lundi 22 septembre 2008

"La riposte ou la révolution ?", par le Mouton Noir




"N'acceptant pas de me résigner face aux ravages du capitalisme, j'ai adhéré au PCF il y a environ deux ans, pour rejoindre ceux qui luttent contre ce système, ceux qui n'acceptent pas la fin de l'Histoire et proposent une alternative.

Aujourd'hui je m'interroge : le PCF est-il la bonne organisation pour lutter contre le capitalisme ? Que lui manque-t-il ? Que faudrait-il faire ?

Les paragraphes qui suivent proposent quelques réponses à ces questions, avec l'espoir de susciter un dialogue et des réactions pour élaborer les projets dans lesquels des militants comme moi auront envie d'investir leur temps et leur énergie.

Le PCF est-il encore révolutionnaire ?

Au-delà des références théoriques, l'organisation PCF n'a aujourd'hui plus aucune stratégie révolutionnaire, à savoir une idée concrète des actions à mener pour réellement bouleverser la société et ébranler le capitalisme. Même si sa base militante est d'une richesse politique extraordinaire, son encadrement et sa direction nationale ne proposent aujourd'hui comme seul horizon que "la riposte". Cette stratégie est une impasse. Elle est totalement passive. On subit le rythme des coups de l'adversaire, on le laisse choisir son terrain (qui change tous les 10 jours), on épuise petit à petit toute crédibilité politique et surtout on ne construit rien. Le tout en implorant le PS de nous aider à conserver quelques élus. Pitoyable.

Pendant que les professionnels de la politique font mine de chercher notre projet et les formes politiques qu'il conviendrait d'adopter (surtout pour leur assurer un avenir personnel), les militants ne se posent pas ce genre de questions (les réponses sont connues), mais se demandent plutôt que faire concrètement aujourd'hui.

L'urgence et la possibilité d'une stratégie révolutionnaire !

Prenons du recul. Choisissons notre combat. Contre-attaquons. Avec trois impératifs :

* Choisissons notre rythme et notre terrain, prenons l'initiative.
* Inscrivons-nous dans la durée, indépendamment du calendrier électoral.
* Gardons toujours une perspective réellement révolutionnaire : notre objectif est de bouleverser en profondeur la société, pas de jouer les dames patronnesses.

L'une des clés absolument essentielles est de combattre concrètement, par la preuve, l'idée qu'il n'y aurait plus d'alternative : nous devons faire du communisme maintenant. Pour y parvenir, il faut attaquer le capitalisme au cœur, en déstabilisant les piliers sur lesquels il s'appuie. Cette stratégie pourrait s'articuler autour de trois axes :

* La révolution dans les têtes : la fraternité contre la peur.
* La révolution dans les villes : les coopératives contre la plus-value capitaliste.
* La révolution dans les campagnes : l'agriculture naturelle contre la malbouffe.

Même si le pouvoir institutionnel reste un objectif car lui seul permet de modifier en profondeur certaines règles, nous allons voir qu'il est possible d'agir tout de suite et très concrètement dans ces trois axes, pour créer une dynamique autrement plus efficace que l'impasse mortifère que représente la stratégie avant tout électoraliste dans laquelle s'est enfermé le PCF depuis 20 ans.

La révolution dans les têtes : la fraternité contre la peur

La peur du chômage. La peur de la rue. La peur des jeunes. La peur de tomber malade. La peur des banlieues. La peur des étrangers. La peur de la Chine. La peur des autres.

Cultivée par les médias (comme l'a brillamment montré Michael Moore), la peur est le terreau dans lequel prospère le "libéralisme" : elle favorise le repli sur soi, sur l'individu.

Combattre la peur, c'est assécher le terreau idéologique du capitalisme. Et on peut la combattre :

* D'abord en la nommant, en la montrant du doigt. Ce qui suppose des campagnes de communication frappantes, imaginatives et décalées. Ca ne coûte pas cher mais ça suppose d'accepter de prendre des risques.
* Ensuite en affirmant que la peur n'est pas une fatalité, car les solutions existent. Ainsi, c'est pour ne plus avoir peur des conséquences sociales de la maladie que les travailleurs se sont dotés de la sécurité sociale à la Libération. Et si le patronat s'est appliqué depuis à la démolir petit à petit, en espérant en venir à bout définitivement ("refermer la parenthèse du Conseil National de la Résistance"), c'est bien sûr pour reprendre en main ce secteur économique, mais c'est aussi pour raviver cette peur et casser cette solidarité.
* Enfin, en mettant en place très concrètement des actions de rencontre et de solidarité, pas pour "faire du social" mais pour apprendre à se connaître et restaurer le sentiment de fraternité entre les travailleurs, le meilleur antidote de la peur. Quelques exemples : la marche pour l'emploi organisée par les communistes du Nord – Pas-de-Calais, l'Appel aux Sans Voix (http://www.appelauxsansvoix.org), des permanences d'écrivain public, etc. A l'opposé du caritatif, c'est la dignité de lutter ensemble qu'il faut restaurer.

Dans un deuxième temps, quand nous aurons (re)trouvé une audience importante, on peut imaginer de constituer des services publics alternatifs pour reconstruire les mécanismes populaires de solidarité que le capitalisme débridé aura démolis.

La révolution dans les villes : les coopératives contre la plus-value capitaliste

A la base du capitalisme, de l'accumulation du capital financier, il y a l'extraction de la plus-value sur le travail salarié. C'est le moteur du système. On peut s'y attaquer dès aujourd'hui, en favorisant le développement des coopératives, les SCOP (Sociétés Coopératives Ouvrières de Production).

Les SCOP, c'est autant de salariés dont le travail ne vient pas grossir le capital. C'est une partie de la production qui échappe aux logiques purement financières. C'est une preuve concrète que l'on peut produire autrement, que la démocratie sur le lieu de travail n'est pas contradictoire avec l'efficacité économique. C'est la subversion au cœur du système.

On peut agir concrètement :

* Créer un site Web de promotion des SCOP, avec une notation et un label décerné aux plus "révolutionnaires", une rubrique emploi, une bourse aux projets, des témoignages, le calendrier des fêtes (voir ci-dessous), etc.
* Constituer un réseau de soutien juridique et de formation : aide à la reprise d'une entreprise par les salariés, aide à la création.
* Organiser des fêtes ! Chaque salarié qui abandonne le secteur capitaliste pour rejoindre le secteur coopératif est une victoire : cette victoire doit être fêtée. On peut même imaginer une cérémonie à la manière des baptêmes républicains, pour souligner la portée subversive et révolutionnaire de chacun de ces petits événements. Ces fêtes seraient une réponse (parmi d'autres) à la perte du lien social et aux ravages qu'engendre l'absence de rites de passage dans notre société (mais ça c'est un autre débat !).

Aujourd'hui, en France, il n'y a que... 36 000 salariés travaillant dans des SCOP ! Faisons tout pour que ce chiffre soit multiplié par 10, par 100, et ceux d'en face commenceront alors à vraiment s'inquiéter ! Quand ils tenteront de réagir, par exemple en légiférant contre les SCOP, nous aurons gagné : la mobilisation sera immédiate et... ils seront venus sur le terrain que nous aurons choisi.

La révolution dans les campagnes : l'agriculture naturelle contre la malbouffe

L'agriculture industrielle constitue un axe essentiel du développement du capitalisme. Elle est aliénante tant dans ses modes de production (nouveau prolétariat agricole) que dans ses conséquences (destruction de l'agriculture vivrière et de la paysannerie) et même dans ses produits : la malbouffe est en elle-même une forme d'aliénation qui touche les plus pauvres et anéantit leur santé.

Même si la finitude et la fragilité de notre environnement n'étaient pas aussi palpables à son époque, Marx lui-même l'avait déjà affirmé : le capitalisme c'est aussi la surexploitation des ressources naturelles.

Promouvoir le développement d'une autre agriculture dans nos campagnes, c'est aussi semer les graines de la révolution ! Et les solutions existent. Je pense en particulier à l'agriculture naturelle, mise au point par le Japonais Masanobu Fukuoka. Cet ancien microbiologiste a consacré toute sa vie à mettre au point une méthode d'agriculture obtenant des rendements comparables à ceux de l'agriculture dite "moderne", mais sans mécanisation, sans chimie, sans surexploitation des ressources... ni du travail humain ! Et il ne s'agit pas de théorie, mais d'expérimentation pratique menée dans sa ferme pendant des dizaines d'années. Simple paysan, Fukuoka a d'ailleurs eu le tort d'écrire des livres et de donner des conférences pour faire connaître sa méthode. Ceux d'en face ne s'y sont pas trompés : l'armée japonaise (carrément !) a détruit ses cultures et saisi ses semences.

On pourrait ainsi :

* D'un côté, mener des campagnes pour dénoncer les méfaits de l'agriculture industrielle, mais en mettant en évidence leur dimension politique et leurs conséquences sur la société.
* De l'autre, promouvoir des démarches comme celles de Fukuoka, susciter ou appuyer des expérimentations, pour montrer là aussi qu'une alternative est possible.

Le rôle déterminant des élus

Avoir des élus peut parfaitement s'inscrire dans le cadre d'une telle stratégie, mais il s'agit alors d'un moyen (parmi d'autres) de démultiplier et d'accélérer les actions menées. Toutefois, ce moyen n'est en aucun cas central, et ne saurait prendre une importance démesurée au point de devenir... une fin en soi.

La dimension internationale

Dans toutes ces actions, la dimension internationale doit systématiquement être développée.

Des coopératives se sont développées dans d'autres pays, en Amérique du Sud mais aussi en Europe même. Tisser des liens privilégiés avec elles est essentiel, pour partager des expériences mais aussi pour mettre en place des coopérations industrielles et commerciales, ou encore travailler ensemble la question du protectionnisme et de la mondialisation.

De même, des projets d'agriculture naturelle voient le jour aux Etats-Unis ou en Australie, ils constituent de précieuses références et des appuis indispensables pour développer cette alternative en France.

Bon alors, faut-il rendre sa carte ?


Ce ne sont là que quelques pistes et suggestions d'actions concrètes que l'on peut mener dès aujourd'hui. A partir de là, plusieurs hypothèses se présentent pour lancer ces initiatives :

* Doit-on ou peut-on les lancer dans le cadre du PCF ?
* Faut-il créer une autre organisation pour mettre en œuvre cette stratégie ?
* Ou plutôt constituer un réseau ouvert, axé sur chaque action, en invitant les militants du PCF (et d'ailleurs) à s'investir dans les actions opérationnelles qui seront imaginées ensemble ?

Qu'en pensez-vous ?

Trouvé ici sur le blog de notre camarade Le Mouton Noir :-)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

j en pense bcp de bien et ne peux que vous inviter a lire 1971 ( l' espagne libertaire 1936-1939 ) de Gaston leval.tout ceci y est abordé mis en place car deja utilise avec succes.et tout ca avec des resultas ...etonnant.
et le tout bien sur ,sur la base de decisions prises en communs..
héhéhé

Makhno

MaNat a dit…

La Peur

Le mot «libéralisme» laisse entendre qu'il s'agirait d'oeuvrer afin de développer l'autonomie des individus.

Mais l'aspiration, légitime, a plus de liberté peut se dévoyer en (ou être le masque d'une) recherche du pouvoir de «faire ce que je veux», y compris au détriment des autres. Et une liberté «déréglée» ne peut tourner qu'à l'avantage des plus forts et ainsi diminuer de façon inacceptable la liberté des autres.

C'est le régime dans lequel fonctionne les grandes entreprises où la position dominante est toujours recherchée afin de (ne pas?) en abuser.

Ensuite, même dans le cadre d'une hypothétique égalité des forces, la liberté ne peut que se déchaîner en lutte de tous contre tous, en «lutte pour une soi-disant survie», en «chacun pour soi et sauve qui peut» dès qu'il y a pénurie réelle ou supposée d'un des facteurs (logement, éducation, santé, travail, eau et alimentation de bonne qualité,…) et/ou que l'avidité (largement entretenue à dessein par la société de consommation chez nombre d'entre nous j'en conviens) prend le dessus.

C'est le régime dans lequel fonctionne les salariés où les pénuries (de travail, de logement, de santé, de revenu, …) sont entretenues ou provoquées afin de s'assurer de leur docilité et, en tout cas, de leur peur: «Mes voisins sont des ennemis potentiels et ils saisiront la première occasion pour prendre ma place, mon logement, ma voiture, me poignarder dans le dos (rayez la mention inutile). Il m'est donc impossible d'espérer quoi que ce soit d'eux et encore moins de nous unir pour lutter contre un danger commun ou pour améliorer notre sort.»
On devient ainsi un troupeau affolé, manipulable à loisir, et prêt à écouter le premier oracle, prophète ou bonimenteur venu. On joue avec le feu...

Plus grave, cet état de «lutte pour la survie» autorise toutes les compromissions, tous les abus et toutes les vilénies commises entre collègues ou concitoyens.

Comme vous, je crois que c'est en favorisant la fraternité (et l'égalité) plutôt que la liberté de se battre entre nous que la société commencera à aller dans une bonne direction.

Le partage

Encore une fois, je suis d'accord avec vous (et Marx) qu'il faut élargir le concept d'«exploiteurs» par-delà le capital à ceux qui abusent des ressources naturelles.

Car comme celui qui, parce qu'il investit dans une entreprise ou est dirigeant de cette entreprise, s'arroge le droit à une part abusive dans le partage de la valeur ajoutée est un exploiteur, celui qui abuse d'une ressource (source d'eau, puits de pétrole, littoral, …) parce qu'il en a le pouvoir (élu, habitant, …) est un exploiteur aussi même si il n'est pas détenteur du capital.

«abus: usage mauvais, excessif ou injuste»

Comment agir?

J'opterais plutôt pour la troisième voie car il me semble que dès qu'il y a cadre, il y a ligne, et dès qu'il y a ligne, il n'y a plus trop de révolutions...

Veuillez excuser mes tardifs et oiseux jeux de mots...