samedi 6 février 2010

Voile et NPA : "Cher Jean-Luc Mélenchon, tu dérapes !" , par Philippe MARLIERE


de Philippe Marlière Maître de conférences à Londres

Dans une interview accordée à Marianne, Jean-Luc Mélenchon a commenté la candidature aux régionales d’Ilham Moussaïd. Cette jeune femme voilée est candidate sur la liste NPA du Vaucluse. Pour le sénateur, cette candidature, ce « n’est franchement pas une bonne idée » et « tout ça est régressif ». Bloggeur sur Rue89 et militant au NPA, Philippe Marlière, lui répond.

Cher Jean-Luc,

Nous avons eu droit à la grand messe sur l’identité nationale des sécuritaires Besson-Hortefeux (un « débat » pour attrape-nigauds ou pour fachos de tout poil). Puis, ce fut au tour du couple Gérin-Raoult, les pieds-nickelés de l’ordre républicain (et « éradicateurs » de burqas). Aujourd’hui, nous enchaînons avec la chasse à la candidate « islamiste » du NPA. Manque de pot, cette fois-ci, c’est toi qui lance la meute contre Ilham Moussaïd. Que tu le fasses à partir d’une feuille réactionnaire (la mal-nommée Marianne) ajoute encore au trouble.

Tu dis que cette candidature est « régressive ». Qu’en sais-tu ? Connais-tu la candidate ? As-tu discuté avec elle de ses opinions politiques ? Qu’est-ce qui te permet de douter de son engagement féministe, laïque et de gauche ?

Tu affirmes que cette candidature est « immature ». Pourquoi ? En quoi le choix d’une femme dont les parents sont issus de l’immigration serait « immature » ? Cette initiative que tu qualifies subtilement de « racoleuse » vise en réalité à présenter une jeune femme d’origine populaire et qui est politiquement active dans sa région. Où est le mal ?

En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ?

On peut opposer cet acte pleinement politique à la pitoyable drague des « minorités visibles » par les partis de gauche (un terme hypocrite et impropre, car on sait bien que l’on s’intéresse ici au caractère ethnique des personnes). Dans ce cas, contre la mise en scène de la couleur sur une liste, des partis de la gauche laïque cèdent quelques strapontins à des minorités normalement invisibles. Qu’as-tu à dire de cette tartufferie électorale ?

Plus fort encore : tu affirmes que le NPA « entraîne le débat sur le terrain religieux ». En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ? Rien dans son discours public de militante ne te permet d’étayer cette accusation gratuite.

Allons, cessons de tourner autour du pot : ce qui te pose problème, ce n’est ni la candidate, ni ses origines ethniques ou sociales, mais le fait qu’elle porte un foulard. Un foulard ! Quelle horreur ! Et te voilà déclinant le prêt-à-penser soi-disant laïque : le foulard, c’est mal, ce n’est pas républicain, ce n’est pas progressiste, etc.

Tu es l’un des rares hommes politiques français qui lit, réfléchit, débat, tente de comprendre et d’interpréter le monde tel qu’il est. Quelle déception de te retrouver attablé au café du communautarisme laïcard. Le foulard est un « signe de soumission patriarcale » assènes-tu. Qu’en sais-tu ?

Le foulard n’a intrinsèquement rien à voir avec cela. Dans certaines situations, une femme voilée peut en effet être soumise à la domination masculine, mais c’est loin d’être une règle générale. Inversement, nombre de femmes en apparence « libérées » et « modernes » vivent sous le joug tyrannique de conjoints.

La domination patriarcale s’inscrit avant tout dans les rapports hommes-femmes au quotidien. Une femme qui a librement décidé de porter le voile et qui mène une existence autonome sera toujours plus libre que celle sans voile qui, du foyer au bureau, sera cantonnée à des rôles mineurs, parce que femme.

Cette laïcité est celle de l’intolérance et du refus de la différence

Nous avons toi et moi longtemps appartenu au Parti socialiste, où il est de bon ton de stigmatiser les « voilées ». C’est dans ce parti que j’ai pu observer les manifestations les plus machistes et misogynes, sans que cela ne suscite aucun tollé chez les éléments masculins : blagues sexistes, intimidations physiques et, last but not least, infractions délibérées à la loi sur la parité. C’est drôle, dans ces cas-là, personne ne s’élève contre la « domination patriarcale ».

Tu affirmes enfin qu’Ilham Moussaïd « divise » et qu’il lui faut « tirer les leçons de l’Histoire de France (…) parce que nous avons connu trois siècles de guerre de religion ». Si ce n’est pas un dérapage de ta part, cela y ressemble de près.

En quoi le foulard d’Ilham serait-il comparable à nos guerre de religions, à la déportation des juifs par la police française ou encore à la « mission émancipatrice » laïco-chrétienne en Algérie ? Il faut garder le sens de la mesure, Jean-Luc !

La laïcité qui décide comment il faut s’habiller sur la voie publique, qui prétend interpréter le sens que l’on donne à son apparence physique et qui exclut les têtes (et les voiles ! ) qui dépassent, ce n’est pas la laïcité : c’est l’intolérance et le refus de la différence. Jean-Luc, laisse cela aux Besson, Hortefeux, Gérin et Raoult.

Avec mes salutations amicales et navrées.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article97933


Laïcité et féminisme : Quand un politicien proche du Grand Orient de France fait la leçon au NPA , par les Frères Jacques



de LES FRERES JACQUES

Rappelons quelques FAITS.

Eux, au moins, ne sont guère contestables.

Ce ne sont pas des "opinions".

Le Grand Orient de France s’est encore prononcé récemment contre la mixité en loge.

Les "Frères-la-gratouille" ( une appellation que leur donnait François Mitterrand) veulent rester "entre couilles", comme on dit dans les vestiaires de foot.

C’est de notoriété publique.

56% de contre et 44 % de pour, de mémoire.

Reformulé après le Convent du GODF de 2009.

Mais ça, ça ne déchaîne pas les foules ça hein?

Et pourtant, nous sommes au 21ème siècle, que Diable, et n’y aurait-il pas un principe constitutionnel qui pourrait même, à la rigueur, s’opposer à cette décision?

Récemment encore, la position alambiquée (incroyablement sexiste et déterministe !) des mêmes Francs-Maçons quant au changement de sexe d’un de leurs "frères", devenu femme après un processus transsexualiste, est apparu comme un sommet d’équilibrisme intellectuel...et de mauvaise foi.

Puisque "les Frères-Trois-Points" s’octroient souvent le privilège - que nous leur envions toutes et tous, d’ailleurs - de laisser un peu les lois de la République ( leur "République chérie") à la porte de leurs loges, nous citons, de mémoire : "juridiquement il est devenu une femme mais il a été initié chez nous comme un homme".

Donc, pour ses "frères", il reste un "frère", pas de femme chez nous, CQFD !

Adoncque, dans un journal qui roule pour le Modem de façon notoire, quelle surprise de lire, il y a très peu, les propos d’un ex-sénateur, député européen "Front de gauche", dont les rumeurs persistantes (jamais démenties et plusieurs fois reprises), le disent très proche, voire, membre initié du Grand Orient de France, ce même sénateur qui disait de Ségolène Royal au moment de la candidature au PS en 2006 que "la présidentielle n’était pas un concours de beauté", bon copain, fut un temps, de Fabius et Emmanuelli, de grands féministes jamais en panne d’une bonne vanne, (et qui n’y étaient pas allés avec le dos de la cuiller non plus à l’annonce de la candidature Royal), faire la leçon au NPA suite à l’annonce de la candidature d’Ilham Moussaïd pour le NPA dans le Vaucluse !

L’ex- sénateur et député européen en question donc, se pose courageusement, (oh oui, quel courage ! dans une France sarkozyste et gérinisée, en Croisade déclarée), face à la candidature de cette "femme-voilée", en défenseur de la laïcité (admettons, même si sa définition de la laïcité est très contestable et que la France n’est pas le pays où règnerait parfaitement cette laïcité exigeante, sectaire que le sénateur revendique), mais, là, c’est plus drôle, en féministe, défenseur des droits de "la Femme" !

"La-Femme-Voilée", andouille, FORCEMENT, brebis égarée à éclairer d’urgence, soumise à une système patriarcal ? "On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale." dit le député du Front de Gauche.

On atteint des sommets quand ledit Mélenchon, plein de sa propre importance, assène cette Vérité, en mélangeant allègrement religion et système des castes en Inde, nous citons :

"Il avait été évoqué le cas du syndicat des transports. Conducteurs et bagagistes ne parvenaient jamais à faire la grève ensemble parce que les conducteurs étaient brahmanes et les bagagistes des intouchables… "

Et cette sortie, hommage du vice à la vertu, lui qui s’y connait quand même un peu en matière d’orgueil, nous citons :

"Je lui demande de tirer les leçons de l’histoire de France. Non pas parce qu’il s’agit de l’histoire de France, mais parce que nous avons connu trois siècles de guerres de religions. Il ne faut pas être orgueilleux et elle doit apprendre qu’il faut se nourrir des luttes du passé."

Pas moins. Ilham, nouvelle Hélène de Troie !

Merci pour elle, merci à toi, ô Phare de la Pensée Progressiste !

Heureusement que le ridicule ne tue pas, il y aurait des morts, nombreux, tous les jours.

Et comme disait Audiard "Si les cons volaient, certains seraient chefs d’escadrille"...

Questions, maintenant :

Nous pensons qu’Ilham Moussaïd est, avant toute chose, une femme courageuse, oui, car elle va devoir affronter de multiples tirs venant de plusieurs côtés, des obscurantistes et réactionnaires verts et rouges-rosés, des racistes bruns, tous ceux qui, au fond, ne lui laissent comme choix que celui du reniement de ses idées - toutes ses idées -, ou le retour à un ghetto pour le coup, oui, dramatiquement et invariablement patriarcal, machiste et radical.

Laisser les femmes qui veulent en sortir croupir dans ces ghettos, tenus par les hommes, pour les hommes, au besoin par la violence physique, quels que soient leur couleurs, leurs teneurs, leurs religions, c’est cela, être féministe pour certains (qui démontrent bien ainsi quelle conception ils ont de la libération de la femme et du féminisme..)?

Nier leur droit fondamental à l’expression politique, pour faire d’une question de choix individuel un motif d’exclusion sociale, c’est cela, le féminisme?

On se croirait revenu au temps où les curés exorcisaient les femmes à les en faire crever pour "les libérer du démon" - pour leur bien, naturellement ; le temps aussi où les pionniers de la psychanalyse faisaient enfermer les "hystériques" après mutilations et tortures, "pour leur bien", encore...

" Libère toi toute seule, ou va te faire voir", en somme.

Comme si ON POUVAIT SE LIBÉRER DE CE TYPE DE DOMINATION ET D’EXPLOITATION SEUL(E) !

Et les ouvriers (même ceux qui ont un jour voté à droite) qui se rassemblent en syndicats pour lutter contre le patronat, c’est une lutte individuelle peut être? Ce n’est pas politique?

Que pense donc M. Mélenchon de la non-mixité, assumée et revendiquée comme règle fondamentale (et il faut voir parfois avec quels arguments !) par ses "proches" du Grand Orient de France, devant lesquels il est même allé discourir?

Puisqu’il faudrait presque, selon certains, crucifier la courageuse Ilham sur l’autel de l’orthodoxie laïque, nous proposons à ces mêmes défenseurs acharnés de "La Femme" de commencer par interdire aux membres du GODF de se présenter à une quelconque élection républicaine tant qu’ils n’auront pas abandonné leurs positions sur la non-mixité.

"Et ce sera justice" !



De : LES FRERES JACQUES
vendredi 5 février 2010

mercredi 3 février 2010

URGENT- PARIS -SANS PAPIERS -RASSEMBLEMENT RUE DU REGARD LE 2 FEVRIER

mardi 2 février 2010 (15h11)

Communiqué des organisations syndicales et associations soussignées, signataires de la lettre du 1er octobre 2009 au Premier ministre pour une circulaire de régularisation des travailleurs et travailleuses sans papiers.

TROP C’EST TROP !

Le tribunal de grande instance de Paris vient d’ordonner l’évacuation par les travailleurs sans papiers en grève, des locaux du FAF-SAB (Fond d’Assurance Formation des salariés de l’Artisanat du BTP), 8 rue du Regard, Paris 6ème.

Nous n’acceptons pas cette décision de justice qui s’inscrit dans une trop longue série de jugements favorables au patronat depuis notamment l’évacuation de l’agence d’intérim Synergie rue de Rome, le 24 octobre 09.

Les occupants du 8 rue du Regard sont des ouvriers sans papiers du bâtiment, ils occupent ces locaux depuis le 15 décembre 2009. Isolés dans leurs petites entreprises ou intérimaires, ils n’ont pas d’autre lieu pour pouvoir exercer leur droit constitutionnel de grève.

Le 6 janvier, de nombreuses personnalités sont venues sur place leur apporter leur solidarité. Des personnalités plus nombreuses ont appelé par voie de presse à les soutenir ainsi que leurs six mille camarades en grève.

Nous appelons les organisations syndicales, les associations et tous les citoyens a se rendre au 8, rue du Regard (métro St Placide) pour affirmer leur solidarité avec les grévistes et de se tenir à leur côté en cas d’intervention policière.

À 17 heures, sur place, les onze organisations et associations tiendront un point presse.

Paris, le 2 février 2010.

Cgt, Fsu, Union syndicale solidaire, Autremonde, Cimade, Droits devant, Femmes Egalité, Ligue des droits de l’homme, Resf.



De : INTERSYNDICALE - SANS PAPIERS

lundi 1 février 2010

LA DÉPRESSION CITOYENNE COLLECTIVE ET LA VOIE SUICIDAIRE D’UNE PARTIE DU CORPS SOCIAL



(Je précise d’emblée que cet article n’a aucune prétention scientifique, voire, emploie peut être à tort des concepts scientifiques ou prétendus tels, mais dans le sens que le plus grand nombre d’entre nous entend généralement...

Les habitants de ce pays, la douce France, seraient ceux qui consomment le plus d’anxiolytiques et antidépresseurs en ce bas monde. Faisons abstraction d’un phénomène comparable à mon sens, qui est celui des Etats-Unis où la sur-consommation de malbouffe et de crédits en tous genres joue peu ou prou le même rôle.

Comme toujours, on jette la pierre aux médecins - tous des incapables et des bons à rien. On peut aussi accuser les laboratoires pharmaceutiques. Ok. Mais ceux-ci expliquent non pas tant le besoin que le type de réponse actuellement offerte au besoin exprimé.

Oui, la France est devenue un pays de grands dépressifs. Nous sommes un pays de grands malades.

Parce qu’elle a été, à maintes reprises, le pays des plus grands espoirs politiques (au sens noble du terme) et que depuis des décennies, elle ne cesse de se perdre en turpitudes politicardes et électoralistes.

Plus hauts ont été les sommets à atteindre plus dure a été la chute.

La politique telle qu’elle est pratiquée quotidiennement dans ce pays depuis des années, sinon des siècles, qu’elle se dise "de droite" ou "de gauche", a fini par rendre le "corps social" totalement schizophrène. Et naturellement, dépressif face à la conscience aiguë de cette schizophrénie. Car constater un mal auquel on n’a aucune cure ne peut que rendre anxieux et dépressif.

Des maux (bien réels) qui n’affectent plus seulement les adultes, mais qui touchent également, par voie indirecte ( les parents, la famille) et directe (la confrontation dès leur plus jeune âge à un système qui marche sur la tête), les enfants, nos enfants et ceux des Autres ; c’est à dire l’Avenir de tous.

Les symptômes de cet état dépressif généralisé, nous les voyons tous les jours dans notre vie quotidienne. Les causes de cet état, nous les voyons également.

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne fallait pas tricher. Or, la triche est institutionnalisée, sinon encouragée par tous moyens.Des hommes politiques condamnés pour fraude, détournement de fonds, injures racistes etc, peuvent continuer d’être candidats et sont même remerciés par l’attribution de présidence de commission sur la vie carcérale !

On nous a élevés dans l’idée (juste) qu’il ne faut pas s’en prendre aux plus faibles que soi, et que au contraire, les plus forts devraient protéger les plus faibles. Or, les plus faibles servent de bouc-émissaire et sont piétinés quotidiennement. Tout est fait pour expliquer que les chômeurs méritent leur sort et doivent être punis parce qu’ils sont chômeurs. Pas un doigt ne se lève au moment de l’opération "plomb durci" à Gaza...(soi dit en passant, ne cherchez pas pourquoi la cause palestinienne est emblématique pour de nombreux jeunes de banlieues ou pour de nombreux militants communistes - elle est le super-symbole de l’Injustice institutionnalisée avec un grand "I").

On nous éduque (ou plutôt on nous culpabilise) à protéger l’environnement (et protéger l’environnement est en soi un objectif juste et essentiel) mais observez le sol de la salle de cinéma où des milliers de spectateurs (sans doute de bonne foi mais particulièrement décérébrés) viennent de vautrer complaisamment leur mauvaise conscience dans la médiocrité dialectique d’un "Océans" ou d’un "la Terre vue du ciel" : les dalles sont couvertes de papiers, de pop-corn, de bouteilles. Une porcherie.

On nous élève dans l’idée qu’il faut respecter la Loi et l’Ordre mais la vie quotidienne est constellée de la victoire (petite ou grande) de ceux dont le premier principe est de ne jamais respecter la Loi et l’Ordre, de la cour de l’école maternelle au bureau en passant par les transports en commun, à commencer par le comportement de nombre des représentants des dites "forces de l’Ordre".

Des partis politiques nous expliquent que ce système nous fait crever (et c’est juste, ce système qui n’est pas seulement "économique", nous fait crever, quotidiennement, chacun de nous de mille manière différentes et pire, il fait crever l’Avenir et l’Espoir) mais leur premier acte est toujours de cautionner et de renforcer ce système.

J’en passe, la liste serait trop longue. Chacun de nous a mille exemples bien précis de ces contextes officiels et institutionnels propres à créer schizophrénie, angoisse, dépression.

Le drame, en plus, c’est que plus ce climat "pathogène" s’étend, plus le bonheur (ou ce que nous dit devoir être le bonheur) est présenté comme un impératif catégorique, et que celui ou celle qui ne peut pas l’atteindre, qui constate qu’il ne peut pas atteindre le bonheur tel que "notre société" le définit de façon maladive, est rejeté, perçu et se perçoit comme nul, minable, bon à rien, à jeter.

Et alors...

Alors on choisit :

LA CORDE. LA FENÊTRE. LA BALLE. LA PILULE...

Contre soi ou contre l’Autre (tuer un Autre, c’est toujours tuer une partie de soi et vice-versa).

Avez-vous vu que la RATP dans son souci faussement bienveillant de limiter les suicides sur ses voies, pose de plus en plus de "gardes-corps"?

Qui n’a pas l’impression, aujourd’hui, d’être atteint de ce mal qui ronge, insidieusement, sans toutefois bien savoir pour quoi on en est atteint puisque finalement dans notre vie prise isolément, cela peut ne pas aller si mal que cela? Et pourtant, qui, y compris parmi ceux qui estiment légitimement n’avoir pas trop de motifs d’angoisse, échappe actuellement réellement à la grande pieuvre de la dépression et de l’angoisse?

La réponse du "corps social" (comme du corps individuel) à ce type de pathologies, quand on ne rentre pas dans un processus de cure, ne peut être, à terme, que d’une rare violence. Une violence explosive.Une violence déchirante. Une violence qui se manifeste de plusieurs manières, et ne fait pas nécessairement une "révolution".

Je ne crois pas trop me tromper en disant que l’apathie du corps dit, cette fois, "électoral" (qui n’est pas exactement le même que le corps dit "social") ne fait que traduire, une fois de plus, cette prise de conscience aiguë, enfoncée dans nos chairs, ce ras-le bol et cette dépression profonde, que nous vivons à la fois individuellement et collectivement.

Nous n’avons pas ou plus envie d’aller voter parce que, si on se pose les questions du remède au mal, nous avons bien plus spontanément envie d’une solution radicale de l’ordre de "flinguer" toutes celles et tous ceux que nous rendons ( à tort ou à raison) responsables de cette angoisse, de cette schizophrénie généralisée, et ce depuis des décennies.

Nous souffrons, quotidiennement, et même chez nos soi-disant "défenseurs naturels" (à qui on peut encore moins le pardonner qu’à nos exploiteurs naturels) d’une absence de cohérence qui finit par faire norme ; nous souffrons de l’ambigüité comme état permanent de la conscience, et nous souffrons de ces maux sur lesquels de moins en moins, nous pouvons mettre des mots.

Notre énergie vitale est usée par la tension qu’induisent la schizophrénie et l’angoisse collectives, de plus en plus fortes.

En 2010, je mettrais ma tête à couper, qu’une journée de vie "normale" d’un salarié ou d’un chômeur "lambda" (enfants+boulot+maison+transports etc..) consomme, en situations anxiogènes, tracasseries administratives, rapports de domination sans frein, absence de solidarités, urgences physiquement éprouvantes, etc... ce qu’il nous fallait d’énergie pour toute une semaine il y a plusieurs décennies.

Le lundi soir ou disons allez, le mardi, une personne de 35 à 50 ans "normale" est déjà épuisée. Le 5 du mois elle est déjà au comble de l’angoisse de "la fin du mois".De tout ceci découlent des réactions en chaîne dans toute la famille, y compris étendue. Et donc, dans la société.

Déléguée syndicale, je ne vois pas, dans mon entreprise (où pourtant rien n’est "rose"), beaucoup de salariés qui veulent encore se battre pour "changer leur travail", leurs conditions de travail , leurs salaires. J’en vois de moins en moins, et de plus en plus qui ne rêvent qu’à une chose : larguer les amarres, quitter le bateau, fuir le monde, à commencer par celui du travail (qui nous suit jusqu’à chez nous, pendant la pause de déjeuner et y compris dans les transports en communs). Épuisés de vivre à 40 ans : "Comment je peux négocier un bon chèque pour me barrer?".

Allez faire défendre leurs retraites à des salariés ou des étudiants ou des chômeurs qui pour mille bonnes raisons et parfois sans le concevoir encore sont déjà dans une logique morbide et suicidaire? !

P. Mignard dans son dernier article intitulé "la Fronde" ici, parle de réaliser des expériences alternatives concrètes de résistance et de subversion du système, à l’échelon local.

Je ne peux pas repousser d’un revers de main cet objectif. Au contraire. "L’agir" m’apparaît de plus en plus comme une nécessité.

Mais je m’interroge sur ce qu’on doit entendre par là, sur les chances de succès à moyen terme, et surtout, sur les moyens intellectuels à notre disposition (la dialectique, je pense) pour appréhender le déroulement de ces expériences alternatives concrètes, afin qu’elles ne soient pas vues comme des échecs et donc que, in fine, le remède ne soit pas pire que le mal, compte tenu de notre état actuel.

Plus que jamais, je me dis que notre Avenir tient en grande partie dans l’éducation et l’enseignement (qui sont deux choses différentes), mais d’abord et surtout à la façon dont nous concevons éducation et enseignement -et donc, le maître et l’élève mais surtout la FINALITÉ réelle de l’enseignement - (car il va de soi que de mon point de vue la façon dont on les envisage doit profondément changer si on veut en faire des instruments de résistance valables).

On nous agite ces derniers temps les épouvantails des expériences ratées, monstrueuses, inhumaines, qui ont eu comme objectifs de créer un "nouvel être humain" - sur ce point là précis, les médias mettent sur le même plan nazisme et stalinisme, qu’ils appellent honteusement "communisme".

Par tous moyens, on nous explique que c’est la liberté dite "individuelle" (comme si cela existait vraiment pour l’Homme - la question n’est pas tranchée il me semble...) qui doit nous prémunir de ce type d’expériences , expériences forcément dangereuses et mauvaises, à ne pas tenter, - comme si ce grand Paquebot rapiécé qu’on appelle "Éducation Nationale" ne servait pas précisément à fabriquer, aussi, cet "homme nouveau" dont le système capitaliste va avoir de plus en plus besoin pour se maintenir de façon à peu près pérenne.

Je finis par me demander si nous pouvons oser rêver refaire un jour de la Politique (avec un grand P), comme je l’ai déjà défini ailleurs, sans se réapproprier d’abord urgemment la question de l’Éducation et de l’enseignement comme moyens d’autodéfense intellectuelle et donc de résistance concrète au quotidien, et au delà la question de la formation des êtres et des esprits?

Plus j’y pense, moins je le crois. Apprendre et enseigner, là est la clef.



De : LA LOUVE