muets. Nous n'occupons pas la rue contre l'invasion impérialiste en Libye, nous ne nous dressons plus contre les bombardements sur Gaza - jamais le "mouvement pour la paix" n'a été aussi mal. Ne pas s'étonner de cette absence de réaction.

Il y a reprise en mains des esprits. Tous les jours. Cela va avec la leçon de morale à nos chérubins.

Serions-nous carrément consentants?

La "gauche" , qui nous explique tranquillement que toutes ces attaques sont des "rideaux de fumée", (ah qu'il est beau le prétexte pour, surtout, ne RIEN faire) porte déjà une énorme responsabilité historique en ne livrant pas ce combat d'importance qui se joue chaque jour. Donc, surtout, ne pas s'en préoccuper, surtout, ne pas réfléchir, ne pas réagir.

Et elle feint de ne pas comprendre, de ne pas voir, de ne pas savoir ce qui se passe.

Oh bien-sûr elle chouinera parfois un peu face à "l'embourgeoisement" de la classe ouvrière. Mais lutter contre, cela, non. Il faut "battre la droite", voyons! Et "tant que nous ne sommes pas AU POUVOIR, que voulez-vous que nous fassions?" "Citoyens, attendez 2012"!

Entièrement tournée et préoccupée par une élection présidentielle qui ne CHANGERA PAS nos vies, ni la société, quelle que soit la pouliche de tête, "la gauche" monopolise le peu de structures , d'organisations et de moyens qu'il nous reste dans ce combat entièrement dédié au profit de la bourgeoisie.

J'en appelle donc à toutes celles et tous ceux qui me liront et qui sont encore membres de ces organisations dites "de gauche", qui sont encore proches, d'une manière ou d'une autre: harcelez-les, exigez une riposte, une résistance active sur ce sujet de LA LIBERTE, qui ne soit pas en lien avec "2012", qui n'attende pas que le train nous passe dessus. Engageons-nous, toutes et tous, dans ce combat que personne de nos soi-disant "représentants" ne veut manifestement livrer aujourd'hui, avant qu'il soit trop tard.

Le combat pour toutes les libertés politiques. Non seulement pour les préserver, mais surtout, pour les étendre! Casser les appareils de l'Etat et les rouages de l'impérialisme passe aussi par cette lutte. La lutte de classe passe par cette lutte.

Nous voulons savoir, nous voulons connaître, nous voulons échanger, nous voulons débattre, nous voulons nous réunir, et manifester, nous voulons nous syndiquer, nous voulons publier, librement, absolument, nous, les producteurs de richesses.

C'est le combat de NOTRE MORALE contre LA LEUR.

Si nous ne le menons pas, nous serons complices, nous serons coupables, nous communistes.

Coupables, et comptables. Devant notre classe. De ne pas nous être battus pour notre morale. Contre la leur.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article120008

jeudi 30 juin 2011

Le Collectif BELLACIAO apporte son plein et entier soutien au peuple grec actuellement en lutte pour sa souveraineté et son avenir

Le combat mené progressivement en Grèce depuis plusieurs années, un combat qui grossit de mois en mois, comme une vague, malgré des moments de relative accalmie et de semblant de reflux, est un combat qui nous concerne toutes et tous.

Non seulement du point de vue de la solidarité avec les exploités Grecs, mais encore, en solidarité avec tous les exploités d’Europe , y compris dans notre pays ! Car cette soi-disant "crise de la dette grecque" a déjà et aura encore des impacts violents et profonds au-delà des frontières hellènes.

Face au FMI, à la BCE, à l’Union Européenne, aux banques mais également, face à des élites corrompues, face à un gouvernement traître à son pays, (dont les membres sont adhérents à l’Internationale Socialiste), face à des multinationales rapaces, le peuple grec mène actuellement un combat d’une importance capitale, qui concerne tous les travailleurs, citoyens et contribuables d’Europe.


En effet, contraint par un Parlement félon de se voir imposer un plan dit "d’austérité", interdit d’annuler une dette inique ou d’envisager de faire faillite, par exemple, tout cela afin de préserver une monnaie unique, l’Euro, dont on pouvait bien prédire vers quelle type de catastrophe elle risquait de nous emmener à court terme (car c’était l’alliance de la carpe et du lapin, de tant d’économies disparates), le peuple grec, qui subit depuis plusieurs années l’onde de choc de la construction européenne à marche forcée sous domination des bourgeoisies franco-allemande et américaine, est entré en lutte contre un État qui a été définitivement verrouillé par une bande de flibustiers, pour servir le Capital et l’impérialisme.

Ce "plan" n’est en réalité qu’une énorme et massive extorsion de fonds organisée au profit des banques qui détiennent la "dette grecque", dette grecque que les mêmes banques ont largement et majoritairement contribué à créer avec l’aval sinon le soutien actif des institutions économiques européennes et mondiales !

Honteusement accusé par la Chancelière Merkel (et d’autres) d’être un peuple de "fainéants" et de "profiteurs" des "largesses" d’une l’Union européenne soi-disant protectrice et généreuse, proposés à la face du monde comme exemple de ce que "l’Etat-providence" serait, soi-disant un échec, le peuple grec est pris dans les filets de la mondialisation et doit s’en sortir à toute force, maintenant ou jamais.

Présentée il y a encore quelques mois par les médias européens comme une lutte d’arrière-garde qui n’aurait été le fait que de bandes de "jeunes anarchistes", la réalité que montrent photos, vidéos, témoignages... est tout autre.

L’histoire qui se déroule actuellement, c’est celle d’un peuple qui se soulève progressivement contre ses exploiteurs, contre ses dirigeants, contre ses élites, quelle que soit leur "coloration" politique, contre un système tout entier, ce, quels que soient l’âge, l’opinion, la religion, la situation des manifestants.

Un peuple pacifique mais lucide et courageux, un peuple de la mer, de la montagne, et des villes, qui prend conscience de ce qui est réellement en train de lui arriver, et qui a compris que ses élites et ses dirigeants ont tout fait, à droite comme à gauche, pour lui cacher le plus longtemps possible l’abîme vers lequel ils l’avaient dirigé.

Le peuple grec est confronté à la réalité crue du système capitaliste dans un contexte impérialiste en pleine expansion, et en phase de renouveau agressif . Il est confronté à la réalité des transformations de "l’Etat de Droit", de la Politique, amenées par le déploiement et l"enracinement de l’économie impérialiste sous domination américaine au plus profond des économies européennes.

Un syndicaliste anglais du 19ème siècle, Th. Dunning, rappelait cette loi d’airain, qui se vérifie de tous temps, y compris en Grèce actuellement :

"Le capital a horreur de l’absence de
profit ou des très petits profits comme la nature a horreur du vide. Quand le profit est adéquat, le capital devient audacieux. Garantissez-lui dix pour cent, et on pourra l’employer partout ; à vingt pour cent, il s’anime, à cinquante pour cent, il devient carrément téméraire ; à cent pour cent il foulera aux pieds toutes les lois humaines ; à trois cents pour cent, il n’est pas de crime qu’il n’osera commettre, même s’il encourt la potence. Si le tumulte et les conflits rapportent du profit, il les encouragera l’un et l’autre. La preuve : la contrebande et la traite des esclaves."

Car ce ne sera certes pas "l’austérité" pour tout le monde !

La situation en Grèce révèle également, si besoin était, le vrai visage d’une Union européenne créée par les démocrates-chrétiens, les libéraux et les "socialistes" avec le soutien (politique et financier) des Etats-Unis pour les banques, comme instrument de lutte de classe au service du capitalisme américain et surtout, CONTRE LES PEUPLES.

Porteuse de possibilités révolutionnaires de plus en plus manifestes à l’échelle européenne, la situation grecque et le combat des grecs ne peut qu’appeler naturellement et spontanément une réponse et un soutien sans faille au-delà des frontières, de tous les communistes et de tous les progressistes.

Le Collectif BELLACIAO relève le silence complice de la Confédération Européenne des Syndicats, confédération de paille qui n’a même pas UN MOT pour ses homologues grecs.

Le Collectif BELLACIAO s’interroge sur le fait qu’à l’aube de la mascarade de l’élection présidentielle de 2012, les partis situés à la gauche de l’UMP en France n’aient pas encore organisé à ce jour, fin de la 48ème heure de grève générale massive, jour du vote au Parlement, alors que la milice d’Etat s’emploie à casser des manifestants pacifiques avec une brutalité inouïe, une mobilisation populaire et durable en soutien au peuple grec.

Nous invitons donc d’abord tous les militants progressistes, membres de partis, syndicats et associations de gauche et d’extrême-gauche à alerter leurs dirigeants locaux et nationaux sur cet état de fait intolérable et à réclamer d’urgence l’organisation d’une mobilisation de soutien réelle, populaire, politique, et qui réponde à d’autres objectifs que des objectifs électoralistes.

La solidarité internationale des exploités dans la lutte des classes est la base du mouvement communiste.

Il est intolérable (mais très révélateur , et nous ne sommes pas surpris) qu’aucune condamnation formelle du gouvernement Papandréou et de la majorité "socialistes" au Parlement grec n’ait été entendue à ce jour dans notre pays en provenance du PS et ses alliés habituels, alors même, qu’une fois encore, c’est la France qui fournit au FMI sa nouvelle directrice et que les premiers mots de celle-ci sur la Grèce ont été de réclamer "l’unité nationale" dont on sait ce qu’elle signifie !

Il faudra questionner sévèrement ces "socialistes"-là et ceux qui s’allieront avec eux sans mot dire, et ce quel que soit le motif de l’alliance ("battre la droite - battre Sarkozy") !

A fortiori quand Sarkozy et son gouvernement, bons élèves de l’impérialisme, s’apprêtent à nous enfoncer à notre tour dans plus de dette avec leur "grand emprunt", tout en voulant faire inscrire la rigueur budgétaire et le contrôle des déficits dans notre constitution et en accordant toujours plus de largesses fiscales aux possédants et aux riches ! Cette "dette" qu’ils utiliseront ensuite contre nous quand nous voudrons dire STOP.

Attention : QUI NE DIT MOT CONSENT.

Pouvons-nous consentir à ce que subit le peuple grec ? NON.

L’État français et l’État allemand, avec la complicité active d’autres États, qui appartiennent désormais pleinement directement (par les dettes, notamment) et indirectement (par la corruption des élites, par exemple) à la bourgeoisie, aux multinationales et aux banques ( s’il y a supra-nationalité réelle , elle est belle et bien là ), sont littéralement entrés en guerre contre le peuple grec.

Bientôt, cela sera le tour des Espagnols, des Irlandais, des Italiens, et dans quelques temps aussi, du peuple de la France.

Il faut donc le dire haut et fort :

PAS EN NOTRE NOM !
NOT IN OUR NAME !

Faut-il attendre de voir ressortir de son marais l’hydre de la révolution fasciste, comme dans les années trente (auxquelles les années 2000 ressemblent de plus en plus furieusement) ? Non, il ne faut pas attendre ; quand les fascistes seront pleinement de retour, il sera trop tard.

Il faut s’organiser et organiser la résistance et le soutien aux révoltes de libération dès à présent.

Ce qui justifie d’autant plus le soutien immédiat, par tous moyens, au peuple grec.


2012 n’est qu’une date du calendrier dans l’organisation et la construction de la résistance face à ce qui nous attend tous, partout en Europe, et rien de plus (sinon une tartufferie destinée, encore, à tromper et à endormir le peuple sur la réalité de son avenir).

Ne nous laissons pas piéger par le miroir aux alouettes de la présidentielle et ne nous détournons pas des luttes réelles.

θάρρος και δύναμη στους Έλληνες !

(Courage et force pour les Grecs)

samedi 9 avril 2011

Le programme économique du FN, l' Etat, la Nation et la possibilité révolutionnaire.


Passons sur le côté "amusant" de la présentation du programme économique du Front National, avec hauts-fonctionnaires anonymes, et tout le tremblement, légitimé par la "persécution" dont les militants frontistes seraient l'objet.

Rentrons dans le vif du sujet: le politique.

C'est amusant aussi, notez bien. Amusant de constater que, pour un parti dont le nouveau credo semble être de vouloir redonner la première place au politique, le passage obligé est celui de la "crédibilité économique" selon la plus pure tradition bourgeoise.

Comment faire la démonstration inverse de ce que l'on prône, donc.

On commence par dévoiler un "programme économique". Pas un programme politique.

En cela, le FN ne présente strictement aucune différence avec les partis institutionnalisés bourgeois, qui servent le capitalisme, directement ou indirectement.

Et un programme fabriqué en partie par un énarque, actuellement en poste, si on en croit l'article du Parisien, à ...Bercy! On a vu mieux comme révolution populaire, que d'employer les services de ces cerveaux formatés à servir l'Etat bourgeois à l'ENA....

Mais passons, donc.

Comme presque tous les autres partis politiques, le programme économique présenté par le FN a d'abord vocation à attirer les fameuses "classes moyennes" (l'autre nom pour ce nous appelons nous, la "petite-bourgeoisie"). Ca marchera sans doute en partie, compte tenu des circonstances.

La critique principale que je vais faire aujourd'hui (j'en ferai sans doute d'autres par la suite) me semble tout sauf anecdotique.

Elle a trait à la conception de l'Etat et de la société qui rend possible toute la construction du programme économique du FN.

Cette conception, c'est celle de l'Etat dit régalien, jacobin et centralisé.

Cette conception, elle n'est appuyée que sur une seule jambe qui s'appelle la "souveraineté nationale". Coupez-la lui, et tout s'écroulera.

Problème pour le FN: ce sont les masses qui font l'histoire, et il faut faire avec.

Or les masses, même si elles le regrettent peut-être aujourd'hui (mais, à supposer que regret il y ait, regretter est une chose, vouloir faire "machine arrière" en est une autre, et pouvoir faire "machine arrière" encore une autre), elles ont décidé, il y a de cela un moment déjà, que de la Nation, de la souveraineté nationale, et de l'Etat jacobin, elles n'en voulaient plus, que cela plaise ou pas, et quels que soient les "dommages collatéraux" que ces décisions ont coûté - en premier lieu et presque exclusivement, pour les auteurs de ces décisions eux-mêmes.

Ces décisions ont été prises, et entérinées à plusieurs reprises, que ce soit en portant au pouvoir des socio-démocrates (ou des libéraux-sociaux), ou des libéraux "tout court" (les deux pôles principaux de l'alternance politique sous la 5ème république) pour des raisons qui ne sont pas exclusivement (loin de là) des raisons économiques. Il y a d'autres visages de ces décisions (dans les syndicats notamment). Mais je m'en tiendrai là, pour ne pas alourdir le propos.

Elles ont été prises parce que, pour plusieurs raisons, non seulement le peuple n'a pas lutté contre la mondialisation mais encore, il l'a accompagnée et même à un moment, majoritairement souhaitée (même s'il n'en a pas souhaité évidemment, les résultats, qu'il subit de plein fouet chaque jour).

Évidemment, ce que le peuple a souhaité au fond, avant toute chose, ce n'était pas les délocalisations, les licenciements, la perte du pouvoir d'achat, la précarisation, la coupe permanente dans les budgets de l'Etat au nom de la sacro-sainte réduction de la dette publique imposée par Maastricht...

Ce qu'il a souhaité, (parce que c'est ce qu'on nous a vendu avant tout), c'était la libre circulation des personnes et des biens , une monnaie forte et une économie assainie. Une nouvelle forme de sécurité en somme: la paix entre des hommes débarrassés de leurs oripeaux nationaux et un Etat protecteur qui ne soit plus soumis au diktat des financiers via la dette publique.

Souhaitant cela, et le mettant politiquement en œuvre par différents moyens, le peuple n'a pas forcément vu ou compris la polysémie de ces notions et ce qu'elles pouvaient entraîner comme effets pervers dévastateurs de nos vies. A moins que (hypothèse que je privilégie) l'ayant pressenti, son désir de se libérer des frontières , de la nation... son désir, finalement, de paix et de liberté, ait été plus fort que toutes ses préventions.

D'aucuns peuvent en arriver à regretter plus ou moins secrètement que le peuple, ce peuple que certains membres d'auto-proclamées "avant-gardes" jugent inculte, stupide, ignorant, soit doté de tels pouvoirs, soit doté du droit de s'exprimer, à travers le vote, la grève ou les manifestations, soit du doté du pouvoir de prendre part, même un peu, aux décisions qui président à sa propre destinée.

Mais la question n'est pas de savoir, ni de dire aux masses (masses dont, au moins en théorie, tout militant communiste est et doit se revendiquer fièrement) si elles ont eu raison ou tort de clore ce chapitre initié en France en 1789, mais bien de faire de la politique avec ce que des décisions "démocratiques" ont amené ici et là, bon et mauvais ensemble, et la transformation profonde qu'elles ont apportée aux instruments politiques traditionnels.

Lire la France d'aujourd'hui avec des lunettes construites sur la base de 1789 et remodelées dans les années 50 (mais guère plus), c'est prendre le risque de la myopie aiguë. Le FN n'y échappe pas plus que les autres en refusant aussi ouvertement de partir de la réalité pour se (re)bâtir.

De quoi nous parle, en gros, ce programme économique qui a été présenté?

Il parle de "nationalisations". De "patriotisme". De "frontières". De "centralisme"...

Il nous parle d'un Etat que la majorité des habitants de ce pays aujourd'hui ignorent, voire, rejettent, pour des raisons diverses. Cet Etat, c'est l'Etat régalien devenu Etat policier au service quasi-absolu du capitalisme, et principalement, de sa forme impérialiste.


Ce faisant, le FN est doublement à côté de la plaque.

Une première fois parce que rien ne dit que, même regrettant leurs décisions d'autrefois, les masses voudront et feront effectivement "machine arrière". Une seconde fois parce que la position tenue par le FN est à l'exact opposé de ce que produit ce moment de la lutte des classes dans et sur cette chose étrange qu'on appelle "Etat". Le FN propose une chose irréalisable. Tant économiquement que politiquement.

Irréalisable économiquement parce que irréalisable politiquement.

Irréalisable politiquement parce que à contre-courant de l'Histoire pour des pays comme la France qui ont fait, il y a longtemps, leur révolution nationale, et qui doivent désormais à toute force, passer à autre chose, entamer une nouvelle révolution, qui consiste principalement à dépasser ce qu'a enfanté 1789, à le dépasser en achevant de le détruire pour pouvoir créer "autre chose".

C'est là qu'apparaît la nature profondément conservatrice, réactionnaire et infantile du FN, à l 'opposé de l'image révolutionnaire et populaire qu'il veut se donner.

C'est sa conception de l'Etat et de la société (et de l'économie) qui explique, contre toutes les fausses prédictions qu'on nous a assénées pendant plusieurs semaines, qu'en dépit du fabuleux coup de pouce médiatique qu'il a reçu, il se soit finalement autant planté que les autres aux dernières cantonales (et sur ce point fondamental, qui ne peut souffrir de discussions oiseuses, je renvoie à l'excellent travail de démystification par la raison qu'a réalisé notre ami et camarade Charles Hoareau ici ), même si, du fait de l'abstention, il a obtenu un score de votes exprimés satisfaisant qui lui permet (avec la complicité honteuse de la majorité de la classe politique et de nombreux éditocrates) de faire croire à une victoire.

J'ai déjà eu l'occasion plusieurs fois de m'exprimer sur ce que je pensais de la Nation comme concept politique, notamment (mais pas seulement) pour des communistes du 21ème siècle, concept dont je pense démontrer qu'il n'est plus d'actualité dans nos combats parce qu'il ne recouvre plus de réalité tangible et que, dans le contexte actuel de la lutte des classes et de la mondialisation, le maniement de ce concept, loin de pouvoir protéger les masses laborieuses, les enferme, les prive de ce qu’elles doivent devenir, les prive d'un travail d'émancipation vers la souveraineté populaire au profit d'une souveraineté nationale qui ne fera plus jamais "leur bonheur", et donc, les désarme complètement.


Pour ces raisons, qui ne sont ici que très résumées et simplement esquissées, qui demanderont des développements ultérieurs, en tant que communiste dont le souhait est et reste l'émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes et le dépérissement de l'Etat jusqu'à sa disparition, je ne peux pas considérer comme un avis valable que le programme du FN serait susceptible d'être taxé de programme "de gauche", ou de programme socialiste.

Oh bien sûr, si l'on entend par "de gauche", ou "socialiste" la bouillie infecte faite d'une pincée de dirigisme par-ci et d'une poignée de libéralisme par là saupoudrée d'un peu de contractualisme, que nous servent depuis 40 ans le PS et ses alliés, alors là, en effet, il risque d'être difficile pour les soi-disant gens "de gauche" de se dépatouiller du piège que le FN tente de refermer sur eux. Encore une fois, face au risque fasciste, une bonne partie de la petite-bourgeoise se fera dévorer toute crûe.

Non, la position anti-raciste ne suffira pas à départager les uns et les autres car le racisme, n'en déplaise à certains, n'est aujourd'hui pas beaucoup plus fréquent chez les "gens de droite" qu'il n'est chez les "gens de gauche" (car les gens de droite ne sont pas tous des bourgeois et les gens de gauche ne sont pas tous des ouvriers). C'est, je pense, une des choses hélas, les mieux partagées au monde, qui, comme disaient Balibar et Wallerstein, tient lieu en quelque sorte de mémoire collective quasi-universelle et dont, même dans une société communiste, il sera difficile sans doute, de se débarrasser complètement.

Je ne dis justement pas cela parce que les "nationalisations" que propose le FN seraient en soi différentes (parce qu'émanant du FN) de celles que proposeraient d'autres partis, plutôt "de gauche". Non.

Une nationalisation est une nationalisation, pour le FN comme pour le PS . Même si l'on a vu en 1981, entre le PS et le PCF, que les modalités de mise en oeuvre, non négligeables, des nationalisations, pouvaient diverger.

Pour faire une courte parenthèse sur cette notion de "mise en œuvre" et de politique des "petits pas", des petits gains", supposés apporter de grands pas, que l'on m'oppose souvent en prenant comme exemple le syndicalisme ("un bon syndicaliste est celui qui sait construire au quotidien le rassemblement le plus large des travailleurs dans son entreprise en organisant et en participant aux combats qui permettent d'obtenir des gains apparemment petits pour pouvoir lancer des batailles sur des combats plus importants", ce qui est assez juste), je dirais simplement que, justement, si le syndicalisme est politique, le politique lui, ne peut pas, ne doit pas être syndicaliste. Là où le syndicalisme est de terrain, où il est pragmatique, là où il est quotidien, le politique, lui, doit viser l'horizon et les vastes étendues, le politique est sans limite de date. C'est dans les limites du syndicalisme que git la possibilité politique, qui est constituée du rapport dialectique entre la théorie et la praxis dans la lutte de classe. Je ferme cette parenthèse.

Une nationalisation est une nationalisation. Comme l'Etat est l'Etat, pour les uns ET pour les autres (et il faut être fou pour continuer de définir l'Etat bourgeois comme une sorte de véhicule dont la nature et la substance changerait en fonction de qui les élections amènent aux commandes!). Le protectionnisme c'est le même, de nature, qu'il s'agisse de celui des USA ou de celui de l'UE (ou de la France, si elle sortait de l'UE). - Pour ne pas être trop longue, je renvoie sur ce point de l'analyse de ce qu'est l'Etat bourgeois aux travaux de Poulantzas, parfois insatisfaisants et incomplets mais en dépit de cela, je pense, encore uniques dans leur genre à ce stade de notre réflexion politique.

Non. Je dis que ce programme du FN ne devrait pas pouvoir être taxé de "programme de gauche" ou de "programme socialiste" s'il existait encore dans ce pays un parti de masse, un parti communiste, capable de réfléchir collectivement et de proposer des idées innovantes qui traduisent les aspirations du peuple des travailleurs.

Je dis cela parce qu'un communiste aujourd'hui ne devrait pas pouvoir raisonnablement proposer d'utiliser un instrument (les nationalisations) qui viendrait, en l'état actuel des choses, renforcer la figure exacerbée de l'Etat capitaliste actuel.

Que donneraient des nationalisations dans un Etat globalement libéralisé et dans une économie mondialisée? Elles donneraient des pouvoirs encore plus grands en période de crise aux actionnaires qui prennent le contrôle de la société anonyme "France". Est-ce par crise de "socialisme" qu'Obama a adopté des stratégies proches de la nationalisation pendant la crise aux USA? Sérieusement et évidemment, non!

Obama n'a fait qu'adopter le comportement de tout bon actionnaire majoritaire dans une telle situation pour sauver ses miches et pouvoir repartir de plus belle: il a fait ce que l'on appelle en droit des sociétés un "coup d'accordéon"! C'est à dire qu'il a restructuré le capital de sa "société" à cause d'une perte trop importante de capitaux propres.

Imaginons ce qu'aurait donné la politique du gouvernement Sarkozy-Fillion si les banques avaient été nationalisées (au sens strict)!

Aussi, et en conclusion, on ne luttera pas contre le programme du FN sans être véritablement révolutionnaire. Or, au risque de faire une lapalissade, je ne crois pas qu'être conservateur, voire réactionnaire, puisse aider à être (à devenir) révolutionnaire...

Évidemment donc, tous les partis qui continuent à se placer dans ce registre de la pérennisation de l'Etat (qu'il soit libéral , qu'il soit policier, dirigiste, ou fasciste), et en particulier, de l’État tel qu'issu de 1789 et 1945, ne pourront pas lutter contre le FN.

Ils vont se perdre dans des arguties juridico-économiques, des batailles d'experts, des myriades de chiffres... qui risquent d'avoir pour seul effet, non pas d'entraîner les foules en délire derrière eux, mais d'éloigner encore plus les masses d'eux, et des élections (ce qui de mon point de vue ne serait pas forcément un mal si autre chose se construisait autrement ailleurs, mais ne soyons pas pessimistes...).

Les masses se détourneront non par bêtise, fainéantise ou par incompréhension, mais parce qu'intuitivement, comme en témoigne l'embryon de conscience de classe qui se reforme et qui affleure dans l'abstention majoritaire, les masses désirent ardemment autre chose, même de façon "inconsciente", et il est probable que cette "autre chose" s’appelle la souveraineté populaire et la démocratie directe, donc, le début de la fin de l’État bourgeois, et peut-être même, le début de la fin de l’État tout court...

dimanche 3 avril 2011

Nous sommes enchaînés dans la caverne (Sur la Libye, le FN et les médias)

Nous sommes enchaînés dans la caverne

Il y a quelques mois de cela je finissais de lire un excellent ouvrage dit de "science-fiction" (mais qui pourrait aussi être un essai de science politique) d'Alain Damasio, intitulé "la Zone du Dehors".

Damasio y développe notamment l'analyse (qu'il prête à la Volte) de ce que serait un fascisme "moderne", une nouvelle forme de dictature occidentale, qui est définie comme dictature du consensus, dictature "molle", dictature par le sentimentalisme et les affects "humanistes", servie par un arsenal médiatique et technologique extrêmement puissant et avancé. Il met en lumière, notamment, à quel point la lutte contre ce nouveau type de dictature est rendue difficile par l'apparente "mollesse" (au sens physique, comme des montres molles de Dali) du système instauré,système d'évitement et d'encerclement de la raison par le sentiment, qui absorbe les coups qu'on lui porte au lieu de les renvoyer et d'en porter frontalement. Le roman est une mise en lumière de la difficulté presque physique et dynamique qu'il y a à lutter de façon dialectique contre un ennemi qui ne répond pas (ou plus), stricto sensu, de façon dure, brutale, tranchée, mais qui absorbe, qui étouffe et qui dévie. Face à cette nouvelle forme de dictature, les héros pensent qu'il faut une nouvelle forme de lutte (une lutte qui corresponde dynamiquement et physiquement à celle employée par l'ennemi de classe), et pensent avoir réussi à la mettre en œuvre de façon positive. Mais cela ne fonctionnera pas longtemps, et (je résume rapidement) finalement, l'obstination et la solidarité des héros du roman finissent par trouver la faille du système, après moult vicissitudes, et parvient à le faire imploser, de la façon la plus crue et la plus "traditionnelle" qui soit, c'est à dire physiquement et frontalement. Je laisse à quiconque désirera lire ce roman important, le soin d'en tirer ses propres conclusions. Elles sont pour moi évidentes.

Si je repense aujourd'hui encore plus à cet ouvrage de Damasio, c'est à propos de la Libye et du Front National.

En effet , dans "la Zone du Dehors", l'un des piliers fondamentaux du système contre lequel luttent les rebelles de la "Volte", c'est le pouvoir médiatique (intimement lié au pouvoir politique et financier), et le biais pris par ce pouvoir pour contrôler les masses d'utiliser l'affect, le paraître, le faux-semblant, pour élever, notamment, le fait-divers au rang d'information. Cette stratégie ancienne (que Tchakhotine appelait "le viol des foules par la propagande politique") étant décuplée par un moyen technologique nouveau la télévision-hologramme, qui permet que le téléspectateur soit dans l'information et fasse corps avec ce que les médias lui retransmettent, (puisqu'il n'y a plus d'écran et que l'image est projetée directement dans le salon)!

Damasio puise dans Platon, pousse l'allégorie de la caverne à son extrême aboutissement. Le roman expose comment nous sommes plus que jamais enchaînés, comment, plus que jamais, nous prenons pour nous -mêmes et pour les choses, les ombres projetées sur le mur de la caverne. L'allégorie de la caverne comme symbole de la télévision (une boite avec des ombres projetées) est une vieille idée de la critique des médias, mais il fallait la reprendre.

Car pour en revenir à la Libye et au FN, au-delà même de ce que nous sommes hélas, peu nombreux à savoir (le paradoxe des médias actuels, notamment grâce à Internet, étant de permettre une diffusion extrêmement vaste d'informations précises que nous n'aurions pas eues il y a une dizaine d'années, mais de les étouffer immédiatement dans le "bruit" médiatique du Web, dans son infinitude, et de permettre la confusion des idéologies par la multitude des sources) au-delà de ce que certains d'entre nous savent par exemple, du rôle de BHL dans l'engagement de la France en Libye, du montage en mayonnaise d'une prétendue rébellion libyenne, ou encore, de la fausseté absolue des soi-disant résultats du Front national, il y a ce qui est donné majoritairement à voir au plus grand nombre.

Le fait-divers, autrefois réservé aux pages des quotidiens régionaux ou locaux, érigé en information "nationale" (car deux conseillers généraux Front National, c'est bien un fait-divers à l'échelle d'un pays de presque 63 millions d'habitants et d'élections nationales), la manipulation par les sentiments et les affects (la peur, l'empathie, la compassion à l'égard de ce qui est présenté comme des "rebelles" libyens dont tout a été mis en œuvre pour permettre une identification du spectateur ) sont poussés à leur paroxysme par des moyens technologiques et une extension du champ médiatique (par l'acquisition des médias) de plus en plus poussés.

C'est l'instauration de la dictature molle par le gouvernement des sentiments. Plus efficace et plus redoutable encore qu'un fascisme ancienne manière à la schlague et au gourdin (sachant que bien évidemment, le recours à la force brutale n'est jamais exclu et peut toujours servir in fine).

Avez-vous fait l'expérience dans un auditoire non politisé relativement éduqué et pas forcément "vendu aux intérêts capitalistes" d'émettre ne serait-ce qu'un doute à l'égard de ce qui se déroulait en Libye? Moi oui. J'en ai pris pour mon grade et j'ai été rhabillée pour l'hiver ("stalinienne", "fasciste" etc). Il faut dire que les idiots utiles du système du genre Dieudonné , Soral et cie ne nous facilitent pas la tache ! Plusieurs personnes dans cet auditoire ont réagi exclusivement avec "leurs tripes" et ont répondu à l'injonction (dramatique) de Stéphane Hessel, ils se sont "indignés": les viols, les morts, la torture et tout y est passé. Peu importait que l'on démontre que l'on ne cherche point à défendre Kadhafi, ou qu'évidemment, on ne pouvait pas être suspecté de soutenir le FN. Les tripes hurlaient.Et la Raison se taisait.

La raison, la théorisation, la modélisation, l'analyse critique, la dialectique...sont mal vues, elles sont froides, inhumaines, abjectes, on ne peut pas s'y fier. Alors que ce que nous dictent notre cœur, nos impulsions, nos sentiments, sont évidemment purs, sans tache, bon. "Le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas".
Prenons les ombres projetées pour notre réalité et ne cherchons pas à comprendre, ne cherchons pas plus loin.

A cette dégradation de la Raison (au sens où les agences de notation dégradent les notes des économies des pays, c'est à dire les font baisser en grade) s'ajoute une diabolisation manichéenne de la Violence (les médias disent ce qu'est la Violence et il n'y a pas à discuter. Xavier Mathieu et les autres camarades de Conti sont "violents" - la dictature du Capital et les agissements des financiers ne le sont pas, "naturellement" car la Violence est réduite exclusivement à son expression physique directe, et cette critique se retrouve également dans l'ouvrage de Damasio), et enfin, une abstraction de l'être humain comme pur Individu, c'est-à -dire une représentation de chacun comme l'Un, unique, planant dans l'éther de la Solitude et complètement délié de tout rapport nécessaire à l'Autre qu'il ne rencontre plus que par erreur, par contingence, et si possible, dans un rapport exclusivement antagoniste (c'est la renaissance du mythe de Hobbes de "la guerre de chacun contre tous" supposée régner dans l'état de nature).

Ajoutons à cela la déliquescence évidente (matérielle, intellectuelle, idéologique) de l'enseignement, autre pilier central qu'il faut continuer de saper pour créer toujours plus de "gens normaux", c'est à dire d'êtres humains qui ne savent ni lire, ni compter, ni écouter, ni analyser, qui ne connaissent rien, pour qui un texte est comme une pierre qu'on ne peut entamer, qui sortent de l'école aussi vides de pleins qu'ils y sont entrés pleins de vide (et donc, pleins de potentiel et de capacités que le système éducatif aura surtout eu comme mérite de saper et d’annihiler) et le tour est presque joué.

On nous a vendu une pseudo-révolution Libyenne en nous agitant sous le nez un épouvantail de "rêve" appelé Kadhafi (qui démontre que même lorsqu'un dictateur n'est plus utile à l'impérialisme occidental, il l'est quand même encore jusqu'à sa mort), en divulgant des tissus de mensonges sur la réalité de la "rébellion libyenne" à peu près aussi grossiers que Colin Powell agitant ses fioles d'eau bénites et ses photos de camps scouts au Conseil de Sécurité de l'ONU au moment de l'invasion de l'Irak, pour nous préparer mentalement à une entrée en guerre de la France (décidée dans la plus parfaite illégitimité, y compris d'un point de vue juridique) - les intérêts défendus EN REALITE ne sont pas si difficiles à comprendre; on nous a vendu aussi, contre toute réalité, contre toute vraisemblance, contre les faits et les chiffres eux-mêmes, une "poussée du Front National" qui ne résiste en réalité à aucun examen sérieux, une Marine Le Pen en Walkyrie échevelée et phallique, exclusivement destinée à faire remonter artificiellement une "gooooche" moribonde, hagarde, idiote et même, porteuse de grands dangers pour l'avenir du peuple de France.

Alors bien-sûr, libre à chacun de se contenter de la caverne et des ses ombres projetées, mais dans le combat sans fin qui oppose de fait (et sans possibilité d'y échapper) celui qui exploite et celui qui se fait exploiter, il serait temps sans doute de se retourner et de sortir de la caverne. Désir qui existe, et qui me semble témoigné par l'abstention massive et grandissante.

Le seul moyen pour cela est définitivement l'exercice politique, dialectique, de la Raison.

Cela ne peut se faire que par l'acquisition, y compris dans l'action, de connaissances et de sciences, l'enseignement et le débat (qui ne signifie pas d'avaler tout cru ce que disent "les Autres" mais bien de l'échange d'égal à égal), l'exercice permanent de la pensée dialectique et de la raison critique.

Bien-sûr, et notamment aujourd'hui que les organisations de la classe ouvrière, du mouvement populaire, sont exsangues, dilatées, éparpillées (et surtout noyautées), que nous sommes, de fait (et de plus en plus) isolés, c'est un objectif exigeant, difficile à mettre en œuvre, qui demande de la rigueur, une forme de discipline personnelle, de la patience, et de la volonté, bref, cela ressemble un peu à ce que disait Churchill aux Britanniques "du sang, du travail, des larmes et de la sueur".

Mais exactement comme la révolution n'aura pas lieu sans engagement physique et de terrain, elle n'aura pas lieu non plus sans raison ni conscience.

Comme on prépare un piquet de grève, il faut préparer nos esprits. Comme on astique un fusil, il faut astiquer sa tête.