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samedi 16 février 2013

Oser rêver l’avenir , à nouveau - Tout est à nous !


Futurisme, surréalisme, dadaïsme... quels sont leurs équivalents aujourd’hui ?

Sans remonter aussi loin, quand j’étais enfant, on me demandait encore à l’école d’écrire une dissertation sur "le futur", et c’était même un de nos sujets favoris. Dès qu’il s’agissait de peindre ou de décrire "le futur", "l’an 2000", c’était magique, et nous, petits enfants, délirions tous de concert : voitures volantes, nourriture en pilule, voyages dans l’espace, plus de maladie, tout le monde serait riche...

Aujourd’hui, à l’école, on ne demande plus aux enfants de rêver l’avenir, "le futur". On ne leur demande plus de rêver du tout, d’ailleurs... On entraîne ces petites têtes à "penser au concret", à faire preuve de "pragmatisme" (accepter leur condition, celle de leurs parents, dès leur plus jeune âge)...

Tiens... Au cinéma non plus, il n’y a plus, depuis longtemps, de films comme "Tron", "Dune", "2001..." ou même, "Retour vers le futur"...

Allons plus avant, regardons le "monde du travail"... Où en est ici, la recherche, l’innovation ces manifestations "travaillistes" du "futur" ? C’est simple, les chiffres sont édifiants ( ici ou ici par exemple) ...

La "R&D" (les groupes, pôles... de recherche et de développement, publics ou privés) ont quasi- disparu, sont hyper orientés sur des besoins immédiats du Capital financier pour se maintenir (l’un des plus gros "pôles publics de développement" en IdF est le Pôle "Finance Innovation" exclusivement tourné sur le a finance, comme son nom l’indique), ou sont sous-financés ; en France, Espagne, Grèce, Italie, Portugal c’est particulièrement net.

Le savoir, la recherche, l’imagination, la création....ne sont plus valorisés et lorsqu’ils existent, ils sont cachés, comme des choses honteuses, mauvaises - et surtout, en réalité, réservés à une élite.

Trop dangereux de penser l’avenir. Trop subversif de même simplement concevoir un futur qui dépasse notre quotidienneté. Il faut, pour nous rendre bien névrosés, bien malades, morts-vivants.... que nous nous résignions à pédaler dans notre choucroute quotidienne sans pouvoir même oser rêver "autre chose".

Résignons-nous ! Résignez-vous.
En anglais "There is no alternative" (connu parfois sous l’acronyme "TINA") - "Il n’y a pas d’alternative"...

Nous sommes dans l’immédiat. Le culte du "maintenant" règne. Il ne faut pas penser à demain, après-demain, encore moins. Sauf sur le mode angoissant : "on ne sait pas de quoi demain sera fait". C’est en fait le meilleur - et le seul ? - moyen de tuer l’esprit révolutionnaire qui souffle en chacun d’entre nous dès notre naissance...

Sur le plan syndical et politique, finalement, c’est la même chose, et on retrouve cette cristallisation sur le "maintenant et ici". Nous en sommes réduits à gérer la merde que nous refilent les capitalistes. Celle qu’ils ont créée, nous finissons par accepter de la co-gérer. L’enfer est pavé de bonnes intentions... Syndics de (leur) faillite. Obligés de nous mutiler nous-mêmes. Obligés de vivre en schizophrènes. Interdiction de penser hors-limites. Et souvent, cette interdiction vient des organisations de la classe ouvrière elles-mêmes, même (surtout ?) celles qui se donnent le discours le plus radical.

Alors que notre seul moyen de nous sauver, c’est de recommencer à rêver, à vouloir nous libérer par la création, l’imagination, l’imagination d’un nouveau monde, ce qui implique évidemment de briser les vieux cadres, préalablement - car finalement, c’est l’essence du communisme, d’oser rêver, comme l’avaient rappelé récemment Badiou ou Bensaïd, non pas "un autre monde" mais une autre société, et de la penser comme autre, différente, ET POSSIBLE...

En 68 on disait " l’imagination au pouvoir" et en effet, et ce n’est pas un hasard, ce pouvoir, nous (le prolétariat) avons failli le prendre collectivement (car il faut en arriver là). On en voulait encore, alors, du futur. On se donnait le droit de le vouloir, et quiconque serait venu à nous prétendant que nous n’avions pas ce droit de nous accorder à nous-mêmes des droits, comme celui de rêver, il aurait passé un mauvais moment...

Aujourd’hui, on devrait accepter qu’on nous condamne, chaque jour, à nettoyer les chiottes immondes du Capital en regardant le bout de nos chaussures, et en plus, en fermant nos gueules : "Et estimez vous heureux... ( aujourd’hui en tout cas, car demain...on verra...)" ....
Comme si le contraire de "pauvreté et précarité", c’était "servitude et exploitation".

Entendons-nous bien. Si on ne se décide pas - et vite - à faire de la politique avec un grand "P" (c’est à dire à la penser, à la parler, à en débattre au grand jour, au grand air, en commun, y compris, et à commencer par , sur les lieux d’exploitation) chaque jour, chaque heure, chaque minute... si on ne se décide pas à briser partout cette barrière protéiforme (totalement factice et idiote, et qui ne sert que la bourgeoisie) entre "syndicalisme" et "politique" (un autre visage de la division du travail établie par la bourgeoisie ?), on ne s’en sortira JAMAIS.

Parler de politique c’est parler de créer. Créer les conditions de notre émancipation. Vouloir être libre.
Cela il faut le revendiquer. Se projeter dans l’avenir. Oser rêver, au moins, la prise du pouvoir. "Tout est à nous" !

jeudi 23 juillet 2009

Causette #3 - EDITO: "La burqa, c’est lourd quand c’est mouillé"


Pour cet été et nos "vacances"je me permets de faire un peu de promo (j’ai aucune part ni rien...) pour un magazine féminin (mais là j’hésite...) / ou plutôt féministe, peut-être car il est aussi bien destiné aux hommes, d’un genre nouveau sous nos tropiques c à d sans mannequin de 15 ans anorexique, sans page de pub toutes les 2 pages avec le "dernier must-have de la saison" qui coût 2.5 SMIC en solde, ni sujets bassinés à l’eau froide pour cervelets d’endive.

Bref un magazine principalement "pour femmes" sympa et intéressant, pas cruche, pas nounouille, pas bimbo, pas fifille..

Son sous- titre "Plus féminine du cerveau que du capiton" , rien que ça, c’est drôle et bien vu.

Le Numéro 3 de ce bimestriel vient de sortir à 4.90 euros, (pour emporter là où on ira se reposer de notre exploitation forcenée par des patrons toujours plus riches, sans scrupule), et donc, à lire avec plaisir.

On y trouve un sujet très intéressant sur le refus de l’état français d’accorder le statut de réfugiées à des femmes et leurs filles pour échapper à l’excision, un sujet un peu délire (mais pas stupide) sur les poils, des rubriques comme les "SMS exclusifs" très drôles, pleines d’esprit, - comme quoi on peut faire de la satyre un peu politique avec bcp d’humour - , un reportage photos MAGNIFIQUE sur la Chine, un dossier économique sur "le gratuit va t il envahir l’économie", un dossier "contraception" , de chouettes dessins etc etc...

et puis un édito, ci dessous, que je me suis permis de mettre ici, et que j’ai bien aimé, car il vise assez juste (et plus juste que certains journaux ou élus dits "de gauche") sur la burqa...

Alors longue vie à ce bimestriel "CAUSETTE", sur cette voie là, peut être que ça changera mais ces 3 premiers numéros m’ont bien plu (même si tout ne m’a pas plus bien sûr mais l’idée, le traitement des sujets, les partis pris idéologiques - osons le mot !- et la mise en oeuvre sont assez rares pour être saluées de toutes façons).

Je dirais en clin d’oeil, "Causette, un magazine féminin qui a des couilles pour les femmes qui veulent un cerveau aussi tonique que leurs abdos fessiers" :-)

et merci aux féministes sans humour de ne pas me dégainer leurs poncifs sur cette expression....

La Louve


"La burqa, c’est lourd quand c’est mouillé, après la baignade. Je refuse donc, à mon corps défendant, de la porter.

En même temps, personne ne me le demande. Remarquez, ça évite de cogiter au réveil devant sa penderie. Frais le matin et ensoleillé l’après-midi ? Burqa. Averses ? Re-burqa.

Ce faux débat passionnel a tout l’air d’être érigé en grande cause nationale, au temps des cerises, pour alléger les temps de crise.

Sous la burqa, ça sent le bouc-émissaire.

Certes, aucune femme n’est à sa place dans ce blockhaus de toile.

Dans cette armure contre la peur. Peur de Dieu, terreur du Mari, tout cela est tant et tellement plus profond que ce qu’une loi ne pourrait atteindre.

Leur retirerait-on de force ? Par violence et sans crainte de les savoir, du même coup, claquemurées à la maison ?

Informer, chercher à comprendre, débattre avec ces femmes, voilà tout ce qui s’offre raisonnablement à nous pour vaincre le Tissu.

En attendant, nous allons plutôt nous pencher sur ce grand et réel problème de société, que dis-je, d’Humanité : le poil.

Epilation intégrale ou voilage intégral, après tout, c’est encore et toujours notre image qu’il faut contrôler.

Alors, pendant que l’on se chargera de nous transpercer de regards accusateurs, nous profiterons, indifférentes, du torse d’un beau bouffon poilu dans la Cabine d’effeuillage, du parcours d’une ministre de l’économie française étonnamment star outre-atlantique, de l’effronterie d’un charmant écrivain ou encore d’un bon moment passé aux côtés d’une grande blonde dotée d’un cerveau.

De quoi passer ces mois d’été le visage à l’ombre pendant que rôtissent les cuisses.

Causette"

http://www.brindecausette.fr/

mardi 13 mai 2008

"LA PART DES LOUPS" de Jann-Marc ROUILLAN

Comme l'a dit quelqu'un d'extrêmement sympathique ici, j'ai donc pris quelques jours de vacances pendant les ponts "comme les riches"...

J'en ai profité pour lire un roman de Jann-Marc ROUILLAN ( ne cherchez pas, oui c'est bien le camarade d'Action Directe) "La part des loups".

Ce roman retrace, des années 1920 à l'orée des années 1950, le parcours d'un homme entre la guerre sociale et la guerre civile, de Barcelone à Toulouse, des plaines d'Aragon à celles de Navarre et d'un côté à l'autre des Pyrénées : comment des paysans pauvres rêvent d'un autre monde, affrontent le pouvoir des propriétaires, de l'Eglise et de l'Etat ; comment ils gagnent, perdent, fuient, s'arrêtent sur un autre front, celui du maquis français contre l'occupant nazi ; comment ils reviennent et perdent encore... Le dernier front de Jaume, guerillero sans troupe, fantôme d'une mémoire qui refuse de capituler, sera de remonter les vieux murs de pierre.

J'ai suivi pas à pas le personnage principal du roman, Jaume, attachée à la semelle de ses espadrilles de brigadiste, dans les rocailles et dans la neige, au milieu des vicissitudes et des saloperies humaines, jusqu'à la fin. Au fil des pages j'ai vu cet homme ses camarades et sa famille être trahis (principalement par les "partis politiques", aimer, se battre, résister, et mourir.

Cela m'a fait découvrir davantage le genre d'Histoire que l'on n'enseigne pas à l'école.

Franco, cette pourriture, est mort l'année de ma naissance. C'est fou de se dire ça et de constater que cette histoire très proche et très contemporaine est totalement passée sous silence à l'école.
Quand elle ne l'est pas, elle est traitée comme un fait divers, presque.

Et pourtant, j'ai eu de bons profs la plupart du temps. Mais trop peu de communistes enseignent l'histoire hélas.

J'ai donc navigué entre l'évocation de l'histoire, très complexe (mais en fait assez simple et répétitive, hélas...) du POUM, du PCE, des anarchistes, des brigades internationales...et la force de Rouillan c'est la beauté de son écriture, la précision de l'évocation, et la philosophie de l'action et de l'engagement armé, dont on sent bien qu'elle sous tend la moindre ligne écrite, sans romantisme et sans complaisance cependant, les années de ce point de vue là ont passé.

D'ailleurs, ne confiait-il pas récemment non seulement ne rien regretter mais continuer à penser que c'était la voie juste (il me semble, mille excuses si ma mémoire est défaillante).

Quand il met dans la bouche de son personnage une remarque: "Nous avons des ennemis devant mais aussi dans notre dos". Comme j'ai compris, comme je me suis sentie proche de Jaume quand il a dit cela... Mais quelle tristesse de voir que nous n'avons rien appris au fond ,et que rien n'a encore changé. Que de travail nous avons.

Et puis j'ai aimé la prise de conscience de la lutte des classes au creux des hanches de "la fille du patron", l'évocation de la nudité, l'amour et le désir qui remettent chaque chose à sa place...

Merci donc à Jann-Marc Rouillan pour ce beau roman, paru chez Agone en 2005 et que je vous recommande (chaudement, forcément) ...