lundi 7 janvier 2008

DE BISVNVRS ILLVSTRIBVS ORBIS BLOGOSPHERAE, Par S.A.S. Swâmi Petaramesh



J'ai tellement ri en lisant ce billet plein d'humour et de fiel du Guru, je ne résiste pas au bonheur de vous le faire partager!!! La Louve
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A mesure que de nouvelles niches écologiques se créent dans le cybermonde, de nouvelles espèces apparaîssent, mutent puis les colonisent. Normal.

L'une des espèces les plus anciennement connues et les mieux décrites de cyberbiotes est le troll, qui vit depuis fort longtemps dans les profondeurs d'USENET et des listes de diffusion, et qui a depuis réussi à s'adapter avec succès à de nouveaux environnements : tout d'abord les forums du ouèbe, puis la plus récente blogosphère. Des chercheurs réputés ont acquis toute leur gloire à son étude, comme Monsieur Maester par exemple, et de véritables encyclopédies d'une profonde érudition lui ont par ailleurs été consacrées.

Ainsi le troll est-il aujourd'hui un ravageur parfaitement et entièrement connu, et il n'y a plus grand-chose de neuf à en dire, sinon à rappeler, comme chacun devrait le savoir, qu'il ne faut jamais le nourrir. Et qu'il est plein de caca.

Cependant, dans des niches écologiques d'apparition plus récente, se trouvent mille autres passionnantes espèces encore peu connues, et peu ou mal décrites, aussi Swâmi Petaramesh, avide de paillettes et de gloriole, et, qui sait, même d'un prix Nobel, s'attaque-t-il à la noble tâche de décrire au moins l'une de ces nouvelles espèces.

Le De Bisunurs Illustribus me vaudra-t-il enfin la gloire, la célébrité, et les filles nues qui se jettent par milliers sur mon corps d'albâtre ?

Je veux donc aujourd'hui traiter du cyber-bisounours et de son cousin germain le bisounours-garou, dont le biotope naturel est la blogosphère, et plus particulièrement certains de ses blogomarécages.

Le cyber-bisounours est la variété cybernétique d'une espèce de bisounours plus ancienne et plus classique, qui fut très bien décrite par le regretté Pierre Desproges, sous l'appellation d'endive :

Endive n.f. L'homme qui s'adonne à l'endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n'est pas dans ses yeux, il n'a pas de colère et sourit au guichet des Assédic. Il lit Télé 7 Jours. Il aime tendrement la banalité. Aux beaux jours, il vote, légèrement persuadé que cela sert à quelque chose.
- Pierre Desproges

Mais, il faut bien le reconnaître, le cyber-bisounours, que nous appellerons plus simplement bisounours pour la suite de cet article, présente mille caractéristiques bien plus intéressantes.

Au premier abord, le bisounours est un petit être d'aspect fort agréable : Il est tout mignon avec son poil lisse et brillant, et fait en quelque sorte un peu penser à un mogwaï.

Quand on atterrit par erreur hasard dans le blog d'un bisounours, on commence par être ben content d'être arrivé dans ce petit coin de paradis, où tout n'est que luxe, calme et volupté.

On trouve alors au bisounours tout un ensemble de qualités :

* De prime abord, le bisounours est gentil. Très gentil même. On perçoit tout de suite qu'il s'agit d'un être à la profonde sensibilité qui patatipatata...
* Il paraît également intelligent, écrit généralement plutôt bien et sans trop de fautes, ce qui est suffisamment rare pour être appréciable. Certains bisounours montrent même un véritable talent d'écrivain ou de photographe, bien que, le plus souvent, il s'agisse de productions de qualité correcte mais ne possédant pas une personnalité ou une originalité à décorner les boeufs, il faut bien l'avouer.
* Le bisounours est également le plus souvent cultivé. Au moins assez pour vous faire belle impression.
* Comme le bisounours est plutôt gentil, et pas trop con non plus, le bisounours est de gauche [1] dans la quasi-totalité des cas observés - on a bien vu quelques bisounours qui se croyaient de droite, mais il n'avaient pas tout compris.[2] Le bisounours, étant un petit être sage et modéré reste toutefois d'une gauche fréquentable, par exemple écolo-gentil à la tendance légèrement alter-mondialiste mais pas trop : J'achète les produits du "commerce équitable" chez Carrouf, quoi.
* Le bisounours, généralement éduqué, fait partie des couches "CSP+", mais rarement "CSP++" bien qu'il en aurait probablement les capacités s'il le voulait. Il est CSP-suffisant pour posséder un ordinateur, une connexion haut-débit permanente, un hébergement pour son blog, et le plus souvent, cela semble lui suffire. En tout cas, ça lui plaît davantage qu'un 4x4 climatisé avec le pare-buffles.
* L'ensemble des caractéristiques permettent de définir le bisounours comme une forme particulière de cyber-bobo, dont il est en effet une sous-catégorie.
* De ce fait, le bisounours est, somme toute, assez peu original, bien qu'il soit très intimement persuadé du contraire.
* Il est par ailleurs grégaire, voire trou de tribal. Nous verrons plus tard que c'est là une caractéristique centrale de son comportement.

* Bien sûr, inutile de le préciser, le bisounours est très souvent une bisounourse. Le plus souvent, même.

Observons maintenant le bisounours en action. Que fait le bisounours ?

* Le bisounours poste des billets sur son blog.
* Le bisounours répond aux (gentils) commentaires de ses (nombreux) amis (bisounours) sur son blog.
* Le bisounours lit les blogs de ses (nombreux) amis (bisounours), et leur laisse régulièrement de (gentils) commentaires.

Nous avons là fait le tour de l'essentiel de l'activité du bisounours.

(Un bon critère permettant de reconnaître un bisounours, c'est que, dès qu'il poste un court billet standard-lambda sans intérêt particulier [genre Je m'ai acheté une paiiire de chaussûres ou J'ai été au coiffeur], Paf ! D'un coup trente commentaires qui s'extasient sans une seule fausse note. Pas d'erreur, vous êtes sur un blog affilié à la tribu des bisounours.)

Observons de plus près, sous l'éclairage aride de l'analyse transactionnelle, la nature et la teneur de ces échanges.

* De nombreux posts du bisounours semblent tournés vers l'extérieur, mais, à le lire pendant un certain temps, on remarque assez vite que chaque bisounours porte en lui une profonde souffrance, un profond mal-être, une mauvaise image de lui-même ("low self-esteem", écris-le comme ça, tout de suite, ça fait riche ;-) [3] et que c'est là le moteur essentiel qui le pousse à tenir un blog et à faire partie d'une tribu de bisounours. Bien sûr, de nombreux autres blogueurs ont aussi des blessures (ça n'a rien de particulièrement original), qui sont également souvent le principal moteur qui les pousse à écrire, mais ils n'en sont pour autant pas tous des bisounours, loin de là.[4]
* Le bisounours, qui est malheureux et peu sûr de lui, a besoin de se sentir aimé, apprécié et entouré ; il recherche les strokes positifs.
* D'où l'utilité de sa tribu de bisounours-amis, qui viennent lui déverser des tombereaux de fleurs-commentaires pour lui dire combien le bisounours est un être trop beau, trop gentil, trop plein de talent, trop unique et trop exceptionnel tout ça. A charge de revanche bien entendu, et le bisounours s'empressera toujours d'aller rembourser son bienfaiteur virtuel en lui déversant plein de strokes positifs, également, en veux-tu en voilà.
* Il faut dire d'autant plus de gentillesses au bisounours et lui faire d'autant plus de bisous, qu'il se sent laid(e), moche, bête, con(ne) et nul(le). Bien sûr, le bisouiller ne lui fait aucun bien sur le long terme ni ne l'aide à résoudre le moindre de ses problèmes, mais sur le court terme, ça le réconforte, et il est là parce qu'il veut des bisous, quoi, merde ! M'enfin...

On voit donc que la tribu des bisounours fonctionne sur le principe, connu et éprouvé en politique, de Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné !.

Les bisounours se regroupent donc en joyeuses tribus de bisounours qui font bloc. Ils s'aiment et se font des bisous.[5]

Et ils ne veulent pas, mais surtout pas, qu'on vienne les déranger dans leur petit train-train de gentils petits bisous.

Car ils ne veulent pas se remettre en question, ils ne veulent pas se regarder ni se voir tels qu'ils sont[6], ils ne tiennent pas à savoir pourquoi ils souffrent ni comment y mettre fin.
Pas de remise en question douloureuse pour le gentil bisounours donc. Il veut juste des bisous et des câlins, et se faire réconforter par sa tribu de bisounours. Et il fuit absolument tout ce qui pourrait ressembler à un stroke négatif.

L'ennuyeux, c'est que si quelque étranger passe par là, ne connaissant pas les usages de gentillesse-guimauve et de réciprocité systématique de la tribu des bisounours, si jamais passe un étranger aux yeux ouverts, qui voit ce qu'il voit et dit ce qu'il pense (plutôt que de dire ce qu'il pense que les bisounours souhaitent entendre), alors là, soudainement, c'est le crime de lèse-bisounours ! C'est la Révolution dans le petit monde des bisounours !

Comme le mogwaï arrosé et nourri après minuit se transforme soudain en abominable gremlin, le bisounours quant à lui se transforme en bisounours-garou !

Il a l'écume aux lèvres et il veut en découdre ! Sus au bisouclaste ! Il veut l'essoriller ! Le désentripailler !

Dieu que le bisounours-garou est une espèce redoutable ! Il est difficile d'échapper à son courroux !

Il est d'autant plus facile de déclencher l'incident, que les réactions du bisounours sont très affectives et épidermiques : Dès qu'on lui donne autre chose que sa ration de bisous, le bisounours part en vrille !
Comme le bisounours est incapable de toute distance par rapport à lui-même d'une part, s'identifie excessivement aux idées qu'il défend d'autre part, et tertio réagit (beaucoup) plus vite qu'il ne réfléchit, on arrive assez facilement au carnage !

Et puisque le bisounours est une espèce terriblement tribale, il vous suffit d'en offenser un pour qu'instantanément toute la tribu de ses porte-coton associés vous tombe aussitôt dessus pour les raisons les plus fantaisistes, ou sans raison.

Les plus gentils des bisounours, ceux que vous n'aviez même pas véritablement identifiés comme tels, peuvent d'un coup se jeter sur vous toutes griffes dehors et gueule ouverte, boudiou, phear ! ça fait peur !

En plus, je soupçonne que le bisounours soit un animal très rancunier. Et comme il est tribal, il suffit qu'un seul bisounours vous en veuille velu pour que la tribu entière vous déteste grave pour les siècles des siècles, amen.

Si vous voulez vous faire adopter par une tribu de bisounours, rien n'est plus simple : Il suffit d'aller lire leurs blogs et de leur faire plein de bisous. Il vous prendront aussitôt pour l'un des leurs et vous adopteront ! Rien de plus facile, donc.

Mais attention, n'oubliez surtout pas votre livraison quotidienne de bisous, sinon, la suspicion s'installera très vite sous forme de Ben quoi ? Tu commentes plus chez moi ? T'es malade ? Tu me boudes ?, et rappelez-vous que si vous donnez au bisounours quoi que ce soit qui ne soit pas un bisou, vous avez intérêt à être entraîné dans le combat contre pitt-bulls ! Moi je dis ça, hein, je dis rien...[8]

Geste qui Sauve N'oubliez pas toutefois, si vous êtes agressés par toute une tribu de bisounours, qu'il y a un geste et un seul, capable de les mettre en fuite, tout comme un crucifix met en fuite un vampire.

Et c'est un geste simple.

N'oubliez jamais le Geste qui Sauve.



http://petaramesh.org/post/2006/09/26/416-de-bisvnvrs-illvstribvs-orbis-blogospherae

1 commentaire:

Swâmi Petaramesh a dit…

Merci pour cette reprise, Louve :-)

Le lien que tu fournis ci-dessus n'étant pas fonctionnel, voici le lien vers le billet d'origine : DE BISVNVRS ILLVSTRIBVS ORBIS BLOGOSPHERAE