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vendredi 8 janvier 2010

Guerre d'Algérie - Ce que me semblent cacher les critiques post-mortem à A. CAMUS



Alors, voilà, j'écoute et je lis ce que disent les uns et les autres ( défenseurs ou juges à charge) d'Albert Camus à cette occasion du quarantième anniversaire de sa mort accidentelle.

Je n'ai pas le temps de rentrer complètement dans le détail de ce qui m'a amenée à cette hypothèse, mais il me semble que ce dont la plupart des intervenants souhaitent parler au fond, c'est du grand tabou de la guerre d'Algérie.

Mais encore, d'en parler d'une certaine manière. Avec du recul, plus de recul, moins d'affects. D'un point de vue historique justement.

Comme si le temps était venu de lever le tabou, de briser le silence, d'analyser...

(Attention, et ce sera ma précision d'importance, mais je dois la faire - ce n'est nullement pour moi une façon d'en appeler à ces "réconciliations nationales" bidons que l'impérialisme a le secret de nous imposer, genre "on est tous frères et sœurs au pays des Bisounours maintenant que la guerre est vraiment finie, tous ensemble tous ensemble ouai"!).

Peut-être me trompé-je cependant, et je suis ouverte à la démonstration contraire.

Car au fond, sur Camus, on ne parle essentiellement que de cela.

Camus et l'Algérie.

Camus et la guerre d'Algérie.

Camus et "sa" guerre d'Algérie.

Camus et son célèbre mais TOUJOURS tronqué «En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère.» , interprété presque systématiquement comme aveu, parti-pris colonialiste.

Camus contre Sartre, ou Sartre contre Camus, guerre d'Algérie, Manifeste, Prix Nobel - GUERRE D'ALGÉRIE.

Parenthèse- Je ne m'en sors jamais, de ce Kacew de Lituanie qui se fit appeler Gary, mais je viens de finir "L'affaire homme" donc, un recueil d'articles ou d'interviews de Romain Gary écrits ou donnés entre 1957 et sa mort (on "célèbrera" d'ailleurs les 30 ans de son suicide le 2 décembre de cette année) qui comportent des joyaux de philosophie, d'analyse et de poésie (enfin c'est mon avis, et je le partage!) et notamment, la préface que Gary fit à l'édition américaine de "La Peste" de Camus.

Or ce n'est pas cela que j'aimerais citer d'abord à propos de Camus, et pour illustrer ce "mauvais procès" qu'on lui fait actuellement - parce que l'intellectuel, comme nous tous d'ailleurs en règle générale, n'est plus courageux-, mais une interview de Gary par Jérôme Le Thor qui lui demande "Quels sont vos rapports avec le monde en général , par exemple avec le monde politique?"

Et voici ce que répond Gary, - que je trouve finalement mille fois plus juste et plus humble que ce que répondait un Sartre au même genre de question, lui qui se fit un devoir de correspondre à la mythologique figure de "l'intellectuel engagé" -

"Je me suis complètement dégagé de toute participation politique à la petite semaine. Les grandes options sont évidentes dans mon œuvre. Étant donné le poids écrasant du passé historique, toute notion de "solution" est inconcevable dans l'immédiat.
Le noir et le blanc n'existent pas: le choix est presque toujours entre le moins mauvais et le pire. Je ne signe pas les manifestes parce que mon œuvre entière est un manifeste. Il y a cependant une identification entre moi et le gaullisme historique qui a fait que toute la critique de gauche -sauf les communistes- m'est toujours systématiquement tombée sur le dos. Par exemple, Guy Dumur, un jour, a conclu à propos de mon livre, chien blanc, qui est une défense de la faiblesse et où le "faible" - the underdog- gagne à la fin: "Les faibles sont toujours perdants dans l'oeuvre de Romain Gary: ce n'est pas pour rien qu'il est gaulliste." J'ai gardé cette phrase en mémoire, avec son sous-entendu quasi-fasciste, non que j'en veuille au critique en question, qui se débat comme il peut dans la vie, mais parce qu'elle montre les a priori tendancieux que les critiques professionnels, ceux de la dialectique conçue comme une fin justifiant les moyens, servent avant tout souci de justice à l'égard d'une œuvre. Le roman a toujours une un contexte politique, mais les options politiques pratiques immédiates, ce que j'appellerai la technique d'application des principes, est rarement à la portée du romancier parce qu'il n'est pas omniconscient. J'ai horreur des transferts de compétence. Dostoïevski était un génie, mais qui donc irait confier le destin du monde à Dostoïevski? ou à Céline? Vous savez une œuvre romanesque peut dégager ou défendre des idées admirables mais tout est dans la manière de les appliquer, et là, tout peut devenir massacre. Il est évident , dans mon œuvre, que les moyens que l'on emploie pour atteindre un but juste sont au moins aussi importants que les buts poursuivis. Une civilisation ce sont d'abord les moyens."


Il me semble que ce que dit Gary ici, c'est en parfaite résonance avec cette fameuse préface à "La peste" où il dit:

"Camus ne proposait ni traitement ni vaccin philosophique, il savait que personne n'était immunisé. Mais il pensait qu'un homme atteint un stade critique lorsqu'il commence à croire qu'il a "absolument raison". Je cite ses mots: "Croire qu'on a absolument raison est le début de la fin".

Alors, qu'on reproche à Albert Camus cette position philosophique qui me semble justement décrite ici entre autre, par Gary, ce point de vue sur la vie, ce qu'elle doit être, en général, qu'on pourrait appeler "la défense du droit de douter en tout temps, y compris en temps de guerre", pourquoi pas.

Mais dans ce cas le sujet est nettement, plus vaste que ce qu'on lui prête sur la guerre d'Algérie.

Or il me semble que, ces derniers jours, ce n'est pas ce dont il s'agit.

Et qu'en revanche, si le besoin se fait tant sentir de focaliser cette critique philosophique SUR la guerre d'Algérie exclusivement, et bien qu'on ait le courage ou l'honnêteté, ou la clairvoyance de se dire au moins: "Non ,le vrai sujet ici ce n'est plus Camus, c'est 'la guerre d'Algérie'. Le doute est il possible, non pas au sujet de la légitimité de la "décolonialisation" - là le doute n'est pas absolument pas possible - , mais au sujet de la façon dont s'est déroulée cette lutte légitime?" Y a t il ou non la possibilité de questionner aujourd'hui avec une position plus "historiciste", la guerre d'Algérie en soi, et ce qu'il en advint, l'indépendance de l'Algérie telle qu'elle est (et nullement "l'indépendance en soi"), et dans son entièreté, si possible?

Non pas pour "refaire l'histoire" et donner des bons ou des mauvais points (je pense que l'on ne peut pas juger en temps de paix de la même manière qu'en temps de guerre et que c'est facile de dire "ah, moi j'aurais fait ceci ou cela" - et je pense que Camus ne disait rien d'autre dans son fameux "entre la justice et ma mère..." - la situation d'exception qu'est une guerre implique de la part de ceux qui analyseront plus tard de tenir compte ABSOLUMENT de ce contexte très précis). Mais pour analyser au plus juste, dans la mesure du possible presque "froidement", avec du recul, ce qui s'est passé, et sans prendre les vessies pour des lanternes ou se complaire dans une position facile qui consiste à dire "Si ma tante en avait elle s'appellerait mon oncle", mais pour préparer l'avenir.

Alors, si cette intuition est juste, et bien allons-y, parlons (enfin?) de la guerre d'Algérie, sans détours,du mieux que nous pouvons du point de vue de 2010, où l'Algérie et le peuple de ce pays existent désormais (et c'est heureux) comme un "en-soi", et de l'avenir de l'Algérie et du "peuple" algérien (ou plutôt, des peuples qui composent ce qu'on doit appeler la nation algérienne), et laissons les ossements de Camus où ils sont.

Mais ce n'est pas très juste de cacher derrière de prétendues critiques littéraires ou d'un écrivain, un désir qu'on ne veut pas assumer (même si je peux aussi comprendre pourquoi on ne veut pas ou on pense ne pas pouvoir assumer ce désir sur un sujet tel que celui -ci à l'époque que nous traversons)...

mardi 22 septembre 2009

"Sommes nous représentés"? Note incidente à la lecture de "1871"


Juste un petit billet pour une fois !

Je suis en train de lire (avec avidité) une histoire de la Commune par Prosper-Olivier LISSAGARAY (qui faillit devenir le gendre de K. Marx mais dont Jenny Marx refusa toujours catégoriquement qu’il obtint la main de sa fille) et qu’on appelait "le Comte rouge". L’ouvrage de LISSAGARAY fut d’ailleurs traduit en anglais par Eleanor Marx...

Cette découverte tombe à pic, car j’avais relu cet été le livre de Marx sur la séquence 1848-1851.

Pour vous donner le ton, voici un extrait de la préface du livre de Lissagaray en date de 1876 :

"Celui qui fait au peuple de fausses légendes révolutionnaires, celui qui l’amuse d’histoires chantantes, est aussi criminel que le géographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs."

Ce livre que j’ai trouvé en fouinant dans des caisses de vieux bouquins pas chers s’appelle tout simplement

"Histoire de la Commune - 1871".

Et il est incroyable.

D’abord, l’auteur a participé à la Commune lui-même, et puis, il a recueilli le témoignage presque " sur le vif" de plusieurs acteurs dont certains "importants" (au sens de "déterminants", car le vrai héros de la Commune, c’est le peuple des prolétaires et des va nus pieds de Paris), de la Commune.

C’est franchement très intéressant, et j’en recommande la lecture à tout ceux qui pourront le trouver sans se ruiner (pas évident car même l’exemplaire "de poche" est cher) ou l’emprunter, et qui auront le goût (et le temps surtout) de le lire.

Aux détours de l’Histoire (dont on voit qu’elle n’a pas changé tant que ça au fond, et que ce qu’on appelait alors "la Gauche" ressemblait déjà furieusement à ce qu’on appelle encore "la Gauche" aujourd’hui, à de rares exceptions près...c’est à dire s’appuyant toujours sur "le peuple" pour survivre en période pré-révolutionnaire, mais en réalité pour CONSERVER LE POUVOIR ET L’ÉTAT EXISTANTS et finir toujours par le rendre aux grands bourgeois, aux capitalistes, aux tyrans), entre récit de trahisons de cette "Gauche", de batailles héroïques, de prise de conscience, de reculades incroyables, de sang, de larmes, d’honneur... Lissagaray pose à un moment une question qui me semble cruciale, une question que, dit-il, s’est posé à un moment le peuple de Paris, une question qui lui fut posée aussi par ceux qui deviendront non pas "la Gauche" mais "les Communards" :

"SOMMES NOUS REPRÉSENTÉS"?

J’ai envie de reposer la question aujourd’hui. Elle est toujours terriblement d’actualité.

Sommes nous représentés?

Répondre à cette question implique de répondre d’abord à une autre question : qu’est ce qu’être "Représenté"?

Tant qu’on ne répondra pas à des questions en apparence aussi simples, on ne démasquera pas à fond l’énorme hypocrisie politique que constitue, particulièrement aujourd’hui, la démocratie dite "représentative" dans laquelle nous vivons.

Tant qu’on ne répondra pas à ce genre de questions, on ne démontrera pas à quel point aujourd’hui même, nous sommes éloignés du meilleur de ce qu’aurait pu donner, de ce qu’on aurait pu tirer de cette démocratie bourgeoise pour le mouvement ouvrier (s’il n’avait pas été autant et si souvent trahi, il faut le dire aussi, par soi disant "les siens").

Tous les écueils pointés dans la séquence 1848/1871 rappelée et dépeinte au début de l’ouvrage pour décrire, avec une grande intelligence, les conditions de 1871, existent encore (sous d’autres formes éventuellement) dans "la Gauche".

On devient encore moins complaisant avec cette réalité (et ce concept) qu’est "la gauche" en lisant cet ouvrage.

On n ’y voit définitivement, majoritairement, qu’une bande de salopards qui a toujours manœuvré, finalement, pour l’ennemi de classe, se payant des diverses miettes que le vrai pouvoir laissait tomber, avec des airs de "ne pas y toucher", pour, toujours, finir par abandonner le pouvoir aux tyrans les plus vils au moment où la révolution prolétarienne pouvait se réveiller.

Comme dit Lissagaray :

"Trois fois, le prolétariat français a fait la Révolution pour les autres ; il est mûr pour la sienne. Les lumières qui lui manquaient autrefois ne jaillissent maintenant que de lui."

Aussi je le pense, plus que jamais, à la lecture de cet ouvrage, plus que jamais, le mot d’ordre de ceux qui sont le peuple, et qui se disent socialistes, communistes, ça ne peut être que "à bas la gauche, à bas la droite, et vive le parti du prolétariat" !

La Louve

lundi 22 septembre 2008

"De Munich à Vichy, L'assassinat de la Troisième République", chronique par Jean Lévy

De Munich à Vichy, l’assassinat de la Troisième République 1938-1940

Le dernier ouvrage d’Annie Lacroix-riz est paru le mercredi 13 août 2008


http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/?p=1415#more-1415

Le blog du 4 août 2008 de Jean Lévy

"De Munich à Vichy

Nous commençons ce ‘blog’ par une ‘histoire’.

Il s’agit d’une des nombreuses apostrophes attribuées au général de Gaulle.

Le chef de la France libre rencontre pour la première fois le général Giraud.

Nous sommes au Maroc, en janvier 1943. Les troupes anglo-américaines ont débarqué en Afrique du Nord, le 7 novembre 1942. Giraud, fraîchement arrivé de Vichy (où il avait adoubé Pétain), venait d’être promu, par le représentant de Roosevelt, « proconsul » français, en Afrique du Nord.

De Gaulle, tenu en dehors des opérations militaires alliées en Afrique du Nord, écarté de toute responsabilité politique par les plans US, rechigne.

Il impose sa venue et une nouvelle redistribution des cartes. Au repas de ‘réconciliation’, en présence du président des Etats-Unis et de Churchill, Giraud, très disert, raconte avec force détails son évasion d’Allemagne.

Son récit terminé, de Gaulle le félicite et poursuit :

«Vous pourriez peut-être nous conter maintenant comment vous fûtes fait prisonnier ».

Cette ‘histoire’ a une morale. si les victoires et les moments glorieux de notre passé, sont célébrés avec faste, et sont accompagnés d’officielles et récurrentes cérémonies commémoratives, les évènements sombres, les époques noires passent souvent à la trappe de l’Histoire.

On rend hommage chaque année aux héros de la « Grande guerre » chaque 11 novembre. On fête la Libération de Paris d’août 44, la capitulation allemande du 8 mai 45.

Si la capitale a été libérée,c’est que le pays a été envahi, et s’il a été envahi, c’est que notre pays a subi un désastre militaire sans précédent (il a fallu 35 jours aux panzers nazis pour occuper Paris), Mais pose-t-on la question : « comment la France en est-elle arrivée là ? ».

Certes, des « explications » diverses ont été données très succinctement.

D’un côté, on prétend que « notre armée (considérée en 1939 comme la première du monde) a été mal conduite, avec des généraux incapables, un armement insuffisant et inadapté ».

De l’autre, on met en cause ‘les 40 heures qui auraient réduit nos capacités industrielles d’armement’, le Front Populaire et son ‘esprit de jouissance
(qui) l’aurait emporté sur l’esprit de sacrifice’ (dixit Pétain), la ‘faiblesse’ de la IIIème République face aux Etats ‘virils’ (l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste).

Mais le motif, le plus souvent évoqué depuis des décennies, c’est « la trahison de l’Union soviétique » qui, en signant en août 1939, un pacte de non-agression avec l’Allemagne hitlérienne, aurait donné « un coup de poignard dans le dos aux Alliés ».

Cette affirmation, sans cesse assénée, tant par les médias que dans nos collèges et lycées, distillée comme « vérité officielle », depuis près de soixante-dix ans, est devenue l’Histoire, avec un grand H.

Cette version des faits répond à la volonté de la classe dirigeante de corrompre les esprits, non seulement en fonction du passé, mais également du présent. Cette attitude délibérée s’insère dans la lutte idéologique actuelle que mène, tous azimuts, le capitalisme financier contre les forces qui s’opposent à sa domination.

Certes, des livres militants ont tenté de donner d’autres explications. Ils ont rappelé les faits, la trahison rampante de la bourgeoisie, « préférant Hitler au Front populaire », le chemin qui a mené de la République à l’Etat français.

Mais il manquait des ouvrages savants, écrits par des historiens, nourris aux sources des archives croisées dont on dispose aujourd’hui, soucieux de prendre en compte la réalité politique et économique de la période précédant la seconde guerre mondiale et des attitudes des principaux acteurs, qui ont joué un rôle dans la décennie des années trente.

Annie Lacroix-Riz, professeur à Paris-VII, s’inspirant de cette méthodologie rigoureuse, nous apporte, depuis des années, ouvrage après ouvrage, les réponses aux questions posées par la Seconde guerre mondiale, la défaite, l’Occupation.

Après « Banquiers et industriels sous l’Occupation », puis « Le choix de la défaite », Annie Lacroix-Riz publie « De Munich à Vichy, L’assassinat de la Troisième République ».* Cet ouvrage, qui couvre les deux dernières années qui ont précédé la défaite, de 1938 à 1940, s’appuie sur l’ensemble des archives disponibles, françaises, allemandes, britanniques, américaine, portant sur les sources diplomatiques, policières, économiques et politiques des camps en présence.

Annie Lacroix-Riz, en 300 pages, avec plus de 50 pages de références qui authentifient les affirmations de l’auteur, une ample bibliographie et une chronologie des évènements, restitue la vérité sur cette période décisive, vérité délibérément occultée par l’histoire officielle. L’historienne permet de comprendre l’enchaînement des évènements, les raisons d’une défaite programmée par les élites de ce temps, « l’assassinat » orchestré de la Troisième République. La réussite de ce plan supposait l’écrasement de toute résistance populaire, la mise hors la loi du Parti Communiste français et de ses militants. Ce qui fut réalisé AVANT LA DEFAITE par le personnel politique en place, de droite comme, prétendument, de ‘gauche’.

Pour arriver à ses fins, il fallait pervertir les esprits et falsifier l’Histoire.

Ce qui fut fait à l’époque et qui se perpétue de nos jours.

Il faut lire Annie Lacroix-Riz.

Même les esprits ouverts, tous ceux qui avaient compris la réalité de la trahison des élites dans les années trente, même ceux-là restent ébahis par l’énormité du complot, la « collaboration » avant la lettre, dès 1938, et même bien avant, entre politiciens français et nazis allemands, entre la police française et la Gestapo,

Cette année marquera le 70 ième anniversaire de la honteuse capitulation de Munich du 28 septembre 1938. Puis, la fin de la « semaine des deux dimanches », l’écrasement de la résistance ouvrière avec la grève du 30 novembre (deux ans après le Front populaire), la réception des dignitaires hitlériens à Paris, le 6 décembre suivant, par le gouvernement Daladier- Bonnet-Reynaud (d’où furent exclus les ministres juifs), les décrets instituant les premiers camps de concentration visant les « étrangers indésirables ».

Il serait donc bon, avec le dernier ouvrage d’Annie Lacroix-Riz, de faire connaître au plus grand nombre, la vérité sur ces évènements qui préparaient la défaite et ouvraient la voie à Vichy.

Au-delà de notre histoire enfin restituée, cette bataille idéologique s’intègre à celle que nous menons, aujourd’hui, vis-à-vis des mêmes ennemis, l’élite de la grande bourgeoisie, ses politiciens soumis et leurs médias, contre la nouvelle trahison nationale que constitue la « collaboration européenne » au sein de l’Union, au détriment de notre peuple, de sa souveraineté, de son indépendance.


Le Blog de Jean Levy "Ca n'empêche pas Nicolas..."
*Annie LACROIX-RIZ, « De Munich à Vichy,

L'assassinat de la Troisième République 1938-1940 »

publié chez Armand COLIN

"Un fils de notre temps"



C'est hier soir que j'ai terminé la lecture de ce court roman d'Odön Von Horvarth "Un fils de notre temps".

Je l'ai littéralement dévoré et je vous le recommande chaudement. D'autant qu'il tombe pile poil avec l'un des sujets brûlants de ces dernières semaines, c'est à dire la guerre de la France en Afghanistan, et le contexte actuel.

Il s'agit de l'histoire d'un jeune homme, allemand, né dans les décombres de la Première guerre mondiale, issu d'une famille plutôt misérable, disons très pauvre. Orphelin de mère dès son plus jeune âge, il est élevé par son père, serveur dans un café, père qui semble lui courir franchement sur le bourrichon plus l'enfant grandit. Père qui semble (mais on n'est pas sûrs avec la demie-teinte, le "clair obscur", du roman) qui semble, donc, au début du roman, être socialiste, et en tout cas, en tant que lui-même sacrifié lors de la Première guerre, farouchement antimilitariste.

Le jeune homme est désœuvré, il n'a pas un sou, il n'a pas de qualification - son père, avec qui il se dispute fréquemment, refuse de l'aider - ; il glisse sur la pente du brigandage, doucement mais sûrement. Quand tout à coup lui vient une idée de "génie": l'armée. Il va s'engager dans l'armée.

De fait , son engagement en plein Anschluss (en tout cas, on le devine sous la plume d'Horvarth, qui quitte lui-même rapidement l'Allemagne en voie de nazification ) lui apporte la soupe, le coucher, le vêtement - ah son uniforme - et une forme de reconnaissance, un but, croit-il !

Et le jeune homme ( qui est comme un masque anonyme sans nom, sans particularité) le jeune homme donc, dont certains épisodes de la vie nous sont contés, devient ainsi rapidement un "bon soldat nazi". C'est à dire qu'il prend fait et cause pour l'idéologie nazie,il l'incorpore et l'incarne, cette idéologie dont Horvarth déroule parfaitement la psychologie, la construction. Horvarth comment bien le socialisme a été travesti, manipulé par les capitalistes d'extrême droite, pour embobiner leur monde...et notamment ces "fils de leur temps", nés de la guerre, grandis dans la haine et la misère , qui vécurent par la guerre et en moururent aussi.

(Je pense qu'en lisant ce livre, on ne peut pas s'empêcher de se questionner sur le "pourquoi" de la réussite de ce travestissement du socialisme, de la possibilité d'en avoir fait un instrument de domination des travailleurs et des citoyens, un moyen de ségrégation raciale,une justification au racisme et à l'antisémitisme, en Allemagne bien sûr, mais en Italie aussi, sous Mussolini)...

Son capitaine lui, qui incarne le figure "d'un autre monde" ( un monde où les soldats de métier se battaient pour défendre leurs patries et pouvaient se payer le luxe d'un certain code de l'honneur, toute proportion gardée, où peut être, les choses étaient plus simples, moins fallacieuses aussi), son capitaine se fait suicider sur le champ de bataille, dans un geste risqué délibéré, pour se faire délivrer de "sa mauvaise conscience" de ce qu'on devine être l'annexion des Sudettes, cette annexion qui sera travestie en "soutien aux forces révolutionnaires" , et qui dégoûte ce capitaine d'un "temps ancien".

Finalement blessé au champ de bataille, le jeune soldat, devenu inutile à sa mère patrie, se fait virer de l'armée, sans un sou, et un bras en moins.

La perte de ce bras, la lecture d'une lettre que son capitaine a laissé avant de mourir , et quelques évènements personnels qui se brodent sur cette trame fatale, signeront le début de sa prise de conscience...

Le retour contraint chez son père, passé du socialisme au national-socialisme, nazi médiocre mais toujours convaincu, lui sert de révélateur.

Mais comment?! Pourquoi son père parle t il de "nos combats"? Est ce qu'il y était lui, "là bas" - "Non je ne l'ai pas vu pourtant" se dit le jeune homme avec une ironie amère? Et le bras, est-ce lui qui l'a perdu?

Et finalement, finalement, qu'est ce que cela nous apporte, à "NOUS/JE", tout cela?

Il découvre avec horreur que tout ce dont il s'est laissé farcir la tête n'est que mensonge. Tromperie. Trahison. Il n'y a pas de "nous" possible sans respect des individus, du "je". Il n'y a pas de collectif possible sans respect de l'être humain, de sa vie ,de sa dignité.

Un auteur et un roman à lire, par exemple, après avoir lu "L'Homme sans qualité" de Robert Müsil, peinture autrichienne et magnifique des alentours de la Première guerre Mondiale, "mère de toutes les guerres modernes", de cette époque du début du 20ème siècle que l'historien Hobsbawm nomme avec raison "l'Age des extrêmes" ...

J'en profite enfin pour vous signaler un excellent site http://www.editions-zones.fr/ où , entre autre, le livre d'Hobsbawm sur "les bandits sociaux " est intégralement et gratuitement en ligne.

Bonne lecture!

lundi 25 février 2008

Le rôle des résistants communistes juifs dans le sauvetage des enfants juifs, par Max WEINSTEIN



Le rôle des résistants communistes juifs dans le sauvetage des enfants juifs

(Retour sur le documentaire France2/arte : la Résistance en France)

Le documentaire sur la Résistance, diffusé mardi soir 19 février soir sur FR2, s’il est plein de bonnes intentions, ne donne pas la réalité des évènements tels qu’ils se sont passés.

Parler du sauvetage des enfants juifs à partir des dirigeants de l’UGIF me semble réducteur. C’est oublier que l’UGIF a été constituée à l’initiative de l’occupant nazi, tout comme le Judenreich en Allemagne. Même et y compris si certains des dirigeants de l’UGIF espéraient s’en servir pour la bonne cause, la défense et la sauvegarde des familles juives, la réalité, qui n’apparaît pas tellement dans le document, a fait que les fichiers constitués ont été utiles aux allemands et à la police française pour accentuer la répression contre les familles juives, les arrêter et les déporter.

Ce documentaire est réalisé de telle sorte qu’on a l’impression que la population française s’est dès le début de l’occupation portée au secours des juifs.

On a aussi l’impression que la Résistance à l’ennemi et ses soutiens s’est développée sans attendre, ce qui est faux. Il a fallu du temps à ceux de la société française qui voulaient résister pour s’organiser, mettre en place les réseaux.

La révolte des mineurs du Nord de la France est montrée comme un phénomène spontané alors que les militants communistes en étaient les initiateurs et dirigeants.

C’est tout du même tonneau dans cette émission : éviter d’avoir à faire connaître le rôle qu’ont joué les communistes dès l’entrée des armées nazies en France. C’était aussi une façon d’éviter d’avoir à évoquer le rôle important des communistes juifs de la MOI dès le début de la guerre. Ils en ont payé le prix fort.

Ce documentaire, tout à fait dans la ligne des campagnes qui ont visé à minimiser la Résistance des communistes depuis de longues années, les reprends à son compte en faisant partir la résistance des communistes de l’invasion hitlérienne de l’URSS.

Je ne sache pas qu’il y ait eu un seul autre parti, en tant que tel, qui se soit engagé comme l’a fait le P.C.F.

De plus, il ignore complètement, en faisant la part belle aux Eclaireurs Israélites de France et autres mouvements, l’action décisive des résistants de l’U.J.R.E. pour le sauvetage des enfants, en particulier, le coup de Vénissieux dont il est largement fait écho.

Ma tante Sabine, actuellement en Israël, âgée de 94 ans, qui fut de ces femmes de l’Union des Femmes juives clandestine à participer à cette action formidable, serait sans doute indignée de cette partialité. Et puis, parler de monseigneur Salièges et de sa lettre pastorale, sans citer le nom de celui qui lui avait rendu visite pour l’alerter sur la situation des juifs, Charles Lederman, un des dirigeants de l’OSE, Oeuvre de Secours à l’Enfance, sous prétexte sans doute qu’il était un militant communiste, est un scandale.

Ce scandale à propos de Charles Lederman est fréquent et bien des historiens se gardent bien de le citer lorsqu’ils abordent cette question.

Le regard révisionniste qu’ont porté sur l’histoire de ce temps les réalisateurs de ces films laisse mal augurer de ce que vont être les quatre films qui vont être projetés sur France5.

En tant qu’ancien résistant, communiste d’origine juive, je sais que la Résistance n’est pas l’apanage des seuls communistes, qu’elle fut multiforme.

Au fur et à mesure des mois, elle s’est organisée, elle a grandi.

Laisser entendre, comme on pourrait le croire à la vue du documentaire, que les français se sont engagés dès l’abord dans la résistance ou dans son soutien, est une façon erronée d’écrire l’histoire.

Je me souviens encore de la foule énorme qui est venue acclamer Pétain peu avant le débarquement du 6 juin 1944 sur la Place des Terreaux à Lyon où je me trouvais.

Il y a eu des résistants, certes, mais les juifs avaient plus de raisons que d’autres de se méfier et de s’engager dans la lutte contre l’envahisseur. Ce qui fut le cas, dès avant l’occupation allemande par la création par les juifs de la MOI du mouvement « Solidarité », puis, par la suite, des organisations de résistance active que furent l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide), l’U.J.J. (Union de la Jeunesse Juive), l’U.F.J. (Union des Femmes Juives).

Je n’oublie pas les groupes de F.T.P. de la M.O.I. où les jeunes juifs, aux côtés d’autres antifascistes, firent merveille. Cela ne diminue en rien les mérites des dirigeants du comité Amelot dans lequel figuraient aussi des communistes juifs.

Sans doute n’est-il pas dans l’air de notre période de reconnaitre enfin sans réticence, sans a priori et sans arrière-pensées, ce que fut le rôle des communistes dans la Résistance à l’ennemi, dès l’occupation de notre territoire, sans négliger pour autant la Résistance dans son ensemble et sa diversité.>

Fraternellement,

Max Weinstein

Ancien résistant de l’Union de la Jeunesse Juive et ses Groupes de Combat (zone sud)

Vice Président de M.R.J.-M.O.I.

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A voir également, et entre autres:

http://pagesperso-orange.fr/memoire78/index.html: le site de la Mémoire des conflits en région parisienne

http://www.historiographie.info/menu.html: le site d'Annie Lacroix-Riz et notamment "Le choix de la défaite"

Aussi, pour certains documents:
http://assoc.pagespro-orange.fr/memoiredeguerre/index.htm#ph-doc: Le Site "Mémoire de guerre" des résistants d'Ile et Vilaine

jeudi 7 février 2008

8 FEVRIER 1962 - 8 FEVRIER 2008: HOMMAGE AUX VICTIMES DE CHARONNE




Cérémonie (15ème): vendredi 8 à 11H00 dans le Hall des Chèques Postaux, impasse Bourseul

J'attends plus d'informations de notre camarade Francis de Montmartre, (qui participa à la manifestation et vit Anne Godeau mourir presque dans ses bras), car je ne sais pas si le PCF a prévu une commémoration nationale officielle.

A plus tard