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lundi 2 février 2009

Un petit tour par la " Librairie RESISTANCES" à Paris

Vous le savez sans doute, il y a peu de librairies engagées, militantes, où l'on puisse trouver des ouvrages rares et de qualité sur la politique, récents ou anciens et clairement socialistes, internationalistes ...
Alors lorsqu'on en trouve une, on lui fait de la publicité. NORMAL!
J'ai rencontré la librairie Résistances il y a quelques semaines ( shame on me...).

Elle présente le triple avantage d'offrir une bonne sélection de livres, y compris sur le sujet Israël, Palestine...(et pour cause!) mais également, d'offrir

- Une salle de lecture et de recherche avec un espace multimédia et un café

- Une salle d’expositions, de conférences et de projection de films

Bref, une librairie qui vaut le détour et que je vous engage vivement à fréquenter (en plus des quelques unes que j'ai déjà répertoriées dans Paris - pour les autres départements de France, n'hésitez pas à les signaler ici!).
LIBRAIRIE RÉSISTANCES

ouverte de 14 H à 20 H du mardi au vendredi (et jusqu’à 22 H les soirs où un événement est programmé), et de 13 H à 20 H le samedi.


4, Villa Compoint 75017 Paris

M° Guy Môquet (ou Brochant)
BUS 31 : Arrêt « Davy-Moines »
Tel : 01 42 28 89 52. Fax : 01 42 28 95 29

lundi 22 septembre 2008

"Un fils de notre temps"



C'est hier soir que j'ai terminé la lecture de ce court roman d'Odön Von Horvarth "Un fils de notre temps".

Je l'ai littéralement dévoré et je vous le recommande chaudement. D'autant qu'il tombe pile poil avec l'un des sujets brûlants de ces dernières semaines, c'est à dire la guerre de la France en Afghanistan, et le contexte actuel.

Il s'agit de l'histoire d'un jeune homme, allemand, né dans les décombres de la Première guerre mondiale, issu d'une famille plutôt misérable, disons très pauvre. Orphelin de mère dès son plus jeune âge, il est élevé par son père, serveur dans un café, père qui semble lui courir franchement sur le bourrichon plus l'enfant grandit. Père qui semble (mais on n'est pas sûrs avec la demie-teinte, le "clair obscur", du roman) qui semble, donc, au début du roman, être socialiste, et en tout cas, en tant que lui-même sacrifié lors de la Première guerre, farouchement antimilitariste.

Le jeune homme est désœuvré, il n'a pas un sou, il n'a pas de qualification - son père, avec qui il se dispute fréquemment, refuse de l'aider - ; il glisse sur la pente du brigandage, doucement mais sûrement. Quand tout à coup lui vient une idée de "génie": l'armée. Il va s'engager dans l'armée.

De fait , son engagement en plein Anschluss (en tout cas, on le devine sous la plume d'Horvarth, qui quitte lui-même rapidement l'Allemagne en voie de nazification ) lui apporte la soupe, le coucher, le vêtement - ah son uniforme - et une forme de reconnaissance, un but, croit-il !

Et le jeune homme ( qui est comme un masque anonyme sans nom, sans particularité) le jeune homme donc, dont certains épisodes de la vie nous sont contés, devient ainsi rapidement un "bon soldat nazi". C'est à dire qu'il prend fait et cause pour l'idéologie nazie,il l'incorpore et l'incarne, cette idéologie dont Horvarth déroule parfaitement la psychologie, la construction. Horvarth comment bien le socialisme a été travesti, manipulé par les capitalistes d'extrême droite, pour embobiner leur monde...et notamment ces "fils de leur temps", nés de la guerre, grandis dans la haine et la misère , qui vécurent par la guerre et en moururent aussi.

(Je pense qu'en lisant ce livre, on ne peut pas s'empêcher de se questionner sur le "pourquoi" de la réussite de ce travestissement du socialisme, de la possibilité d'en avoir fait un instrument de domination des travailleurs et des citoyens, un moyen de ségrégation raciale,une justification au racisme et à l'antisémitisme, en Allemagne bien sûr, mais en Italie aussi, sous Mussolini)...

Son capitaine lui, qui incarne le figure "d'un autre monde" ( un monde où les soldats de métier se battaient pour défendre leurs patries et pouvaient se payer le luxe d'un certain code de l'honneur, toute proportion gardée, où peut être, les choses étaient plus simples, moins fallacieuses aussi), son capitaine se fait suicider sur le champ de bataille, dans un geste risqué délibéré, pour se faire délivrer de "sa mauvaise conscience" de ce qu'on devine être l'annexion des Sudettes, cette annexion qui sera travestie en "soutien aux forces révolutionnaires" , et qui dégoûte ce capitaine d'un "temps ancien".

Finalement blessé au champ de bataille, le jeune soldat, devenu inutile à sa mère patrie, se fait virer de l'armée, sans un sou, et un bras en moins.

La perte de ce bras, la lecture d'une lettre que son capitaine a laissé avant de mourir , et quelques évènements personnels qui se brodent sur cette trame fatale, signeront le début de sa prise de conscience...

Le retour contraint chez son père, passé du socialisme au national-socialisme, nazi médiocre mais toujours convaincu, lui sert de révélateur.

Mais comment?! Pourquoi son père parle t il de "nos combats"? Est ce qu'il y était lui, "là bas" - "Non je ne l'ai pas vu pourtant" se dit le jeune homme avec une ironie amère? Et le bras, est-ce lui qui l'a perdu?

Et finalement, finalement, qu'est ce que cela nous apporte, à "NOUS/JE", tout cela?

Il découvre avec horreur que tout ce dont il s'est laissé farcir la tête n'est que mensonge. Tromperie. Trahison. Il n'y a pas de "nous" possible sans respect des individus, du "je". Il n'y a pas de collectif possible sans respect de l'être humain, de sa vie ,de sa dignité.

Un auteur et un roman à lire, par exemple, après avoir lu "L'Homme sans qualité" de Robert Müsil, peinture autrichienne et magnifique des alentours de la Première guerre Mondiale, "mère de toutes les guerres modernes", de cette époque du début du 20ème siècle que l'historien Hobsbawm nomme avec raison "l'Age des extrêmes" ...

J'en profite enfin pour vous signaler un excellent site http://www.editions-zones.fr/ où , entre autre, le livre d'Hobsbawm sur "les bandits sociaux " est intégralement et gratuitement en ligne.

Bonne lecture!

mardi 13 mai 2008

"LA PART DES LOUPS" de Jann-Marc ROUILLAN

Comme l'a dit quelqu'un d'extrêmement sympathique ici, j'ai donc pris quelques jours de vacances pendant les ponts "comme les riches"...

J'en ai profité pour lire un roman de Jann-Marc ROUILLAN ( ne cherchez pas, oui c'est bien le camarade d'Action Directe) "La part des loups".

Ce roman retrace, des années 1920 à l'orée des années 1950, le parcours d'un homme entre la guerre sociale et la guerre civile, de Barcelone à Toulouse, des plaines d'Aragon à celles de Navarre et d'un côté à l'autre des Pyrénées : comment des paysans pauvres rêvent d'un autre monde, affrontent le pouvoir des propriétaires, de l'Eglise et de l'Etat ; comment ils gagnent, perdent, fuient, s'arrêtent sur un autre front, celui du maquis français contre l'occupant nazi ; comment ils reviennent et perdent encore... Le dernier front de Jaume, guerillero sans troupe, fantôme d'une mémoire qui refuse de capituler, sera de remonter les vieux murs de pierre.

J'ai suivi pas à pas le personnage principal du roman, Jaume, attachée à la semelle de ses espadrilles de brigadiste, dans les rocailles et dans la neige, au milieu des vicissitudes et des saloperies humaines, jusqu'à la fin. Au fil des pages j'ai vu cet homme ses camarades et sa famille être trahis (principalement par les "partis politiques", aimer, se battre, résister, et mourir.

Cela m'a fait découvrir davantage le genre d'Histoire que l'on n'enseigne pas à l'école.

Franco, cette pourriture, est mort l'année de ma naissance. C'est fou de se dire ça et de constater que cette histoire très proche et très contemporaine est totalement passée sous silence à l'école.
Quand elle ne l'est pas, elle est traitée comme un fait divers, presque.

Et pourtant, j'ai eu de bons profs la plupart du temps. Mais trop peu de communistes enseignent l'histoire hélas.

J'ai donc navigué entre l'évocation de l'histoire, très complexe (mais en fait assez simple et répétitive, hélas...) du POUM, du PCE, des anarchistes, des brigades internationales...et la force de Rouillan c'est la beauté de son écriture, la précision de l'évocation, et la philosophie de l'action et de l'engagement armé, dont on sent bien qu'elle sous tend la moindre ligne écrite, sans romantisme et sans complaisance cependant, les années de ce point de vue là ont passé.

D'ailleurs, ne confiait-il pas récemment non seulement ne rien regretter mais continuer à penser que c'était la voie juste (il me semble, mille excuses si ma mémoire est défaillante).

Quand il met dans la bouche de son personnage une remarque: "Nous avons des ennemis devant mais aussi dans notre dos". Comme j'ai compris, comme je me suis sentie proche de Jaume quand il a dit cela... Mais quelle tristesse de voir que nous n'avons rien appris au fond ,et que rien n'a encore changé. Que de travail nous avons.

Et puis j'ai aimé la prise de conscience de la lutte des classes au creux des hanches de "la fille du patron", l'évocation de la nudité, l'amour et le désir qui remettent chaque chose à sa place...

Merci donc à Jann-Marc Rouillan pour ce beau roman, paru chez Agone en 2005 et que je vous recommande (chaudement, forcément) ...