lundi 28 janvier 2013
Débat-Projection "Goodyear - La mort en bout de chaîne" Aulnay - bourse du Travail - 31.01.2013
Et dans la foulée, le 31 janvier nous présenterons l'excellent documentaire de Mourad Laffitte "Goodyear - La mort en bout de chaîne" à 19 h 30 à la bourse du travail de Aulnay sous Bois.
En soutien des PSA et des Goodyear.
Avec après la projection un débat sur les luttes syndicales réunissant Gérard Filoche, Mickaël Prince (CGT STEF TFE CHAULNES , Mickael Wamen (CGT GOODYEAR) et bien-sûr, Mourad Laffitte.
Je ferai Monsieur Loyal. Mais en Madame ;)
L'occasion de débattre licenciements, conditions de travail, et sans doute au détour, ANI du 11 janvier 2013.
Venez nombreux-ses.
29 janvier à 14h Rassemblement à Paris contre les licenciements - Ministère du Travail
"Pour une vraie sécurisation de l’emploi, Une loi contre les licenciements dans les groupes qui font du profit"
-> Grand rassemblement devant le ministère du travail - le 29 janvier 2013 à 14 heures 127 rue de Grenelle Métro Varenne
Pas une semaine ne passe sans l’annonce d’un nouveau plan de licenciement massif par un groupe qui fait des bénéfices énormes. A chaque fois c’est le même refrain : "Entreprise en difficulté, restructuration pour sauver la compétitivité ..." alors qu’en réalité l’objectif est de faire encore davantage de profit.
Depuis quelques mois, des délégations de salariés en lutte venus de toute la France se rassemblent autour d’une proposition de loi nouvelle contre les licenciements dans les groupes qui font des bénéfices. L’initiative vient de "Licenci’elles", l’association des salariées des 3 suisses licenciées abusivement par un groupe qui réalise des profits colossaux. Les Licenci’elles ont dénoncé le fait qu’elles ne pouvaient pas porter plainte contre le plan de licenciement de 3 Suisses tant qu’elles n’avaient pas été licenciées !
Comme des centaines de milliers de salariés, elles savaient que le groupe 3Suisses n’avait aucune justification économique valable à leur licenciement au regard de la loi, mais qu’elles ne pouvaient pas pour autant empêcher leur patron de les licencier. Ensemble avec les Pilpa, Bigard, Crédit Agricole, Faurecia, FNAC, Ford, Fralib, Goodyear, PSA, Samsonite, Sodimedical, Sanofi, Sony, Valeo, ZF, Coca-Cola, Merck Serrono... elles ont décidé de rédiger une proposition de loi pour empêcher les licenciements, avant qu’il ne soit trop tard, dans les groupes qui font du profit.
Une loi nouvelle pour vraiment bloquer les licenciements lorsqu’ils sont interdits, c’était aussi une exigence portée par des milliers de salaries pendant la campagne de l’élection présidentielle. Le candidat Hollande est même allé à la rencontre des salariés en lutte de Goodyear et Fralib, en faisant la promesse que s’il devenait Président de la République il ferait voter en urgence une loi interdisant les licenciements dans les groupes qui font des profits.
Pour l’heure Hollande n’a toujours pas tenu cet engagement. Comme bien d’autres promesses de campagne qui ont permis la victoire de la gauche, celle de donner aux salariés le droit d’arrêter les plans de licenciements illégaux avant qu’ils n’aient lieu a disparu des écrans radars du gouvernement.
Pire, l’accord national sur la sécurisation de l’emploi, signé récemment par trois confédérations syndicales, ne va pas dans le bon sens en remettant en cause les principaux droits des salariés face aux licenciements économiques ! Ces confédérations sont-elles réellement en phase avec leurs adhérents et militants de terrain, dont beaucoup sont pourtant en lutte contre des plans de restructuration dont ils dénoncent les effets néfastes pour l’emploi ?
Mais nous n’avons pas l’intention de laisser cela arriver. Nous les représentants des salariés en lutte de Pilpa, Bigard, Crédit Agricole, Faurecia, FNAC, Ford, Fralib, Goodyear, PSA, Samsonite, Sodimedical, Sanofi, Sony, Valeo, ZF ... nous avons décidé d’agir pour que la loi que nous avons rédigée soit votée à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
Nous avons besoin de cette loi dans les luttes que nous menons contre certaines des multinationales les plus puissantes de la planète qui licencient en masse pour accroitre sans cesse leurs profits et le cours de leurs titres en bourse.
C’est pourquoi nous allons venir de toute la France et de dizaines d’entreprises, où nous nous battons pour nos emplois, pour nous retrouver :
Le mardi 29 janvier 2013 a 14 heures Pour un grand rassemblement devant le ministère du travail 127 rue de Grenelle Métro Varenne
Ce sera le premier acte fort d’une bataille que nous engageons pour que Hollande, son gouvernement et la majorité de gauche au Parlement tiennent ses engagements en nous donnant les moyens de nous battre pour stopper nos licenciements avant qu’il n’aient lieu.
Les salaries en lutte de :
Pilpa, Bigard, Crédit Agricole, Faurecia, FNAC, Ford, Fralib, Goodyear, PSA, Samsonite, Sodimedical, Sanofi, Sony, Valeo, ZF, Coca-Cola, Merck Serrono…
http://www.youtube.com/watch?v=yx0j35_1ayo&feature=player_embedded
Le Collectif Bellaciao soutient et participera à ce grand rassemblement
dimanche 4 novembre 2012
Commmuniqué de soutien à Aurore MARTIN. Non au délit d’opinion politique !
Pour que les libertés publiques et individuelles soient de nouveau respectées. Pour que la France mérite à nouveau qu’on la qualifie de "patrie des droits de l’Homme".
Hier les rroms, aujourd’hui, Aurore Martin. Cela doit cesser !
Autrefois, François Mitterrand, figure tutélaire de Hollande et consorts, (dont nous connaissons bien ici les méfaits et les crimes), a cependant pris une décision courageuse à l’égard des militants d’extrême-gauche italiens (Battisti, Petrella...) qui se cachaient sur notre sol d’un pouvoir transalpin qui voulait des boucs-émissaires et une vendetta légale sans procès équitable, avec des cartes truquées.
Hier, la police de l’État français a arrêté Aurore Martin, militante française du parti basque Batasuna en France, sur ordre de M. Manuel Valls, fils d’exilés catalans qui en leur temps, fuyaient le franquisme. Le changement ce n’est vraiment pas maintenant.
Cachant son forfait derrière le légalisme d’un mandat d’arrêt européen, faisant semblant d’ignorer ce que permet l’article 695-22 de notre code de procédure pénale, tiré des dispositions de la décision-cadre européenne, Manuel Valls, appuyé (on ne l’imagine pas autrement) par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, en livrant une jeune femme innocente aux yeux du droit français, à la justice d’exception d’un pays actuellement gouverné par la droite, a couvert de honte et d’opprobre à tout jamais le peu qui restait de socialistes dans le PS.
Manuel Valls, PS, a fait ce que ni Hortefeux ni Guéant, UMP, n’avaient osé faire. Extrader une citoyenne française qui risque 12 ans de réclusion pour délit d’opinion politique ,appartenance, en France, à un groupe politique qui n’a pas l’heur de plaire au gouvernement espagnol et qui est soupçonné d’être, en Espagne, la "vitrine légale" d’ETA.
Et à supposer même que cela soit un jour avéré de façon aussi simple et sans aucune ambiguïté, qu’a donc fait Aurore Martin pour mériter un tel traitement ?
RIEN.
Manuel Valls a livré une citoyenne française innocente, poursuivie par la justice espagnole pour ses opinions politiques et son militantisme certes actif mais pacifique, à la cause basque, à un gouvernement de droite réactionnaire.
Personne ne peut ignorer que ceci intervient dans le double contexte de la crise économique qui flambe et s’aggrave dans toute l’Europe, et dans un renouveau des forces de résistance, dont Aurore Martin fait assurément partie, ainsi que nous tous, après une séquence électorale en Espagne qui a vu le score des séparatistes basques augmenter considérablement.
Les ministres EELV doivent démissionner pour marquer leur complète désapprobation. Christiane Taubira doit démissionner également. Ici, la Justice a été foulée aux pieds, c’est l’Etat policier dans toute sa fascisation qui a prévalu.
On ne transige pas avec de telles pratiques. On les condamne, on les combat.
Le Collectif Bellaciao demande la libération immédiate d’Aurore Martin, lui renouvelle son plein et entier soutien, et il demande la mobilisation de toutes les forces qui se revendiquent de la gauche, des droits de l’homme, des libertés fondamentales à cette fin.
Nous déplorons ce type de provocation policière, d’Etat, en plein processus d’apaisement et de désarmement.
Le délit d’opinion politique ne doit pas être entériné dans les faits, il ne faut pas se cacher derrière un légalisme qui renvoie aux pires heures de l’Europe. Nous appelons à participer nombreux à toutes les initiatives qui seront prises dans les jours à venir dans ce but.
LIBÉREZ AURORE MARTIN ! VALLS DÉMISSION ! NON AU DÉLIT D’OPINION POLITIQUE !
Collectif Bellaciao
Paris, 2 novembre 2012
mercredi 4 juillet 2012
Grève - Paris - La lutte continue au Monoprix 166 avenue Ledru-Rollin !
Grève - Paris - La lutte continue au Monoprix 166 avenue Ledru-Rollin ! (photos et videos bellaciao) de : Collectif BELLACIAO mercredi 4 juillet 2012 - 09h57
C’est là que, depuis 7 jours désormais, une bonne partie des salariés, soutenus et appuyés par le syndicat CGT de l’établissement ainsi que par l’US Commerce CGT de Paris, ont entamé une grève pour obtenir la satisfaction de revendications relatives notamment à leurs conditions de travail, à leur santé au travail et à leur sécurité.
Ils demandent notamment à ce que l’ascenseur soit réparé, à ce que soient embauchées les personnes nécessaires à la bonne marche de l’établissement (ce qui éviterait aux salariés actuellement en place de faire double ou triple ouvrage pour un seul salaire et apporterait plus de satisfaction aux clients, qui font parfois trop de queue aux caisses faute de personnel en nombre suffisant), non-respect des IRP...Ils prennent ainsi la suite des actions réalisées en 2011 déjà sur le même « thème ».
Pour résumer, les salariés en grève demandent surtout plus de respect, tout simplement , de la part d’une direction unanimement décrite comme facilement méprisante, ainsi que nous l’explique Christophe, délégué syndical et représentant du personnel dans l’établissement, la direction n’hésitant pas à tutoyer les salariés ou à critiquer ce qu’elle appelle "leur dégaine" (voir intvw-vidéo sur le site http://bellaciao.org).
Confrontés à une direction autiste et manifestement en service commandé pour que les salariés servent d’exemple (et de boucs-émissaires) dans le groupe, les négociations étaient à ce jour au point mort.
L’employeur joue la montre.
A ce que nous avons constaté sur place, Monoprix n’a (soi disant) pas de moyens pour accéder aux revendications des salariés, mais une chose est sûre : l’enseigne a en revanche manifestement suffisamment de moyens pour payer des huissiers (selon les cas plus ou moins sympathiques mais parfois agressifs voire jouant l’intimidation) présents pour "fliquer" les salariés, appareils photos au cou, relevant et enregistrant tout ce qui pourrait être retenu contre les grévistes dans le cadre d’une éventuelle procédure judiciaire...
Interrogé par Bellaciao.org, Karl Ghazi (Secrétaire général de l’US CGT Commerce Paris, voir intvw-vidéo sur le site http://bellaciao.org) estime que ce conflit est parti pour durer, car les salariés sont très motivés et que les revendications ont trait à la santé des travailleurs, que ce sont des questions fondamentales ; il estime également que par son attitude fermée et radicalement obtuse, la direction fait ainsi payer à des boucs-émissaires l’obtention par la CGT de la fermeture des Galeries Lafayette le soir (Galeries Lafayette étant propriétaire d’une partie du capital de Monoprix, sur le point de céder sa participation au Groupe Casino).
Au représentant de Bellaciao.org, les salariés grévistes, qui occupent désormais leur lieu d’exploitation, ont exprimé leur ras-le-bol de ces conditions de travail dégradées, et ont confirmé qu’ils étaient prêts à rester autant qu’il le faudrait pour obtenir gain de cause ; ils estiment avoir droit comme tout le monde au respect de leur dignité, et ils ont également insisté sur l’importance du soutien et des manifestations de solidarité qui pourraient leur être apportées pour les jours à venir.
Vous savez donc ce qui vous reste à faire.
La lutte continue au Monoprix 166 avenue Ledru-Rollin avec la CGT !
#CGT #Monoprix #166ledrurollin #grève
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article128858
Sur la soi-disant "niche fiscale" du crédit d'impôt du particulier employeur....
1° En grande majorité, les particuliers n'emploient pas une garde d'enfant à domicile pour le plaisir
2° Ils font ainsi face à l'extrême pénurie et désorganisation du service public lié à la petite enfance
3°On objecte que "cela coûte 6.5 milliards d'euros à l'Etat", je réponds que l'Etat n'a de subsides que ce que nous lui versons notamment (impôts, TVA etc) donc ce que ça coûte à l'Etat c'est ce que ça nous coûte à NOUS - ce crédit d'impôt est donc en partie auto-financé
4° On m'objecte encore que les gros groupes du nettoyage sont ceux qui profitent majoritairement de cette soi-disant "niche" (je suis surprise par le raisonnement et à mon avis on parle d'autre chose car le crédit me semble réservé aux particuliers, punto) et que ces salariés-là sont précaires et très mal payés (je le sais bien pour avoir souvent travaillé ou consulté pour la CGT dans le nettoyage ou suivi des conflits dans cette branche) : il est évident que la solution ne réside pas dans la pénalisation des particuliers mais bien dans la lutte contre les gros groupes employeurs qui revendent ensuite les services de ces ultra-précaires (souvent doublement exploités parce que immigrés et femmes).
Donc résumons la BONNE IDÉE DU PS sur la suppression de l'atroce "niche fiscale" du particulier employeur:
Nos impôts, notre travail et notre consommation financent en grande partie une réduction fiscale liée à l'acquisition d'un service rendu quasi obligatoire du fait d'un déficit flagrant de service public ( petite enfance, aide aux vieux et aux malades à domicile...).
Je vais désormais devoir non seulement financer seule sans aucune aide l'emploi de la personne qui garde ma fille depuis des années, MAIS en revanche le pognon de mes impôts continuera à financer les actionnaires de l'automobile qui licencient ET les banques qui nous tondent et nous foutent dans la merde?
J'ajoute que pendant ce temps, nombre de particuliers vont devoir licencier la personne qu'ils embauchaient (super pour elle) OU travailler moins (donc, gagner moins - etc ) et qu'il y a toutes les chances du monde que ça tombe d'abord sur les femmes, ce qui sera VRAIMENT une SUPERBE réussite !!!
Alors oui BRAVO LE PS encore une idée de génie pour faire semblant d'être social sans abîmer le GRAND CAPITAL!
#particulieremployeur #PS #Ayrault #fiscalité #lutte
mercredi 2 mai 2012
"La France"
Ras-le -bol du racisme, de l’antisyndicalisme, de la xénophobie ambiants... Stop. ça suffit la politique du bouc-émissaire.
Défendons nos couleurs ! Notre palette est plus étendue que la leur.
"La France" , c’est AUSSI : Eugène Ionesco, Romain Gary, Tahar Ben Jelloun, John-Antoine Nau, Amin Maalouf, Anna Langfus, Andreï Makine, André Schwarz-Bart, Atiq Rahimi, Jonathan Littell, Jorge Semprun, Julian Green, Milan Kundera, Cioran, Samuel Beckett... pour n’en citer que quelques-uns.
ET "La France", c’est AUSSI : Celestino Alfonso ,Olga Bancic, Joseph Boczov, Rino Della Negra, Thomas Elek [Elek Tamás] , Maurice Fingercwajg , Spartaco Fontano, Jonas Geduldig, Emeric Glasz [Békés (Glass), Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Césare Luccarini, Missak Manouchian, Armenak Arpen Manoukian, Marcel Rayman, Antoine Salvadori, Willy Schapiro, Amédéo Usséglio, Wolf Wajsbrot ...
"La France" c’est AUSSI celle des IMMIGRES, DES ÉTRANGERS, ET DES DRAPEAUX ROUGES, n’en déplaise à certains !
jeudi 22 mars 2012
"L’affaire Mohamed Merah" ou la mort de la présomption d’innocence en France.
de : BOADICEE
jeudi 22 mars 2012
Aurions-nous définitivement basculé du "Pays des Droits de l’Homme" au "Pays des Hommes de Droite" ?« Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable... », DDHC article 9
Je ne rentrerai pas dans les multiples contradictions et incohérences dont regorgerait déjà (et sous toutes réserves) le dossier "Mohamed Merah".
Et je vais écrire les lignes qui suivent avec compassion pour les familles des victimes et la profonde affliction qu’ont créé les décès des adultes et des enfants.
Ces décès qui sont imputés à celui qui restera, à jamais (puisque les morts ne parlent pas), "le suspect n°1", M. Merah.
"Suspect" et non pas "présumé coupable" - contrairement à ce qu’ont dit certains à la tête de l’Etat...
S’il y a aujourd’hui une autre immense perdante dans tout cela, c’est bien la présomption d’innocence.
Au delà, et en outre, un viol de l’intégrité (de ce qui en restait ?) de toute une partie de notre système judiciaire et de notre système de droit pénal.
Nous vivons un drame politique, car au delà des morts humains, il y a, en plus, la mort définitive de certains idéaux de certains principes qui fondent une certaine forme de morale (hélas remplacés par d’autres...).
Dans son décès (certains diraient déjà "son exécution") Mohamed Merah emporte avec lui la crédibilité de nombreux médias et de plusieurs journalistes, l’intégrité d’une partie du système judiciaire, et ce qui restait d’autorité à la police.
Aussi, je serai brève. Je vais essayer.
J’ai acheté hier en sortant du Tribunal, au bouquiniste qui est souvent devant le métro, un livre formidable (pour 3 euros) exactement sur le sujet général qui nous occupe, celui de la manipulation de masse et du "viol des foules par la propagande politique".
Ce livre s’intitule "La Piste Rouge - Italia 1969 -1972".
C’est un recueil de textes de journalistes italiens traduits sur les "affaires" Feltrinelli, Pinelli, Valpreda dans le début des années 70.
Tous des "coupables idéaux", des salauds de terroristes anarchistes.
Condamnés (au moins par une partie de "l’opinion publique") avant d’avoir été jugés...
Sauf que, finalement, après des années de collusion du pouvoir politique/maffieux/milieu fasciste, après plusieurs "maladroits" passés par la fenêtre ou tombés dans la cage d’escalier avant leur audition ou avant leur procès, on découvrira que tout ceci, c’était du vent et que les responsables des attentats n’étaient pas ceux qu’on croyait.
On peut rajouter à cette liste l’affaire Impastato (qui a été présenté longtemps comme un kamikaze d’extrême gauche qui avait voulu se faire sauter avec le train. Et puis finalement des années plus tard l’enquête permis de découvrir que non, il avait été assommé par une bande et attaché autour des rails, inconscient, avec de la dynamite autour de lui et que c’étaient les fascistes qui l’avaient fait exploser sur les rails...)
Plus près de nous, il y a Tarnac, comme un coup de couteau. Tarnac qui n’est pas terminé, qui n’est pas fini.
Attention, je ne dis pas que Mohamed Merah est "forcément" une victime, ni que ses convictions politiques seraient comparables à celles de ces camarades, (a priori je n’avais pas de sympathie particulière pour lui s’il était bien ce qu’on dit).
Je tente (et je sais que c’est risqué dans une telle période) d’en appeler à la raison et au calme, au respect élémentaire de la présomption d’innocence.
Mohamed Merah était il "coupable" ? "Innocent" ? Je ne sais pas.
Et aujourd’hui, PERSONNE NE SAIT ET NE SAURA.
Je ne lis pas dans le marc de café ni dans les viscères de corbeau.
On n’en sait fichtre rien.
Il est mort sans procès, sans défense pénale, il est mort présumé innocent pour les assassinats ("suspect" ne signifie pas "coupable"), au moins jusqu’à preuve, peut être, un jour, de sa culpabilité.
La flagrance (laquelle d’ailleurs, en l’espèce ?) ne détruit pas la présomption d’innocence, et notre responsabilité première en tant qu’êtres humains, (en tant que congénères, car comme le rappelait Michel Foucault dans ses notes sur "l’affaire Pierre Rivière", c’est ce que nous sommes, y compris de ceux que l’on nomme "des monstres"), serait sans doute de ne pas nous comporter à l’égard de celui qui est "poursuivi par la clameur publique" comme des animaux, car l’histoire est pleine de surprises, les histoires judiciaires sont pleine de chausses-trappes et de rebondissements, et souvent, le temps révèle des choses que l’on pensait enterrées et cachées à jamais....
Aussi, à celles et ceux qui ont aboyé, la bave aux lèvres, avec la meute, que Mohamed Merah était un "criminel" ou un "coupable" : avant même que d’avoir outragé un suspect (et en empêchant ou en contribuant à empêcher la manifestation de la vérité par vos aboiements haineux, vous avez outragé aussi la mémoire des morts) : ils ont bafoué la présomption d’innocence.
Ils nous ont dit que la règle devrait être finalement : "Vous êtes coupable puisque la police le dit jusqu’à ce que vous soyez décrétés innocent".
Dire cela dans un pays où plus de 1,7 millions de personnes ont signé un certain "Pacte pour la Justice", extrêmement condamnable dans son fondement philosophique (sur lequel nous avons déjà été plusieurs à écrire), c’est grave.
Je n’y trouve aucune excuse.
D’aucune sorte.
Lorsque ces propos dangereux et inconsidérés d’une légèreté effroyable ont, en plus, été prononcés par des candidats à l’élection présidentielle, ils doivent entraîner une condamnation ferme de notre part.
A fortiori quand ces candidats se réclament de "la gauche" et prétendent représenter les intérêts du "peuple".
Nous sommes tous et toutes des victimes potentielles de la rumeur.
De l’aboiement, de la "clameur publique" des idées toutes faites, des certitudes de gens qui se croient plus malins et ou mieux informés que tout le monde, et des préjugés...
En théorie, l’Etat et la Justice (au sens le plus large possible) sont là pour protéger tout un chacun de cela, et la protection absolue, c’est la présomption d’innocence.
Cette présomption d’innocence, elle vaut pour tout le monde.
Elle implique aussi le droit de ne pas être réduit à ses "origines" (quelles qu’elles soient) et de ne pas être condamné sur le seul fondement d’opinions politiques plus ou moins revendiquées.
Ceux qui ont adopté une autre vision des choses proposent un retour en arrière de deux siècles et demis, au bas mot.
La présomption d’innocence, c’est bien l’inverse de tout ce qui a été écrit et dit sur cette triste et tragique affaire.
La présomption d’innocence signifie que vous êtes innocent jusqu’à la dernière minute, jusqu’au verdict, jusqu’à ce que votre culpabilité ait été suffisamment établie et que vous ayez été jugé coupable à l’issue d’une procédure à peu près réglementée et prévisible (et je rappelle que la preuve en matière pénale est un minimum réglementée, les aveux obtenus par la torture par exemple, on n’a plus le droit, de même que l’ordalie, normalement, c’est fini depuis plusieurs siècles...).
Si il n’y avait qu’un principe du droit pénal, un seul et unique auquel il faut, partout, toujours, être attaché comme à sa peau, qu’on soit homme de loi ou "simple citoyen", c’est celui là (j’aimerais ajouter l’habeas corpus aussi mais bon, on a dit "un" ) : la présomption d’innocence.
Les politiques, les journalistes...qui l’ont remis en cause aujourd’hui, directement ou de façon parfois détournée, déguisée, qui ont justifié la loi du talion, qui ont incité à réécrire la loi de Lynch, sont des gens qui doivent être considérés comme dangereux, dont il faut se méfier, et disons-le, à qui il ne faut pas faire confiance. Pour rien.
Réfléchir. Ne pas se laisser emporter par ses émotions.
Ce n’est pas comme si nous ne vivions pas dans un pays qui a connu Outreau.
Ce n’est pas comme si les "erreurs" judiciaires, ça n’existait pas.
La réalité est parfois très différente des présomptions qui semblaient jaillir des parcelles du dossier.
A moins de faire confiance aveuglément aux "médias" bien-sûr ... Mais là, c’est grave ( parce que, sans sombrer dans le "complotisme", je signale que depuis qu’ils nous ont dit que le nuage de Tchernobyl s’arrêtait à la frontière française, et qu’ils ont complaisamment rapporté les preuves des "armes de destruction massive" soit disant découvertes par les US et agitées par Colin Powell pour envahir l’Irak, ils n’ont pas changé...)
Donc, il ne faut pas fantasmer.
Il faut ouvrir les yeux et raisonner. Réfléchir.
D’autant qu’on ne peut pas empêcher cette petite musique de tourner : aujourd’hui, avoir "la gueule de l’emploi" pour faire un bon "présumé coupable de terrorisme", ça veut dire plutôt : 1/s’appeler Mohamed (ou Fatima), 2/venir d’un milieu pauvre et de "la cité", 3/s’être "converti au fanatisme" (sic) et de préférence 4/avoir un casier judiciaire. Si en plus 5/vous vous sentez en empathie avec les misères du peuple palestinien et que 6/vous dénoncez le traitement d’exception que la communauté internationale réserve à Israël au mépris de toutes les règles (donc, que vous êtes notoirement antisémite - CQFD-) alors là, vous tenez le bon bout pour obtenir le rôle.
Si 7/ vous avez fréquenté de près ou de loin un "groupuscule d’ultra-gauche", c’est sûr, le gagnant ce sera vous.
Fut un temps, les studios de propagande cherchaient surtout des candidats pour les rôles de pédophile. Dans les années 50/60 on aimait beaucoup attribuer ce genre de rôle ("présumé criminel salopard" de préférence aux homosexuels (si possible célibataires), ce qui était facilité par le fait que l’homosexualité était considérée par l’OMS comme une maladie mentale (jusqu’à récemment).
Dans les années 30, le rôle du criminel et du salopard était de préférence attribué aux personnes de confession israélite, ce qui était facilité par le fait qu’on pouvait les reconnaître à leur étoile jaune et qu’un mec (très sain d’esprit , selon beaucoup de gens et une partie des "peuples" à l’époque) avait prétendu mettre au point les preuves scientifiques de la "malfaisance congénitale" de cette "race" (comme on disait alors)...
Au Moyen-Âge, on brûlait les "sorcières" et les hérétiques". Une sorcière c’était une femme qui réfléchissait ou qui soignait des malades, un hérétique c’était quelqu’un qui disait "E pur si muove !"
"O Tempora O Mores" .
Les temps changent...
Mais pas les grosses ficelles de manipulation des masses.
mercredi 28 décembre 2011
La classe, remède à la tentation contre-révolutionnaire du syncrétisme de gauche
Quand on ne conçoit de pouvoir que gouvernemental, quand on ne conçoit d’instrument de lutte que l’État, quand on ne conçoit de démocratie que bourgeoise, quand on a abandonné toute idée de révolution, quand on pense que finalement, le capitalisme doit "seulement" être "modifié", on ne peut évidemment pas faire autrement, en période électorale (c’est à dire désormais , tout le temps !) que de tenter de mettre ensemble des chèvres, des choux et des loups (vous vous rappelez comment il faut s’y prendre pour leur faire traverser la rivière ? ;-)).
Pour "re-gonfler" une "équipe" (qu’on a progressivement contribué à décimer en abandonnant l’organisation de classe et en hurlant sur tous les toits que "la classe ouvrière n’existait plus"...), parce que cette "équipe" il la faut, il en faut, du "contingent de votants", pour espérer gagner une élection bourgeoise , notamment dans le système mis en place sous la 5ème République de ce pays !
Alors, urgence et politique "petit-bras" obligent, mais surtout, volonté de ne pas porter atteinte au Capital, "on" choisit de "faire masse" plutôt que de faire "classe".
Et "on" joue le jeu du Capital, avec les règles du Capital, et les objectifs de ceux-ci.
Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas inévitable, c’est un CHOIX POLITIQUE qui vient d’une classe bien identifiable, qui s’appelle la petite-bourgeoisie, qui est entrée en lutte pour la sauvegarde de ses INTÉRÊTS à ELLE.
Petite-bourgeoisie qui, de par son positionnement -de classe, politique, économique...- spécifique entre le prolétariat et la bourgeoisie, à commencer par son implantation dans les entreprises, est naturellement appelée à connaître, dans ce genre de moment historique, son heure de gloire. (Jusqu’à ce que, une fois sur deux, elle périsse sous les coups du patronat, entraînant avec elle toute une partie des prolétaires qui auront fait la folie de s’en remettre à elle...)
La petite-bourgeoisie aime se fonder, pour ce faire, sur la pente dominante et presque "naturelle" (et compréhensible à maints égards) du prolétariat (et notamment, de la classe ouvrière, et c’est tout à son honneur) qui est de préférer la paix à la guerre, de préférer l’amour aux armes, de préférer le calme à la violence etc...
En effet, aucun de nous (à part quelques éléments inévitables) n’est assez fou ou sauvage pour AIMER la guerre civile.
"On" dira alors : "Mais ce n’est pas nous qui choisissons cela, ce sont les prolétaires eux-mêmes ! Nous sommes des démocrates, nous ! Nous n’allons quand même pas contrarier le peuple, qui n’en veut pas, lui, de votre révolution ! La preuve ? Regardez, il ne la fait pas ! CQFD. Non. Ce dont il veut, le peuple, c’est des élections, et un salaire ! En bons démocrates, nous, nous allons lui en donner."
"On" fera ainsi bon marché notamment, de la propagande et du rôle des mass-médias (mais aussi du désir mimétique et des moyens offerts par "la société de consommation" -et les sweatshops chinois et indiens - pour satisfaire ce désir).
"On" pourrait aussi bien dire : "Allons allons, les travailleurs ne veulent pas être libres, vous savez, finalement, ils préfèrent être exploités, parce qu’être libres, c’est beaucoup trop compliqué...Ce qu’ils veulent, les travailleurs, ce sont de bons maîtres, des maîtres paternalistes, qui les traitent bien. ils ne veulent pas de démocratie directe, prolétarienne, allons. Ils veulent de bons députés, de bons sénateurs...".
Bref , la proposition , toute simple, du syncrétisme de gauche mis en avant par la petite-bourgeoise, c’est de remplacer "les méchants" par "des gentils". Mais les exploités ne sauront pas, hélas, comment on reconnaît VRAIMENT un "gentil" d’un "méchant"...pour cause !
Cette pente naturelle de l’être humain, c’est ce qui sert la tentation syncrétique "à gauche" dans le contexte de la démocratie bourgeoise.
Mais il en existe une autre, de "pente naturelle" dans la "nature humaine". C’est celle qui aspire AUSSI à la liberté, et qui ne conçoit pas cette liberté autrement que comme la dignité. Mais cette pente-là "on" fera bien en sorte ni de la prendre ni de la flatter...(Ce n’est pas trop dans l’intérêt du cadre en général, que l’ouvrier soit mis au même niveau hiérarchique que le sien...)
La tentation syncrétique de gauche, qu’est-ce ?
C’est lorsque la bourgeoisie, acculée par la crise, se sert , par le truchement de la petite-bourgeoisie moderne, de l’inclination naturelle des prolétaires que nous sommes à préférer la vie, le calme, la joie, la concorde et l’amour pour augmenter encore le nombre de chaînes qu’elle nous a déjà mis au cou, en nous faisant miroiter des choses impossibles mais auxquelles nous n’avons pas encore cessé de rêver ou de croire.
Lorsqu’elle nous menace de la guerre civile, du chaos... pour nous faire tenir encore un peu tranquilles sous les coups qu’elle nous donne.
Lorsqu’elle n’a plus, pour nous faire avancer, que la Peur comme arme, et qu’elle appelle cela la "Fraternité", par exemple.
La tentation syncrétique, c’est celle qui consiste à feindre d’unir des éléments de classes et de couches sociales différentes, opposées même, AU SEIN D’UNE MÊME ORGANISATION, notamment par le biais de la désignation, voire la création, d’un vrai-faux ennemi prétendument "commun" à tous ces éléments.
En l’occurrence, Sarkozy (et parfois on rajoute, l’UMP) sont appelés à jouer ce rôle unifiant depuis le début du quinquennat. C’est bien ce qu’ont tenté ceux qui à gauche, ont CRÉÉ "le sarkozysme".
La petite-bourgeoisie chargée de cornaquer le prolétariat en colère (quand même) sur des positions "gauchistes" se dotera en plus d’autres "épouvantails", comme "les agences de notation", ou "les financiers", par exemple.
Elle désignera telle "nation" à la vindicte de "telle autre" ("A bas la Chine" !).
Elle évitera évidemment soigneusement de mordre aux jarrets le capitalisme industriel, et même, elle dorlotera toute la fraction locale de cette bourgeoisie, contre la vilaine fraction compradore, "mondialisatrice".
Elle évitera d’employer les termes de "propriété privée des moyens de production", d’"expropriation sans indemnisation", elle ne dira pas non plus qu’il faut abolir le salariat.
Elle cachera son aversion pour l’émancipation réelle du prolétariat en proposant le pis-aller de la "nationalisation" (en se gardant bien d’ouvrir toute réflexion sur ce qu’est l’Etat bourgeois aujourd’hui, Etat sans lequel il n’y a PAS de "nationalisation" possible...).
Et surtout, elle ne dira pas qu’il faut "détruire l’Etat", au contraire ! Elle dira qu’il faut s’en emparer par les élections, et puis que telle ou telle nomination changeront la nature de cet Etat. Elle dira que l’État c’est comme un gant, qu’il suffit de changer la main qui est dans ce gant pour que , de gant de fer, ce gant se fasse de velours...
Cette tentation syncrétique, elle n’est possible en tant que telle qu’en période de crise systémique. C’est même LA réponse favorite, en première intention, de la bourgeoisie aux tensions et aux luttes de classe que ne manque jamais de déclencher une véritable crise systémique du Capitalisme comme celle que nous connaissons.
On peut l’appeler "collaboration de classe", ou "fordisme", ou "unité nationale". Dans sa forme aiguë, et mise en œuvre par la bourgeoisie soi-même quand ça sent trop "le brûlé", ce syncrétisme s’appelle également "fascisme".
La tentation syncrétique, c’est le renforcement, par l’amalgame dans une organisation unique (et prétendument UNITAIRE) type "social-démocrate", d’éléments du prolétariat, de la petite-bourgeoisie, voire, du petit capital, de la fausse-classe qu’agite la bourgeoisie depuis des siècles, qu’on l’appelle "peuple" ou "nation", ou les deux.
C’est celle qui consiste à masquer un système plutôt qu’à le dévoiler, alors même que l’époque serait au dévoilement.
Fausse classe, faux ensemble, faussement homogène, au sein duquel cohabitent des classes et des intérêts antagonistes, qui n’ont que peu d’objectifs communs dès lors que tombent les blablas destinés à masquer la réalité de classeS de l’ensemble en question.
Une tentation qui, a fortiori à cet instant précis de la crise systémique du capitalisme, non seulement est obsolète et irréaliste (car les antagonismes DE CLASSE s’aiguisent de jour en jour, la bourgeoisie a sorti les couteaux contre nous, et ce ne sont pas les diatribes à base de "pauvres" et de "riches" qui masqueront longtemps ce fait) mais qui de ce fait, devient une arme CONTRE les exploités du capitalisme.
C’est un peu comme si une sage-femme conseillait à la parturiente de, non pas "pousser", pour expulser le bébé, mais de "tirer" l’enfant dedans elle.
Triple inconvénient de ce genre de "fausse bonne idée" : c’est impossible à faire, et cela compromet la naissance de l’enfant et la vie de la mère (vous voyez la métaphore ?).
La tentation syncrétique gomme, tend à effacer "la classe".
Or, la classe, (et la conscience de classe), c’est la constitution même de l’être politique du prolétariat. Nier la classe, de quelque manière que ce soit, c’est nier le prolétariat en tant que sujet politique. C’est donc le priver de son avenir et de sa liberté.
Parce que nous le savons de par l’histoire, cette tentation syncrétique désarme les travailleurs, elle désarme les luttes des exploités, elle désamorce la lutte de classe, seule lutte envisageable (parce que seule efficace) contre la bourgeoisie.
C’est également un frein puissant à l’hégémonie du mouvement ouvrier dans une hypothèse révolutionnaire PUISQUE c’est la négation même de la nécessité de l’organisation ouvrière autonome de base dans un "fatras", un fourre-tout.
Car nous savons bien comment sont faits les partis bourgeois (ou embourgeoisés) pour étouffer les courants de classe en leur sein. (C’est bien pour cela, pour lutter contre cela, qu’en 1920 en France... etc.)
Probablement la tentation syncrétique a encore quelques beaux jours devant elle. Elle fonctionne sur cette "pente naturelle". Elle va fonctionner encore un peu. Pas plus. Fonctionner encore à peu près , comme élément contre- révolutionnaire, jusqu’à ce que la bourgeoisie , poussée par sa lutte permanente contre la baisse tendancielle du taux de profit, accentue ses coups, affermisse sa poigne d’acier sur nos nuques et fasse son éternel doigt d’honneur à toute cette frange de la petite-bourgeoisie qui prétend nous garde-chiourmer.
Il ne faut pas piaffer, il faut prendre patience, encore, et travailler dans les masses, dans la classe, toujours. Ne pas prêter la main au syncrétisme "de gauche", ni de près, ni de loin. Le combattre, au contraire, bien-sûr. Le combattre en le distinguant du combat éternel des communistes, le combat pour unir le prolétariat dans la classe qui doit lui tenir lieu de "parti" et de "nation" :
"Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité." (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste).
Ceux qui ont les yeux ouverts sont pour l’instant trop peu nombreux et trop mal organisés, ils ont trop peu de moyens pour lutter à armes égales contre la propagande à la même vitesse. C’est ça aussi, la chance de la tentation syncrétique. Mais outre que c’est toujours ainsi, ça ne marchera pas éternellement. A nous donc, de DURER.
Nous laissons bien volontiers à la petite-bourgeoisie, momentanément organisée en "parti", le soin de se faire les kapos du prolétariat pour le compte de la bourgeoisie.
Notre devoir à nous, exploités communistes, c’est de tenter de nous unir, en tant que classe, de nous vacciner, de protéger nos frères contre le virus de la servitude volontaire, d’inoculer dans notre classe le puissant anticorps de l’amour de la liberté, du désir d’émancipation, par nos actes et nos paroles, fussent-ils, pour le moment, modestes.
Je souhaite à tous nos camarades de lutte, à tous nos frères de classe, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas rangé l’étendard de la lutte de classe dans leur poche, où qu’ils se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine... une année 2012 clairvoyante, lucide et encore plus courageuse, mais également, la plus agréable possible dans les conditions qui sont les nôtres actuellement, (conditions qui, ne nous voilons pas la face, sont hélas appelées à se durcir encore - et l’élection présidentielle n’y changera pas grand-chose).
Je nous souhaite de savoir reconnaître et choisir NOTRE CLASSE.
Je nous souhaite, au cœur des luttes, qui sont la vie même, dès notre origine, de ne pas oublier d’essayer d’être heureux, à l’occasion, "avec les moyens du bord". Notre vie est à nous, ne nous la laissons pas voler !
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article123771
mercredi 23 février 2011
Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste
Un texte un peu long, qui m'a pris plusieurs jours et nuits de rédaction, (que j'ai mis aussi en pièce attachée pour celles et ceux qui préfèrent imprimer et lire plutôt que de lire sur un écran), mais assez aéré je pense, pour faciliter la lecture. Pour celles et ceux qui veulent, à débattre, à critiquer, ouvert aux suggestions, naturellement! publié aussi dans les lieux habituels.
Elodie
Les classes sociales en France aujourd’hui, les partis politiques et l’avenir du "mouvement" communiste
1. On ne parlera pas ici de "2012", de "droite" et de "gauche" ni de "sarkozysme", ou alors pas sans aborder la question de la représentation des classes et de la défense de leurs intérêts
Je préviens d’emblée celles et ceux qui voudraient me voir aborder la question de la présidentielle et des législatives de 2012 sur le mode convenu et électoraliste de passer leur chemin, ils ne trouveront pas cela dans ce papier.
Ils y trouveront en revanche peut être des pistes de réflexions, qui, éventuellement, pourront leur être utiles pour réfléchir à ce sujet, mais pas plus, car, si on ne peut pas complètement négliger la question de "2012", l’essentiel est bien ailleurs.
Car ce qui est certain , c’est qu’aborder le sujet de 2012 sans se poser la question de la représentation éventuelle du peuple, dans toute sa diversité sociale et culturelle, et donc, des classes sociales dont sont issues les votants (et les abstentionnistes ou non inscrits), et de la défense des intérêts des unes et des autres ne peut que mener à une impasse politique.
Loin de continuer à accréditer la fiction (au sens quasi-juridique du terme) d’une division de la vie politique entre "droite" et "gauche", au contraire, il nous faut, toutes et tous, faire les efforts nécessaires pour situer clairement les enjeux politiques actuels.
"Droite" et "gauche", je le dis depuis plusieurs années maintenant, ne sont plus (s’ils l’ont jamais été ) des critères pertinents pour déterminer un quelconque choix politique.
En effet, si la ligne de fracture de la société passe par l’exploitation de l’homme et la propriété du capital, et l’extorsion, au besoin armée (on le voit en Libye ou ailleurs) de toute plus-value, alors on sait qu’il y a "à gauche" de plus en plus de partis et de figures politiques qui ne remettent plus ces lignes de fractures en cause, ni de près ni de loin.
D’autres qui font semblant d’y apporter des "corrections" (tout en refusant de se positionner clairement par rapport au capitalisme).
Si l’on en reste au clivage "droite/gauche", qui est désormais presque exclusivement fondé sur des "valeurs" qu’on pourrait souvent qualifier de "droits-de-l’hommistes", on fait le lit du marais démocrate-chrétien, marais dont on doit bien constater qu’il permet la jonction de certaines fractions de "gauche" et de "droite".
La question du "vote anti-sarkozy" ne sera pas abordée non plus ici (je m’en suis déjà expliquée dans d’autres articles, le "sarkozysme" n’existe pas, c’est un cache-sexe pour "la gauche" justement et si notre objectif est seulement de "bouter Sarkozy" hors du gouvernement de ce pays, nous prenons plusieurs risques politiques conséquents).
Je ne dis évidemment pas non plus qu’il faut que cet individu soit maintenu au pouvoir. Je dis que la façon dont nous allons le chasser lui et les siens, et tous ceux de son espèce, représentants politiques directs du Capital, n’est pas anodine, est déterminante même, pour l’avenir et ne se fera certainement pas dans les urnes, et peut être même pas en 2012 d’ailleurs.
Ceux qui ne veulent pas voir cela, ou qui le voient mais jettent dessus un voile, "à gauche", se préparent des lumbagos terribles pour cause de contorsions foireuses d’entre-deux tours...On ne leur apportera pas la pommade!
In fine, ce petit article va donc plutôt traiter du renouveau de l’organisation des communistes, communistes qui, comme nous le savons ne sont évidemment pas "de droite" mais ne sont pas non plus "de gauche", puisqu’ils sont "communistes" et que cela dit tout (ce qui n’empêche nullement certaines alliances avec certains groupes ou partis à certaines occasions, sur certains sujets, le cas échéant, qui se réclameraient de "la gauche").
2. De quoi le gouvernement actuel est-il l’expression en termes de lutte de classe?
Voilà à dire vrai, la question qui me semble préférable à celle de savoir de quoi Sarkozy pourrait être le nom. (Cela me démangeait un peu).
Le gouvernement actuel est l’expression politique d’une alliance de la petite bourgeoisie exploitante et de la bourgeoisie, ou plus exactement d’une fraction de la bourgeoisie particulière qui est à la fois financière et compradore (les deux vont souvent ensemble ces dernières décennies), c’est à dire dont les acteurs tirent principalement leurs plus-values de la financiarisation et (alternativement ou cumulativement) de la vente des actifs " de l’Etat français" à l’impérialisme américain.
On pourrait les comparer d’une certaine manière, à des ferrailleurs, qui désossent les voitures et les revendent au poids du métal ou du plastique...
C’est une alliance étonnante et hautement contradictoire, car c’est en quelque sorte l’alliance du parasite et du parasité, puisque cette fraction de la bourgeoisie ne peut tirer ses profits que de la soumission et de la paupérisation de la petite-bourgeoisie exploitante qui est elle nécessairement "locale " et "nationale" et qui a tout intérêt à maintenir une forme de fordisme dans son exploitation (alors que la fraction de la bourgeoisie que représente cette ligne de l’UMP a tout intérêt à éradiquer jusqu’au fordisme lui-même).
C’est donc, en termes de lutte de classe, une alliance potentiellement explosive. Mais qui pour l’instant fonctionne car elle est faite "sur la peau" des exploités (et que ceux -ci ne sont ni représentés ni organisés).
On peut l’appeler "gouvernement de droite" si c’est ce que "la droite" recouvre comme réalité sociale ("la gauche" recouvrant alors l’alliance de la petite-bourgeoisie exploitante et de la petite-bourgeoisie exploitée, soutenue par une fraction du prolétariat).
Mais notons que l’expression "droite" ou "gauche" ne dit absolument rien de l’hégémonie dans l’union (or la détermination de la position hégémonique est fondamentale)....
La petite bourgeoisie exploitante a été portée là par la bourgeoisie, notamment par une fraction de celle-ci, qui voyait en elle le moyen d’obtenir le consentement populaire de la petite bourgeoisie exploitée et d’une partie du prolétariat susceptibles, pour des raisons économiques, sociales et culturelles, de venir en appui à des intérêts bourgeois.
Soit directement en adoptant volontairement des positions de classe bourgeoises (discours policier, sécuritaire, raciste et individualiste), soit indirectement en prenant pour argent comptant les pseudos-positions politiques de classe de la bourgeoisie vis-à-vis du prolétariat (l’OPA de Sarkozy sur une partie du prolétariat et sa tentative de récupération de la classe ouvrière, par exemple -tentative qui évidemment allait majoritairement échouer mais n’a été faite que pour convaincre la partie de la petite-bourgeoisie qui assumait son alliance avec les plus exploités du prolétariat).
C’est comme cela que l’on fabrique une majorité, c’est en liant par des positions politiques des classes sociales qui n’ont finalement que des intérêts mineurs et sporadiques en commun (voire qui auraient surtout des intérêts à long terme divergents!).
Mais ce que la bourgeoisie sait, et met en œuvre actuellement avec brio, c’est que si la majorité politique (pour eux principalement, mais aussi pour nous) est nécessairement composite et faite d’alliances avec des classes ou des sous-couches qui ont fondamentalement des intérêts communs restreints, voire divergents, ce pour quoi elle doit justement batailler ferme, c’est pour assurer son hégémonie dans cet assemblage hétéroclite.
Seule compte l’hégémonie dans l’assemblage. C’est le tour de force presque toujours renouvelé des capitalistes que de parvenir à être hégémoniques tout en étant strictement minoritaires, et ô combien minoritaires dans la société.
A ce titre et plus que jamais on peut dire actuellement que la bourgeoisie est une classe sociale numériquement archi-minoritaire, et relativement divisée, mais politiquement archi-hégémonique et capable d’alliances objectives.
Il y a travail de la bourgeoisie pour être hégémonique, et il y a consentement d’une grande majorité de la petite bourgeoisie et d’une fraction du prolétariat à cette hégémonie bourgeoise.
La question est de savoir comment la bourgeoisie parvient à cette hégémonie (et donc, corrélativement, au consentement des "autres" à cette hégémonie) tout en étant si strictement minoritaire.
Bien sûr, il y a la propagande, l’idéologie...on ne va pas revenir là-dessus ce soir car ce sont finalement les aspects les plus simples à comprendre et les plus saillants de la mise au pas, mais cela suffit-il?
Non. Le déterminant, ce sont tes conditions de vie immédiates, à toi et ta famille, tes amis, "l’essentiel" est dans ce que tu manges, ce que tu touches, ce que tu vois, ce que tu possèdes. Et tout cela, ce ne sont pas des "idées", MAIS CEPENDANT, c’est "la bataille des idées" qui y amène.
Sauf que pour eux, c’est un "acquis", pour nous, c’est un "à prendre" .
Plusieurs moyens, pour les capitalistes d’assurer matériellement leur hégémonie idéologique sur la petite bourgeoisie exploitante (et une partie de la petite-bourgeoisie exploitée).
En transférant la gestion, la "location", pourrait-on dire, d’une partie du Capital (dont les capitalistes restent propriétaires in fine, bien évidemment) à toute une partie de la petite-bourgeoisie, que ce soit directement par l’attribution d’actions, de parts sociales, de titres, de rentes.., que ce soit indirectement par la possibilité que la bourgeoisie leur offre de "commander" en son nom et d’être rétribué pour ce faire ; au niveau national ou local.
Directement aussi en faisant dépendre du maintien d’une forme de "capitalisme régional" la survie de ces mêmes petits-bourgeois exploitants. L’avocat d’affaires "provincial" qui ne sera plus rien, à terme, si Airbus se tirait de Toulouse, entraînant avec soi la grande majorité des PME du secteur. C’est le cas du "petit capital parasitaire du gros". Et ce n’est pas peu encore dans ce pays.
La petite-bourgeoisie exploitante assumant quant à elle une forme de contrôle de la petite-bourgeoisie exploitée et d’une fraction particulière du prolétariat (la "classe moyenne").
C’est par ce système de contrôles-gigognes, exactement comme dans les sociétés capitalistes où l’on peut contrôler 100% d’une "société petite-fille" avec seulement 20 % des parts de la "société mère", que fonctionnent les relais hégémoniques du Capital.
3. La question de l’hégémonie des communistes dans le prolétariat en cas d’alliance nécessaire, et ponctuelle, d’intérêts de classe différents
Le prolétariat, et parmi lui toute la fraction du prolétariat qui lutte plus ou moins consciemment contre le capitalisme, parfois avec les mauvaises armes, n’a pas de prébendes à offrir à la majorité de la petite-bourgeoisie.
Ou plus exactement devrais-je dire, exception faite de la partie du prolétariat qui était consciemment organisée dans le PCF et dont les castes dirigeantes successives ont permis à la petite-bourgeoisie (incarnée, notamment, mais pas seulement, dans le Parti socialiste), ces 40 dernières années, "d’union de la gauche" et "de programme commun" en "gauche plurielle", d’acquérir la plupart des "fiefs électoraux", seules "prébendes" dont cette image du prolétariat ait jamais pu se targuer.
Qu’y avait il d’autre à "offrir", me dit-on sans cesse, (puisque l’idéalisme est à bannir, que seul compte le matérialisme sauce stalinienne). "Nous avons troqué ce que nous avons pu dans les limites raisonnables pour juguler notre perte d’hégémonie".
Mais, surprise, cela ne "fonctionne" pas! La seule chose qui fonctionne avec cette méthode, c’est la descente aux enfers du PCF entant que tel.
Personne ne se demande plus d’où est venue cette "perte d’hégémonie".
Beaucoup considèrent que c’est une affaire réglée par l’explication de "l’effondrement de l’URSS".
Bien-sûr que l’effondrement de l’URSS a porté un coup dur (mais, je pense, surestimé, et surestimé à dessein) à l’hégémonie d’une partie du prolétariat (identifié dans le PCF et la CGT) sur le mouvement d’alliance avec d’autres fractions de la "classe populaire".
Mais est-ce l’explication déterminante?
Non.
Il faut tenter une autre analyse, une autre explication. Je la tente brièvement, sans prétendre qu’elle est juste, et encore moins qu’elle est la seule juste!
3.1. Détour par les 40 dernières années du PCF à nos jours
Le PCF, qu’on le déplore ou pas, là n’est pas la question, était "LE" Parti communiste pendant plusieurs décennies, au point d’être vu, à ses débuts comme le seul parti des communistes dans ce pays. On disait d’ailleurs simplement "Je suis membre du Parti" et tout le monde savait de quel parti vous parliez.
Cette perte d’hégémonie est directement liée à l’état de la lutte des classes en France reproduite (c’est bien normal) DANS le PCF .
Elle est malheureusement venue, non seulement d’un écroulement numérique de la classe ouvrière stricto sensu du fait des délocalisations et désindustrialisations (c’est ennuyeux pour un parti devenu "ouvriériste au sens le plus répugnant du terme), alliée, il faut le dire, à l"embourgeoisement" d’une partie de celle-ci (embourgeoisement par différents moyens dont les moindres n’étaient pas l’appartenance à l’encadrement syndical ou partisan, ou au"communisme municipal"), mais aussi de la difficulté, sinon du refus (ou carrément de la fermeture) de s’ouvrir au prolétariat exploité non-ouvrier, ainsi qu’à une partie de la petite-bourgeoisie exploitée, alors que dans un mouvement presque "naturel" (du point de vue des intérêts matériels cette fois) la partie de la classe ouvrière embourgeoisée qui restait au PCF (et en moindre mesure, dans la CGT), celle-ci a tendu vers des alliances avec la petite-bourgeoisie exploitante.
C’est ainsi que débutait dans les années 80 une réelle période de collaboration de classe entre une fraction du prolétariat et une fraction de la bourgeoisie.
Le PCF agonise donc d’un dommage collatéral de la lutte des classes, c’est à dire de la partie que le prolétariat le plus exploité a perdue contre le prolétariat le moins exploité dans ce parti.
Toute cette partie de la population méprisée ou méconnue et crainte par les nouveaux maîtres du PCF.
Les héritiers d’une partie de la classe ouvrière et une minorité du prolétariat non-ouvrier devenus ouvriéristes, qui ont vu dans la naissance du "prolétariat moderne" (les femmes, les immigrés et les jeunes - notamment ceux issus de l’immigration et/ou rejetons directs d’ouvriers qui ne voulaient pas l’être - qui devenaient employés de bureau, secrétaires, coursiers, balayeurs, manutentionnaires, vendeurs, caissières, serveurs, institueurs...) la contestation possible de leur hégémonie politique DANS l’appareil du PCF si jamais les portes leur étaient ouvertes. Et qui ont défendu (et défendent encore) leurs intérêts de caste au lieu de leurs intérêts de classe.
Bien-sûr pour nombre de militants de bonne foi au PCF, cela n’a pas forcément sauté aux yeux et cela se fit même grâce à eux mais pas forcément selon leur volonté directe.
Car le drame, c’est que cette partie de la "classe ouvrière embourgeoisée" était minoritaire dans le prolétariat, bien-sur, mais aussi dans la classe ouvrière elle-même qui elle, ne voulait pas de ce sectarisme et qui se foutait totalement des luttes de pouvoir internes au PCF. Elle s’est donc spontanément dirigée soit vers le RPR (par affection patriotique et mythlogique envers de Gaulle et celui que l’on pensait être son héritier, Chirac) soit vers le PS, mais aussi déjà, vers l’abstention.
Bon nombre d’ouvriers alors n’ont pas compris comment et pourquoi le PCF ne parvenait pas à assimiler les nouveaux développements de la société du travail dans sa composition.
Pourquoi les travailleurs immigrés étaient considérés comme des ennemis de "la classe ouvrière française" par certains membres dirigeants du PCF ; pourquoi les jeunes et les femmes n’avaient pas plus de représentants dans ce parti, et pourquoi, quand ils avaient des représentants, ceux-ci étaient incapables de discours d’émancipation du sous-groupe qu’ils représentaient.
Mai 68 aura été lé dernier message que le prolétariat moderne adressa au PCF.
La perte d’hégémonie vient aussi naturellement de la perte de travail créatif idéologique, de l’absence de projet politique (remplacé par des "programmes"), de la négation du besoin de rêver, d’espérer, de se projeter dans l’avenir, de la part de ceux-là mêmes qui devaient le faire absolument.
3.2 Sur quelques tentatives politiques récentes
La suite on la connaît, la classe ouvrière aujourd’hui constitue l’immense majorité de l’abstention aux élections quelles qu’elles soient, mais tragiquement, aussi (pour l’instant en tout cas), elle connait une abstention de la vie politique même, contrairement au mythe complaisamment rapporté à "droite" et "à gauche" qui veut qu’elle se soit majoritairement tournée vers les forces néo-fascistes.
A ce triste sort politique (et social) de la classe ouvrière s’ajoute aujourd’hui, 30 ans plus tard, celui d’une grande partie du prolétariat non-ouvrier et de la petite-bourgeoisie exploitée, en voie de dépolitisation pour une part, ou de reprise en main par les représentants de la démocratie-chrétienne en France, après l’échec de la social-démocratie incarnée dans le PS et la CFDT , SOS-racismes, ou autres, d’autre part.
De ce point de vue, il est évident que tant le PCF que le PS sont des forces politiques à bout de course et en voie d’extinction à moyen voire à court terme.
L’histoire ne repasse pas deux fois les plats et à moins d’être idiots, le prolétariat et la petite-bourgeoisie exploitée ne s’investiront plus politiquement dans aucun de ces partis. "Chat échaudé craint l’eau froide".
La question du renouveau de l’organisation communiste (et révolutionnaire) est donc plus que jamais au cœur de la question (sauf si l’on s’assoit sur son cul en se disant "tout est foutu", la tête entre ses mains), et ce qui est au coeur de cette réorganisation, ce sont les rapports que peuvent et doivent entretenir cette fraction du prolétariat (ouvrier et non-ouvrier) et de la petite-bourgeoisie exploitée, au-delà des éventuelles différences de revenus, de nationalités, et de cultures (au sens large) entre certains de leurs sous-groupes.
Comment pouvons-nous créer du lien entre ces diverses classes et sous-groupes sociaux et comment pouvons-nous entraîner une force en mouvement, en travaillant à y construire notre hégémonie, nous qui n’avons aucune de ces prébendes que les capitalistes ont à offrir directement ou indirectement? Et dans le "comment" posé de la sorte, il n’y a pas que la question du moyen qui est posée (car non "tous les moyens ne sont pas bons") mais celle du contenu qui à la fois construit et utilise le moyen.
* Le NPA a été une tentative intéressante de ce point de vue.
Je ne suis pas devin pour dire si cette tentative a échouée ou pas, car il faudrait être un peu prétentieux pour dire que l’histoire du NPA est finie. Je dis "il a été une tentative" car pour l’instant, cette tentative me semble en panne, pour le moins. Non pas du tout par "sectarisme" ou "personnalisation", comme se complaisent à dire certains, mais justement parce que le NPA paie son erreur fondatrice d’avoir laissé entrer des ennemis manifestes de toute tentative d’émancipation des exploités quels qu’ils soient.
Des ennemis qui ne veulent pas de l’organisation réelle des exploités du prolétariat et de la petite-bourgeoisie, et qui veulent encore moins de leur coalition, parce que cela signifierait la perte de leurs positions sociales, ces positions qu’ils détiennent indirectement de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie exploitante.
Le NPA vit donc actuellement un épisode de lutte de classes politiques en son sein. Épisode dont il n’est pas parvenu à se prémunir, mais dont il aurait pu se prémunir dès l’origine en "triant" ses adhérents (on peut le faire et ce n’est pas choquant si ce tri consiste à pouvoir évacuer les forces qui ne veulent manifestement entrer que pour vous tuer), en refusant le mythe du "droit de courant organisé et constitué" qui est le contraire de la démocratie prolétarienne, et en s’ouvrant, non à des forces coalisées dès l’origine contre lui, mais à tous les prolétaires et petits-bourgeois exploités qui souhaitaient le rejoindre de bonne foi (ce qu’il avait la possibilité de faire par son assise syndicale et paar la popularité dont jouissait son leader d’alors, Olivier Besancenot).
Car le NPA a permis de créer au moins une nouveauté politique réelle dont il faut lui être reconnaissant.Je veux parler de la candidature d’Ilham Moussaid. Cette candidature qui a fait grimper aux rideaux des gens comme Mélenchon ou Chevènement, mais aussi, une fraction du NPA, et qui était pourtant un acte formidable et un souffle d’air frais dans la pratique politique de ce pays.
Les forces réactionnaires qui ont gueulé contre cela dans le NPA jusqu’à créer une crispation énorme qui a abouti à une décision dommageable de reprise en main centralisatrice grossière (mais inévitable) quelles sont-elles? Où sont-elles et d’où viennent-elles? Sont-elles toujours là ou ont-elles quitté ce parti?
Cela, il serait extrêmement intéressant de le savoir pour pouvoir envisager l’avenir du NPA à court terme. Si ce noyau purulent de petite-bourgeoisie réactionnaire bien-pensante est resté dans le NPA et a conquis davantage de positions, c’est dramatique pour l’avenir de ce parti. Si en revanche, ce congrès a été l’occasion de trancher dans le vif les positions avancées de l’hydre nationaliste et républicaine, alors tant mieux, il se passera peut-être quelque chose au NPA encore une fois.
* Le Parti de Gauche (nous parlerons du "Front de gauche" ensuite), alors, est-il à même de prendre une quelconque relève d’organisation vis-à-vis de ces couches sociales et de ces classes qui ont quitté le PC et le PS, ou que le PCF a "manquées"?
Le Parti de Gauche fait très bien semblant de pouvoir assumer cette relève. Mais la réalité c’est qu’il ne le peut pas. Il le peut encore moins que le NPA. Ceux qui quittent le NPA pour aller au Parti de Gauche sur ce motif font donc doucement rigoler.
Il ne le peut pas pour une raison simple qui est inscrite dans sa fondation soi-même : il ne le voudra pas, et c’est son socle sociologique, de classe, qui va l’en empêcher.
Ce parti est en effet né en étant dès l’origine un parti d’élus d’une part (et d’élus ex-PS ex-PC ou ex-Verts, ce qui en dit long sur son "assise populaire"), mais aussi de cadres syndicaux bureaucratisés (tous les cadres syndicaux ne le sont pas) et enfin, d’universitaires ou de chercheurs. Voilà la composition sociale majoritaire du Parti de Gauche dont la plupart des cadres sont en outre déjà des "quinqas" vieux "routiers" de la politique politicienne, quasi exclusivement blancs, et toutes et tous français, par naissance ou par naturalisation.
D’autant que les verrous idéologiques puissants sont d’ores et déjà à l’oeuvre : il s’agit du républicanisme dans sa forme la plus réactionnaire issue de la troisième république (république qui, rappelons-le, est née en réprimant dans le sang la Commune et a fini dans les cendres nauséabondes de la collaboration et du pétainisme) et d’une forme de nationalisme laïcard (qui ne signifie pas "laïque"), importé avec ceux qui les professent et qui ont bâti ce parti, sans parler de la course éperdue et avouée à un "renouveau social-démocrate" perdu d’avance en l’absence d’assise ouvrière et "populaire".
J’ajoute que si le financement et les bases matérielles et militantes du NPA sont relativement transparents et viennent en grande partie de feu la LCR (et de ses satellites), on ne peut pas en dire autant pour le Parti de Gauche dont on ne sait pas dire ce qu’il doit au PCF et ce qu’il doit au PS...Il est donc assez simple ( beaucoup plus simple que pour le NPA, serai-je tentée de dire) de voir comment va évoluer ce parti si on veut ouvrir les yeux.
* Le Front de Gauche, envisagé comme le "rassemblement" du PCF du Parti de Gauche et de deux ou trois autres petits groupuscules sera-t-il cette voie nouvelle?
D’aucuns le pensent, qui attendent de pouvoir adhérer directement à ce Front de Gauche et de pouvoir hâter sa transformation en parti à part entière. Je leur souhaite bien du plaisir. si une telle chose devait advenir (ce qui est rien moins que sûr), cela naitrait sur le pire compromis possible de la petite-bourgeoisie contre la majorité du prolétariat, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus poussées à leur paroxysme.
* Je ne parlerai pas ici de la FASE ni de la Gauche Unitaire, micro-rassemblements plus proche du groupuscule que du parti politique qui n’ont été créés que pour servir une poignée d’ex-élus ou d’élus ou de bureaucrates en "attente" de plate-forme partisane plus "conséquente" pour leurs appétits... Ce n’est pas par leur taille, réduite, qu’ils sont inintéressants, c’est la conjonction de leur taille, de leurs objectifs, de leurs "cadres", oui porte-paroles, et de leurs expressions "politiques", qui les rend périmés avant même d’être réellement nés.
3.3 Par quels moyens et sur quelles bases les communistes peuvent-ils reconstruire une organisation et travailler à la conquête idéologique?
Le challenge pour les communistes, dans leur quête de construction d’une nouvelle organisation politique, est donc à plusieurs niveaux.
Et ce défi, c’est celui des communistes mais à travers eux, (qui ne sont finalement que des exploités plus conscients que d’autres de l’être, et plus désireux que d’autres de ne plus être soumis), à travers eux, c’est le défi d’un peuple, du peuple -classe, et de la perspective révolutionnaire.
Ce défi, il est d’abord, me semble-t-il (mais je suis loin d’être la seule à le penser), de travailler à la CONSTRUCTION (et non à une hypothétique "REconstruction") d’une organisation politique propre aux communistes, et à retravailler à "l’outil-parti".
Puis, et dans le même temps, au sein même de l’organisation d’un mouvement politique plus vaste où ce nouveau parti ou rassemblement trouverait sa place, de permettre enfin ces alliances nouvelles, entre certaines couches sociales et certaines fractions de classe dans leur diversité telles que définies plus haut, à savoir, pour résumer, la majorité des "exploités".
Or, comment permettre ces alliances autrement qu’en commençant par construire plus ou moins localement des socles populaires de cette alliance (il va de soi que toutes les tentatives de construction "entre partis" sont à proscrire! Ce sont les seules tentées dernièrement, on voit où elles mènent)?
De définir ensuite ce qui peut permettre l’alliance de ces classes et de ces sous-couches : va-t-on s’en tenir à la énième promesse de se "partager le gâteau du pouvoir républicain" ou va-t-on avoir autre chose à proposer, et dans ce cas, quoi?
De se donner les moyens, également, dans cette alliance, d’assurer l’hégémonie du prolétariat le plus exploité sur le reste de ses partenaires (nullement en les dupant ou en les trahissant mais en se donnant les moyens concrets et en les mettant face à leurs contradictions qui les obligent à choisir leur camp).
Et ce de façon ni autoritariste, ni consumériste.
Par la même occasion, de faire tout notre possible pour porter les contradictions internes à la bourgeoisie et à ses alliés objectifs à leur paroxysme en réalisant, justement, ces alliances non encore abouties dans la lutte contre le capitalisme, et en politisant le prolétariat, c’est à dire en l’aidant à se constituer comme force politique dominante dans "le peuple".
Il me semble que certains chantiers sont plus urgents et aussi plus à même que d’autres de se prêter à ces constructions aujourd’hui ; je vais en lister quelques-uns.
J’en vois trois groupes principaux.
3.3.1.
Ceux qui portent sur le salaire et les conditions de travail bien-sûr, notamment sur les luttes pour la préservation et le développement de la qualification professionnelle (contre le "salarié interchangeable et jetable" mais aussi, contre la division du travail telle que nous la connaissons). Ce chantier doit être l’occasion de remettre au cœur des débats la question de l’abolition du salariat (ce que nombre de camarades syndiqués n’ont jamais cessé de présenter comme une exigence d’ailleurs). De même qu’il nous faut réfléchir sur la politique dite de "sécurisation", la mise en place de nombreux moyens et systèmes "d’atténuation" des "méfaits du capitalisme"...
Puis, (et sans ordre de "préférence" ais sans exclusive non plus), ceux qui portent directement sur les conditions de vie matérielle, d’une part, et ceux qui portent que les conditions de vie sociales et spirituelles permettant de combattre pour les droits "matériels" d’autre part.
Dans ces deux derniers groupes de luttes cités, je donne trois "sous-groupes fondamentaux" dans chaque groupe :
3.3.2
la lutte pour un droit au logement effectif pour tous et donc, la lutte contre le capitalisme foncier et immobilier.
C’est le militantisme pour le plafonnement des loyers et l’interdiction de la propriété immobilière spéculative ou au titre de la plus-value, mais aussi, le droit de réquisition populaire et la défense des occupations qui doivent être au cœur des combats.
la lutte pour la défense, l’extension et la pérennisation de la Sécurité Sociale, pour une santé gratuite et de qualité.
La lutte pour son financement (qui implique donc une remise en cause de la destination de l’impôt public), et pour son extension au plus grand nombre, en lien avec le travail, qu’il soit déclaré ou pas.
Il est parfaitement anormal et aberrant que des travailleurs immigrés, dont le système d’Etat organise la clandestinité et donc la précarisation et donc, la surexploitation, se fassent exploiter, sans avoir le droit de se faire soigner au même titre que tous les travailleurs français.
la lutte pour le droit à une nourriture savoureuse, suffisante, non pathogène et la moins écolo-agressive possible, pour tous.
La préservation de l’environnement, de la faune, de la flore, est aujourd’hui intimement liée à celle de notre santé immédiate, et vice-versa. Et là encore, il y a à mettre en lumière le rôle et les mécanismes particuliers du capitalisme, pour mieux le combattre.
3.3.3
la lutte contre le racisme et la xénophobie, impliquant, notamment, la régularisation des travailleurs sans-papiers sur notre sol, ainsi que la lutte contre une forme de communautarisme religieux d’une part, lutte qui n’a de sens que couplé à la lutte contre la stigmatisation (corrélative) de certaines parties de la population en raison de leur religion, d’autre part.
la lutte pour la liberté la plus absolue d’expression, à commencer sur les lieux d’exploitation, mais aussi dans les espaces publics.
Mais également, la lutte contre la criminalisation des combats politiques et syndicaux, et contre toute forme "d’état policier" que se soit dans les rues ou sur le net, et évidemment, dans le cadre de la solidarité internationale.
De nombreux foyers locaux de résistance et solidarité sur ce point sont déjà créés sur ce sujet.
la lutte pour le partage et la propagation de l’Amour du Savoir (y compris et surtout "inutile" et "non directement productif") et de la possibilité de la connaissance pour tous, ce qui va bien au-delà de la que le question de l’"éducation nationale" d’ailleurs, pour poser la question d’un véritable service public des enseignements et de la transmission des savoirs, tant "fondamentaux" et techniques que littéraires et artistiques, et du développement de quelque chose que l’on pourrait appeler "la culture".
Si nous parvenons à construire une organisation "à plusieurs strates" qui atteint ces buts, qui les développe dans un projet politique au sens le plus beau et le plus fort du terme, appuyé par un programme économique qui les mette en œuvre (y compris de façon très locale pour commencer), sans jamais bien sûr, perdre de vue l’objectif communiste, et si nous parvenons à la faire vivre au-delà de nos intérêts immédiats, alors nous-mêmes, peut être, mais plus sûrement, nos enfants et petits-enfants auront-ils une chance d’être à peu près armés quand se présentera à eux une situation possiblement révolutionnaire.
Ce qui pourrait arriver assez rapidement à l’échelle de l’humanité.
lundi 31 janvier 2011
Extraits "La crise des dictatures; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
Je me permets de vous adresser ces quelques extraits tiré du livre de Nicos Poulantzas "La crise des dictatures - Portugal, Espagne, Grèce", publié chez Maspero en 1975, et complètement dans l'actualité.
En fait, il aurait fallu tout recopier ou presque, mais cela m'était impossible (j'ai déjà passé tout mon dimanche après-midi à recopier tout ce qui suit pour que cela puisse circuler, nous nourrir, et faire débat).
J'ai donc fait des choix (je n'exclus pas de recopier d'autres passages plus tard avec un peu de temps) et des coupes. J'ai essayé de faire en sorte qu'en général ces "coupes" portent sur les éléments chiffrés ou factuels et de faire en sorte de ne pas "dénaturer" l'idée générale du livre, ou du passage cité.
Mais enfin, cela m'a semblé urgent de le re-publier par les voies électroniques et en accès libre, intéressant et instructif, et pas seulement pour ce que cela dit des évènements actuels en Tunisie et en Egypte bien sûr.
Mais aussi pour ce que cela dit d'une certaine manière d'analyser. De l'analyse de classes et des couches sociales ,analyse dont nous avons souvent perdu l'habitude, et surtout, de la méthode d'analyse et des concepts-outils utilisés; notamment la notion d'hégémonie gramscienne, travestie récemment par Sarkozy et Soral, qui était très chère à Poulantzas et sans laquelle on ne peut pas le comprendre ( le comprendre comme un "révolutionnaire véritable", lui dont les "opposants" plutôt néo-staliniens comme Balibar au sein du PCF ont si souvent disqualifié les travaux en insinuant qu'il était "réformiste " ou "social-démocrate", parce que Poulantzas n'a eu de cesse de s'interroger sur la question de la transition au socialisme...).
"Détesté" par la plupart des néo-trotskistes comme des néo-staliniens (pour des raisons évidemment différentes), Poulantzas, ( marxiste en réalité très marqué par Lénine ), que j'ai découvert avec des frissons l'an dernier, est je crois, un penseur et analyste marxiste majeur du 20ème siècle trop injustement (et malheureusement) méconnu ou méprisé dans le "mouvement communiste français".
Pourquoi "majeur"? Parce qu'il analysait des éléments économiques et politiques concrets, chiffrés même, avec des concepts et des outils mentaux "faits pour nous", mais éprouvés par l'histoire, et qu'il en tirait des "conclusions" politiques lumineuses (avec lesquelles je ne suis pas tjs en accord, je précise, mais qui ne peuvent qu'amener à des débats de qualité), pour tendre toujours vers sa voie, la nôtre, la révolution.
Ce n'était pas un idéaliste, il maniait magnifiquement, avec clarté, et intelligibilité, le rapport permanent faits/théorie/praxis. Il savait qu'on ne bâtit pas une situation possiblement révolutionnaire avec ce que l'on aimerait que les choses ou les classes soient, mais avec ce qu'elles sont en réalité dans un moment et un contexte donné et qu'il importe d'abord de pouvoir SAVOIR pour POUVOIR, comme disait Lénine. La réflexion comme guide à l'action. Sans toutefois jamais céder à la facilité répugnante qu'ont certains de "tordre la dialectique" pour en faire un prélude au renoncement et à la collaboration de classe. Il a, je crois, quelques héritiers, rares, de par le monde, mais dont les travaux ne peuvent hélas plus jouir de la même "popularisation".
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pp 37 à 44
Chap. "Les dictatures, les Etats-Unis et l'Europe"
Après ces remarques, qui visaient à la fois à montrer le primat des "facteurs internes" sur les "facteurs externes", et à baliser le rôle des contradictions internes au sein même des appareils de ces dictatures dans leur renversement ou leur pourrissement, il convient d'évoquer la stratégie propre des Etats-Unis à l'égard de ces régimes.
Là aussi, il faut se garder d'explications simplistes: tout d'abord, et c'est trop évident pour qu'on y insiste, les Etats-Unis ont systématiquement et constamment soutenu ces régimes militaires; dans le cas grec, ils ont même joué un rôle éminent dans son instauration. Mais il serait faux soit d'en tirer la conclusion que le renversement ou le pourrissement s'est fait et se fait en dépit ou contre la "volonté" des Etats-Unis, soit, à l'inverse, qu'il est fait ou se fait à l'instigation directe des Etats-Unis. En raison des circonstances dans lesquelles le changement de régime a eu lieu, cette dernière erreur a été particulièrement commise à propos de la Grèce: de nombreux secteurs de l'opinion publique européenne y ont vu un Kissinger expédiant un KAramanlis en Grèce afin de démocratiser un régime devenu encombrant, le parti communiste grec de l'extérieur et A. Papandréou ayant, pendant les premiers jours, vu là eux aussi le doigt des Américains, mais qui auraient cherché à perpétuer le "monarcho-fascisme" sous une autre façade.
Ces explications négligent le poids spécifique des facteurs internes; mais, surestimant le rôle des États-Unis, elles se trompent également sur le sens de la politique américaine.
1. Il y a certes, une stratégie globale des Etats-Unis dans la phase actuelle de l'impérialisme, mais il n'y a pas une tactique des Etats-Unis, il y en a bel et bien plusieurs.
LEs Etats-Unis ont acquis une longue expérience dans la répression des peuples et dans leur rôle de gendarme des bourgeoisies occidentales: ils ne mettent pas tous leurs oeufs dans le même panier et en fait de stratégie, ils ne misent pas sur une seule carte.
En fait, les Etats-Unis gardent toujours plusieurs cartes en main. Bien entendu, toutes les cartes ne sont pas pour eux équivalentes et ils en préfèrent certaines à d'autres, bien que souvent, ils les jouent simultanément. Mais cela veut dire que leur stratégie peut s'adapter à plusieurs solutions dans les pays de leur zone de dépendance.
Cela est net dans le scénario qui s'est joué en Grèce, mais également jusqu'ici au Portugal, ou qui se joue actuellement en Espagne. En Grèce, et par ordre de préférence pour les Etats-Unis:
-soutien presque jusqu'à la fin, à la dictature militaire, qui pourtant, sous ses formes et en raison de son pourrissement, devenait un cheval de bataille de moins en moins sûr;
- solution d'une évolution de la dictature vers une façade "légale" qui a échoué sous Markezinis-Papadopoulos en 1973, mais qui aurait pu être rééditée;
- solution d'un changement politique plus important, mais où l'appareil militaire continuerait à maintenir des "domaines réservés";
-solution Karamanlis;
- solution Kanellopoulos, homme de droite libéral bien plus ouvert aux organisation de résistances que Karamanlis;
- solution d'un gouvernement de transition sous l'égide du centre, à caractère vaguement social-démocrate de droite, du genre actuel en Allemagne, etc.
Des scénarios analogues peuvent être écrits en ce qui concerne le POrtugal, du soutien au noyau dur de la dictature à un caetanisme à façade libérale, jusques et y compris une certaine forme de spinolisme ou de gouvernement centriste (voir même l'ambiguité actuelle de la politique américaine à l'égard du POrtugal), et l'on pourrait en dire autant de l'Espagne et des solutions qui s'y dessinent.
Toutes ces solutions, il est vrai, ne sont sont soutenues par les États-Unis ni avec la même intensité, ni avec la même constance, ni par les mêmes moyens: leur attitude, face à la multiplicité des solutions "acceptables" possibles, passe des divers degrés de soutien à l'acceptation plus ou moins passive des solutions qu'ils considèrent comme un "moindre mal" - jusqu'au point de rupture, certes.
Mais cela montre qu'il serait fort simpliste de considérer que tout changement qui, dans les pays dépendants, ne dépasse pas le point de rupture est dû ou correspond à une volonté consciente et univoque des États-Unis. Dire par exemple que, en Grèce, la solution Karamanlis correspond à la "volonté" des Etats-Unis est à la fois vrai et faux, dans la mesure où elle ne représentait pour eux qu'une carte parmi d'autres, à la fois en retrait et en avance, dans l'ordre de préférence, par rapport à d'autres.
Cette tactique polyvalente des Etats-Unis, que l'on doit par ailleurs rapprocher de la tactique semblable des bourgeoisies en général concernant les formes de leur domination politique sur les masses populaires (le cas extrême, par exemple, des gouvernements social-démocrates, solution poursuivie ou simplement tolérée par les bourgeoisies selon les circonstances), présente à la fois des avantages et des inconvénients pour eux. Des avantages: elle permet la perpétuation de leur domination sous des formes diverses, adaptables aux circonstances concrètes. Des inconvénients: à force de démultiplier les tactiques, et étant donné l'importance du poids des facteurs internes de chaque pays et au premier chef des luttes de leurs masses populaires, les risques de dérapage et de perte de contrôle de telle ou telle solution, originellement jugée comme acceptable ou même souhaitable, se multiplient.
Il arrive alors fréquemment, dans la phase actuelle de montée des luttes au niveau mondial, que, à des degrés divers, des cartes leur échappent. C'est ce qui nous importe particulièrement ici, car la perte de contrôle est nette, pour les Etats-Unis, dans le cas du Portugal, et le dérapage s'est aussi produit, dans une certaine mesure avec Karamanlis dans le cas de l'affaire chypriote.
A cela s'ajoute un deuxième élément, quant à la stratégie mondiale des Etats-Unis. Il concerne l'extension du spectre des solutions jugées acceptables ou tolérables pour tel ou tel pays, dans une région du monde, notamment en Europe. Cette extension dépend, pour un pays déterminé , des possibilités de rattrapage offertes ou non par les autres pays de la même zone. Cela apparaît nettement dans l'affaire de Chypre: après l'échec de la carte grecques des colonels pour un partage de l'île qui l'intègrerait à l'OTAN, c'est la carte turque qui a été jouée, avec succès cette fois, par les Américains, de telle sorte que le partage de l'île, principal but recherché, semble déjà de toute façon, chose pratiquement faite. En ce qui concerne notamment la question de l'OTAN et des bases américaines dans le bassin méditerranéen, le degré d'escalade des Etats-Unis contre des régimes qui peuvent mettre en cause leurs privilèges régaliens dépend des possibilités de déplacement de leurs bases dans des pays avoisinants.
Cela explique, entre autres, le fait que, après les évènements du Portugal et de la Grèce, avant même ceux, prévisibles à brève échéance en Espagne, c'est vers l'Italie que se déplace la stratégie des Etats-Unis - sans que cela veuille dire, loin de là, que ceux-ci ont déjà tiré un trait sur le Portugal ou la Grèce!
2. Cette pluralité de tactiques des Etats-Unis n'est pas due simplement à une attitude consciente de leur part: elle tient également aux contradictions même du capital américain. En effet, une autre façon de surestimer l'ennemi consiste à sous-estimer ses contradictions internes. Le capital américain internationalisé et les grandes firmes multinationales américaines connaissent des contradictions importantes avec les fractions de ce capital à base d'accumulation et d'expansion, principalement à l'intérieur du pays; d'où une oscillation de la politique américaine entre un expansionnisme agressif, qui l'emporte constamment, et une tendance permanente vers une forme d'isolationnisme. Une autre contradiction existe, qui ne recoupe pas purement et simplement la première, entre grand capital monopoliste et capital non monopoliste, encore important aux Etats-Unis: elle se manifeste, entre autres, par la forme particulière de fonctionnement des lois antitrusts aux Etats-Unis qui, dernièrement encore, ont mis en difficulté des firmes multinationales de sinistre réputation comme les ITT ou les ATT. Etant donné la forme de régime propre aux Etats-Unis, ces contradictions internes se traduisent en contradictions importantes au sein des appareils d'Etat. C'est là un cas original de "fascisme extérieur", c'est à dire d'une politique extérieure qui, le plus souvent, n'hésite pas à recourir aux pires génocides, pourtant incarnée par des institutions qui, loin de représenter certes, un cas idéal de démocratie bourgeoise -on n'a qu'à penser, entre autres, à la situation des minorités sociales et ethniques aux USA - n permettent néanmoins une représentations organiques des diverses fractions du capital au sein des appareils et des branches de l'appareil d'Etat. Un tel régime, s'il est fondé sur une véritable union sacrée de la grande majorité de la nation sur les objectifs politiques principaux (union sacrée sur laquelle il y aurait beaucoup à dire), s'accompagne nécessairement de contradictions constantes et ouvertes au sein des appareils d'Etat.
Ces contradictions s'expriment précisément dans les tactiques divergentes et simultanées des divers appareils d'Etat des Etats-Unis, en matière de politique extérieure. LA CIA, le Pentagone et l'appareil militaire, les Affaires étrangères, l'Exécutif -l 'administration- et le Congrès adoptent souvent des tactiques différentes: on l'a vu, on le voit encore, pour la Grèce, le Portugal et l'Espagne. Qui plus est , ces tactiques sont parfois parallèles, suscitant des réseaux eux-mêmes parallèles qui s'ignorent ou même se combattent les uns les autres. Le cas de la CIA et du Pentagone court-circuitant littéralement le département d'Etat dans l'affaire chypriote, ou plus récemment, au Portugal, offre un exemple caractéristique de ces pratiques. Ces contradictions ont aussi leurs effets propres, et les risques de dérapages s'en trouvent accrus d'autant. (....)
Toutes ces remarques conduisent en définitive aux mêmes conclusions: non seulement les facteurs internes des divers pays de la zone d'influence des Etats-Unis jouent le rôle principal dans les diverses conjonctures mais les interventions mêmes de la politique extérieure des Etats-Unis, en raison des tactiques polyvalentes et des contradictions qu'elles cristallisent, laissent à ces pays une marge de manœuvre tentant, en dernière analyse, aux contradictions propres de l'adversaire.(...)".
*******
pp.45 à 68
Chap. "Les classes dominantes"
La question essentielle dans le renversement des régimes dictatoriaux au Portugal et en Grèce, dans les modifications qui s'annoncent en Espagne est: quel rôle exactement ont joué les facteurs "internes"? plus précisément, de quelle façon les facteurs dits "externes", concernant les modifications de la phase présente de l'impérialisme, se sont reproduits et intériorisés au sein même des structures économico-sociales et politiques de ces pays?
Le premier point concerne les modifications au sein des classes dominantes de ces pays. Il faut rappeler ici les remarques à propos des nouvelles formes de dépendance caractérisant, pour certains pays dépendants, leurs rapports au centre de l'impérialisme: d'une part, destruction , en raison des formes que revêtent les importations actuelles de capitaux étrangers au sein de ces pays, des modes et formes de production pré-capitalistes; d'autre part, le processus d'industrialisation dépendante de ces pays en raison de la tendance, au seins du procès actuel d'internationalisation de la production et du capital, du capital étranger à s'investir dans des secteurs du capital industriel directement productif.
Cela permet l'émergence ou le développement dans ces pays d'une nouvelle fraction de leurs bourgeoisies, ce qui est très net en Grèce et en Espagne et, à un moindre degré au Portugal: fraction que j'ai appelée ailleurs "bourgeoisie intérieure". (...) Ces bourgeoisies ne se limitent d'ailleurs pas au seul domaine industriel, elles s'étendent aux domaines qui dépendent directement de ce processus d'industrialisation: transports, circuits de distribution des biens (capital commercial), ou même à celui des divers services (tourisme notamment). Ces bourgeoisies se distinguent des anciennes fractions de la bourgeoisie par la complexité nouvelle de leurs rapports avec le capital étranger.
Tout d'abord, elles se distinguent de la bourgeoisie compradore (parfois désignée sous le terme d'oligarchie) celle dont les intérêts sont entièrement subordonnés à ceux du capital étranger, et qui fonctionne, en quelque sorte, comme relais et intermédiaire direct pour l'implantation et la reproduction du capital étranger dans ces pays. L'activité de cette bourgeoisie compradore a souvent un caractère spéculatif, elle est concentrée dans les secteurs financiers et bancaires commerciaux mais peut aussi se retrouver dans le secteur industriel dans des branches entièrement dépendantes et subordonnées au capital étranger. (...)Du point de vue politique, cette bourgeoisie est le véritable support et agent du capitalisme impérialiste étranger.
En revanche, la bourgeoisie intérieure, tout en étant dépendante du capital étranger, présente des contradictions importantes avec lui. tout d'abord parce qu'elle est sevrée dans le partage du gâteau de l'exploitation des masses: le transfert léonin de la plus-value se fait à ses dépens et en faveur du capital étranger et de ses agents, la bourgeoisie compradore. Ensuite parce que, concentrée principalement dans le secteur industriel , elle est intéressée à un développement industriel qui soit moins polarisé vers la mise en coupe réglée du pays par le capital étranger, à une intervention de l'Etat qui lui assurerait des chasses gardées, à l'intérieur, mais qui la rendrait aussi plus compétitive face au capital étranger; elle souhaite une extension et le développement du marché intérieur par une certaine élévation du pouvoir d'achat et de consommation des masses qui lui offrirait plus de débouchés; elle recherche enfin une aide de l'Etat qui lui permettrait de développer ses exportations.(...)
Quoi qu'il en soit, on voit bien que la distinction entre bourgeoisie intérieure et bourgeoisie compradore ne renvoie pas à une distinction simpliste entre une bourgeoisie "enfermée", "isolée" dans son espace national et une bourgeoisie internationalisée, bref à une distinction spatiale, mais au procès d'internationalisation du capital. (...)
Quoi qu'il en soit, ces raisons expliquent un fait capital: dans le contexte de ces régimes dictatoriaux, il s'est progressivement dégagé une convergence conjoncturelle et tactique des intérêts de la bourgeoisie intérieure, d'une part , de ceux de la classe ouvrière et des masses populaires d'autre part, avec pour objectif le remplacement de ces régimes par des régimes "démocratiques".
Ce fut la convergence essentielle, même si elle implique, comme base de compromis, une certaine limitation des privilèges régaliens détenus jusque là par les capitaux étrangers et la bourgeoisie compradore (...)
Ainsi les évènements en Grèce et au Portugal (on le verra dans un instant) mais aussi ceux qui sont en train de survenir en Espagne, loin de prouver, comme on le dit parfois, les possibilités d'une alliance stratégique des masses populaires avec les fractions de la bourgeoisie, sur la base d'un processus de libération nationale et de transition au socialisme (comme s'il s'agissait de réelles bourgeoisies nationales), prouvent exactement le contraire. Non seulement il ne s'est pas trouvé - c'était à prévoir- de fractions de ces bourgeoisies susceptibles d'appuyer un processus de transition au socialisme, mais il ne s'en est pas trouvé, tout au moins jusqu'aujourd'hui, qui fussent prêtes à appuyer ne serait-ce que des objectifs anti-monopolistes de type Programme Commun (...)
Mais d'un autre côté on constate dans les pays qui nous occupent un phénomène capital, qui tient précisément à leurs particularités, à savoir, pour l'essentiel, à la forme de régime de dictature qui y sévissait ou qui y sévit: une véritable alliance tactique de larges secteurs de la bourgeoisie et des forces populaires s'y est bel et bien originellement constituée ou s'y constitue, mais sur un objectif précis et limité, qui fut le renversement des dictatures militaires et leur remplacement par des régimes "démocratiques" Rappelons en outre l'élément particulier à ces pays: ce sont précisément les secteurs monopolistes de la bourgeoisie intérieure qui ont été les fers de lance de son opposition progressive à ces régimes, entraînant avec eux les secteurs du capital non monopoliste.
Là un premier problème se pose - à vrai dire, secondaire: les organisations principales de résistance des masses populaires, en particulier les partis communistes, ont-ils eu raison d'accepter, comme ce fut le cas pour tous, uen alliance avec les bourgeoisies intérieures, soit ouvertement formulée, soit de fait, avec pour objectif précis et limité le seul renversement de ces régimes. LA réponse est incontestablement affirmative. Pour abattre le fascisme, comme le disait justement Trotsky, il faut s'allier même avec le diable. Ce qu'il faut bien voir, c'est que progressivement, au sein de la majeure partie de la résistance, les divergences ne portaient plus guère, à cet égard sur le point de savoir si nous devrions faire une alliance tactique, mais si nous pouvions la faire, c'est à dire, si nous n'étions pas en train de courir après des fantômes: la bourgeoisie intérieure pouvait-elle être un allié ne serait-ce que sur cet objectif précis et limité, autrement dit, ses intérêts la portaient-ils bien vers un renversement du régime? La réponse était loin de paraître évidente à tout le monde. Les faits ont montré que, dans la conjoncture de ces pays, c'était bel et bien le cas.
Le deuxième point es autrement plus important, et je le signale dès maintenant: sous l'hégémonie de qui cette alliance se fait-elle? Inutile de se voiler la face: dans la conjoncture de renversement de ces régimes, elle s'est faite ou se fait sous l'hégémonie de la bourgeoisie intérieure, soit de façon nette, directe (Grèce, Espagne) soit pour le moment encore mais sous d'autres formes et de façon autrement plus hésitante et contestée (Portugal). Cela veut dire en clair que, même si cette bourgeoisie n'a pas la direction effective des luttes, et même si le renversement des régimes favorise considérablement les luttes, présentes et futures des masses populaires, le processus se développe jusqu'ici, dans une large mesure sinon pour l'essentiel, au profit de ses intérêts politiques. Corollaire inévitable: il n'y a pas eu de télescopage du processus de démocratisation et d'un processus de transition au socialisme et de libération nationale.
Ce qui, à son tour, pose une autre question: ce télescopage était-il ,dans la conjoncture mondiale et les données objectives de ces pays, seulement possible, ou alors -en revanche, et pis encore- l'enclenchement du processus de démocratisation ne devenait-il possible que dans la mesure précisément ou ce télescopage (c'est à dire l'économie d'une étape propre de démocratisation) était exclu? Autrement dit, en termes politiques, dans l'articulation, au sein de ces pays des contradictions dépendance impérialiste/libération nationale, capitalisme/socialisme, dictature/démocratie, n'était-ce pas bel et bien cette dernière contradiction qui, en raison d'une part des nouvelles réalités de classe qu'elle recouvrait, d'autre part de l'échec relatif de la classe ouvrière et de ses organisations dans leur rôle hégémonique au sein de cette conjoncture, devenait progressivement la contradiction principale pour les débuts du processus de démocratisation? (...)
Il est évident que cette démocratisation est autrement plus radicale si elle se fait - même sans télescopage de "l'étape démocratique" et de "l'étape socialiste"- dans un processus prolongé et ininterrompu par étapes, sous l'hégémonie et la direction effective de la classe ouvrière. Autrement dit, les formes de régime "démocratique" qui remplacent les dictatures risquent de rester longtemps hypothéquées par la façon dont ces régimes sont renversés. Hypothèque qui pèse encore pour l'instant sur le mouvement ouvrier: si le renversement de ces régimes est, ou sera, une conquête, considérable à plus ou moins long terme, du mouvement ouvrier, il est en même temps, il ne faut pas se leurrer, une victoire de cette bourgeoisie qui, en quelque sorte, en sort provisoirement renforcée. Situation qui contribue à l'instabilité caractéristique du processus de démocratisation dans ces pays."
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