lundi 21 mai 2007

RELIRE GUY HOCQUENGHEM « LETTRE OUVERTE A CEUX QUI SONT PASSES DU COL MAO AU ROTARY »



(NB Le petit dessin a été piqué au blog de Caius, car vraiment, il me fait trop rire !)

Dans la série "rions un peu" ( si ça ne fait pas de bien ça ne peut pas faire de mal...)

En ces temps troublés où d’aucuns, (nombreux d’ailleurs), appellent de leurs voeux pressants la création d’un "grand parti de gauche » (sans doute pour se garder une place au soleil plus que par souci de défendre les intérêts des prolétaires), en cette période nauséabonde de notre histoire où le communisme est une maladie honteuse ou plutôt, une forme d’arriération mentale, et communiste, une insulte, où socialisme est devenu un synonyme de social-démocratie ou de renoncement à grande échelle, où l’on ne peut plus employer le terme de gauchisme sans être immédiatement taxé de rétrograde, stalinien, facho et j’en passe, où on préfère le bruit feutré de l’alternative au libéralisme au martèlement lourd de l’anticapitalisme, il a été plaisant de relire la « lettre ouverte » de Guy Hocquenghem, (qui, d’ailleurs, n’épargne pas toujours le PCF).

Réédité en 2003 chez Agone avec une préface au vitriol de Serge Halimi, l’ouvrage est une mine de joyaux et arrache souvent à son lecteur un rire diabolique, diabolique comme l’étaient le style, la pensée de cet homosexuel militant, lui-même pas exempt de critiques, comme Halimi. (Les critiques, contre ces deux auteurs, existent mais elles ne doivent pas empêcher la lecture... )

Implacable réquisitoire parce qu’appuyé par des extraits d’ouvrages, d’articles, de citations, des principaux visés (July, Joffrin, Glucksmann, BHL, Daniel Cohn Bendit, Brice Lalonde, Bernard Kouchner, etc, etc...)

Et, quelle perfidie, quel sens de l’incision dans une verrue toujours purulente, quelle démonstration presque parfaite des grands méfaits du gauchisme, qu’Hocquenghem pointe à un moment, comme l’un des plus grands responsables de la mort du communisme en France, plus encore que la droite, selon lui.

Après une préface assassine (et franchement à mourir de rire) d’Halimi, qui met chaque auteur cité face à ses contradictions (textes « d’avant » et textes « d’après ») – parfois, le rappel d’un seul mot suffit, telle cette citation de Serge July « Tout m’a profité », en exergue face au Manifeste de Libération en 1972 – vient le corps du texte d’Hocquenghem.

Une critique salutaire des « années Mitterrand » notamment, une remise à plat bénéfique, des trouvailles jubilatoires dans ses lettres à Serge July, à Jack Lang, « Aux artistes et prétendus tels », « Lettres à ceux qui pratiquent la continuité dans le reniement », « A André Glucksmann, stalinien renversé" (Passé de Staline à Marie-France Garaud dit Hocquenghem) , une charge contre le pouvoir des médias, nouvelle aristocratie qui s’est réfugiée dans le combat littéraire por avoir déserté le combat réel par manque de courage…

Personne n'en réchappe ou presque parmi ses "congénères". Il faut dire que quand on lit cela, surtout si on est issu d'une génération qui n'a pas "connu" Mai 68 et 1981, le tout avec preuves à l'appui, on se dit que les petits gars ont fait fort et on sert les fesses pour ne pas devenir comme eux (des jeunes c... devenus de vieux c...?) -

L'ouvrage est à mettre en parallèle avec le mauvais coup que nous a fait Sarkozy en fustigeant "l'idéologie soixante-huitarde" dans des termes évidemment néo conservateurs que nous ne pouvons cautionner....

Mais, au passage, dommage que nous ne l'ayons pas (re)faite nous-même avant, l'analyse, avec nos mots et nos outils. Nous allons maintenant devoir continuer à nous les coltiner comme des "alliés naturels" (alors que ce n'est pas le cas), ou faire un effort épuisant pour produire, ou plutôt, actualiser, une critique communiste de Mai 68 et des scories qu'il a laissé dans la gauche française, pour servir à l'avenir. Une critique qui tienne la route et que plus personne ne pourrait nous reprendre - mais je doute que nous soyons en état de faire cela, hélas...

Un bon coup de poil à gratter en somme ce livre, mais plutôt agréable ma foi, en ce moment où l’on incite au consensualisme bêlant pour éviter d’avoir à mettre franchement les mains dans la m…(ben oui quoi, laissons cela aux générations suivantes hein, en attendant, sauvons notre peau et notre voiture à crédit – ouf !).

Pourtant, la m… nous y sommes depuis un paquet d’années , 7 millions de Français encore pus que d'autres ( mais le ba nn'est pas fermé...), elle est bien noire et bien puante mais, miracle toujours recommencé de la force de la vie, tant qu’on peut encore survivre, même dans cette mélasse, on essaie de ne pas trop faire de mouvements (ça pourrait nous enfoncer), tant que nous sommes plus nombreux en surface qu'au fond, on préfère proposer des solutions qui n’en sont évidemment pas, pour continuer à maintenir la tête hors de l’eau plutôt que d’essayer de vider l’eau…

« La gauche » fait évidemment partie de ces stratégies, organisées par le toujours moribond Parti socialiste pour ne pas avoir à payer cash en cette fin de règne, ses multiples trahisons et ses renoncements sans limite.

Et nous, communistes (oui, communistes, je le revendique, il FAUT le revendiquer ; ça coûte assez cher aujourd’hui d’appartenir au PCF pour ne pas en plus être fiers et combatifs, et tant qu’à être stigmatisés, ostracisés, vilipendés, reniés, autant s’en payer une bonne tranche ), nous communistes, nous devrions tomber dans ce panneau grossier de « la gauche » ?

Bon, pendant la campagne de Marie-George, évidemment, la direction avait décidé de jouer le jeu des collectifs jusqu’au bout, ce qui me semblait la seule solution à adopter ,effectivement, une fois qu’on avait décidé de rentrer dans ce ménage, donc, on a accolé « gauche antilibérale et populaire » à « PCF ».

Ca ne nous a rien rapporté de plus que les collectifs eux-mêmes, à part, donc,des coups et des électeurs en moins. Mais bon, quand le vin est tiré il faut le boire – soit.

Aujourd’hui, nous voilà débarrassés (ou du moins devrions nous l’être officiellement) de cette stratégie unitaire (qui ne doit pas empêcher une stratégie temporaire de type « alliance confédérale » pour vaincre dans les urnes, dans les industries et dans les rues – mais après, chacun pour soi, et vous verrez, ça ira mieux).

Alors basta « la gôche » en France.

Vive le Socialisme, vive le communisme.

Salut et fraternité

Osémy

6 commentaires:

ZZZZzzzZZZzZzZzZ a dit…

Guy Hocquenghem
_ Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary

Préface de Serge Halimi

Avant de mourir, à 41 ans, Guy Hocquenghem a tiré un coup de pistolet dans la messe des reniements. Il fut un des premiers à nous signifier que, derrière la reptation des « repentis » socialistes et gauchistes vers le sommet de la pyramide, il n’y avait pas méprise, mais accomplissement, qu’un exercice prolongé du pouvoir les avait révélés davantage qu’il les avait trahis. On sait désormais de quel prix – chômage, restructurations sauvages, argent fou, dithyrambe des patrons – fut payé un parcours que Serge July résuma un jour en trois mots : « Tout m’a profité. »

Cet ouvrage qui a plus de quinze ans ne porte guère de ride. L’auteur nous parle déjà de Finkielkraut, de BHL, de Cohn-Bendit, de Bruckner. Et déjà, il nous en dit l’essentiel. On ignore ce qu’Hocquenghem aurait écrit d’eux aujourd’hui, on sait cependant que nul ne l’écrira comme lui. Lui qui appartenait à leur très encombrante « génération » – celle des Glucksmann, des Goupil, des Plenel et des Kouchner – se hâtait toutefois de préciser : « Ce mot me répugne d’instinct, bloc coagulé de déceptions et de copinages. » Il aurait souhaité qu’elle fût moins compromise, en bloc, par les cabotinages réactionnaires et moralistes de la petite cohorte qui parasita journaux et « débats ». Il aurait essayé d’empêcher qu’on associât cette « génération »-là aux seuls contestataires qui ouvrirent un plan d’épargne contestation avec l’espoir d’empocher plus tard les dividendes de la récupération.

Renonçant aux apparences de la bienséance, de la suavité bourgeoise propres à ceux qui monopolisent les instruments de la violence sociale, Guy Hocquenghem a usé de la truculence, de la démesure. Il a opposé sa clameur à la torpeur des temps de défaite. Son livre éclaire le volet intellectuel de l’ère des restaurations. Les forces sociales qui la pilotaient il y a vingt ans tiennent encore fermement la barre ; les résistances, bien qu’ascendantes, demeurent éparses et confuses. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines. Les repentis ont pris de l’âge et la société a vieilli avec eux. L’hédonisme a cédé la place à la peur, le culte de l’« entreprise » à celui de la police. Favorisés par l’appât du gain et par l’exhibitionnisme médiatique, de nouveaux retournements vont survenir. Lire Guy Hocquenghem nous arme pour y répondre avec ceux qui savent désormais où ils mènent.

[À André Glucksmann, stalinien renversé (215 Ko)->http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_406.pdf]

Anonyme a dit…

À côté de l'excellent livre de Hocquenghem, il faut lire également le philosophe marxiste Michel Clouscard qui a magnifiquement analysé la contre-révolution libérale qu'elle soit « bleue » ou trotsko-gauchiste.

En particulier, ses bouquins « Le capitalisme de la Séduction » et « Néo-fascisme et Idéologie du Désir ».
Pour ma part, je n'hésite pas à dire que Clouscard est l'un des plus grands penseurs marxistes de notre temps. Indispensable !

Pour conclure, une citation extraite de l'article qui lui est consacré dans Wikipédia et qui résume assez bien les choses :

« Le néo-fascisme sera l’ultime expression du libéralisme social libertaire, de l’ensemble qui commence en Mai 68. Sa spécificité tient dans cette formule : tout est permis, mais rien n’est possible. A la permissivité de l’abondance, de la croissance, des nouveaux modèles de consommation, succède l’interdit de la crise, de la pénurie, de la paupérisation absolue. Ces deux composantes historiques fusionnent dans les têtes, dans les esprits, créant ainsi les conditions subjectives du néo-fascisme. De Cohn-Bendit à Le Pen, la boucle est bouclée : voici venu le temps des frustrés revanchards. »

Édifiant...

Michel
(PCF)

@Caius a dit…

je viens de lire le passage sur Glucksmann dans le document indiqué par zzzz... quel régal... et quel style...
(même si je trouve aujourd'hui comme il y a 20 ans que c'est beaucoup d'encre et de papier utilisé pour démasquer un clown sinistre comme Glucksmann...)


(sinon pour le dessin de Vauro je l'avais moi-même piqué mais je ne me souviens plus si c'est sur le site d'Il Manifesto ou plus surement sur celui du journal du PDCI ... en tout cas à "voleur", "voleur" et demi ;-) )

paul a dit…

Bonjour camarade Osemy

Cela me fait très plaisir de lire régulièrement vos lignes et particulièrement celles-ci.

En effet les temps sont tristes, de plus en plus, en plus d'être durs, depuis déjà longtemps.

Je suis un vieux précaire depuis 25 ans pour cause de surdiplômage dans le genre des vôtres et récidives étudiantines attardées.

Et l'actualité me mine !

Alors de lire vos quelques lignes rappel de ce que j'ai enduré de la part de ces salaudpards de prof de gauche caviar en fac et ailleurs pour me retrouver misérable à l'heure de la retraite et de la consécration de leur génération par l'arrivé au pouvoir de leurs innommables élus...
ben votre humour met un peu de douceur dans ce monde de brutes immorales et mafieuses !

Merci encore chère camarade

Paul

COPAS a dit…

Sinon une des grandes victoires de la bourgeoisie et de ses alliés trotsko-gauchistes"

Pas morte la bête stupide.... On aurait pu pourtant croire l’inverse, un parti empressé de se mettre d’accord avec la bourgeoisie (en l’occurence Chirac) afin d’en finir avec des occupations désobligeantes d’entreprises, les comités de grêve et certaines villes qui étaient pratiquement passées sous contrôle des travailleurs ....

Sur les trotsko-gauchistes et certaines amnésies, la mode en 68 et juste après 68 était plutôt au col mao et un peu moins au trotskysme. Mais effectivement de vieux réflexes ne se perdent pas ainsi, c’est dommage. Surtout si ça permet de rebondir sur le présent.

1968 venait avec une grande poussée de la jeunesse et des travailleurs dans un très grand nombre de pays, de la Yougoslavie à la Pologne, des travailleurs tchèques essayant de construire un socialisme humain (finalement écrasés par la racaille tankiste des nomenclaturistes qui préferaient la bourgoisie à une démocratie des travailleurs ) aux mouvements de jeunesse allemands, belges, de l’offensive du Têt aux mouvements de rébellion dans la jeunesse américaine, au surgissement de la résistance des noirs aux USA devant le sort qui leur était infligé, enfin l’énorme mouvement en Italie qui poussa poussa poussa pendant des années.

Les années 60 furent une remontée de la classe ouvrière partout qui influença énormement toutes les couches sociales près d’elle, de la jeunesse, jusqu’à des pans de la bourgeoisie où des individus choisirent leur destin d’êtres humains plutôt que leur classe (à l’exemple de Guevarra, Castro, etc). Un grand nombre d’intellectuels furent attirés par cet espoir, avec toutes sortes d’exces...

1968 n’est pas venu de rien, les intellos ou les jeunes bourgeois (une petite partie de 68) qui y jouèrent un rôle ont été un signe positif de l’influence des travailleurs et des idées du socialisme en dehors des rangs habituels.

Le reflux qui arrivé dans la fin des années 70, puis s’accelera dans les années 80, ramena une grande partie de ceux qui partagèrent un moment un idéal de destin avec nous vers leur bercail d’origine.

Les choses doivent être regardées avec cette influence puissante d’une classe en lutte, qui tend à libérer bien des destins du carcan de naissance dans la bourgeoisie, qui tend à donner un air de fête et de libération à l’ensemble de la société.

Dans l’énorme mouvement qui démarra dans les années 60 et s’accelera dans de nombreux pays autour de 68 la société essaya de se libérer de bien des carcans venant d’un ordre bourgeois qui utilisait toutes les oppressions pour maintenir son pouvoir (famille, caporalisme, conformisme brutal et agressif, sexualité, sort de la jeunesse, sort des femmes, sort des homosexuels, etc).

Quand ça pousse bien des gens viennent à nous. Quand ça pousse bien des esprits et des corps se libèrent. Le reflux et les artisans du reflux fournissent obligemment des fourgons aux bourgeois pour ramener les petits enfants égarés au nid douillet .

Mais il reste des gens qui ont rompu définitivement le cordon ombilical et c’est bien déja.

Copas

Anonyme a dit…

« [...] une des grandes victoires de la bourgeoisie et de ses alliés trotsko-gauchistes [...] »

Et je maintiens mon propos.

Le courant gauchiste (trotskisme, maoïsme et ses autres avatars) psalmodiant leur éternelle catéchèse « rééducatrice » à l'encontre du PCF, ce parti thermidorien et traître à la classe ouvrière (dont Mai 68 fut un des points d'orgue, ben voyons...), a dès lors bon dos de se faire passer pour la Blanche-Neige de l'authentique socialisme avec son Vieux, guide omniscient paré de son inénarrable révolution permanente.

Le pire dans tout cela, c'est que ça se drape de phraséologie marxiste pour emballer le tout alors qu'il n'y a pas plus puissant travestissement dogmatique du marxisme que le gauchisme et en premier lieu le trotskisme.
La lecture de Trotski et de ses continuateurs (Mandel entre autres) est particulièrement édifiante.

Quand les trotskistes encartés PCF de La Riposte que la peur du ridicule n'effraie pas (tant s'en faut), mettent fièrement sur leur site une analyse du Vieux sur le matérialisme dialectique, là ce n'est plus un naufrage, c'est Abysse au Pays des Merveilles :-)
Mais le plus navrant, c'est que ça revendique une certaine magistrature intellectuelle...

En ce qui touche au matérialisme dialectique, lisez Politzer, Lefèbvre, Sève, Bitsakis ou mieux Engels dans le texte et sa « Dialectique de la Nature » que les âneries sans nom de Trotski, pieusement biberonnés par Greg Oxley de La Riposte. Cela dit, qund on se donne pour « figure » Ted Grant, rien ne doit étonner.

Lénine avait juste sur ce qu'est le trotskisme : un courant opportuniste bourgeois, couteau suisse de la classe dominante quand il s'agit de trouver une panoplie d'éléments pratiques et théoriques dans sa lutte contre le communisme et le marxisme.

Pour faire écho à une célèbre maxime de Lénine, le trotskisme, c'est l'avant-garde bourgeoise de la contre-révolution. Les socio-démocrates fournissent, quant à eux, le gros des bataillons...

Alors dans un contexte de classe favorable à la classe capitaliste, l'émergence nette du courant trotskiste (et dans une moindre mesure d'autres franges gauchistes) au sein de la gauche « antilibérale » n'en est qu'une parfaite illustration...

Une de plus.

Michel
(PCF)