jeudi 20 mars 2008

CONTE DE PÂQUES , par Jacques FRANCK



Ce dimanche-là, Monsieur Jésus se réveilla fatigué, endolori, un peu pâteux. Il se rendit compte qu'il n'avait pas dormi mais qu'il était mort depuis deux ou trois jours : ce réveil était une résurrection. Un peu étonné, il soupira de soulagement et se leva. Se regardant dans le miroir, il se considéra d'un œil critique. Pas coiffé,la chevelure hirsute et sale, la barbe en bataille, des traces de sang sur la tête, le thorax, les mains, les pieds, un misérable péplum troué ceignant ses maigres flancs, Monsieur Jésus inspirait plus la pitié que l'adoration.

Il n'avait pas le temps de faire toilette avant son rendez-vous avec Monsieur Benoît, personnage important, dont les intérêts professionnels dépendaient de lui. Ils étaient pourtant fort dissemblables. Au jeune juif dépenaillé âgé d'une trentaine d'années faisait face un octogénaire richement paré, au geste bénisseur et au fort accent germanique.

Monsieur Benoît, escomptant un baiser d'allégeance, tendit à son interlocuteur une main ornée d'un anneau pontifical un peu voyant. Monsieur Jésus, ignorant les usages, la serra vigoureusement. "Ach !" murmura le pontife en se signant subrepticement. La conversation commença.

- Dites-moi, Monsieur Benoît…

- Appelez-moi Sa Sainteté, jeune homme !

- Vous, appelez-moi Notre Seigneur. Dites-moi, Sa Sainteté, que devient le monde ? Je suis privé de nouvelles depuis assez longtemps. La paix règne-t-elle sur les hommes de bonne volonté ?

- Oui, Notre Seigneur, mais pas sur tous. En Irak, par exemple, notre frère bien aimé George W. est parfois un peu espiègle et la population prétend en pâtir. Vous noterez que ce sont des mécréants. Dans votre pays natal, Monsieur Ehud ne craint pas de rudoyer ses propres mécréants. Il est vrai que ce monsieur est de confession juive et que…Oh ! Excusez-moi ! Et, çà et là, en Afrique, au Tibet, en Colombie, je note quelques turbulences.

- Bon. En ce qui concerne la paix, ce n'est pas terrible terrible. Et la pauvreté, Sa Sainteté, a-t-elle disparu ?

- Vous n'y pensez pas ! S'il n'y avait plus de pauvres, il n'y aurait plus de riches ! On irait droit au communisme ! (A cette perspective, Monsieur Benoît frémit) Tenez, en France, fille aînée de notre Eglise, que deviendrait le CAC 40 ? Heureusement, dans ce pays, mon très cher frère le chanoine Nicolas veille ! (Monsieur Benoît se signa derechef avec gratitude)

- Si je comprends bien, les choses ne s'améliorent pas. Et l'amour, au moins, l'amour, ça existe encore ?

- Ah ! Notre Seigneur ! Le monde n'est qu'amour ! Dans les limites du sacrement du mariage, évidemment. Et n'oublions pas que l'homosexualité, les préservatifs, l'IVG sont les instruments du Démon ! Mais, à l'instar de mon grand prédécesseur Monsieur Jean-Paul, je les combats.

- La Justice ?

- Elle est dans les mains de Madame Rachida. C'est mieux que rien.

- C'est pire que tout, vous voulez dire !

- Mais non, Notre Seigneur ! Avec elle, chacun va expier ses péchés !

Nom de Dieu, s'écria Monsieur Jésus, si c'est ça le monde, je préfère retourner là d'où je viens ! Et il se drapa dans son suaire.

Jacques FRANCK

3 commentaires:

François a dit…

Je n'aime pas particulièrement les contes.

Mais là j'avoue que je le trouve super chouette.Je vais le raconter à mes petits enfants.

Fraternellement

françois

Vermell a dit…

J'aime bien ce conte aussi...

paul a dit…

c'est tout ?
Il manque pas la fin ?
non parce que là, le ben oit il s'en tire à bon compte moi je trouve...
c'est quoi ce leur saigneur ? il a aucune autorité sur son sousfifre où alors c'est un petit bourgeois qui se donne des airs chqué mais qui bougera pas son cul bénit...