vendredi 18 mai 2007

QUELQUES REFLEXIONS SUR L’EUROPE ET LES LEGISLATIVES SUITE AUX RUMEURS DE PRIVATISATION TOTALE D’ ADP

En 1945 est créé l’Etablissement Public Aéroports de Paris (ADP), en charge de la gestion des infrastructures des aéroports du Bourget, d’Orly et de Roissy, ainsi que du trafic et de la sécurité des passagers. http://www.aeroportsdeparis.fr/Adp/...

En 2003, le trafic géré par ADP est de 75 millions de personnes et de plus de 82 millions en 2006.

En juillet 2005, ADP est transformé en société anonyme à 100 % de capitaux publics.

En mai 2006 paraît un décret autorisant l’ouverture du capital d’ADP aux actionnaires privés, autant dire, une privatisation partielle…avant l’introduction en bourse, en juin, qui a donc livré le capital d’ADP, (premier gestionnaire d’infrastructures essentielles aéroportuaires, créé et développé pendant 60 ans avec l’argent du contribuable et dans l’intérêt public des français), non seulement à l’actionnariat privé, mais encore à la spéculation et à la haute finance internationale.

Certes il était prévu que l’Etat français conserve 60 à 70 % du capital d’ADP, mais c’est peu d’une part puisque ce seuil rend possible la constitution d’une minorité de blocage par les actionnaires privés (sous réserve de ce que prévoient les statuts d’ADP et les pactes d’actionnaires et que je n’ai pas pu consulter), et d’autre part, on l’a vu pour EDF GDF, parce qu’on ignore jusqu’à quand cette participation « majoritaire » va durer.

En effet, une fois que la porte de la bergerie est ouverte au loup, bien malin qui peut prédire où le loup va s’arrêter de festoyer…

Or, ce matin, la valeur du titre a atteint un record historique, parce qu’il est porté par des investissements spéculatifs qui misent sur les rumeurs de sortie de l’Etat du capital d’ADP au profit de Vinci, le grand groupe n’ayant pas caché son appétit pour ADP...

L’Etat, pour l’instant, n’a pas encore, à ma connaissance, réagi officiellement à ces rumeurs de désengagement total, le nouveau Président étant pour l’heure trop occupé à "régler le problème" EADS, sans doute ( sans que l’on sache bien ce que cela signifie...)

Et, pour revenir à ADP, je trouvais toute à l’heure cette brève :

"Aéroports de Paris (ADP) a réalisé un chiffre d’affaires de 515,2 millions d’euros au premier trimestre 2007, en hausse de 8,3% sur un an, soit une croissance supérieure à celle du trafic d’ADP sur la période (+6,7%). Les services aéroportuaires, dont ADP tire l’essentiel de ses revenus, ont généré 414,8 millions d’euros sur les trois premiers mois de l’année, en hausse de 4,8%, "grâce au dynamisme du trafic, à l’augmentation des tarifs de redevances (facturées aux compagnies aériennes) et au relèvement de la taxe d’aéroport" depuis le 1er janvier, selon ADP. Les redevances aéronautiques ont augmenté de 5% sur la période mai 2006-fin mars 2007. Elles ont de nouveau augmenté de 4,25% au 1er avril. Toutes les autres activités du groupe ont enregistré une croissance à deux chiffres au premier trimestre. L’activité escale et prestations annexes s’établit à 43,3 millions d’euros, en hausse de 12,6% par rapport à la même période en 2006, "qui avait été pénalisé par la perte de clients fin 2005", fait valoir ADP. A noter également, que selon le syndicat FO, les salaires du PDG, du DG, du directeur des finances, du directeur de l’aménagement et du développement, du directeur de Roissy Charles de Gaule et de celui d’Orly auraient augmenté de 37% entre 2005 et 2006. L’enveloppe de ces 6 rémunérations des représentants du comité exécutif serait ainsi passée de 1 621 000 à 2 223 000 €. Sur la même période, la rémunération du PDG est passée de 290 000 à 485 000 € soit une hausse de 67%. Si la hausse est importante, le niveau reste certes en deçà de celui des dirigeants des entreprises cotées sur le premier marché. La DRH avance de son côté que les 10 plus hauts salaires (hors mandataires sociaux) n’ont augmenté que de 5.5% sur la période 2005 – 2006, l’augmentation générale suivant une hausse de 1,5% en 2006.

source : http://www.leblogfinance.com/2007/05/adp_aroport_de_.html"

On peut légitimement se poser la question de savoir quand la France va cesser de brader tant ses investissements publics que ses infrastructures essentielles, ses richesses, ses ressources, son patrimoine, pour de faux prétextes, de mauvaises raisons, les pires qui soient?

A qui a profité cette privatisation pour l’instant, et à qui profiterait une privatisation totale?

Certainement pas aux salariés ni aux usagers...et mon petit doigt me dit que ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Et , de fil en aiguille, cela m’a fait penser à l’Union européenne.

Celle par qui la libéralisation est devenue synonyme de modernité dans de nombreux esprits. Ce cheval de Troie des capitalistes et des libéraux anglais et américains.

Cela m’a fait penser à nos combats contre le TCE, puisque j’entendais à nouveau ce matin que nous étions des abrutis, que nous n’avions rien compris, que cette constitution, ou sa petite soeur, nous allions bien devoir l’accepter, pour "relancer l’Europe"...

Je pensais que, tout à nos débats complètement oiseux à mon sens, sur la constitution d’un grand parti de "gôche" (ni plus ni moins qu’un truc pour éviter au PS de se remettre en question profondément), nous perdions de vue, depuis quelques jours, des choses essentielles.

Je pensais encore que, sous l’influence de l’Union Européenne, on dépèce méthodiquement le droit public "à la française".

Qu’après avoir quasiment achevé la notion de "service public" pour la remplacer par celle de "services d’intérêt général", bien différente, on rendait illégaux de plus en plus de contrats publics (le chantier actuel est celui des concessions d’aménagement, qu’il faut faire crever de leur belle mort, pour permettre l’avènement des partenariats-publics-privés) ; que l’on nous "vend" à tour de bras les "PPP", les emprunts obligataires, et les financements privés comme "mode d’action privilégié" des collectivités locales, qui s’endettent dramatiquement, ce qui, in fine, augmente le coût des équipements publics...

C’est aussi le financement du droit à la santé qui va pâtir des emballements ultra-libéraux de l’Union Européenne, toujours sous l’effet conjugué de l’application hégémonique d’un droit de la concurrence dévoyé, (applicable et appliqué, de plus en plus, aux personnes publiques), et du travail de sape effectué contre les structures juridiques spécifiques et socialistes du droit public français.

Le plan "hôpital 2007 - Tarification à l’activité " participe déjà de cette logique - toujours plus de gros groupes privés ( Générale de Santé par exemple) concurrençant indûment les établissements publics, profitant à la fois du système capitaliste et de ce qui reste du système de financement public des hôpitaux, sans pour autant avoir les mêmes obligations ni les mêmes contraintes...S’il y a bien une chose qui coûte à la Sécu, c’est ce système qui a permis à des structures se réclamant ouvertement du libéralisme de prendre tout ce qu’elles pouvaient prendre d’un système de solidarité sans avoir rien à lui rendre ou presque.

Evidemment, la solution miracle proposée ne pourra être que de libéraliser totalement le secteur, à terme, pour « mettre tout le monde à égalité »…

Il y a urgence à ce que nous reprenions une construction européenne qui ait du sens pour l’humain, que nous continuions, à notre "petit" niveau de communistes français et avec l’aide de nos partenaires "naturels" au Parlement européen, la résistance à ce que l’on veut essayer de nous faire avaler comme modèle de développement public ici et ailleurs.

La Gauche Européenne peut aussi être une bonne orientation, au moins comme groupe de réflexion actif, car à ce niveau de libéralisation des consciences, là, oui, une confédération politique rassemblant des communistes, des écologistes et des socialistes peut avoir tout son sens.

Il me semble hautement souhaitable qu’il soit débattu de cet enjeu dans le cadre de notre prochain congrès car il n’y a pas de réponse valable à la place des communistes dans la société française sans réponse à leur place au niveau européen, et vice versa.

L’Europe, et c’est ce que j’aimerais avoir réussi à démontrer brièvement, ce n’est pas si loin de nous qu’on le pense souvent.

Songez-y désormais lorsque vous trouverez que vos équipements publics coûtent trop cher, que vos soins à l‘hôpitaux sont de qualité insuffisante, faute de moyens, ou que votre entreprise licenciera.

Dans cette attente également, le 10 et le 17 juin 2007, il est en effet très important d’élire des députés communistes.

Et il est important de le faire en gardant à l’esprit que les élections ne sont pas un blanc-seing à l’élu.

Au citoyen, d’autant plus s’il est militant communiste, de garder ensuite un oeil (voire deux) sur la personne qu’il aura élue , pour lui demander périodiquement de rendre des comptes de son action, notamment dans cette double perspective économique et européenne.

En d’autres termes, il appartient aussi au citoyen de devenir responsable des élus pour lesquels il vote.

Aux camarades, donc, de « marquer à la culotte », fraternellement, ces autres camarades, qui vont devenir leurs mandataires.

Je n’ai pas caché (et on me l’a reproché) que certains aspects de ces législatives ne m’emballaient pas, en général et en ce qui nous concerne, communistes, en particulier. Nous devrons en reparler, mais pour l’heure, il faut qu’il soit clair que je suis évidemment plus que favorable à l’élection d’un maximum de députés communistes en France.

Quel lien avec l’Europe dans cette pensée en escalier, me direz-vous?

Les députés et les sénateurs en France sont les derniers remparts à l’application des directives européennes , puisqu’ils sont chargés de les transposer, c’est à dire de les faire entrer dans le droit français.

Ces remparts sont faibles mais ils existent. Plus il y aura de députés communistes à l’Assemblée, plus ces remparts seront forts, si nous sommes là, citoyens et militants, pour en tenir les fondations.

Ils peuvent d’une certaine manière défaire, amoindrir, atténuer, bref, résister, lorsqu’il n’a pas ou plus été possible de le faire au niveau européen.

Aussi, élire des députés communistes à l’Assemblée, c’est nous donner un autre lieu de résistance et de reconstruction en Europe.

Vu les circonstances, je crois qu’il ne faut pas hésiter une seconde.

Le 10 et le 17 juin 2007, il faut voter et faire voter communiste.

Non pas pour « sauver un groupe » mais pour « sauver nos vies ».

Salutations fraternelles

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut La Louve,

Pour ce qui est de la présence de députés communistes, je pense que celle-ci est utile, car elle nous permet d'avoir un « point d'appui » parlementaire. Certes, cette présence est loin d'être fournie, mais étant donné la situation actuelle de notre parti, il serait pour le moins malvenu de faire la fine bouche...

Pour espérer sauver ce groupe, il ne faut pas avoir d'états d'âme et faire jouer à plein de ce qui nous reste de « proximité » avec le PS. Pour ce faire, il me semble important de dissocier tactique et stratégie politiques : si les sociaux-démocrates bourgeois peuvent nous servir à quelque chose, n'ayons surtout pas d'orgueil mal placé et utilisons ce levier pour garder notre groupe parlementaire.
D'ailleurs, il me semble que c'est ce à quoi s'attèle MGB et en cela je lui donne totalement raison.

Cela dit, un certain nombre de nos candidats à la députation sont de fieffés renégats qui n'ont de « communistes » que de nom (je pense à la clique du troupeau bêlant Bovésien), mais toujours sous l'orée de cette dissociation entre tactique et stratégie politiques, mettons de côté temporairement les divergences et utilisons ces « communistes » de la même manière que les sociaux-démocrates du PS peuvent nous servir.

Même si je pense que le sauvetage de notre groupe relève de la gageure, jouons cette carte et jouons-la à fond !

Ensuite selon la formule de Marx, il faudra bien un jour « régler nos comptes avec notre conscience d'autrefois » et notamment avec ceux qui l'incarnent au sein de notre parti.
Cependant cette nécessaire confrontation doit se faire ex post et la tenue du prochain Congrès extraordinaire en sera sûrement l'amorce...

Je serais de ce combat.

Michel
(PCF)

Sad___ a dit…

Je suis d'accord Michel, Allons'y !
"nous" devrons poursuivre (ou commencer !) cet "autre" chemin, celui qui nous amménera à "régler nos comptes avec notre conscience d'autrefois " ;-)

Voilà le temps des tacticiens.
Ce 17 juin viendra le temps des stratèges et finira le temps des victimes !

Allons, allons, ...et que souffle le vent d'en bas !

Anonyme a dit…

Salut Sad__,

Cet aggiornamento est indispensable si le PCF veut vivre.

Je repense à ce qu'un vieux militant communiste m'avait il y a ving ans et qui énonçait en substance : « Il faudra que le PCF en arrive à n'être réduit qu'à un gropuscule pour qu'il renoue avec ce qu'il est véritablement ».
Je mesure la pertinence et la clairvoyance de ses propos...

L'audace, contrairement à l'image (complaisante) que l'on véhicule, n 'est pas du côté des soi-disants « rénovateurs » et autres « refondateurs » qui ne font, en fait , que couber l'échine devant la « réalité ».
Leur solution est... la solution de facilité par excellence.

Le prochain Congrès sera décisif.

Michel
(PCF)