mardi 18 mars 2008

POURQUOI L'EXEMPLE DE DIE LINKE M'ANGOISSE.


A la suite de mon commentaire des résultats électoraux, vu certaines réactions ici ou là, je crains fort de m'être mal fait comprendre quand je parle de la LCR, de rassemblement des communistes etc. Comme quoi quand on écrit ce qui peut sembler "évident" aux uns ne l'est pas forcément aux "autres".

J'aimerais donc apporter une précision sur ce sujet du "rassemblement", en prenant appui sur le "phénomène Die Linke".

Beaucoup d'entre nous , déçus du PS, du PC de la LCR, en rupture de parti ou toujours adhérents mais de plus en plus dégoûtés, se prennent à rêver tout haut d'un parti français qui ressemblerait à Die Linke allemande, que certains personnes, très intéressées dans l'affaire (notamment pour conserver leur siège de sénateur ailleurs que dans un parti qu'ils ne peuvent plus manœuvrer ) recommandent d'ailleurs de plus en plus chaudement à leur électorat comme une panacée!

Je ne crois pas du tout qu’il soit opportun pour l’instant de tout miser sur l’exemple Die Linke - et je passe sur les raisons nationales, historiques qui plaident contre un "déclaque pur et simple" de ce parti ici.

Je dirais qu'avant de s'emballer il faut laisser un peu de temps au temps, et Die Linke, pour moi , n’a pas encore passé le "baptême du feu" :) c’est à dire la proposition de gouverner et comment et avec qui.

A ce jour je considère ce parti (et tout type de construction qui pourrait lui ressembler) comme une sorte de "colosse aux pieds d'argile".

C’est bien gentil de gagner des élections ( en Allemagne c’est important les "élections locales" puisque que, comme personne ne l’ignore, c’est une structure de type fédéral...et on sait aussi que ce que l’on peut parfois admettre au niveau local on a plus de mal à le faire passer, compte tenu des rapports de force, au niveau national/fédéral), c’est un excellent début, j’en conviens donc aisément. D'autant que la création de ce nouveau rapport de forces se traduit, avec l'action conjuguée des syndicats, par une augmentation des salaires notamment, on l'a vu récemment.

Mais, il faut être clairvoyant d’une part, compte tenu d'où vient l’Allemagne, socialement, après un "Agenda 2010" calamiteux et la politique ultra libérale de Mémère-kel qui a failli laisser le pays sur le flanc socialement , économiquement etc, et d'autre part, vu la "vacuité à gauche", il était quasi- sûr qu’une telle "force" , surtout parée de toutes les vertus de la "nouveauté" engrangerait de bons résultats ...

On ne doit pas négliger cela. Mais rien n'interdit cependant, de rester vigilants...et surtout, puisque nous sommes ou souhaitons être communistes, d'être "prospectifs" c'est à dire de pouvoir avec une plus ou moins grande marge d'erreur, de nous efforcer d'avoir des "prédictions pour l'avenir" fondées sur l'étude des faits et des données réelles qui prennent en compte l'économie mondiale, les rapports de force en présence et les fonctionnements des institutions.

Ce n ’est pas tout de gagner des élections, on le sait bien enfin, nous sortons d'une longue séquence électorale ( pour y replonger dès 2009 - et on nous bassine déjà les oreilles avec les européennes, quelle misère!) et c’est quand on commence à "gagner" que les choses se "compliquent" .

Prenons l’exemple Italien - Rifondazione Comunista, déjà produit d'une scission/reformation d'autres partis communistes, a accepté , avec certaines raisons tout à fait honorables dont une tenant à la menace fasciste réelle qui plane toujours sur l'Italie - mais bon gré mal gré, car tous les camarades n’étaient pas d’accord, mais disons, majoritairement - de participer au gouvernement Prodi, et en plus, dans un bon rapport de forces ( Bertinotti , "patron" de RC était quand même président de la Chambre , ils ont eu des ministères importants etc).

A un moment, et comme toute force "de gauche" a fortiori communiste, RC est confronté à la réalité de l’exercice d’un pouvoir en coalition avec Prodi et les démocrates. Le choix est fait d'au moins construire cet attelage sur un "programme" ( déjà trop "droitisé" pour certains).

Sur le court terme - cela fonctionne bien. Sur le moyen terme - moins bien, et finalement, cela ne fonctionne plus du tout, c'est l'explosion de la coalition, pas pour la couleur du papier toilette, non, mais sur des sujets de fond, de non respect d’un programme.

Total : Berlusconi et Fini qui arrivent à nouveau à pas de géants, et les forces réformistes de gauche qui veulent fondre RC dans un "bidule" encore pire qu’une coalition; un parti "sinistra arcobaleno" (gauche arc en ciel) sur le modèle de Die Linke.

Qu’est ce que cela va donner? Il va falloir attendre une nouvelle confrontation au pouvoir (nécessairement de "coalition") pour le savoir...mais on sait déjà si on ne veut pas se voiler la face, que c'est encore une dilution du communisme et des forces communistes. Etait-ce nécessaire? Non. Inévitable? compte tenu de la manière dont sont engagées les choses en Europe pour le communisme depuis 15 ans, oui. (Mais il suffit d'un domino manquant pour faire échouer l'écroulement de toute la série!)

Quant à Die Linke : tout n’est pas "rose"!

On dit "on ne gouvernera pas avec le SPD". Enfin, ça, c’est ce que dit le courant communiste de die Linke car le courant "social-réformiste" lui, dit déjà et depuis l’origine, le contraire... Alors attendons de voir comment va se passer cette confrontation à la réalité du pouvoir. Avec tout ce qu'elle implique

En attendant je vous renvoie d’ores et déjà à ces quelques articles extrêmement intéressants sur " Die Linke en proie aux controverses" dont celui ci de l’Huma de sept 2007 : http://www.humanite.fr/2007-09-07_I...

un article du Monde de février 2008 rapporté ici http://www.lemonde.fr/politique/art...

ou encore cet article de mars 2008 : http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&article=227452

Enfin, je vous rappelle qu’une camarade est-allemande COMMUNISTE qui défendait une ligne "radicale" de socialisme pour Die Linke s’est fait lourder il y a quelques semaines après une bronca plus ou moins organisée, et n’a reçu aucun soutien de son nouveau "parti" ni même en faveur de son éventuelle liberté d’expression.

Bref, ça promet d’être joyeux et je vous invite aussi à lire cette bonne analyse de "la gauche de gauche" allemande par un institut d’études 100 % de droite :) , l’IFRI , de très bonnes données, très éclairantes et "d’avant" Die Linke.

http://www.ifri.org/files/Cerfa/NdC_Segert.pdf

Tout ça pour dire que si le but est "d’enfermer les différentes composantes de gauche " dans un parti à visée principalement électoraliste, comme cela pourrait sembler être le cas avec Die Linke, dans le but, à nouveau, de travailler avec les réformistes, mais avec une nouvelle "caution de gauche" (servie nécessairement par des cocos), pour "faire croire" au "bon peuple" qu’on ne retrouvera pas les mêmes problèmes, ce sera sans moi. Et je croisque Die Linke et la Sinistra Arcobaleno, malgré tout, cela va être l'institutionnalisation de la mort de l'idée même de Révolution.

J’ajouterai que j’ai beaucoup de mal à croire que des gens qui sont infoutus de se mobiliser ensemble dans des luttes ponctuelles ( élections - manifestations- projets de loi etc...) alors que notre pays va si mal, j’ai du mal à croire donc que sous l’effet "miraculeux" de la création d’un "nouveau parti" - appelez le comme vous voulez - tout baigne dans l’huile et que ce que nous étions pas capables de faire "avant" on peut désormais le faire "après"....Vraiment, ça ça me laisse perplexe...

Pour moi ce type de "véhicules", ce sont des machines à broyer "du coco"- et donc c’est pour cela que j’ai bien précisé que je parle du rassemblement des communistes, et pas nécessairement dans un "nouveau" parti, je maintiens qu’il ne faut pas s’emballer et faire D’aBORD le travail idéologique et de rapprochement à minima entre communistes et sympathisants sur des points très concrets, dans des sortes de "fronts populaires" et ENSUITE on verra.

Toute autre solution hâtive à plutôt tendance à m’angoisser.

Salutations fraternelles

La Louve

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Il faut relativiser le rapport de force en Italie:RC ne représente que 6% des voix et l'ensemble des voix PdCI,verts 10 à 12%.
C'est ce rapport de force la qui compte réellement,à 25 ou 30% ça changerait tout....en France aussi

Jean Claude Goujat

François a dit…

Salut Elodie,tu as raison sur Die Linke,je pense comme toi.C'est un mouvement fait,qu'on le veuille ou non,de plusieurs courants et rien n'est plus dangereux.

L'humoriste Bedos disait" ce qu'il y a de bien avec le PS c'est qu'on peut dire du mal de n'importe qui ,on est toujours sûr de faire plaisir à d'autres,tellement il y a de courants."

Bedos je m'en fous mais c'était vrai.Et cela est aussi vrai pour Die Linke en Allemagne que pour le 100 pour 100 à gauche chez nous.Ce qui est vrai pour quelque chose de ponctuel(élections par exemple)ne l'est pas dans la durée.

D'ailleurs le nouveau parti d'OB semble bien parti pour être un Die Linke à la Française.J'en ai bien peur.

Ne confondons pas vitesse et précipitation,construisons solide tout en rassemblant un maximum.

Si on essayait ,je ne sais pas moi,à 10,20,30,40 personnes de se concerter pour créer un début de plate forme,de manifeste?Afin de présenter à tous les camarades quelque chose qu'ils puissent apprécier ,amender ...et,de là,démarrer ,à la suite d'un vote,un parti communiste qui tienne la route.Car il nous faut être humbles on ne sera pas des milliers tout de suite.Il faut commencer par un début,mais sur des bases très solides.

Par contre re-construire un parti cela ne peut pas ce faire sans avoir viré la direction actuelle...donc faut faire autre chose sans s'en occuper.

En tout cas ,je pense que nous devons passer à l'action le plus vite possible car le facisme en face arrive à grands pas.

Fraternellement

François

Anonyme a dit…

et rajouter une scission à la scission ! NON! La réponse doit être trouvée au sein du PCF existant. Une direction nationale cela se change, fractionner ce parti c'est faire le jeu des forces adverses et surtout du PS qui en profite, à chaque conflit qui nous sépare, pour nous piquer de l'espace vital. Chacun croit avoir la solution en montant sa petite organisation sans s'appercevoir des dégats qu'il produit en affaiblissant le parti "d'origine" et tout cela pour une ou deux petites idées soit disant novatrices. C'est un phénomène de la bouvelle société qui s'observe dans tous les domaines chacun veut y aller de sa petite philosophie et se dit qu'il va apporter de l'eau au moulin en montant son bizzness.Lorsque l'on prend ce modèle, on trahi l'idée de "mise en commun" des idées et de "mutualisation de forces" en provoquant l'éparpillement. Si l'on est pas d'accord avec les lignes proposées, il faut arriver à les rendre majoritaires au sein du parti et non en dehors.Je ne sais pas si je suis très clair dans mon propos (c'est toujours mon problème).

François (un autre)

SAd___ a dit…

Mon bon François, de te lire, cela me ...rajeuni !
"et si "on" essayait de se rassembler à 30-40 !"
Nous sommes 130 000 au PCF et ils sont 2 ou 3000 à la LCR, et du temps de leur splendeur, chez attak, tu trouvais plus de 10 000 adhérants !

- démarrer un PC qui tienne la route – Bravo !!!
Tu as raison, mais pour dans 80, allez 70 ans alors, et en attendant, aujourd’hui et maintenant , on pleur on se plaint, on traite les « autres » (toujours les autres !) de vieux …dinosaures !?

Par contre, les 20 ou 30 gars (avec un G majuscule !) dont tu parles, cela c'est une cellule, (parfois même une section !), et de PC, "nous" en avons un, et c'est le PCF !

Regardons la LCR, un nouveau parti, super, c’est …classe !!!
Ils étaient « anticapitaliste », ils veulent le devenir !
Ils étaient un parti, ils veulent le devenir !
"On" avance bien avec ça !
Je ne te parle pas de Montreuille, où, nous n'avons pas vraiment vu ces gars là ( avec un G minuscule !), du coté que l'on aurait pu le souhaiter :(

Il n'y a pas d'alternative, que ce combat que nous menons contre nous même pour résister à la société bidon, pétri de jeunisme et de filles avenantes, celle que cette TV , cette radio, ce consumérisme permanent et total dans lequel nous baignons tous comme des crapaux qui voudrait se croire des vaches par qu'ils s'entendent gueuler !
Il n'y a pas d'alternative à la bataille (la guerre) qu'il nous faut mener dans nos cellules dans nos sections dans la rue, sur nos lieux de travail, ...

Ce que je trouve toujours extra avec Bedos, c'est qu'il arrive à nous faire rire de ..."nous-mêmes" !

Tu as compris que j'avais es boulles, mais désolé, fallait que ça sorte !
Bises de là !
Et prend ta carte

Albert a dit…

Bonsoir la Louve,

Personnellement, l’exemple de Die Linke ne m’angoisse pas, bien au contraire et certains commentaires sont un peu surprenants. Il n’y a pas que Die Linke où il y a des courants. Il y en a aussi au PS, au PC, à la LCR et il en a toujours eu à gauche depuis le début du 20ème siècle.

Mais il convient aujourd’hui d’essayer de regrouper toute la gauche du Non dans un seul parti .

Que cela se fasse avec la LCR est une autre histoire et sur ce point je partage plutôt ton analyse. Ce n’est pas avec une multitude de chapelles trotskistes (3 divisées chacune en sous-courants…) que l’on construira sans doute quelque chose de solide.

Ce n’est pas non plus avec des socialistes, qui pour garder leur poste de sénateur ou député, ont décidé de rester au PS, n’est-ce pas M. Mélenchon ?

Ce n’est pas non plus avec un PC qui a atteint le fond électoralement et qui se refuse même à changer de sigle car ses résultats aux dernières élections municipales ou cantonales 2008 sont plutôt l’arbre qui cache la forêt.

Et aujourd’hui, ceux qui montent à l’assaut des derniers bastions communistes ne sont pas des trotskistes mais bien des socialistes ou autres écologistes.

Ce qui se passe en Allemagne est encourageant car c’est la première fois qu’une gauche, à la gauche du SPD, dépasse la barre des 5% et entre dans plusieurs parlements régionaux. Une coalition verte, SPD et Die Linke serait même aujourd’hui majoritaire en Allemagne mais le vrai problème, c’est que les sociaux démocrates n’en veulent pas.

En juin 2009, nous serons appelés aux urnes pour élire les députés européens ! Une chance unique d’inverser la tendance libérale et de concentrer les mécontentements consécutifs à la trahison du peuple de gauche par la majorité des élus PS et la droite française.

Et cette question d’un nouveau parti à gauche reviendra sans doute à l’ordre du jour à l’approche des élections européennes, car si le PC veut des élus, il devra dépasser la barre des 5 % et il se pourrait bien qu’il doive faire alliance avec d’autres…

Albert

François a dit…

Salut SAD,ne te mets pas en colère puisque je te rajeuni...

Je comprends parfaitement ton sentiment et,même,je le partage...ou presque.

Tu veux ,toi, si j'ai bien tout compris,re-faire le parti communiste(PCF)sans changer quoi que ce soit mais en le "transformant".Tu veux convaincre les militants parfaitement sincères et,de ce fait,changer la direction donc le Parti.Moi je veux bien mais je ne vois pas si tu te rends compte du boulot.Les gens(indésirables) de la direction ne s'en iront pas comme ça,en le leur demandant gentiment.Ils vont s'accrocher quitte à se "gauchiser" quelques temps de manière à récupérer tout ou partie de la base.Et,ensuite,nouveau tour vers le réformiste,l'électoralisme...

Je t'avoue que je ne vois pas cela d'un bon oeil.Bien évidemment,tu as raison:130 000 adhérents c'est énorme à côté de ce qu'il existe ailleurs.Seulement ces mêmes adhérents,si nombreux soient-ils ne se manifestent guère.Tu penses vraiment que l'on pourra ,par la presuasion,les amener à bouger,prendre des responsabilités,
les faire devenir révolutionnaires?

Peut-être as-tu raison,ton idée n'est pas mauvaise.D'ailleurs toutes les idées sont bonnes quand l'enjeu est aussi important.

Personnellement je suis prêt à adhérer si toutefois on ne trouve pas mieux et qu'un nombre important de militants(es)emboîtent le pas.

Quand je parlais de 40,50 personnes c'était,bien sûr, dans le but de se servir d'internet ensuite afin de voir les retours.Il ne s'agissait pas pour moi de convaincre par diffusions de tracts et réunions de quelques personnes.Mais j'avoue être un utopiste à mes heures.

Je t'embrasse et à bientôt

François

PS: SAD,une des premières choses à faire : Convaincre La Louve qu'il faut arrêter de croire au réformisme...!! il y a du boulot!!
!!!hum!!!

Bises Elodie...

enzo d'aviolo a dit…

moi un "die linke à la française "ne m'angoisse pas" que s'il permet des alliances alors que la gauche non réformiste resterait maitre du jeu!
dans tout autre cas, ce serait un gloubiboulga sans intérêt qui obligerait la gauche radicale à accepter encore les pires reniements et compromissions.

si die linke garde sa ligne radicale et oblige par alliance des soc dem à s'allier avec elle pour gouverner dans les conditions fixées par cette gauche radicale, alors c'est un vrai projet à soutenir.