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mardi 3 mars 2009

"PRISE DE POSSESSION", de Louise Michel


Extraits de "Prise de possession", de Louise Michel, Saint Denis, 1890

« Ce n’est pas que les misérables n’aient bien des fois déjà tenté leur délivrance, mais c’était toujours dans une telle nuit d’ignorance qu’ils s’écrasaient dans les issues sans pouvoir sortir ».

(...)

« Heureusement, on ne peut pas vivre les jours d’autrefois et le vieux monde, pareil aux arbres cent fois séculaires, va d’un instant à l’autre tomber en poussière. Le pouvoir est mort, s’étant, comme les scorpions, tué lui-même ; le capital est une fiction, puisque sans le travail il ne peut exister ,et ce n’est pas souffrir pour la République qu’il faut, mais faire la République sociale. »

(...)

« C’était très beau pour les Canaques de se dresser contre l’artillerie moderne avec la sagaie, la fronde et quelques vieux fusils à pierre obtenus par de longues années de louange à Nouméa. Mais l’issue de la lutte ne pouvait être douteuse.

Eh bien, les bulletins de vote destinés à être emportés par le vent avec les promesses des candidats ne valent pas mieux que les sagaies contre les canons.

Pensez-vous, citoyens, que les gouvernants vous les laisseraient, si vous pouviez vous en servir pour faire la révolution ? Votre vote c’est la prière aux dieux sourds de toutes les mythologies, quelque chose comme le rugissement du bœuf flairant l’abattoir, il faudrait être bien niais pour y compter encore, de même qu’il ne faudrait pas être dégoûté pour garder ses illusions sur le pouvoir, le voyant à l’œuvre, il se dévoile, tant mieux. »

(...)

« Il y avait longtemps que les urnes s’engorgeaient et se dégorgeaient périodiquement sans qu’il fut possible de prouver d’une façon aussi incontestable que ces bouts de papier chargés, disait-on, de la volonté populaire, et qu’on prétendait porter la foudre,ne portent rien du tout.

La volonté du peuple ! Avec cela qu’on s’en soucie de la volonté du peuple ! Si elle gêne on ne la suite pas ; voilà tout, on prétend qu’elle est contre la loi et s’il n’en existe aucune, on en fabrique ou en démarque à volonté comme les écrivains sans imagination d »marquent un chapitre de roman. »

(...)

« Il est probable que dans l‘enfance de l’humanité, les premiers qui entourèrent un coin de terre cultivé par eux-mêmes ne le firent que pour mettre à l’abri leur travail comme on range ses outils ; il y avait alors place pour tous, dans l‘ignorance de tout et la simplicité des besoins.

Aujourd’hui ce n’est pas son travail qu’on entoure de barrières mais le travail des autres ; ce n’est pas ce qu’on sème, mais ce que les autres ont semé depuis des milliers d’années qui sert vivre somptueusement en ne faisant rien. »

(...)

« Comme l’anthropophagie a passé, passera le capital. Là est le cœur du vampire, c’est là qu’il faut frapper. »

(...)

« Prise de possession est plus exact qu’expropriation, puisque expropriation impliquerait une exclusion des uns ou des autres, ce qui en peut exister, le monde entier est à tous, chacun alors prendra ce qui lui faut. »

(...)

« Ceux qui vivent de la bêtise humaine la cultivent si largement qu’on se refuse de reconnaître des choses absolument élémentaires. La propriété individuelle s’obstine à vivre malgré ses résultats anti-sociaux, les crimes qu’elle cause de toutes parts, crimes dont la centième partie seulement est connue, l’impossibilité de vivre plus longtemps rivés aux misères éternelles ; l’effondrement des sociétés financières par les vols qu’elles commettent- la danse macabre des banques, les gaspillages des gouvernements affolés qui se feraient volontiers entourer chacun par une armée pour protéger les représentations propices et les festins des hommes de proie, toutes ces turpitudes sont les derniers grincements de dents qui rient au nez des misérables.

Une seule grève générale pourrait terminer, elle se prépare sans autre meneurs que l’instinct de la vie – se révolter ou mourir, pas d’autre alternative.

Cette première révolte de ceux qui ont toujours souffert est semblable au suicide ; toute grève partielle peut être considérée ainsi : patience ! elle se fera générale et elle n’aura pas de ressources, pas de caisses de secours, rien, puisque le bénéfice n’a jamais été pour les travailleurs – on sera donc porté à considérer comme butin de guerre la nourriture, le vêtement, l’abri indispensable à la vie. »

(....)

« Comme toujours, il y a des inconscients qui, crevant de faim comme les autres, viennent se mettre en place de ceux qui font grève, ils ont fait cela à Berne. Anglais, Allemands surtout Français , n’importe, c’Ets le temps ou d’un d’instant à l’autre les grèves de noires se font rouges. »

(...)

« Mais la délivrance ne vient pas, c’est que tu l’implores au lieu de la prendre.

Nul n’a le droit d’asservir les autres, celui qui prend sa liberté ne fait que reprendre ce qui lui appartient, le seul bien véritable. »

(...)

« Pourtant ,si cela vous plaît, prolétaires du monde entier, restez comme vous êtes- peut être aussi que dans une dizaine de mille ans vous aurez réussi à hisser au pouvoir trois ou quatre des vôtres ; ce qui vous fait espérer une majorité socialiste dans vingt-cinq à trente mille ans.

Mais à mesure qu’ils entrent dans cette caverne incrustative, tous sont revêtus de la même pétrification, peut être aussi, camarades ,la comédie parlementaire vous amuse, et pour peu qu’il vous plaise d’imiter le jeune Détulli, vous auriez une partie de ce qu’il fallait à la ruine de la décadence, les spectacles, quant au pain, n’y comptez pas. Ne comptez pas non plus sur l’abri ».

(...)

« Les mioches ne sont pas plus heureux que les autres dans cette société de privilèges et d’iniquité.

Tout le monde les aime, les petits, c’est peut être simplement une mode.

La société aussi, la vieille gueuse, aime les enfants à sa manière, à la façon dont des ogres flairant la chair fraîche ; tout petits, petits, elle les élève dans des couveuses chauffées avec autant de soin que pour des petits poulets à qui on doit couper la gorge ; c’est que ces mioches-là, ce sont les poulets des privilégiés.

Si les parents meurent ou sont trop pauvres pour leur donner la becquée, ce son eux qui la procureront, la becquée, aux juges, qui les condamneront, dès l’âge de huit ans, plus petits peut être, et plus tard encore, ils seront condamnés parce qu’ils l’ont été une première fois. »

(....)

« Les urnes ont vomi assez de misères et de hontes.

Au vent les urnes, place à la sociale !

Le monde à l’humanité.

Le progrès sans fin et sans bornes.

L’égalité, l’harmonie universelle pour les hommes comme pour tout ce qui existe. »


LE PDF INTEGRAL EST DISPONIBLE SUR BELLACIAO ICI

mardi 29 avril 2008

Un peu de lecture pour nos week ends...

Allez, je vais encore en faire râler quelques-un-e-s ( mais ce n'est pas grave...) en vous proposant un peu de lecture pour les "week ends" qui se profilent.

Tout d'abord l'excellent ouvrage de Stathis KOUVELAKIS "La France en révolte, Luttes sociales et cycles politiques", aux éditions Textuel, sept. 2007

Que dit Kouvelakis?

Il analyse avec précision les transformations qui ont pris place dans le monde du travail postfordien, de l'usine au bureau, ainsi que celles qu'a subies le capitalisme stricto sensu pour répondre à la question qui traverse tout son livre: la victoire de l'Innommable ( c'est moi qui l'appelle ainsi) à la présidentielle de 2007 signifie-t-elle la fin de la résistance de la société française (cette "société révolutionnaire") aux politiques libérales?

Pourquoi les luttes sociales qui durent deux décennies, et qui ont remis en cause la contre-réforme libérale n'ont pas connu d'issues plus favorables au monde du travail, pourquoi ont-elles tendu à la contre révolution justement? La crise que nous traversons est-elle le signe d'une effervescence sociale qui ne trouverait pas d'expression politique?

Comment analyser le champ sociale et le monde du travail aujourd'hui?

Je vous le recommande vivement - on y trouve notamment des études très intéressantes sur les modifications structurelles qui ont frappé de plein fouet le monde du travail. Ses analyses de la place et du rôle de l'homme dans la chaîne , du développement de la catégorie du "personnel d'encadrement", l'atomisation et l'individualisation des rapports de travail...tout cela est scruté à la loupe dans une perspective marxiste ( à la fois historique, matérialiste et sociologique) et on en ressort plus armé idéologiquement.

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Puis, le non moins excellent pamphlet, et qui rafraichit si bien la mémoire, de Georges GASTAUD, "Lettre ouverte aux "bons 'Français' qui assassinent la France". Editions le Temps des Cerises, 2005.

Sans pitié, Georges Gastaud déroule la liste de tout ces gens qui n'ont de cesse que se prétendre "les meilleurs d'entre nous" et qui sont en réalité les héritiers de toute cette classe qui livra la France aux Allemands en 1940. D'une plume trempée dans l'acide, avec un humour corrosif, l'auteur nous dépeint quelques figures politiques que les jeunes générations n'ont pas connues ( Giscard notamment), tout en analysant comment (et en esquissant le pourquoi...), tout ce "gratin UDMPS" a, sous couvert de servir l'intérêt général, vendu la France au Capital mondialisé et à l'Eurocratie bruxelloise.

Il offre également ce faisant une nouvelle manière d'envisager la Nation, et propose aux socialistes et aux communistes de se ré approprier cette notion pour lui redonner son vrai sens et en faire l'un des meilleurs alliés tant de l'union des prolétaires ( de tous les prolétaires) que de l'internationalisme, et de ne surtout pas laisser ce concept aux mains de l'extrême droite. La nuance est de taille, loin de s'approprier les thèmes de l'extrême droite liés à la fausse idée de Nation, Gastaud propose un combat idéologique consistant à leur imposer notre vision des choses.

On sourit, voire, on rit beaucoup en lisant, et on apprend ou on se rappelle aussi, beaucoup. A déguster sans a priori.