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jeudi 23 juillet 2009

BOUDICCA, "Les nègres et les bicots"...


de Boudicca

"Le père est déjà fin bourré.

Il doit être environ 17 h 30...

C’est comme ça depuis qu’il s’est fait plumer par son banquier, qu’il a perdu toutes ses économies, et, comble de la tragédie, qu’il a perdu son travail, à 54 ans, sans plus jamais en retrouver...

Sa deuxième femme s’est barrée avec les mômes ; sa maison, dont les travaux de rénovation étaient à peine terminés, a été saisie pour payer ses dettes, et le voilà revenu chez la vieille, sa mère, sous sa coupe, dans cette ferme maudite, branlante, boueuse, dans ce trou enfoncé dans la forêt, dont toute sa vie il a voulu effacer la poisse, la malchance, l’odeur...

Depuis ce jour là donc, il boit, plus qu’il n’a jamais bu, jusqu’à sombrer.

Son fils aîné est devenu un "partageux" ce petit con.

Ça lui suffisait pas d’être pédé, en plus, le v’la communiste qu’y dit...Quelle poisse...

La vieille a drôlement tourné son nez quand elle l’a appris, vainon.

Et le paternel tiré une sacrée gueule.

Des cocos dans la famille !

Ah, elle est bonne celle-là !

Il a vraiment pas de bol ce week end, parce qu’en plus de tout son quotidien, de son fiston, sa cadette lui a ramené le portugais avec qui elle fricotait comme futur gendre...

Mais crevez-vous donc la paillasse à les élever, les éduquer, à leur offrir ce que vous n’avez jamais eu, vous, bordel, et voilà ces imbéciles heureux, ce qu’ils font de leur bonne situation...

Ils vous ramènent des rastaquouères !

Ils militent chez les communistes !... Les communistes, nom de Dieu de merde !!!!

Il a le sang qui bouillonne le daron, il reprend un coup de sa picrate (c’est pas avec son RMI qu’il peut continuer à se torcher au

Ballantine’s ou au Gruau La Rose...)

Tiens, du bruit dans la cour d’un coup, la cour défoncée, détrempée, que plus personne ne peut entretenir correctement.

Du bruit. C’est quoi?

Ah ben merde alors, v’la deux clébards sortis d’on ne sait où, des sortes de chiens errants, qui semblent avoir décidé de squatter les lieux...

Qu’est ce qu’on fait? Les membres de la famille présents dans la salle commune de la ferme, se regardent perplexes et un peu inquiets...Le temps est à l’orage.

Le père se lève avec peine, la clope au bec, tanguant sur ses deux quilles décharnées par quelques années d’alcoolisme appliqué et l’absence désormais totale d’effort physique, il se tient à la table pour en faire le tour et va zyeuter au carreau.

Ah ben merde.

Il se gratte sa tignasse embroussaillée, ouvre la porte, le sourcil froncé, l’air perdu et féroce.

José, le gendre : "Peut être... qu’on devrait... leur donner à boire?"...

"Hein???? Mais ça va pas toi, espèce de portugalos de mes couilles? ! Occupe toi don’d’tes oignons !" hurle le vieux, furibard. "Ah ben si on s’met à nourrir tous les chiens errants du quartier, bordel, on n’a pas fini, tiens...Faut-y êt’con comme une demie-crouille pour dire des choses pareilles..."

Silence de mort - même les mouches se sont figées on dirait.

Le futur gendre est pâle de rage, suffoqué par la haine immédiate que déclenchent chez les enfants d’immigrés, les insultes racistes, cette haine qui le submerge presque, tiraillé entre son envie primitive de lui défoncer le crâne (vu que l’autre ne tient plus debout, ça serait pas si dur, il pourrait même le finir à grands coups de latte...), et son amour pour Dulcinée.

Il serre les poings, souffle bruyamment l’air que la surprise lui avait bloqué dans les poumons, se retourne, et se casse en tournant ostensiblement le dos au pater : "Tu perds rien pour attendre, sale facho", se dit le lusinophone en son for intérieur....

Plus tard, les chiens errants ayant recommencé à errer, autour de la table, le fils, (oui quoi, le coco, la tarlouze - et son fils préféré en plus, merde !) est là, à boire le canon avec le vieux, pour essayer de le calmer...Le fils regarde ce père autrefois si brillant,architecte, homme à femmes, il regarde la pauvre épave débile qu’il est devenu, avec une pitié mêlée de dégoût.

" C’est quand même malheureux, bon sang... toutes ces études que t’as faites, à Sciences Po, à la fac’ de droit, tous tes talents... tout ça pour que tu finisses...COMMUNISTE..."

partageux"... à aider des feignasses, des crève-la-faim, des bons à rien....des squatters ! - (le fils songe à la situation de son père et se retient de sourire méchamment) - Et ben j’aime pas les flics j’peux t’dire, ça c’est clair, mais j’aime encore moins ces pouilleux qui squattent chez les autres..Et toi, toi...

- ...Quoi "moi"?

-...Ben toi... toi... !!! Tu les aides, toutes ces raclures-là ! Tu manquerais presque d’aller t’faire crever un oeil au flashball pour les défendre, ces loqueteux? !

-... Ben oui. Tous les exploités et les opprimés, tous ceux qui luttent contre la propriété privée, contre le capitalisme, pour se libérer, ce sont des camarades de combat..."

Les mains du père ont la tremblote - il commence à avoir du mal à se servir un énième verre.

"- Vivement que j’aille mieux, que je récupère du fric...

- Bien sûr P’pa...j’imagine...


...Ouais...Comme ça, j’pourrais adhérer au Front National, le soutenir activement...

-...P’pa...t’en es pas sorti de ça encore?

- Aaaahhh çaaaaaa, non mon fils tu vois. Et ça risque pas avec des gens comme vous. Si on vous laisse faire, z’allez nous emmener droit dans le mur.... Vous les gauchos, ou le métèque de l’Est là, le bougnoule

européen...Des dangereux. Les partageux, les rastaquouères, les métèques tout ça...Ah.. Ambroise Croizat, quel génie c’ui-là...j’te jure..Tu connais pas hein chuis sûr...La Sécu, quelle idée à la con...Que des profiteurs qui profitent...

- Ppppffff...Putain... mais P’pa, t’es con à ce point ou quoi?... Tu penses pas à tes enfants? A tes petits enfants? Comment on vivrait, nous, sans Sécu? Et pis la retraite par répartition c’est quand même rudement bien non? T’y penses pas , à nous, quand tu votes pour les projets de société d’un mec comme Le Pen?

- Ben si JUSTEMENT ! ...Ah... mon fils, malheureux, tu te rends pas compte...T’as pas l’expérience de la vie toi (silence) ... LES NÈGRES ET LES BICOTS... (le daron s’est mis à hurler, les yeux exorbités, la bave aux lèvres, au bord de l’apoplexie )...C’est ÇA, le problème de la France. Faut foutre tout ça dehors, NOM DE DIEU !...J’te les attrape par la peau du cou et j’te les fous dans des charters à pleines brassées ! Et ZOU, y rentrent chez eux avec leurs bonnes femmes enroulés dans leurs draps là et tous leurs gosses de toutes leurs bonnes femmes...AU BLED ! Chacun chez soi tiens !"

Le silence retombe, lourd, ahuri...Le père aussi retombe, il s’était levé dans sa diatribe, sous le coup de l’émotion.

Le fils se sert un coup à boire à son tour pendant qu’il observe ironiquement son père se relever péniblement (en essayant de se rasseoir, le daron, complètement plein, a raté sa chaise).

Il connaît trop bien son paternel, et depuis longtemps, son admiration pour Le Pen, sa croyance absurde que tous les problèmes de la France sont liés à "l’immigration massive", à ces "hordes de nègres et de bicots", son soutien de plus en plus affiché et déterminé au FN...

Sa politique de surface, très "premier degré", sa politique de gamin pauvre, sa politique de serf qui n’a jamais été un prolétaire, qui n’a jamais bossé sur une machine, sa politique nourrie de la culture paysanne dont on faisait les jacqueries, peut être, mais pas les révolutions... Malgré ses études, malgré son vernis petit bourgeois pour se décrotter de cette paysannerie familiale individualiste, malgré ses voyages, malgré tout ça...son père est resté un être politiquement débile, un type qui n’a jamais lu, qui n’a jamais été formé, ni pris la peine de l’être, le tout venant de l’électorat de droite et d’extrême droite. Un type qui vénère un phallus vivant mais refuse de voir plus loin que le bout de son nez...

"Ben en tout cas, y’en a, c’est p’t’être des BICOTS, mais toi t’es vraiment un BOURRICOT mon pauvre vieux, si tu crois en ce que tu dis...Ça t’arrange pas la bibine, là-dessus...

- ...Qu’est ce que tu veux dire par là?

- Oh...Rien... chuis déçu au fond. T’es vraiment un pauvre type, P’pa...

-... Hein??? J’te d’mande pardon????? -éructe-t-il.

- Ben ouais.... t’es un pauv’type. Au fond, t’es vraiment pas courageux, quoi...Et pis franchement, t’es pas si malin...Ton Le Pen là, tu crois vraiment d’abord qu’il ferait ce qu’il vous promet, foutre tous les étrangers dehors, fermer les frontières? Mais ducon, réfléchis, c’est son fond de commerce "les nègres et les bicots" ! Il va pas scier la branche sur laquelle il est assise (à supposer qu’il puisse)? ! Non...Soyons sérieux..."

Le paternel a manifestement été touché par ce premier uppercut. Il est devenu tout gris. Ses yeux voilés ont laissé passer la lueur du doute. Le fils a vu cet avantage qu’il prenait, et il va le pousser.

"Nan P’pa, ton problème, mais j’peux comprendre hein, c’est que tu veux pas prendre conscience que t’es pas du bon côté de la barrière. Tu veux pas avaler ça parce que si tu admets ça, c’est pas contre quelques "nègres et bicots" affamés, manipulables, fragiles, que tu vas devoir "te battre"...C’est contre un ennemi bien plus redoutable. Autrement plus sérieux, et dangereux. Un ennemi très organisé. Un ennemi qui a plein plein plein de pognon.... Un ennemi en très très bonne santé, un ennemi qui est partout, lui, et vraiment, qui a de nombreux leviers de pouvoir en main...Un ennemi contre lequel t’auras pas l’aide des flics ni de l’armée pour faire le sale boulot...Alors ouais j’comprends

finalement, t’as fait comme 15 % de nos compatriotes, t’as choisi la facilité...Tu passes tes nerfs sur "les nègres les bicots les pédés" et à chaque fois que tu peux, tu mets un bulletin FN en pensant que tu fais "ton devoir de Français".. C’est plus simple..

- ... Ah bon, dit le vieux, d’une voix mal assurée, hésitante, ah bon? Plus simple que quoi, hein? Et c’est quoi cet "ennemi" Môssieur le communixte, je vous prie?

- ...Les capitalistes, les bourgeois, les patrons, P’pa...

Les héritiers directs, ou indirects, des châtelains qu’ont fait crever grand père à la tâche, devant qui tu devais enlever ta casquette quand t’étais gosse, qu’ils te jetaient même pas un r’gard et t’auraient presque écrasé sur le bas-côté de la route en passant dans leur grosse auto, quand ils visitaient "leurs" fermiers et "leurs" terres...

Ceux qui se servent des immigrés, nos frères prolétaires, pour te dévier de la lutte de classe qu’on DOIT mener, parce que cette lutte les ferait crever eux aussi, tes Le Pen et Lang et compagnie.

Tout ça, les mêmes soutiens de ceux qui ont déjà vendu la France à l’impérialisme allemand entre 33 et 39...les Allemands, tu sais, les Alboches qu’ont violé ta mère quand elle avait 14 ans... Ceux qui continuent, toujours, leurs saloperies contre le peuple... Le peuple...Moi, toi, Dédé, José, maman...

P’pa, noir ou blanc, ou jaune, un patron pour moi c’est un patron, et je les déteste tous pareils...

Amerloque, espingouin, indien, j’m’en fiche bien tiens ! Ils veulent ma peau. Et ça je le sais. Un patron, c’est un patron, un capitaliste, c’est un capitaliste, lui, il n’a pas de patrie.Il n’en veut surtout pas. Nous, les travailleurs, et même moi, oui P’pa, je porte une cravate et une chemise et des belles pompes, mais chuis un travailleur, un PROLÉTAIRE, et bien nous, les travailleurs, on doit pas se laisser diviser par des couleurs... Ton Le Pen, ton Front National, c’est pas des gens de gauche, c’est des gens de droite, ce sont des boutes-en-train, au même titre que les curés et les imams, mais avec d’autres arguments, et ils finiront toujours dans les bras des bourgeois, d’ailleurs la plupart d’entre eux, les chefs, SONT des bourgeois, ou des enfants de bourgeois...."

Le soleil de fin de journée commence à poindre dans la salle commune, éclairant d’une lumière étrange les verres bons marché et graisseux où stagne un fond de bouteille grenat foncé...Toute la famille s’était tue.

Hugo s’était redressé, son visage illuminé, barré d’une grande mèche brune, pendant qu’il haranguait son père, le poing serré et levé..Il avait terminé de vider son sac dans un souffle.. Sans rage, sans colère contre son vieux . Avec la douceur et la fermeté de celui qui sait qu’il a raison.

Et soudain, dans ce silence de cathédrale, au bout de ce souffle, Hugo entonna ce chant ancien et magnifique...

"Debout les damnés de la terre, Debout les forçats de la faim, La raison tonne en son cratère..."

Et soudain encore, malgré lui, comme si son mur de bêtise s’était fissuré d’un coup, et que 60 ans de mensonges et d’erreurs prenaient fin en ce souffle de son fils, le vieux se mit à chialer doucement, laissant les larmes rouler sur ses joues, sans aucune honte, comme une délivrance..."

De : Boudicca - Trouvé sur BC
mardi 21 juillet 2009

mercredi 10 décembre 2008

ALLO LA GAUCHE? Y'A QUELQU'UN? ON NE VEUT PAS PAYER LEUR CRISE!


Adresse aux "partis de gauche" : NOUS NE VOULONS PAS PAYER LEUR CRISE!

Le "peuple" (ces "masses" que vous "les partis de la gauche" prétendez connaître mieux que quiconque) n’est manifestement pas disposé à rester silencieux et courbé partout en Europe...

REGARDEZ.

Bien que nos médias (qui ne reçoivent pas notre soutien dans leurs "luttes" actuelles pour la bonne et simple raison que leurs luttes sont corporatistes et que leurs actions de "résistance" sont timorées et inappropriées ce que nous vivons), bien que nos médias donc, s’assoient de plus en plus nombreux sur le couvercle de l’information des citoyens et des travailleurs (comme eux), pour éviter que ça pète dans tous les sens, l’information internationale réelle commence à filtrer et pas toujours comme le Pouvoir le voudrait.

L’Islande est au bord de la révolution, l’Italie ne connaît quasiment plus une semaine, voire, une journée, sans manifestation plus ou moins importante, l’Espagne s’est embrasée il y a quelques semaines, et la Grèce aujourd’hui semble prendre le relai de toutes ces révoltes à la puissance mille...

En France, où nous avons un des gouvernements d’Europe les plus répressifs et les plus policiers (il faut dire que, mise à part la Russie et V. Poutine ex du KGB, nous sommes les seuls à avoir un gouvernement dirigé par celui qui fut premier flic de France pendant des années), tout a été soigneusement verrouillé et depuis longtemps : médias, police, justice...

Ok, nous le savons, nous avons toutes et tous (presque) manqué de vigilance et de perspicacité quand il le fallait (et je ne parle évidemment pas de mai 2007).

Les directions syndicales, frileuses, ne sont pas assez secouées par une "base" qui se clairsème , qui n’est pas ou mal représentée dans les PME, et qui est souvent mal informée sur la situation réelle du pays, à l’échelle locale, européenne ou mondiale.

Aucun mouvement ne pousse, et lorsqu’il pousse, nul besoin de l’étouffer il est insuffisant, presque impuissant, faute de dynamique unitaire. Et puisque les luttes corporatistes et sectorielles sont encore préférées par de nombreux salariés, ça ne peut pas changer pour l’instant.

Vous les "partis dits de gauche" êtes TOUS totalement condamnables dans votre inaction, dans votre indécision, tout occupés que vous êtes à vos Congrès, AG, "guéguerres" intestines, ou entre eux, ne pensant qu’aux "élections européennes" et encastrés, justement à la fois dans l’Etat bourgeois français ET européen...

S’il avaient eu besoin de ce type d’argument pour se mettre en branle et remplir leur rôle, il faut signaler peut être que "la crise du capitalisme" a commencé il y a bientôt 2 mois et demi.

Que chaque jour apporte son lot de nouvelles désespérantes et révoltantes, directement ou indirectement liées à cette crise : chômage, partiel ou total, délocalisation, précarisation, et toutes les conséquences sociales, humaines, matérielles.

Qu’il ne se passe pas un jour sans que Sarkozy et ses potes ne torpillent l’édifice du Conseil National de la Résistance.

Pas un jour sans qu’il soit fait de plus en plus de cadeaux aux banques (encore 10 milliards ce matin !)...aux plus riches, aux plus protégés...

MERDE ! POURQUOI RIEN NE BOUGE " à gauche"?

Pourquoi vous , les politiques, les élus, les "sommités patentées" soi disant de notre côté, soi disant élus pour NOUS représenter, vous nous laissez, nous, les syndicalistes, les étudiants, les salariés, les associatifs... SEUL-E-S face à tout ce MERDIER? !

Mmes MM Buffet, Besancenot, Aubry, Royal, Dufflot, Mélenchon, Dolez, Laguillier, Thibault, Chérèque et cie...

NOUS, ce fameux "peuple de gauche", VOUS DEMANDONS, à vous qui prétendez incarner "LA GAUCHE" dans son ensemble, de mettre URGEMMENT à la disposition de notre révolte, de notre colère, de notre courroux, les moyens de partis et syndicats qui sont ou furent les nôtres, que nous avons CONTRIBUE à construire, avec nos cotisations, avec notre temps passé, au prix parfois de nos vies...

Que celles et ceux qui peuvent se mettre d’accord le fassent - les autres seront sanctionnés comme il se doit.

Nous sommes des milliers, et peut être déjà des dizaines de milliers, à vous le demander avec de plus en plus d’insistance "dedans" et "dehors" :

Nous devons nous unir contre le capitalisme international, et notamment contre ses représentants en France, dont certains sont ni plus ni moins que des "anciens" d’extrême droite !

Comment traitez vous la présence de gens comme MM Novelli ou Devedjian au gouvernement?

Aucun d’entre vous n’a dit un mot sur les anciennes relations de ces personnes (Occident, Ordre Nouveau etc...) C’est quoi, pour vous, "une erreur de jeunesse"?

Vous avez l’impression de respecter la démocratie et de défendre la république en vous taisant ainsi?

Vous marchez sur toutes celles et ceux qui se sont mobilisés contre ce qu’incarnait Jean Marie Le Pen en 2002 et qui ont même voté, souvent contre leur gré, pour un Chirac , pour s’éviter l’extrême droite au pouvoir.

Aujourd’hui, que dites vous à nous toutes et tous qui avons rejeté avec force cette idée de la France?

Vous ne nous dites rien. Vous ne faites rien. Et même quand vous faites, vous faites "chacun pour soi" , chacun dans son coin.

Les rafles d’étrangers qui vont chercher les enfants jusque dans les écoles, pour Hortefeux et cie, ce sont aussi des "erreurs de jeunesse"? A plus de 45 ans, il n’est pas un peu âgé, le Minsitre de la désintégration, pour faire des "erreurs de jeunesse"?

La destruction des acquis sociaux et des services publics, qui accroit la paupérisation des habitants de notre pays, quelle que soit leur nationalité ou leur couleur, vous la dénoncez à la télé et vous participez le cas échéant à une ou deux manifestations, mais A PART ÇA?

Oui vous "parlez". Mais Où êtes vous, " les partis de la gauche"? Où êtes vous, que faites vous?

La pauvreté qui galope, les pauvres, les misèreux qu’on laisse claquer de froid, crever de faim, on fait quoi ? Une petite manif’ de 1500 personnes ici ou là?

DES MILLIERS de salarié-e-s au chômage total ou partiel, déjà sous payés, qui "casquent" pour les jeux de Bonneto des quelques milliers de milliardaires dans le monde, des "manipulations" de capitaux et de profits qui jettent des familles entières presque à la rue, dans la précarité, l’exclusion sociale ici , oui ,mais partout dans le monde en fait?

Des catégories de notre société stigmatisées (étrangers, jeunes, banlieusards, grévistes etc) pour entretenir un climat social délétère qui crée des "mouvances terroristes d’ultra gauche" qui justifieront encore davantage la police, les drones, l’armée...

Les libertés publiques, individuelles et collectives, chaque jour BAFOUEES. Le délit d’opinion réhabilité, et avec lui, l’embastillement, les lettres de cachet ; l’outrage abusivement manié à tour de bras, la diffamation dépénalisée pour être plus sévèrement appliquée et quoi d’autre encore? !

Que faut-il qu’il se passe pour que vous bougiez et que vous unifiez les luttes populaires et prolétaires?

Vos dissensions et vos calculs en vue de telle ou telle échéance électorale ne nous intéressent plus, ou de moins en moins -

REGARDEZ NOUS, ECOUTEZ NOUS : nous allons de moins en moins voter , même les mêmes militants des partis se démobilisent en pleins congrès. POURQUOI?

Parce qu’aujourd’hui NOUS AVONS TOUTES ET TOUS BESOIN DE VOUS, DE CE QUE NOUS AVONS CRÉÉ ENSEMBLE DEPUIS DES DÉCENNIES ET QUE VOUS N’ÊTES PAS LA.

Accessoirement, dois-je vous rappeler qu’une partie importante d’entre vous bénéficie de subventions publiques qui sont payées par nos impôts et qu’il faudrait songer à justifier à nouveau ces sommes par un vrai travail d’opposition?

ALORS ALLEZ Y, ALLONS-Y - AVANTI !

NOËL NE DOIT PLUS ÊTRE LA "TRÊVE DES CONFISEURS", non, CETTE ANNÉE, NOËL DOIT ÊTRE "LA GRÈVE DES TRAVAILLEURS"

"NOUS NE VOULONS PAS PAYER LEUR CRISE" - le capitalisme a assez tué, assez ravagé, assez exploité, assez dévasté le monde et la majorité des êtres humains pour que nous puissions dire

STOP !

lundi 8 décembre 2008

LE PERE NOEL EST VRAIMENT UNE ORDURE


Voilà c’est bientôt Noël...

Je sais pas vous, moi c’est une période qui m’angoisse. Et particulièrement en ce moment.

Je ne suis pas catholique, donc le sens religieux de la fête m’échappe complètement (pour ne pas dire plus).

Il me reste donc "la tradition" - notion avec laquelle je ne suis pas complètement "à l’aise".

"La culture".

Bof.

Il me restait, à une époque, la famille, les retrouvailles familiales, ce qu’on appelle le bonheur d’être en famille.

Hélas, comme pour nombre d’entre nous, de ce côté, ce n’est pas la joie - entre les décès, les divorces, les maladies, les engueulades, l’éloignement, les problèmes des uns et des autres... Sans compter que, comme vous le savez peut être vous mêmes, depuis mai 2007, certaines relations se sont considérablement dégradées depuis que les uns ont voté Sarkozy et les autres... pas...

Le cousin Hector ne veut plus voir la grand-mère Hortense, la nièce Gudule part en vacances dans la famille de son mari, les enfants de Michèle sont chez leur père cette année, l’Oncle Albert est mort il y a 15 jours, Jean Paul et Marie seraient bien venus, eux, mais "tu comprends, il faut faire 600 km avec 3 gosses depuis que Jean Paul a du déménager pour son boulot", et nous ,et bien nous , dans notre 3 pièces de 50 m2, on ne peut pas les loger, bref, ils n’ont pas les moyens ("est ce que ce ne serait pas plus simple que vous veniez vous?") - et nous non plus...

"On laisse tomber alors? L’année prochaine?..."

Bon...Ok, on laisse tomber.

La dernière chose que je vois pour me motiver, ce sont les enfants, pour qui Noël, c’est... le Père Noël, et sa hotte de cadeaux, le sapin etc.

Ça, ça va. C’est vrai , c’est plaisant. Ils sont tout excités, leurs grands yeux brillent, on a du mal à les tenir en place...Il y a toute la préparation, les boules, les guirlandes, les dessins sur les vitres, les chansons, la fameuse lettre au Père Noël etc...

Seulement voilà, moi ; ça m’angoisse à mort. Et cette année, allez savoir pourquoi, ça m’angoisse encore plus.

Je pense à ma bourse. Je regarde mon compte bancaire.Je fais une fixation sur les dépenses. Ce que va coûter la "bonne bouffe" (même revue à la baisse) ; ce que vont coûter les cadeaux... Je suis frappée par le contraste saisissant entre la platitude ladite bourse (y’a que les impôts des riches et nos salaires qui ont diminué cette année me semble...), et le remplissage des vitrines, la débauche d’appels à la grand’ messe annuelle de la (sur)consommation...

Une énorme boule est en train de cheminer de mon estomac vers ma gorge.

Alors, donc, il n’y aura plus de réunion de famille - c’est la merde depuis que le patriarche est mort, en gros... - bon. (C’est quand même triste, même si une année sur deux, la tante Alberte s’engueulait copieusement avec tous ses frères et sœurs, et que ça tournait à la séance de psychanalyse collective...En fait, ça a du toujours être comme ça, même du vivant du grand-père, sauf que j’étais enfant et je ne le voyais pas.)

Revenons-en aux enfants. Aux vitrines. Aux "courses de Noël". (Rien que le mot m"angoisse dites donc...)

Je ne peux pas m’empêcher de mesurer ce que représentent ces achats : un diktat du système, un appel pressant de la société de consommation à remplir des poches (pas les nôtres) déjà atrocement garnies, en pleien crise du capitalisme, la futilité de la possession de ces quelques trucs pour être plus beau, plus fort, plus séduisant, plus quoi encore? Plus heureux?

Non. Bien sûr.

Inévitablement, je vois le fossé immense entre toutes celles et ceux qui n’ont rien, n’auront rien, et les "autres", que ces autres soient comme moi, (qu’ils peuvent encore un peu) ou qu’ils soient ceux qui ne comptent qu’en milliers d’euros.

Mais pourquoi je flippe comme ça, bon sang de bois? J’ai (encore) un travail et un bon salaire pourtant. J’ai comme tout le monde (moins que certains) des difficultés de fin de mois, mais bon, franchement, ça va...

Je dois bien me l’avouer finalement, l’effet "armée de réserve" et "c’est la ccccrrriisssse" est en train de jouer sur moi aussi, damned !

- Noël est donc, surtout cette année, une période qui me rappelle salement combien j’ai peur de devenir.... pauvre.

Je dis bien, peur de devenir pauvre.

Pas "peur de devenir ouvrière", ou "chômeur" mais peur de devenir pauvre.

Peur de crever la dalle, d’avoir froid, de voir mes gosses chialer de misère. Peur de ne plus pouvoir payer mon loyer...(Ceci pour dire que je ne confonds pas pauvre et prolétaire, mais cependant, vous remarquerez comme moi que, bizarrement, il n’y a pas de pauvres chez les bourgeois...)

Pourquoi avoir peur comme ça (surtout si on tient compte du fait que je n’ai jamais rien tenté non plus pour devenir riche, et que ça ne me traverse même pas l’esprit)?

Je crois que c’est parce que la pauvreté , son souvenir, sa trace, se transmettent de façon quasi héréditaire.

Je pense que c’est ainsi parce que mon père était pauvre.

Moi non, mais lui, oui. Et bien en plus.

Il nous a donc refilé le virus de l’angoisse de la pauvreté.

Son seul objectif dans sa vie, ça a été de nous mettre à l’abri. A l’abri du besoin. Den e plus être "un pauvre".

Il y a consacré l’essentiel de ses forces et de son énergie depuis qu’il a eu 9 ans, à peu près.

Complètement raté.

Après avoir cru dans la Trinité de la méritocratie républicaine (qui en fait ,n’avait pas marché, puisque les sacrifices qu’il a du consentir pour échapper à un destin tout tracé d’ouvrier agricole étaient sans proportion avec ceux que devaient fournir les "non-pauvres", et aussi, qu’ils ont immédiatement hypothéqué sa construction psychique de futur adulte) ; après avoir investi ses forces dans la construction d’une notabilité de faux bourgeois (ah, la revanche sociale du fils de paysans) , il a eu foi dans le Saint Graal du marché, et il a joué tout ce qu’il avait acquis en travaillant (et surtout ce qu’il n’avait pas) en Bourse.

C’est con.

Encore 10 ans, et c’était la quille dans des conditions potables.

Je ne vous raconte pas l ’histoire en détails, au fond, elle est très triste.

Parce qu’elle est très" bête".

Il a tout perdu. On lui a tout pris.

Tout. Plus un sou. Plus de maison. Plus RIEN.

J’en ai déduit qu’on reste un pauvre toute sa vie, même si on se frotte à la "bourgeoisie", même si on acquiert un certain vernis. Même si on peut gagner plus que bien sa vie, au prix d’innombrables efforts, sacrifices...

- Une fille qui était en fac avec moi, enfant, elle, de grands bourgeois, et d’une longue lignée de "Cachemire-Guerlain-Collier de perles", me l’avait déjà fait remarquer, en me disant perfidement un jour ,après avoir rencontré mon père justement, que "waow, je m’en tirais bien"... - Traduction : "Pour quelqu’un qui, manifestement, a la tare de ne pas être de notre classe, tu n’es pas trop nulle, tu es quand même avec nous !".

J’ai laissé pissé, j’avais pris l’habitude qu’on se foute de la gueule de mon père chez les vrais bourges parce qu’il portait des chaussettes blanches dans ses chaussures de ville. (Ben oui - vous savez pas? Ça fait partie des codes ! Ça ne se fait pas. C’est un truc de "plouc". Comme les chaussettes "Mickey". Ou la chaussette de sport en grosse bouclette. La chaussette signe votre appartenance sociale, votre appartenance de classe même. Comme la chaussure d’ailleurs. Si vous avez la chaussure, et pas la chaussette, z’êtes mort).

Bref.

Alors, on est pauvre toute sa vie? Ou plutôt, on reste un pauvre (ne serait ce que dans sa tête) toute sa vie? Moi je le pense... Mais il faut nuancer...

Le tout dépend de comment on le vit, comment on l’a vécu. Comment on l’analyse, comment on le transcende.

Comment on affronte cet état de fait : être pauvre?

Et ne vous méprenez pas, je ne parle pas de quelqu’un qui gagne 1.500 euros par mois, je parle bien de vraie pauvreté.

Je parle de ce que mon père me hurlait dans ses délires quand on ne travaillait pas assez bien à l’école, mes frères et moi, et qu’il nous disait qu’on était vraiment comme des cochons à qui on donnait de la confiture...

Je parle de porter les mêmes godasses pendant des années. Je parle de ne pouvoir continuer des études qu’en acceptant de partir, à 8 ans, à l’école militaire, à 500 km de chez soi, et de ne revenir à la maison qu’à l’été et à Noël parfois, justement. Je parle de ne pas toujours pouvoir manger à sa faim. De ne pas pouvoir se chauffer. D’être privé, bien sur, du superflu mais souvent du nécessaire. De devoir toujours faire dix fois plus d’efforts que les autres...De ne pas partir en vacances...Évidemment.

"LA" pauvreté, quoi.

Pourtant, en vieillissant, comme on dit, j’ai rencontré des pauvres, comme lui donc. J’en ai rencontré de plus en plus. Des "anciens pauvres", des toujours pauvres.

Mais ils n’avaient pas forcément la même vie que la sienne pourtant.

Certains avaient payé chèrement le fait de pouvoir conserver ce qu’ils avaient acquis par leur travail (travail et abnégation en général impressionnants...on ne passe pas impunément de la pauvreté au confort matériel... Les contraintes que l’individu s’est imposées, affectivement, psychiquement, physiquement... le marquent à vie et souvent , l’handicapent).

Mais "au moins" l’avaient ils conservé, ce relatif confort.

A cette occasion, certains renient ce qu’ils furent, d’où ils viennent.Ils gomment avec acharnement tout ce qui pourrait leur rappeler leur passé de pauvres.

D’autres ont conservé une fidélité à leurs racines, ils sont "à l’aise" avec leurs origines.

Pourquoi les uns se vendent au diable capitaliste et pas les autres? Dur de le comprendre ,au fond, et d’en tirer une règle absolue...

Certains, aussi, ont "mal tourné", comme on dit. Criminalité, prison, etc.

D’autres, encore, ont choisi rapidement de ne pas entrer dans ce jeu de dupes.

De refuser cette logique hypocrite et marchande qui transforme l’individu en être apeuré et égoïste.

Ils ont choisi de rester pauvres, ou plus exactement, ils ont choisi de refuser de courir après cette chimère du "devenir riches". Parmi eux, beaucoup ont choisi en même temps, le combat communiste. Et ce n’est pas un hasard.

Retournant contre leurs expéditeurs les regards compatissants ou méprisants dont ils étaient l’objet à l’école, dans le tramway, ils ont décidé, réfléchi, compris, que les esclaves, c’étaient les autres.

Tous ces prolétaires qui voulaient "péter plus haut que leur cul" et qui refusaient le combat contre la vraie racine du mal.

Ils ont décidé qu’ils étaient plus libres, et plus beaux aussi, avec leur pantalon acheté 3 francs chez Emmaüs, que tous les larbins aux chaussures impeccables qui trimaient et s’endettaient pour paraître ne pas être ce qu’ils étaient.

Ils ont décidé qu’apprendre à comprendre et à aimer une femme était un bien plus beau présent pour elle qu’une bague de diamants. Ils ont choisi de transmettre (au moins d’essayer) à leurs enfants d’autres valeurs que la peur , l’angoisse, la course au haricot.

Ils ne sont pas dans une démarche utopique de "vie en autarcie" ou de "décroissance " etc. Non. Ils sont pour prendre ce qu’ils peuvent prendre sans se sentir diminués de ce qu’ils n’ont pas. Ils sont pour le recul, la distance, ils ont choisi "être" plutôt "qu’avoir".

Pas par abnégation ni renoncement catho, ni ascétisme... Non.

Ils ont fait ce choix pour préserver leur liberté et donc, leurs forces, dans la bataille à livrer contre le capitalisme.

Eux ils ont choisi la révolte.Et la forme de liberté qui va nécessairement avec.

Et dans leurs regards par rapport aux "pauvres comme eux" qui ont choisi ou qui subissent la voie de la soumission aux dogmes capitalistes, je vois plus de compassion que de haine.

J’entends encore plus de révolte contre le système de voir "leurs frères de galère" se suicider à petit feu pour de l’argent à avoir ou qu’on n’a pas.

Eux, ils hurlent quand ils voient à la télé un reportage sur ce ménage de deux enfants, qui vient de s’endetter sur 25 ans pour s’acheter un pavillon grâce au "prêt à taux zéro" mais qui utilise l’argent économisé avec ces prêts pour se payer "en plus" une cusine préfabriquée toute neuve et sans doute assez chère.

Ils trouvent ça dégueulasse qu’on fasse croire aux gens qu’ils sont "propriétaires" alors que c’est la banque qui l’est tant que ton crédit n’est pas payé.

Seulement voilà, une telle force de caractère, une telle capacité d’analyse, n’est pas donnée à tout le monde. Une telle vision des choses n’est pas possible pour tout le monde. Ce n’est pas si simple. Il y a aussi sans doute une question d’éduication, et peut être que celles et ceux qui ont eu "la chance d’avoir des parents communistes" sont plus armés pour cela.

J’ai compris récemment que je devais plaindre mon père et tous les pauvres, prolétaires, paysans, ouvriers.... comme lui, qui avaient subi, qui subissaient encore, non seulement , l’injustice de la pauvreté, mais encore la honte d’être pauvres.

Celles et ceux qui, pour des tas de raisons, (ce n’est pas à moi de juger), vivaient comme une punition le fait d’être nés pauvres. Et qui étaient prêts à toutes les bassesses, à toutes les lâchetés, à toutes les stupidités, à tous les crimes, parfois, pour ne plus l’être, pour l’être moins.

Les plaindre oui, c’ets à dire "prendre conscience de ", mais pas seulement. Se battre aussi. Se révolter. Amener tous ces gens à adopter un autre regard. Une autre façon de réfléchir, de vivre.

Ce n’est pas normal, ni juste que , du fait de la pauvreté, réelle ou redoutée, ou agitée comme une menace, la majorité des êtres humains soit anéantie ou maintenue dans les fers.

Ce n’est pas normal ni juste que cette pauvreté existe exclusivement parce que quelques milliers d’hommes sur Terre courent après un fric dont ils n’ont absolument pas besoin pour vivre.

Et Noël dans tout ça me direz-vous?

Et bien à chacun ses miracles.

En réfléchissant à tout cela, il apparaît que la vie est un combat de chaque instant, à commencer contre soi même.

Moi, pour cette année qui finit, et celle qui débute, j’ai décidé d’intensifier mon combat contre moi-même. J’ai décidé de ne pas laisser la peur de la pauvreté guider mes émotions ni ma vie. J’ai décidé de ne pas céder au chantage des patrons et des propriétaires.

D’un point de vue pratique, les enfants, les parents, les amis, auront des cadeaux, mais ce seront des cadeaux inhabituels. Récupérés, d’occasion. On va faire un gros sac avec tous les bons joujoux, pour le donner au Secours Populaire.

On va essayer de faire en sorte d’adopter de nouvelles habitudes.

Et surtout, on va continuer de se battre, se battre pour changer de monde.

Parce qu’une boule pendue à un sapin, c’est plus normal qu’un homme pendu à un plafond.

A cause du fric.

mardi 2 décembre 2008

"Arrestation musclée d’un journaliste : sale temps pour les libertés", LDH



"Communiqué de la LDH

- Le 28 novembre 2008 à 6h30 du matin, la police sonne au domicile d’un journaliste de Libération

Il est, devant ses jeunes enfants, menotté, humilié, traité de manière insultante. En garde à vue, il sera contraint de se déshabiller entièrement et soumis à deux fouilles intégrales. Motif : 2 ans plus tôt, un commentaire avait été laissé sur le site de Libération par un internaute à propos d’une procédure judiciaire ; la personne visée par cette procédure avait porté plainte pour diffamation contre le journaliste qui était à l’époque directeur de publication. Affaire banale, la justice de la République en a traité des centaines.

Quelques jours plus tôt, la police recherche en Limousin les auteurs de plusieurs sabotages, dont la ministre de l’Intérieur elle-même reconnaît qu’il n’ont mis aucune vie en danger. Là encore, intrusion violente en pleine nuit dans les domiciles ; fouilles et arrestations d’une brutalité qui a provoqué l’indignation dans toute la région. Les personnes arrêtées, pourtant présumées innocentes, sont présentées à l’opinion comme de dangereux terroristes, en violation délibérée du secret de l’instruction.

Une semaine auparavant, le 17 novembre 2008, 4 gendarmes et un maître-chien font irruption à l’improviste dans dix classes du collège de Marciac, dans le Gers. Sans un mot, le chien est lancé à travers les classes. Les enseignants ne peuvent obtenir aucune explication. Trente jeunes « suspects » sont regroupés dans une salle, fouillés, parfois déshabillés ; leurs témoignages relatent des propos humiliants, menaçants et agressifs face à ces élèves tous traités comme des dealers présumés. En sortant, les gendarmes, qui n’ont rien trouvé, félicitent tous les élèves pour avoir « caché leur came et abusé leur chien ».

Point commun entre ces trois affaires : un journaliste à Paris, quelques villageois en Limousin, quelques dizaines de collégiens dans le Gers, sont présumés être de dangereux malfaiteurs et traités de manière brutale, humiliante et pour le moins disproportionnée par rapport aux missions de la police judiciaire.

Liberté de la presse, présomption d’innocence, droit des justiciables, et simple respect en toute circonstance de la dignité des personnes : qu’est ce qui, dans l’attitude des autorités politiques, laisse croire à des magistrats, à des gendarmes, à des policiers qu’ils peuvent impunément ignorer toutes ces règles constitutionnelles et internationales de protection des droits de l’Homme ?

La LDH considère qu’il est urgent de réagir contre des dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judiciaires et policières qui deviennent incompatibles avec l’Etat de droit.

Paris, le 1er décembre 2008"

lundi 1 décembre 2008

20ème JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE SIDA - 1er décembre 2008


20ème JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE SIDA - 1er décembre 2008

mardi 18 novembre 2008

Une minute de silence pour qui?



J’avoue que je suis horrifiée.

Horrifiée par la minute de silence des députés ( mais quels députés? ça j’aimerais le savoir !) hier, à l’Assemblée, en "mémoire" de leur "collègue" Jean-Marie Demange.

Je respecte la douleur de la famille et des proches de M. Demange. Ils ont perdu un être cher dans des circonstances dramatiques.

MAIS.

Mais il y a une jeune femme de 43 ans, mère de DEUX enfants qui a été abattue d’une balle dans le crâne après avoir été frappée (selon les récits des témoins rapportés dans la presse).

Que M. Demange se soit donné la mort ensuite ou pas, qu’importe dans cette histoire, si ce n’est que cela ajoute un drame à un autre ?

Je ne comprends pas.

Est ce que la victime , ce n’est pas elle, cette femme de 43 ans, cette mère assassinée parce qu’elle voulait quitter un homme qui ne voulait pas, lui, qu’il la quitte?

Est ce que les victimes ce ne sont pas aussi les enfants, 13et 15 ans, de cette femme, privés à tout jamais de leur mère?

Est ce que ce n’est pas pour eux qu’on aurait du faire cette "minute de silence"?

Combien de femmes devront tomber sous les coups de leur compagnon, amant ou ex-mari pour que l’on cesse ENFIN de banaliser cette forme si particulière de violence physique, celle qui s’exerce des hommes sur les femmes, au point de les tuer?

Et dans tous ces beaux partis "de gauche", soi disant si soucieux du féminisme , des droits des femmes, lequel a pris la peine, parlementaire ou pas, de rappeler "la cause des femmes" à l’ordre du jour?

Qui s’est opposé à cette "minute de silence" indigne et odieuse? Des femmes ont elles pris part à cette "minute de silence"?

Entendons-nous bien, mon but ici n’est pas d’appeler au lynchage médiatique d’un mort, qui devait sans doute ressentir une certaine souffrance, mais de dire qui est la victime et de condamner fermement, non seulement cette minute de silence, déplacée, monstrueuse mais aussi, ce silence très long des mêmes "compatissants" sur la VICTIME.

C’est tout simplement écœurant.

J’espère qu’on n’aura pas l’indécence de faire étouffer tout cela par "le coup de folie passagère".

J’espère que LES FEMMES, toutes les FEMMES, se souviendront comme d’un jour de deuil pour notre combat à toutes, celui de la lutte contre les violences conjugales, de ce jour du 17 novembre 2008 où, à l’Assemblée Nationale, les députés ont jugé opportun de fouler aux pieds la mémoire d’une femme assassinée par son compagnon.

J’espère que l’Omniprésident, si prompt à légiférer au moindre pet de mouche, et à se goberger de "sécurité", autrefois "défenseurs des victimes" reçues, en d’autres temps, à la "garden party de l’Elysée", va condamner ce geste d’un député de sa majorité, et immédiatement prendre des mesures et donner des moyens pour renforcer la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Toutes mes condoléances vont à la famille de la victime et notamment à ses deux petits enfants.

lundi 27 octobre 2008

Bourrons nous la gueule, ça passera plus vite? !

Photo d'un jeune enfant handicapé par le SAF (Syndrome de l'Alcoolisme Fœtal), trouvée ici avec un article intéressant sur le sujet...

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Ami-e-s alcoolos et pochetrons, camarades poivrots, réjouissons nous !

La publicité pour l’alcool va définitivement faire son entrée sur le Net.

Au nom de la liberté et du principe de réalité.

Alléluia !

Encore une victoire du lobby des producteurs d’alcool.

Fort opportunément, le message envoyé par cette bonne vieille Roselyne tombe à pic ; elle semble nous dire "Bourrez vous la gueule mes braves, de toute façon de mon point de vue, vous ne savez rien faire d’autre ! Ça vous passera l’temps et puis, bien cuités, on n’a jamais fait la révolution".

C’est sûr, remarque, comme bientôt on sera encore plus nombreux à ne plus avoir de boulot, on ne sera plus obligés de se lever le matin, et on pourra se prendre des bitures d’enfer - CQFD....

Internet , ce lieu dangereux où fleurissent les idées gauchistes, doit donc retrouver son utilité sociale réelle.

Alors vive la pub (ah, la pub et son flouze) pour le petit jaune (merci, ça va, on en a plein nos boîtes), la binouze, le whisky, le pinard et j’en passe !

Pour le foie, les traitements des pathologies, psychiatriques et biologiques, les misères humaines, la déchéance sociale... liés à l’alcoolisme, ah ça , vu les déremboursements de soins, vu que les caisses sont vides tout ça, Roselyne nous conseillera sûrement un petit truc à l’ancienne, genre cellule de dégrisement, bastonnage et passage à la lance à incendie .

Et puis ça donnera aussi du travail à la police, hein.

Elle est maline cette Roselyne, elle surfe sur toutes les tendances ! Et ça coûte pas cher !

Je n’ai qu ’un mot pour qualifier ce genre de mesures, et notamment dans des époques comme celles que nous vivons :

DEGUEULASSE.

Roselyne (permettez que je vous appelle Roselyne?), oui, votre position sur ce sujet est absolument dégueulasse.

C’est aussi laid que votre rouge à lèvre fushia, vos tailleurs froufroutants et vos sabots en plastique rose bonbon.

Tout ce qui favorise de près ou de loin la propagation, l’entretien, l’émergence, de cette maladie , de ce drame, qu’est l’alcoolisme, doit être combattu (et je ne parle pas de la consommation sympathique et franchouillarde d’un bon coup de rouge avec une blanquette ou un pot au feu entourés d’amis - entendons nous bien).

Vous, vous l’encouragez, l’alcoolisme, et en plus sur Internet, c’est à dire en prenant le risque immense d’exposer des mineurs à cette publicité infecte.

Parce qu’on sait que les contrôles parentaux d’accès à Internet sont aléatoires et inefficace (dans un cyber café, vous contrôlez quoi comment hein?).

Dites moi Roselyne (je peux toujours vous appeler Roselyne hein?) vous savez ce que c’est que la vie d’un ou une alcoolique?

Vous savez ce que c’est ce sentiment de tomber dans une spirale, d’avoir le sol qui s’ouvre sous vos pieds, de glisser dans une fosse? Vous savez ce que c’est une cure de désintoxication (quand on a les moyens de la faire)? Les efforts qu’il faut faire, la souffrance qu’il faut endurer? Les rechutes qu’il faut subir, encaisser, qui rendent à chaque fois plus dur le traitement suivant? Vous savez comme cette pathologie est un parent pauvre de notre médecine (comme de nombreuses pathologies plus ou moins psy en France d’ailleurs, je fais signe aux parents d’ autistes, de schizophrènes...)?

Vous savez qu’on en meurt, de l’alcoolisme, et pas seulement socialement, et souvent dans souffrances abominables? Vous avez déjà vu crever des cancéreux, ceux qui ont un bon cancer de l’oesophage? du pancréa? du foie?

Vous savez ce qu’est la vie de sa famille proche?

Vous savez ce que c’est que de devoir relever son père ou sa mère ivre mort au pied des escaliers, vous savez ce que c’est qu’être un enfant d’alcoolique, de redouter la violence des alcooliques, leurs délires, leurs oublis, leurs abandons? Vous savez ce que c’est que d’aimer un alccoolique, de le voir inexorablement se détruire, de ne rien pouvoir faire, et d’avoir envie de brûler tous les bars de la terre entière quand on le ou la récupère complètement pinté , sur le canapé , s’étant pissé dessus et vomi dans les cheveux pour la énième fois de la semaine? Vous savez ce que c’est que de les voir perdre un kilo après l’autre, marcher en rond la nuit en pleine démence, en racontant n’importe quoi?

Vous savez ce que c’est qu’être obligé de faire interner de force une personne qu’on chérit, de devoir faire sangler au lit la mère de ses enfants? Ou son frère bien aimé? Vous savez ce que c’est que passer des nuits à chialer, à ne pas dormir, en se demandant quel choix on doit faire, pour lui ou pour elle? Si on doit laisser faire (laisser mourir) ou contraindre?

Vous savez ce que c’est, dites?

Allez faire un tour à Sainte Anne par exemple, dans le service d’alcoologie, lisez le bouquin d’Hervé Chabalier, écoutez Véronique Sanson, appelez moi même, si vous voulez, je vous raconterai, je connais malheureusement très bien le sujet.

Alors...faire de la pub pour l’alcool sur Internet mais comment !

Et pourquoi pas faire de la pub pour une bonne ligne de C ou un gros shoot d’héro, ma chère Roselyne?

Vous ne savez pas que l’alcool, selon l’OMS, c’est une drogue dite "dure"?

Y’a un moment où on s’demande quand même ce que fichent ces branleurs de lions....

Le vrai drame dans tout ça c’est que, selon Le Monde de ce jour*, Cl. Evin serait d’accord avec vous (pas étonnant mais plutôt écoeurant), je cite :

"(...)Claude Evin, l’ancien ministre socialiste à l’origine de la loi qui porte son nom, s’est dit globalement d’accord avec Roselyne Bachelot. "On ne va pas interdire toute publicité sur Internet parce que la Toile est mondiale et que ce serait absurde", a-t-il déclaré sur France Info, invoquant un "principe de réalité".(...)".

Je ne dirais pas ce que je souhaite qu’il arrive à toutes ces personnes, ni ce qu’elles m’inspirent profondément. Ca ne serait vraiment pas charitable.

Je rappelle simplement, pour finir, ceci :

En 2004, l’alcool était la deuxième cause de mortalité évitable en France après le tabac

45 000 décès étaient attribuables à l’alcool, dont 1/3 dû à des cancers des voies aero-digestives, et 1/3 à des maladies digestives (cirrhoses, pancréatites) ou cardiovasculaires (cardiopathies, maladies cérébro-vasculaires)

Le nombre de morts sur les routes attribué à l’alcool est de 2 700.

Chez les jeunes, l’alcool intervient dans la moitié des accidents mortels de la circulation.
Au-delà de la mortalité, l’alcool est responsable d’une morbidité importante et d’un coût social élevé. Il agit comme facteur de risque associé, dans de nombreuses pathologies :

* Le nombre de personnes exposées, de par leur consommation d’alcool, à des difficultés d’ordre médical, psychologique et sociale est de 5 millions, dont 2 millions seraient dépendantes.

* L’alcool est impliqué dans 50% des rixes, 50 à 60% des actes de criminalité, 20% des délits et 10 à 20% des accidents du travail.

Environ 2000 enfants sur les 750 000 naissances chaque année sont touchés par une forme sévère du syndrome d’alcoolisation fœtale.

L’alcoolisation est la première cause non génétique d’handicap mental chez l’enfant.

Le coût social de l’alcoolisme est estimé à 17,5 milliards d’euros soit 1,4% du produit intérieur brut (PIB).

(Etude du Ministère de la santé et de la protection sociale - Ph. Douste-Blazy en 2004 **)

Allez Roselyne, A LA TIENNE ma vieille !


*http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/10/27/roselyne-bachelot-ne-s-opposera-pas-a-la-publicite-pour-l-alcool-sur-internet_1111614_3224.html

**http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/33_041104pdb.htm


mercredi 22 octobre 2008

Foutez lui la paix à cette femme!



Bon et bien , je n'ai jamais caché mon aversion pour toutes les sortes de religions (et notamment pour la religion catholique), et tout ce qui "va autour", autour des religions (idolâtrie, mysticisme forcené, superstition ...).

Ça ne m'empêche pas de reconnaître dans des personnes comme l'Abbé Pierre, ou Soeur Emmanuelle, qui vient de mourir, des qualités humaines profondes, rares, une vraie morale, des actes en cohérence avec leurs discours etc.

Donc j'ai pour eux, (comme pour d'autres), une certaine forme de respect (même si le discours catholique sur la mort, par Soeur Emmanuelle, me laisse pantoise -bref.) En même temps on n'est pas si éloignées - ils disaient eux mêmes volontiers qu'ils ne faisaient pas de religion, au fond ("Ah, mais moi, je ne m'occupe pas de religion, ça ne m'intéresse pas" disait S. Emmanuelle)!

Mais si il y a bien une chose qui me fout la gerbe dans cette histoire, je veux dire, celle de la mort de Soeur Emmanuelle, c'est qu'un quarteron de prêtres de l'Episcopat, une poignée de politicards plus ou moins has been, et un petit vaniteux mégalomane , servant du capitalisme le plus éhonté et destructeur de vies, parce que les uns seraient hauts représentants du Saint Siège, ou de vieilles gloires, et l'autre, Président de la République, se croient autorisés à outrepasser ("tous ensemble"!) les dernières volontés d'une personne qui va mourir.

Elle avait pourtant dit textuellement que le tralala médiatique fait autour de la mort de l'Abbé Pierre (qui avait pourtant lui aussi souhaité qu'on lui foute la paix après sa mort et dont la famille avait déjà du se battre pour qu'on ne mette pas les drapeaux français en berne!) ne l'inspirait guère et qu'elle ne voulait surtout pas la même chose.

Elle a donc organisé et prévu elle même ce qu'elle désirait pour ses proches, pour son enterrement, sa cérémonie etc. L'inhumation, très simple, à Callian, et la messe à la chapelle de la Médaille miraculeuse.

Et que se passe-t-il en fait?

Contre ses dernières volontés, on lui colle une bonne vieille cérémonie à Notre Dame avec tout le show biz médiatico-politico-pipole en mal de repentance et de génuflexions, messe de requiem, voilette noire et tutti quanti... Mais pourquoi faire? Pour montrer comme on est bons? Comme on a un cœur? Comme on est bon et fervent catholique?

La seule chose que montrent tous ces gens, c'est qu'au fond ils n'ont pas une once d'humanité, de foi, qu'ils se tamponnent allègrement de ce qu'a souhaité Soeur Emmanuelle.

Ils ne pouvaient pas lui foutre la paix, à cette pauvre femme? Sacrée preuve de respect, encore une fois, que tout cela. A ranger au même rang que la crise de rigolade devant les cercueils des soldats français tués en Afghanistan.


Je pioche donc quelques phrases de sa dernière interview, ce sont des phrases qui peuvent tout à fait être dites par des mécréants, comme moi et j'aime bien surtout ceci "Il faut aimer sans mesure. Sinon, ça ne marche pas."

"(...)Saint Augustin disait, lui : « La mesure de l'amour, c'est…
... c'est aimer sans mesure.» C'est tellement vrai ! Il faut aimer sans mesure. Sinon, ça ne marche pas. Si on pense toujours à soi… Laisse tout ça tranquille ! Il suffit d'aimer avec toute son âme, son intelligence, son être entier.

Ça s'apprend ?
Ça se développe, petit à petit. Et ça donne une vie extraordinairement belle. La mesure grandit au fil du temps. Mais aimer n'est pas quelque chose de si simple. C'est un souffle…

Un souffle ?
C'est passionnant de le laisser, ce souffle, vous emporter.(...)"

vendredi 10 octobre 2008

Réforme des professions du droit - Avocats vs notariat: un combat très inégal pour les salariés du notariat, par J.L.Fourcroy



Réforme des professions du droit - Avocats vs notariat: un combat très
inégal pour les salariés du notariat


"Si on met de côté la question du service public local du droit, plusieurs
données factuelles devraient être prises en compte dans l'appréciation des
perspectives réelles qu'ouvre aux quelques 50.000 salariés du notariat la
future réforme "Darrois" des professions du droit.

A ce jour, on se rend compte lorsqu'on interroge ces salariés, qu’ils ont
une mauvaise appréciation des conditions de leur éventuel reclassement,
parce qu'ils ont une connaissance tout à fait insuffisante du monde des
cabinets d'avocats
.

Ils ont également une mauvaise appréciation du déroulement des
conséquences en chaîne de cette réforme
, parce que leurs patrons se
gardent bien de les leur dire.

Ne pas dire les choses revient donc, de la part de la Commission Darrois,
de la part du gouvernement, et de la part du patronat, à lâcher des
agneaux au milieu des loups.


Il appartient donc aux syndicats, aux experts indépendants et surtout aux
journalistes de dresser un tableau réaliste de la situation telle qu’elle
existe dans les deux professions que le gouvernement envisage de jumeler.

En 2005, on dénombrait plus de 45.000 avocats inscrits en France (soit
presque autant que de salariés du notariat). A l'échelon des différents
Barreaux, les situations sont extrêmement hétérogènes. Mais c'est une
profession globalement rajeunie et très féminisée.

Moins de 40 % des avocats inscrits exercent leur profession de manière
indépendante.

La plupart l'exercent en tant que membre d'un groupement d'exercice.

34 % des avocats expérimentés sont associés dans ces structures tandis que
les débutants sont souvent collaborateurs libéraux (i.e. en réalité
fréquemment du salariat qui ne dit pas son nom, comme en témoignent les
nombreuses actions en requalification de contrat), plus rarement salariés
(moins de 8 % des débutants - i.e. pendant les 3 premières années).

Plus de quatre avocats sur dix sont inscrits au Barreau de Paris, qui
comprend à lui seul plus de 17.000 avocats (soit deux fois le nombre de
notaires en France).

Là où les avocats exercent principalement de manière indépendante
(province notamment) leurs revenus sont moins élevés, et dans trois
barreaux sur quatre il est inférieur au revenu moyen national. La classe
des hauts revenus ne concerne que 6 barreaux français. Il existe désormais
de nombreux avocats qui gagnent le SMIC et se retrouvent dans des
situations de précarité voire, de grande pauvreté.

A Nanterre, où l’on trouve le siège de nombreux cabinets internationaux de
très grosse taille, de nombreux avocats sont salariés ( + de 50%); c'est
la plus grosse concentration de salariés en France dans cette profession.

Paris est un barreau atypique où l'on trouve "de tout " et où les
disparités en termes de revenus, de modes d'exercice (1/3 associés en
structures, 1/3 indépendants, 1/3 collaborateurs en gros), de
qualifications...peuvent être importantes.

En octobre 2003, une enquête publiée par le magazine « Que choisir » avait
passé au crible différents modes d’exercices de différents avocats avec
des conclusions peu avantageuses pour cette profession et qui montrait
bien la disparité existante. L’enquête en question n’avait cependant fait
l’objet d’aucune plainte ni rectificatif.

En terme de rentabilité et de profit, il existe différents marchés.

Celui de la famille ou du droit pénal commun par exemple est un marché où
l’on rencontre fréquemment de petites structures, très locales, voire
beaucoup d’exercice indépendant. Ce n’est pas un gros vivier d’emplois à
court terme.


Sur le marché très rémunérateur et recherché du "droit des affaires" au
sens large, comprenant celui des fusions acquisitions, des opérations de
marché , du droit boursier, bancaire, immobilier et du droit public des
affaires etc, les gros cabinets anglo- saxons qui fonctionnent comme des
multinationales ( US, GB ex- "big five" devenus "big four") ou Européens,
et leurs rares équivalents français ( Bredin Prat, Darrois etc) sont
prédominants et se partagent l'essentiel du marché.


Ils amènent avec eux leur culture d'entreprise, leurs manières de
travailler et leurs façons de manager. (La Ministre de l'Economie
actuelle, Mme Lagarde, est un pur produit de cette culture, elle qui a été
classée 5ème femme d'affaires européenne par le Wall Street journal, et
qui a été la première femme présidente du comité stratégique de la firme
"Baker & MacKenzie" dont le siège est à Chicago.)

Les avocats collaborateurs libéraux, titulaires du diplôme d'avocat, de
diplômes d'études supérieures (DEA, DESS) voire de diplômes d'écoles de
commerce ou de Sciences politiques, et inscrits au Barreau, sont souvent
une "alternative intéressante" entre l'assistante et le confrère au sens
strict.

Payés par une "rétrocession d'honoraires" fixée par le cabinet
"employeur", ils ne coûtent pas de charges
(qu'ils paient directement
eux-mêmes) et font souvent office de secrétaire dans le même temps.

Certains d’entre eux peuvent gagner jusqu’à 10.000 ou 15.000 euros par
mois (avant charges, avant impôts), mais ce sont des esclaves « de luxe »
enchaînés à leur « Blackberry » et mariés à leur travail.

La concurrence sur le marché du travail est assez féroce, pour ne pas dire
très féroce.


De même qu'entre avocats indépendants ou exerçant en structures pour
obtenir des dossiers.

Soumis à la doctrine libérale et aux principes concurrentiels depuis
longtemps,
n'ayant jamais bénéficié de tarifs réglementés mais fixant
librement leurs honoraires, selon des règles de facturation de plus en
plus strictes (utilisation logiciels de facturation, de gestion des temps
etc), il est fréquent de voir des avocats (collaborateurs, associés,
indépendants) effectuer jusqu'à 80, 90 heures de travail par semain
e, leur
rendement constituant une partie de l'assise de leurs revenus, ou de ceux
des cabinets qui les emploient, (d'autant que la facturation est également
un moyen pour les avocats de contrôler ou de justifier la rétrocession
versée aux collaborateurs libéraux en tout cas dans les structures
moyennes ou importantes).

Conséquemment, il est également fréquent que les employés des cabinets
d'avocats (techniciens, cadres, employés) soient soumis à un rythme et à
une pression plus élevés que dans d'autres entreprises
, sans pour autant
toujours recevoir de compensation sonnante et trébuchante.

Les salariés des cabinets d'avocats connaissent des fortunes diverses. Une
bonne part d'entre eux à une formation de type supérieure ou qualifiée.

Le CDI a de moins en moins "la côte" dans les cabinets d'avocats surtout
dans les grosses structures,
qui trouvent dans les nouveaux instruments
juridiques développés ces dernières années de quoi satisfaire leurs
appétits financiers; la convention collective nationale des avocats et de
leurs personnels n'offre que très peu d'avantages.

Le régime des salariés est le régime général en vigueur dans la plupart
des entreprises du secteur privé en France.

En conclusion et globalement sur ce point, il n'est pas certain qu'à ce
jour, le personnel des études notariales soit formé ni entraîné à
travailler dans ce milieu professionnel.
Il n'est pas non plus évident que
ce personnel intéresserait les cabinets d'avocats.


Ce personnel des études notariales comprend principalement des clercs, des
techniciens (caissiers, comptables) et des employés comme les secrétaires
ou les assistants.

On peut estimer sans fantasmer que les clercs de notaire, dont la plupart
ne disposent que du diplôme de notariat et ne pratiquent aucune langue
étrangère, auraient probablement moins de chance de se recaser que des
secrétaires,
(a fortiori bilingues mais qu'il faudrait néanmoins former
aux logiciels utilisés par la profession, à ses us et coutumes, et à ses
techniques contentieuses, qui requièrent un véritable savoir-faire).

En effet, quel poids va peser un clerc de notaire ayant bac +4 ou + 5 ,
avec un diplôme extrêmement spécifique, une mono-qualification, sans
pratique d'une langue étrangère, mais affichant souvent un salaire deux à
trois fois supérieur au SMIC, face à des avocats collaborateurs "dressés"
dès leur 3ème ou 4è année de faculté pour devenir des libéraux et se jeter
à corps perdus dans la concurrence sauvage des "firms" et des lawyers"
,
qui afficheront un voire deux DEA, un diplôme spécialisé ( IEP, HEC,
ESSEC, DJCE etc..) deux langues, une université étrangère, des stages en
cabinet d'avocat, un Barreau étranger, etc?

Que vont peser ces mêmes clercs face à des assistantes juridiques formées à la procédure, aux logiciels m ais qui réclament des salaires moins importants ?

A ce jour, la question de la formation et du reclassement éventuel de ces
salariés, le financement de ces mesures, n'est absolument pas abordée par
les négociations patronales
(prédominantes à ce jour, à cause du
paternalisme archaïque qui régit les relations notaires/employés, et faute
d'une mobilisation suffisante et d'une syndicalisation importante des
salariés du notariat), et c'est une bien lourde responsabilité que les
8.000 notaires de France prennent là face à leurs 50.000 salariés
(sans
parler des retraités de la CRPCEN).

Or, à supposer même que les notaires puissent, dans cette nouvelle
profession, garder certaines de leurs prérogatives (notamment en matière
d'actes authentiques), à supposer que leurs structures perdurent en tant
que telles quelque temps, la concurrence à laquelle ils vont être de facto
confrontée rapidement va les contraindre à se restructurer
- on peut
estimer que compte tenu du contexte mondial, c'est une affaire de quelques
années à peine.


C'est en effet une loi d'airain de l'économie de marché. On le voit
actuellement avec les banques et les assurances: on se concentre, on
grossit en termes de parts de marché, on taille dans les effectifs pour
maintenir, comme partout, le taux de profit...

C'est la loi du capitalisme mondialisé.

Compte tenu de cette même loi, il est fort peu probable que la CRPCEN (la
caisse qui gère le régime spécial de retraite des employés du notariat)
survive longtemps et durablement.

Ce n'est donc que reculer pour mieux sauter que de ne pas prévoir
aujourd'hui l'avenir des 50.000 salariés du notariat dans 2 ou 3 ans
maximum.


J.-Louis FOURCROY (consultant indépendant)"

lundi 22 septembre 2008

"CQFD" -> L'abonnement ou l'abandon !



CQFD N°059 - L’équipe de CQFD

L’ABONNEMENT OU L’ABANDON - 15 septembre 2008. .

"Après cinq ans de critique sociale acharnée, les joyeux galériens de CQFD ont atteint les limites de l’abnégation. Maintenant, faut du pognon ! Sans banque ni pub, une seule solution : 2 000 abonnés supplémentaires.

FLÛTE, Y A PLUS DE BIÈRE… Fin août, nous débarquons dans les locaux du journal la tête pleine du souvenir du sable qui nous chatouille encore les arpions, nous ouvrons le frigo et… y a plus de bière. À peine un fragment de fromage fossilisé datant, à vue de nez, du bouclage de juillet. C’est la rentrée, il faut aller fissa au ravitaillement et p’têt’ bien racheter un frigo propre. Nous jetons un oeil sur le courrier accumulé : quelques réabonnements, des factures, un relevé de compte… Nous ouvrons la missive de La Poste d’un air faussement détaché pour découvrir, horreur, que le chiffre en bas à droite est presque aussi sec que nos gosiers !
C’est la mousse qui fait déborder le vase. Dans ce foutu canard, nous n’avons pas un seul vrai salarié, la cheville ouvrière empoche à peine quelques cacahuètes occasionnelles, nous nous usons sur des écrans aussi efficaces qu’une séance d’UV pour te griller les mirettes, nous peignons des cages d’escalier pour épargner nos finances, les dessinateurs gribouillent pour la gloire, les rédacteurs collectionnent les queues de cerise, et y a pas un kopeck pour acheter un pack !
CQFD, nous le tenons à bout de bras – et de foie – depuis plus de cinq ans. Onze mois par an à faire vivre ce journal avec les moyens du bord, soit un peu de votre oseille et beaucoup de notre huile de coude. Comme dit le Méhu à chaque fois qu’il se radine pour siroter un canon en nous regardant trimer : « J’ai jamais vu des chômeurs bosser autant ! » Seulement voilà… Depuis quelques mois, quand l’un d’entre nous évoque un éventuel sabordage, plus personne ne répond : « Arrête tes conneries ! Passe-moi plutôt l’clacos pour finir mon godet… »

Pourtant, les raisons qui nous ont poussés à créer CQFD sont toujours d’actualité. En 2003, les bandits au pouvoir n’étaient pas vraiment complexés et leurs opposants les plus en vue aussi exaltants que des endives pataugeant dans la béchamel. Cinq ans plus tard, il est vital de continuer à se serrer les coudes. Notre chien rouge désire rester une erreur dans leur système comptable, à ronger le trognon de la droite bling-bling comme de la gauche en toc, gronder au mollet des fanatiques du boulot et des hallucinés de la négociation bidon, sans oublier de courser la bave aux lèvres les faux impertinents et les rebelles de plateaux télé… Mais plus dans les mêmes conditions.

Vous êtes cinq mille à acheter CQFD, dont deux mille abonnés. Nous savons pertinemment que vous ne rechignez pas à gonfler vos chèques de quelques euros de soutien. Nous savons aussi qu’autocollants et affiches ornent les murs de vos contrées. Nous vous remercions chaleureusement de votre complicité, sans laquelle nous n’aurions pu tenir.

Mais si vous souhaitez que l’aventure mensuelle se poursuive, il est impératif que vous soyez deux fois plus nombreux à acheter ce canard. Nous devons engranger de toute urgence deux mille abonnés supplémentaires. Attention, il ne s’agit pas de convertir les ventes en kiosque en abonnement, mais bien de dégoter deux mille nouveaux lecteurs d’ici novembre. Alors débrouillez-vous, cessez de faire circuler votre CQFD, usez de persuasion, de vos charmes, de menaces,mais obligez vos mémés, voisines, amis et ennemis à glisser une piécette dans la gamelle du clebs rouge.

Il a soif.

L’équipe de CQFD (Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008).

Abonnement en ligne ici chez CQFD

Perso, je vais m'abonner - je le lisais jusqu'à maintenant chez un ami. C'est un bon mensuel qui mérite qu'on se batte pour le garder.

mercredi 30 avril 2008

1er MAI - "FETE DU TRAVAIL" :-)


BONNE FETE DU TRAVAIL A TOUTES ET A TOUS

N'OUBLIEZ PAS D'ALLER MANIFESTER!



La Liste des Manifestations et Rassemblements CGT pour le 1er Mai ici

mardi 29 avril 2008

Un peu de lecture pour nos week ends...

Allez, je vais encore en faire râler quelques-un-e-s ( mais ce n'est pas grave...) en vous proposant un peu de lecture pour les "week ends" qui se profilent.

Tout d'abord l'excellent ouvrage de Stathis KOUVELAKIS "La France en révolte, Luttes sociales et cycles politiques", aux éditions Textuel, sept. 2007

Que dit Kouvelakis?

Il analyse avec précision les transformations qui ont pris place dans le monde du travail postfordien, de l'usine au bureau, ainsi que celles qu'a subies le capitalisme stricto sensu pour répondre à la question qui traverse tout son livre: la victoire de l'Innommable ( c'est moi qui l'appelle ainsi) à la présidentielle de 2007 signifie-t-elle la fin de la résistance de la société française (cette "société révolutionnaire") aux politiques libérales?

Pourquoi les luttes sociales qui durent deux décennies, et qui ont remis en cause la contre-réforme libérale n'ont pas connu d'issues plus favorables au monde du travail, pourquoi ont-elles tendu à la contre révolution justement? La crise que nous traversons est-elle le signe d'une effervescence sociale qui ne trouverait pas d'expression politique?

Comment analyser le champ sociale et le monde du travail aujourd'hui?

Je vous le recommande vivement - on y trouve notamment des études très intéressantes sur les modifications structurelles qui ont frappé de plein fouet le monde du travail. Ses analyses de la place et du rôle de l'homme dans la chaîne , du développement de la catégorie du "personnel d'encadrement", l'atomisation et l'individualisation des rapports de travail...tout cela est scruté à la loupe dans une perspective marxiste ( à la fois historique, matérialiste et sociologique) et on en ressort plus armé idéologiquement.

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Puis, le non moins excellent pamphlet, et qui rafraichit si bien la mémoire, de Georges GASTAUD, "Lettre ouverte aux "bons 'Français' qui assassinent la France". Editions le Temps des Cerises, 2005.

Sans pitié, Georges Gastaud déroule la liste de tout ces gens qui n'ont de cesse que se prétendre "les meilleurs d'entre nous" et qui sont en réalité les héritiers de toute cette classe qui livra la France aux Allemands en 1940. D'une plume trempée dans l'acide, avec un humour corrosif, l'auteur nous dépeint quelques figures politiques que les jeunes générations n'ont pas connues ( Giscard notamment), tout en analysant comment (et en esquissant le pourquoi...), tout ce "gratin UDMPS" a, sous couvert de servir l'intérêt général, vendu la France au Capital mondialisé et à l'Eurocratie bruxelloise.

Il offre également ce faisant une nouvelle manière d'envisager la Nation, et propose aux socialistes et aux communistes de se ré approprier cette notion pour lui redonner son vrai sens et en faire l'un des meilleurs alliés tant de l'union des prolétaires ( de tous les prolétaires) que de l'internationalisme, et de ne surtout pas laisser ce concept aux mains de l'extrême droite. La nuance est de taille, loin de s'approprier les thèmes de l'extrême droite liés à la fausse idée de Nation, Gastaud propose un combat idéologique consistant à leur imposer notre vision des choses.

On sourit, voire, on rit beaucoup en lisant, et on apprend ou on se rappelle aussi, beaucoup. A déguster sans a priori.

mercredi 23 avril 2008

Ne pas faire porter le poids de l’échec politique aux syndicalistes!


J’aimerais commencer par dire que je ne tiens nullement à prétendre que tous les syndicalistes seraient parfaits et intouchables et que dans le syndicalisme tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Non. Le syndicalisme n’est pas non plus cette potion miracle qui rendrait l’Homme absolument bon et parfait à la première gorgée bue. Je crois d’ailleurs qu’on commence à s’en douter, cette potion-là n’existe pas…C’est bien dommage , ce serait plus simple, mais c’est ainsi.

Il y a des imbéciles, des gens bornés, voire de vraies pourritures partout. Hélas.

Il ne s’agit pas non plus de proposer d’absoudre les errements de certains dirigeants syndicaux. Non. Nous y reviendrons , je crois que sur ce sujet, il y a quelques pistes éclairantes à emprunter, quelques questions à se poser et à poser à d’autres qui ne sont pas syndicalistes.

Cette "précaution" prise, cela fait longtemps que ce texte me trotte dans la tête, longtemps. Je ne savais pas comment l’aborder.

Hier soir, en écoutant des camarades provenant de syndicats divers (je citerais le STC- Marins, l’USM CGT Saint Nazaire, l’USTKE, Solidaires, la CGT entre autres, la CNT aussi si ma mémoire est bonne) dont certains représentants engagent aujourd’hui leurs vies au sens le plus littéral du terme, j’ai mis en place ce que j’aimerais dire à ce sujet.

Je regardais Annick Coupé (qui avait invité un syn,dicaliste licencié pour « harcèlement syndical » !!! ), José Bové, André Fadda, Jacky Fourreau, Alain Mosconi, par vidéo interposée, Gérard Jodar, les camarades de l’USTKE…et je pensais à tous les autres moins « connus », et d’accord ou pas avec eux sur certains sujets, certaines pratiques ou prises de position, que leurs personnalités apparentes (leurs personnalités « intimes », au fond bien peu les connaissent) séduise ou agace, peu importe, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir « débutante » et assez « petite », et je l’ai dit à l’un d’entre eux ensuite d’ailleurs.

Pourquoi ? Parce que le syndicalisme « de lutte de classe », c’est la mise en mouvement de l’Idée. C’est l’incarnation des mots. C’est le corps et la quotidienneté d’une vie qui s’engagent physiquement. Le risque va du licenciement, du harcèlement, à la baston, à l’emprisonnement, voire, à la mort pour certains (et je pense ici notamment au camarade grec de Saint Nazaire).

Je me disais aussi que , de toute façon, en observant et en écoutant les camarades plus « chevronnés » qui ont pour elles ou pour eux la légitimité du bilan de l’action, la légitimité de l’engagement dans la réalité (qui impose que tu fermes ta gueule, non pas par peur ou soumission, mais parce que tu es comme un élève, un apprenti, ce qui n’empêche nullement le libre-arbitre ni la contestation), tu ne peux qu’apprendre. Je me suis même surprise à rêver d’une sorte d’université populaire du syndicalisme, où qui voudrait pourrait venir entendre tout ces lutteurs, non pas parler d’eux, mais parler de leur expérience, la transmettre….

Et puis, le syndicalisme est aussi une école, parce que tu es confronté , directement, à une matière qu’il est loin d’être facile de façonner, qui ne se résout pas à coup de propagande, parce que ce que tu proposes à l’Autre c’est aussi ce type d’engagement et que ça , c’est quand même autre chose en terme d’implications dans une vie que de mettre un bulletin de vote, une fois tous les 36 du mois, parce que le syndicalisme te confronte directement à la réalité de l’Autre justement, tu vois les choses différemment et tu agis différemment de ce que permet ou suppose le champ politique.

Et c’est tout à fait normal. Pourtant, si l’un et l’autre doivent être différentiables et différenciés, l’un ne va pas sans l’autre.

Le syndicalisme va de l’action la plus apparemment anodine (faire adhérer les collègues, éveiller la conscience, défendre un salarié licencié, se battre dans son entreprise pour protéger les intérimaires, faire respecter les règles de sécurité et d’hygiène….) à l’action la plus évidemment admirable (la grève, l’occupation, l’engagement physique dans les manifestations, la prison…).

Quand je dis que l’action de ces camarades est admirable, c’est sans flagornerie. Je le pense. Pousser l’engagement à ce degré, c’est non seulement respectable mais admirable. Cela on le mesure justement à la difficulté de l’action de terrain quotidienne « anodine ». Et l’action « anodine » elle aussi est admirable parce qu’elle suppose qu’on a pris la mesure de ce qu’est l’Homme, de ce qu’est notre société.

C’est déjà bien dur « d’investir » le terrain correctement, particulièrement quand on est seul-e dans la boîte et qu’il faut « commencer », ça demande déjà tellement de temps, de gagner la confiance des collègues, de ne pas usurper sa charge, ça impose tellement de rester humble aussi, et tenace, et solide, même pour faire deux ou trois « bricoles » qui ne rempliront jamais les colonnes des journaux, alors on se dit qu’arriver à mobiliser correctement dans des luttes difficiles et tenir un terrain, unir des hommes et des femmes dans une action qui peut s’avérer risquée, dangereuse, qui aura forcément des répercussions sur leurs vies, même mineures, ben franchement ,c’est « chapeau bas », d’autant plus quand ces luttes portent leurs fruits, même si il arrive fréquemment que ces fruits soient amers.

Ces derniers temps, ici ou là, on voit fleurir deux expressions qui sont pour moi toutes deux « antisyndicales » à leur manière.

Celle qui consiste à critiquer et à cracher sur « les syndicalistes », ou « les syndicats » (sur certains plus que d’autres et là, la critique exhale un fort parfum d’anticommunisme manifeste), tous plus ou moins soupçonnés, sans qu’on sache très bien quoi entendre par là, d’être des « vendus », des « complices », des « traîtres »…

On le sait ,c’est vrai en partie, il y a des syndicats qui n’ont jamais vraiment soutenu la cause des travailleurs et qui ne sont au fond que des courroies de transmission du pouvoir et de la domination bourgeoise. Ils l’ont toujours été et le seront toujours. Néanmoins je me dis parfois que mieux vaut des gens syndiqués à la mauvaise école que pas syndiqués du tout…Il y a des tas de camarades de « bonne foi » qui ne sont pas au bon endroit. Mais bref. Les vrais « jaunes » on finit toujours par les connaître.

Et puis il y a l’attitude qui consiste à réclamer ardemment aux syndicalistes qu’ils adoptent une position sacrificielle, qu’ils « construisent » les mouvements populaires à eux seuls, qu’ils prennent le risque, l ‘engagement de « faire bouger la société », qui supplie que nous lancions des mots d’ordre : « grève générale », « révolution »…comme si on pouvait faire cela à tout moment, n’importe comment… « comme ça ». L’attitude qui demande aux syndicalistes d’être au fond des délégués de gens qui « dorment », car, bien souvent, dans celles et ceux qui demandent cela, on trouve des gens qui ne soutiennent pas et ne soutiendront jamais aucun mouvement ( quel que soit le syndicat qui le lance), ou qui seront prêts à se retourner contre nous à la moindre contrariété, ou encore qui finalement seront les premiers à gueuler que nous sommes des « preneurs d’otages », des « salauds de syndicalistes » qui « ne pensent qu’à leur gueule », qui font grève « et qui en plus » (le comble !) sont « payés » pour faire grève et « saignent leurs boîtes et leurs patrons », mettant « l’économie du pays à genoux ».

De victimes expiatoires, les syndicalistes deviennent d’immondes parasites qui empêchent de se déplacer normalement, de vivre normalement etc.

Franchement, ces deux attitudes sont à la fois irritantes et désolantes.

D’abord je ne vois pas ce qu’y gagnent les camarades, syndiqués ou pas, ou prétendus tels ( le Web permet tellement d’affabulations et de manipulations) , qui s’y livrent. A part enfoncer des coins dans les luttes et faire le jeu du capital. Aucun syndicaliste sérieux en tout cas ne prend ce genre de posture (ce qui ne veut pas dire non plus fermer sa gueule et dire « amen » à tout).

Etre responsable des gens qui vous suivent c’est une chose, être « raisonnable » (c’est à dire céder à la demande politique conservatrice de ne pas pousser un vrai mouvement social révolutionnaire) c’en est une autre aussi.

Ensuite, cela me semble une méconnaissance grave du travail syndical et de sa réalité. Des obligations qui doivent être celles d’un syndicaliste (ne pas « cramer » des gens, ne pas envoyer des « troupes » au feu pour poursuivre des combats qui sont politiques, et pas syndicaux, ne pas abuser la confiance qu’on peut vous faire, respecter l’autre, celui qui vous écoute et va vous accompagner, tout simplement, etc).

Enfin, c’est trop facile de faire porter au monde syndical dans son ensemble la responsabilité de pallier la carence politique des socialistes et des communistes, le poids de la saloperie de la politique du Capital, menée par l’Etat du Capital contre nous tous les travailleurs (au sens large).

C’est trop facile parce que, en plus, la plupart des gens qui font cela ne sont même pas adhérents à un parti politique, voire, votent assez servilement, sans trop vouloir se poser de question (ils en auraient pourtant les moyens) et avec des calculs personnels à très courts termes, et sont les premiers responsables des pièges type vote utile etc (donc, ne risquent pas de faire changer grand chose à ce désastre politique que connaît le paysage socialo-communiste depuis 25 ans).

Ce sont des gens qui se comportent politiquement et civiquement comme des mineurs sous tutelle, qui viennent ensuite demander à papa-maman syndicaliste « s’il te plaît va leur casser la gueule à ma place mais moi je peux pas, j’ai piscine… »

Bien sûr aussi, que le paysage syndical, les prises de position de certaines organisations ,de certaines centrales, de certains dirigeants, ne sont pas satisfaisants du tout, loin s’en faut.

Mais on a aussi le syndicalisme que nous offre la politique, et plus particulièrement des partis politiques.

Et de cela, chaque citoyen, chaque citoyenne est responsable (ou alors il faut carrément retirer le droit de vote à un paquet de gens !). Etre militant-e- dans un parti, quel qu’il soit, cela permet à des niveaux très modestes, forcément imparfaits d’interagir sur la politique, et la politique permet un autre syndicalisme. Le rôle des politiques est à ce titre fondamental, et presque « premier » car les portes-paroles, et dirigeants et élus « visibles » au niveau national sont responsables de « l’éducation » citoyenne.

Comme on peine, nous, derrière, pour réintroduire l ‘idée de lutte des classes alors même que quasiment plus aucun politique « de gauche » n’emploie les mots adéquats aujourd’hui ! Alors même qu’ils prennent parfois, souvent même, ces dernières années, des positions totalement antagonistes, incompatibles avec les luttes de terrain !

Allez expliquer à votre collègue à la cafèt’ que la retraite c’est par répartition et basé sur la solidarité, alors qu’il a vu la veille au « JT »un X ou Y dirigeant de tel parti étiqueté « gauche » lui dire benoîtement que ce n’était pas moderne et que « vive la capitalisation » ! Bon courage. Tu te sens vite à ramer sur le sable, dans un grand moment de solitude.

Alors à tout ces gens qui frémissent à l’approche du mois de mai, hormis leur conseiller un peu de pratique syndicale de terrain « de base », en toute modestie et même juste pour le « plaisir de la découverte », j’ai envie de leur dire aussi : ne vous trompez pas de responsables et battez vous pour que nous ayons des politiques à la hauteur de nos désirs et de nos rêves.

Pas pour qu’ils ou elles soient des "leaders" des "sauveurs", mais pour qu’ils remplissent leurs rôles de "vigiles", de "sentinelles", allez je vais dire le mot , "d’avant garde éclairée" (mais pas dans le sens despotique et élitiste qu’on a prêté à ce mot). Pour qu’ils profitent de leurs tribunes, de leurs mandats, de leurs immunités, pour faire avancer le travail de la base.

Ensuite, on verra.

Alors oui j’ai probablement plus d’indulgence pour les syndicalistes que pour les dirigeants politiques et les élus nationaux qui en ont fait une profession et une rente de situation.

J’assume, et je viens d’expliquer pourquoi. J’aimerais rappeler aussi que la plupart d’entre nous jouissent de droits qui ont été conquis de haute lutte essentiellement par les luttes syndicales et ouvrières. Alors réfléchissez avant de cracher au visage des "syndicalistes".

Pour l’instant nous sommes encore dans une société où l’engagement politique se paie moins « cash » que l’engagement syndical (c’est un fait). Profitons-en, ça va peut être pas durer…

Et là, tout les petits poissons (nous toutes et tous sans exception) seront pris dans la nasse et il sera trop tard pour se poser des questions. On devra aller « au carton » pour vivre debout, et le combat ne se mènera pas forcément dans les meilleures conditions…

Un grand merci aux camarades syndiqué-e-s. Politiques, encore un effort !

Fraternellement

La Louve