dimanche 29 avril 2007

REPONSE A DIFFERENTS COMMENTAIRES - VOTER, OU PAS, ROYAL?

Bonjour à tous et toutes

D'abord, je ne prétends pas détenir la Vérité (et d'ailleurs je ne censure rien) - mais c'est mon blog, et donc j'y dis ce que je pense. Donc il m'arrive d'être assez d'accord avec moi-même (ce n'est pas toujours le cas ;-)). Mais à tout le moins, j'ai envie de poser des questions.

La première étant de savoir si "voter Royal" est juste, si c'est ce que nous devons faire. Tant mieux si cela apparaît à nombre d'entre vous comme une évidence! Vous avez beaucoup moins à redouter que moi, et vous saurez quoi faire pour le 6 mai...

Mais moi, à tort ou à raison, je me méfie des évidences d'entre-deux tours, servies par des discours manichéens et simplistes, qui ne font pas la part des choses et prennent soigneusement garde de ne pas dire ce qui devrait être dit.

Si ne pas faire montre de "crétinisme parlementaire" (car je pense que nous n'en sommes pas loin parfois dans les réflexions anti-sarko) c'est être bonne à brûler, et bien brûlez-moi! Ou, plus soft, arrêtez de me lire :-)

Je hais le politiquement correct qui a contribué, par la philosophie qu'il véhicule et qui en même temps, l'a créé, (celle du renoncement caché derrière une fausse volonté de respect), à tuer une partie de la vie politique française.Pardon donc d'appeler un chat un chat.

Peu de choses de ce que j'entends pour l'instant en faveur d'un vote Royal (et arrêtons d'appeler cela un vote anti-Sarkozy , on voit bien ce que Chirac a fait de notre vote "anti-Le Pen", i.e. nous mettre un Sarkozy à trois reprise à des postes clefs, Finances, et Intérieur) arrivent à me convaincre.

On peut dire que c'est parce que je suis bête, bornée, prétentieuse,imbue de moi (tout ce que sous entend Pétrollette 2007 dans son commentaire, et d'autres avec lui) , mais peut être aussi peut-on se remettre en question et se dire que ces arguments ne sont pas convaincants?

D'abord, et presque instinctivement, je n'aime pas les "bronca" - celle que l'on entend aujourd'hui contre Sarkozy, (qui est une personne que je pense en effet dangereuse immédiatement, et surtout incohérente et inconsistante politiquement), m'ennuie beaucoup parce que je crains fort qu'elle serve à la gauche, encore une fois, à masquer ses propres responsabilités dans ce qui arrive aujourd'hui.

Car enfin, est-ce que nous en sommes là VRAIMENT par hasard? Est-ce que tout cela n'était pas prévisible? Et depuis combien de temps l'arrivée d'un Nicolas Sarkozy a-t-elle été préparée?

Tout ça ne date pas d'hier - le problème ne vient d'ailleurs pas de Sarkozy, qui est presque au sens strict et comme Royal, un "homme providentiel" - i.e. là au bon moment. The right man at the right place at the right moment.

Tout ça date des premiers renoncements de la gauche face au capitalisme, il ya 25 ans environ.

Le malheur que nous avons tissé, nous, membres de TOUTE la gauche (de LO au PS), c'est que par renoncement, par faiblesse, par arrivisme, par calcul électoralistes, par avidité, par stupidité, que sais-je, nous avons laissé la République aux mains de la finance internationale, et du capitalisme mondialisé.Et que, pour employer une expression grossière, il nous a baisé jusqu'au trognon.


En cela, nous sommes extrêmement responsables et mon souci premier est que je n'entends personne le dire dans toute cette campagne. Et surtout, je n'entends pas Royal le dire, ni même Hollande d'ailleurs...

Bien sur, jamais la gauche n'a mis elle même à bas les libertés individuelles ou publiques, mais elle a hélas tout fait pour que la droite, à chaque fois qu'elle a repris le pouvoir, n'ait qu'à donner une pichenette pour faire écrouler des pans entiers de nos droits fondamentaux. Et à chaque alternance, au lieu de se concentrer à défaire, par une politique vigoureuse, ce qui avait été fait par la droite, elle a laissé faire, et essayé de vaguement "cautériser" les plaies...

Tout cela a amené chez les citoyens un sentiment de trahison perpétuelle, que l'on ne peut pas pardonner à la gauche ses échecs, puisque son cheval de bataille c'est la défense de la dignité de l'homme et la lutte contre le capitalisme. Et oui, être de gauche, c'est bien plus difficile qu'être de droite, on vous pardonne moins, on n'oublie rien contre vous. La preuve. Les Français aujourd'hui ont surtout sanctionné "la gauche" DANS SON ENSEMBLE.

La droite elle, fait son boulot de droite, aucune surprise, c'est facile, il n'y a pas d'ennemi plus faible à vaincre que le peuple et les prolétaires, surtout quand ils ne sont plus protégés. Le capitalisme, c'est sûr et nous le savons, c'est une autre paire de manches...

Idem pour la possibilité hallucinante qu'ont Sarkozy et le Pen de propager à longueur d'années des idées xénophobes, racistes, antisémites...Peut on simplement répondre à cette montée en puissance d'éléments fascistoïdes en disant simplement "les Français sont racistes"? Non ,je ne le crois pas, cela ne me satisfait pas. Hélas, là encore, je n'entends rien d'autre. Aucune once de mea culpa constructif chez aucun représentant des partis de gauche. Aucun discours de clarté, aucune volonté de détricoter les noeuds de pensée creuse dans lesquels nous sommes enfermés.

C'est la "faute des autres". Voilà ce qui m'ennuie.

Et ce tapage médiatique autour de ce second tour ne laisse rien transpirer ou si peu, de vraiment humain. Parce qu'il ne laisse rien transpirer de raisonnable.

Et cela me gêne.

Ami-e-s et camarades ,je respecte votre peur de Sarkozy, j'avoue que moi-même il ne me fait pas rigoler, mais plus que lui (qui n'a jamais milité dans des groupuscules fascistes ou d'extrême droite) ce sont les copains de sa suite qui m'effraient (Devedjan et cie).

Mais je vous demande de respecter ma peur à moi, qui est autre, et qui est celle de voir la gauche dans son ensemble se donner la mort collectivement si Royal est élue.

Car je ne vois rien, ni au PS ni ailleurs, pour l'instant, ni personne, qui va nous permettre de sortir de la politique de renoncement dans laquelle nous nous sommes installés depuis si longtemps.

Aucun des discours, creux et vides, de Royal ou de Hollande, ne me laisse à penser que, si le PS passe, il y aura un sursaut salutaire, celui que Marie George Buffet appelait pourtant de ses voeux devant le conseil constitutionnel il y a quelques mois.

Je n'entends rien qui annonce que les dirigeants de gauche feront ce qu'ils doivent faire du pouvoir que nous leur auront donné. Et d'ailleurs, pourquoi prendraient-ils cette peine, puisque ce pouvoir, nous allons leur donner pour des raisons qui ne sont pas toutes bonnes et qu'en réalité, il va nous être confisqué?

Je ne vois pas , comment, ainsi s'éviter aux législatives un effet "vote utile "bis.

Je ne vois rien qui montre que les dirigeants de gauche vont nous sortir de l'ornière dans laquelle nous sommes, en tant que citoyens et en tant que militants et électeurs.

Voilà ma crainte , et je ne vois pas en quoi elle est moins "respectable" que la votre: ma crainte , c'est qu'après 5 ans de gouvernement démocrate chrétien, la gauche soit morte et enterrée pour des années et des années. Des années bien plus longues que celles que nous auront à supporter Sarkozy.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer: c'est notre dernière chance avant longtemps.

Or, qu'allons nous faire, nous communistes, révolutionnaires ou pas, disons, nous Socialistes, avec la minorité dont nous disposons au Parlement, pour nous opposer àla politique libérale de Royal et d'une partie du PS?

Pourquoi nos dirigeants , Besancenot, Marie george, etc ne sont pas en train de critiquer sévèrement mais constructivement Royal, le Ps et sa politique, tout en lui proposant un renfort pour battre Sarkozy?

Nous ne sommes plus des alliés naturels, le PS est trop à droite; nous sommes des alliés de circonstance. Encore les choses doivent-elles être dites.

Où sont les paroles fortes, les "claques" à mettre au Ps?

Je ne sais pas. Je n'entends rien.

Mon espoir, et il est mince, c'es t que la gauche soit sauvée par la nécessité de lutter et de résister , dans l'opposition.

Encore une fois, je me demande s'il ne vaut pas mieux se manger la patte qui est prise dans le piège plutôt que de garder cette patte mais de finir par crever de la gangrène. J'aimerais qu'il soit possible et de sortir du piège et de garder la patte.

Mais rien de ce que je lis ou de ce que j'entends ne m'y conduis.

Et cela me fait peur.

Alors, la seule chose qui me ferait mettre un bulletin Royal dans l'urne le 6 mai, ce serait d'entendre des dirigeants de gauche, un discours sérieux, sévère et constructif quant à la manière dont Royal et le Ps devraont utiliser leur pouvoir.

3 commentaires:

@Caius a dit…

Salut Elodie
Bon j'étais en train d'écrire laborieusement un commentaire sur le forcing anti sarko et voilà que tu postes un nouveau message sur le sujet… coquine va!

Assez d'accord encore une fois avec ton argumentation (marrant en écrivant mon commentaire l'expression "crétinisme parlementaire » était venue spontanément sous les doigts avant que je ne le supprime...)
Alors réfléchissons aussi sur les ressorts du vote Sarko...
Ce matin je distribuait le tract "battre Sarkozy" du PCF qui aura permit quelques discussion pas inintéressante avec des électeurs de droites (qui croyaient que nous distribuions un tract POUR sarko...comme quoi le TSS à parfois des effets paradoxaux...) va ton les convaincre avec « Sarko dictateur » ?
Pas plus que la gauche italienne n’a convaincu avec « Berlusconi dictateur » ; Parce qu’en Italie (plus qu’en France sans doute) c’est la gauche socialiste, avec Craxi, qui a imposé les thèmes politiques qui ont triomphé avec Berlusconi (à qui le socialiste Craxi avait donné des télé en Italie avant que Mitterrand ne lui donne la 5 en France,)
Parce que croire que le vrai danger fasciste aujourd’hui, c’est le fascisme des fascistes historiques, dont Sarko serait en quelque sorte un avatar me parait une erreur…
Je citerai Pasolini qui écrivait avec le sens visionnaire que du poète
« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifascisme réel. Il s’agit d’un anti-fascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n’existe plus et n’existera plus jamais. […] Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation » définition qui parait bien inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que le résultat de cette insouciante société de consommation sont eux-m^me les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. »

Alors revenons à la discussion avec mes électeurs Sarkozystes et en particulier 4 balayeurs de la Ville de Paris ( !) qui défendaient la candidature et les argumentations Sarkozystes. Entendons Sarkozy, encore ce midi, qui annonce « je veux rompre avec mai 68 »… et voyons la violence qu’impose un capitalisme « de la séduction » post 68 qui dit « tout est permis » et un capital en crise, qui fait payer sa crise, comme toujours, aux classes populaires et qui dit, (et que disent d’autres les socio démocrates depuis Mitterrand) « …mais rien n’est possible »...

@Caius a dit…

Mon commentaire précédent est peu être un peu trop ambigüe : Qu'on me comprenne bien, je ne minimise pas le danger Sarkozy en minimisant Berlusconi à qui je le compare...

Je ne pense pas que Berlusconi est un dirigeant de droite "comme les autres", que ses liens avec les projets de la P2, ses liens avec la Mafia, son implication et celle de ses sbire dans les "trames obscures" font qu'il n'était pas le président "normal" d'un "pays normal". Mais je pense que la posture antifasciste qui range Berlusconi dans le camp du "vieux fascisme" est une erreur confortable qui ignore l'apparition du fascisme nouveau que dénonçait Pasolini et dont Berlusconi est un représentant emblématique.
Mais ceux qui ont diabolisé Berlusconi, ceux qui sont arrivés au pouvoir avec Prodi soutenu par toute la gauche ceux là refusent de rompre avec le Berlusconisme : ils entament outre la poursuite de la mission militaire en Afghanistan, une nouvelle militarisation du pays par les forces américaines, ils mettent en oeuvre une politique d'austérité et de concession aux forces rétrogrades catholiques. Qu'est ce que "le peuple de gauche" peut trouver de séduisant dans cette gauche là?

Alors si Sarkozy représente bien un danger réel c'est son "hégémonie idéologique" qui est la plus dangereuse. Cela suppose qu'au lendemain du second tour la gauche décide de manière obstinée de reprendre le combat idéologique sans fléchir et la détermination de ceux qui veulent résister à ce "tout est possible" qui nous fait froid dans le dos...

Sad a dit…

D'accord, d'accord, ... .
Mais et si "nous" parlions de l'Avenir !?
Cessons d'être dans la plainte (de ceux que l'on nous fait subir), passons à la lumière et donc à la lutte (!), (de ceux que nous pouvons faire).
Comment lutter contre les forces de "compromission" ?
Comment recréer l'horizon, le bonheur, la création et la conviction de l'Amour ?