vendredi 8 février 2008

Aparté sur les fonds dits "souverains"...



Même les plus éminents sociologues peuvent écrire des sottises, notamment quand ils s'avancent sur des terrains qui ne sont pas les leurs (le problème de certains sociologues étant qu'ils prennent souvent la partie pour le tout et passent de l'utilisation d'une discipline comme élément d'analyse d'une société, à l'analyse de la discipline en soi sans en avoir nécessairement les compétences...)...Bref.

J'ai lu récemment sous la plume de l'un d'eux (je ne sais plus trop lequel)que les fonds dits souverains, qui fonctionneraient moins vite (qu'est ce que cela signifie?) et de façon un peu moins usuraire (!), seraient moins dangereux que les "fonds spéculatifs".

Qu'ils n'exigeaient pas, a priori, la mise au chômage de salariés pour faire monter les actions,voire,qu'ils seraient un peu "facteur d’équilibre" ou quelque chose de ce style...donc qu'ils étaient moins nocifs que les fonds "spéculatifs" (hedge funds).

C'est appliquer une analyse micro économique à un problème macro économique,et c'est donc un raisonnement faussé, car le danger des fonds dits souverains (qu'on aurait plutôt du traduire par "fonds de richesses assurant la souveraineté") est tout à fait autre et n'empêche nullement l'activité des fonds "spéculatifs".

En outre, les instruments responsables des ravages que commettent les "hedge funds" (à savoir l'OPA notamment) sont tout à fait à la portée des fonds "souverains" et rien ne les empêche priori de se comporter comme des fonds prédateurs d'entreprises.

Il n'y a en effet aucune "figure pure" dans le monde de la finance et des affaires, où le métissage des solutions et des structures, afin d'optimiser le profit et le contrôle (autre objectif non avouable du capitalisme financier), est au contraire de rigueur.

Les personnes qui construisent des produits financiers, des montages juridiques etc... dans ce domaine sont souvent d'ailleurs des personnes à l'imagination débridée et totalement non-conventionnelles (malgré les apparences) même si elles doivent être capitalistes.

Les fonds "souverains" donc, ("in english", dans le texte, ce qui donne toute sa REALITE au concept: "Sovereign-wealth fund" )sont des fonds d'investissement contrôlés par un Etat, le plus souvent alimentés par des recettes provenant de revenus de matières premières (pétrole, ...), investis dans une logique normalement financière, à fin de procurer des ressources à cet Etat une fois que la matière première en question aura été épuisée.

Le caractère opaque de certains de ces fonds fait parfois craindre qu'ils n'aient pas des objectifs purement financiers mais qu'ils soient le bras armé d'Etats souvent peu démocratiques pour contrôler directement ou indirectement des entreprises du monde occidental.

On peut ainsi citer Temasek de Singapour (second plus gros actionnaire de Bank of China...)noté AAA/Aaa (Moody's , Standards & Poor's), ou Adia (Abu-Dhabi Investment Autority).

Ou le premier fonds souverain créé: le fonds du Koweït en 1953, suivi en 1956 du Kiribati Revenue Equalisation Reserve Fund créé en 1956 et qui gère aujourd'hui 520 millions $, soit 9 fois le PIB de l'archipel.

Ils tirent leurs ressources des réserves des banques centrales (Chine), des réserves pour les retraites (Norvège) ou des fonds tirés de l'exploitation de matières premières (Norvège, Russie, Qatar) par exemple. Les fonds alimentés par le pétrole représentent deux tiers des montants gérés par ces fonds.

Ils gèrent un volume d'actifs estimé entre 2 200 millards $ selon Standard Chartered et 2 500 milliards $ (2007), d'après la banque Morgan Stanley. En octobre 2007 ils représentaient environ 1,3 % du total du marché des actions, obligations et dépôts bancaires, soit deux fois plus que les fonds gérés par les hedge funds ou le capital-investissement. Selon Morgan Stanley ils pourraient atteindre 12 000 milliards en 2015, tandis que Steffen Kern de Deutsche Bank estime qu'ils pourraient gérer 5 000 milliards en 2012.

Ils ont joué en 2007-2008 un grand rôle dans le secteur financier international, en refinançant plusieurs banques de premier plan affaiblies par la crise des subprimes. Government of Singapore Investment Corporation a participé à un apport de 12 milliards $ à UBS en décembre 2007 et, au même moment, China Investment Corporation a pris 9,9% du capital de Morgan Stanley. Avant la crise, le même fonds avait déjà pris une part de 3 milliards $ dans Blackstone, un fond de LBO.

Les différents fonds utilisent des méthodes d'investissement variables ; Certains refusent de prendre des parts importantes du capital des entreprises étrangères comme le fonds norvégien.

A l'inverse d'autres sont plus activistes et recherchent surtout des parts importantes comme le fonds de Singapour ou les fonds chinois qui ont envisagé de prendre des parts dans Bear Stearns.

La Chine a ainsi surpris tout le monde au mois de mai en mettant 3 milliards sur la table de Blackstone juste avant l'introduction en bourse de ce dernier.

Plus préoccupant, les fonds souverains se mettent à lancer des OPA. C'est ainsi que le fonds qatari Delta Two a offert cet été de racheter le distributeur britannique Sainsbury pour un peu plus de 15 milliards d'euros.

Les degrés de transparence sont également eux aussi très variables, la transparence du fonds Norvégien ou de Temasek Holdings à Singapour tranchant ainsi avec l'opacité de la gestion de la China Investment Corporation.

D'une certaine manière, la Caisse des Dépôts et des Consignations qui gère environ 120 miliards d'euros pourrait être vue comme un petit fond "souverain".

On voit bien cependant où se situe le problème avec ce type de fond, dangereux pour de toutes autres raisons que les sulfureux "hedge funds" ou "vulture funds" (fonds "vautours qui rachètent la dette d'entreprise en difficulté ou souscrit à des augmentations de capital pour en prendre le contrôle profitant de prix très bas des titres et qui interviennent désormais dans les très médiatisés "LBO", remplaçant ainsi les LBO funds.)

Le problème est donc bien la menace que représentent ces fonds pour la souveraineté d'une nation, d'un pays, et on ne peut pas placer ce débat au même niveau que celui des fonds qui sont chargés de LBO somme toute situés à un niveau inférieur de l'économie.

Ce sont les motivations politiques ou géopolitiques sous-jacentes dans un certain nombre de cas de ces "fonds souverains" qui posent de réels problèmes. Là les états entre eux, même les plus capitalistes (surtout les plus capitalistes) deviennent des ennemis féroces les uns des autres.

Le rachat de 5 % du groupe d'aéronautique et de défense EADS par la banque publique russe VTB en a été une illustration.

Ou encore, lorsque, début de 2006, Dubaï Ports World (DPW)a eu l'occasion de racheter la compagnie maritime britannique P & O et de mettre la main sur les ports américains de New York, Philadelphie, Baltimore, La Nouvelle-Orléans, Miami et Newark.

Ce que l'on peut conclure donc c'est que ces deux types de fonds peuvent tout à fait permettre de prendre "en tenaille" l'économie d'un pays.

Le monde de la finance n'étant pas le dernier à avoir le sens de l'humour, on assiste à de "drôles" de choses quand, par exemple, ces fonds "de souveraineté" injectent des millions de dollars dans des banques qui vont éventuellement contribuer à les noter ou distribuer leurs produits dérivés (comme Morgan Stanley par exemple, qui s'est fait réinjecter 5 milliards de $ fin décembre 2007 lors de la première vague de la crise des subprimes, par China Investment Corp...).

Il reste qu'un pays comme la France est "en position de relative faiblesse" face à de tels mastodontes. Le sénateur Jean Arthuis voit à cela deux raisons : d'une part notre balance commerciale, dont le déséquilibre entraîne un fort besoin en investissements étrangers, d'autre part l'opacité des fonds souverains, qui interdit de connaître l'ampleur exacte de leurs diverses participations dans l'économie française. "Une fraction significative des sociétés du CAC 40 est détenue par ces fonds"... nul n'en sait davantage.

Voilà c'est la fin de la leçon de vulgarisation du jour ;-)

Sources : Les Echos, La Tribune, Le Monde, Le Figaro, Vernimmen corporate finance,Wikipedia, blog de la finance, rapports du Sénat...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

vivement la suite ...
merci ,tres utile pour moi et ma "propangande" journaliere ....
Makhno

vieil anar a dit…

Tu peux répéter la question !?

François a dit…

Je viens de lire sur la tribune(électronique)que la BCE(banque centrale européenne)était prête à diminuer la valeur de l'argent...?

Sans trop comprendre comment cela peut se passer,j'imagine que cela ne présage rien de bon,non?

François