lundi 30 avril 2007

«Notre héritage n'est précédé d'aucun testament.» René CHAR

La seule voix que j'écoute quand aucune ne peut plus résonner/raisonner est celle du poète; sa sagesse du bord du gouffre regarde avec des yeux exorbités par dessus mon épaule et comme il faut aimer pour ne pas protéger la main qui se tend et va se faire dévorer - parce qu'il faut aller jusqu'au bout de tout si l'on veut revenir sans rien, nu et vierge et offert comme l'enfant s'avance à sa mère? Me raccrocher à tes yeux ne sert de rien ils sont morts demain matin et déjà dansent avec des fantômes ricanants et anciens car tu les as clos pour moi - Ouvrir les fenêtres du coeur laisser entrer le souffle puissant qui arrive des océans ayant porté tant d'hommes aux destins incertains revenus ou jamais et qu'importe d'ailleurs? Résister au doux plaisir de se dévorer pour ensuite, se lécher à laver les plaies et pour une première fois alors pouvoir se regarder droit bien au fond et sans remord ni crainte - refuser cela c'est absurde et c'est lui.
Inutile florilège poussé dans la nuit à la lueur pâle des lumières d'en face, en pénombre et en abîme, en abîme et abîmé, comme un trou il y a un gouffre que nul ne peut emplir et personne pour l'éviter - amis poètes comme je respire par vos bouches toujours vivantes du fond de votre poussière et rien n'est plus actuel que l'Amour qui manque à tout et à tous.Si je pouvais le semer partout - toujours jamais, mais il y a des peurs contre lesquelles personne ne peut lutter et celle de l'homme de se faire enfermer et bien, que voulez vous, est plus forte que tout et la fraternité s'arrête au pied du lit. L'unicité effraie! Et l'exclusivité n'est pas une valeur moderne - il en est qui ne partagent pas le corps aimé comme personne d'ailleurs ne franchit la barrière de leurs cuisses - si c'est entre ses bras qu'elle a posé sa tête. Où va se nicher la bonne parole christique dans celui ou celle convaincu de bien donner un peu à tous croyant être libres ceux là sont esclaves - on n'a pas suffisament tué Jésus ! Ravages qui ont perverti l'aimer - Opposer la païenne où l'on pouvait rêver de s'entreposséder sans crainte de passer pour un propriétaire et la morale n'avait pas prise dans nos cheveux dans nos jeux dans nos ébats dans nos combats. Nous montions main dans la main comme des flèches vers le ciel plein d'étoiles_______________________________________

Nous avons fait la nuit Les yeux fertiles parce que je t'aime Immaculée conception Allégeance éloge d'une soupçonnée Il n'y a pas d'amour heureux - Eluard, Barbara, Aragon, Char, Breton -

Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille
Je te soutiens de toutes mes forces
Je grave sur un roc l'étoile de tes forces
Sillons profonds où la bonté de ton corps germera
Je me répète ta voix cachée ta voix publique
Je ris encore de l'orgueilleuse
que tu traites comme une mendiante
Des fous que tu respectes des simples où tu te baignes
Et dans ma tête qui se met doucement d'accord avec la tienne avec la nuit
Je m'émerveille de l'inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j'aime
Qui est toujours nouveau.

C'est parce que ton épaule à mon épaule,
Ta bouche à mes cheveux
Et ta main sur mon cou,
C'est parce que, dans mes reins,
Quand ton souffle me frôle,
C'est parce que tes mains,
C'est parce que joue à joue,
C'est parce qu'au matin,
C'est parce qu'à la nuit,
Quand tu dis "viens", je viens.
Tu souris, je souris.
C'est parce qu'ici ou là,
Dans un autre pays,
Pourvu que tu y sois,
C'est toujours mon pays.

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

Forme tes yeux en les fermant.

Donne aux rêves que tu as oubliés la valeur de ce que tu ne connais pas.

J'ai connu trois lampistes, cinq garde-barrières femmes, un garde-barrière homme. Et toi?

Ne prépare pas les mots que tu cries.

Habite les maisons abandonnées. Elles n'ont été habitées que par toi.

Fais un lit de caresses à tes caresses.

S'ils frappent à ta porte, écris tes dernières volontés avec la clé.

Vole le sens au son, il y a des tambours voilés jusque dans les robes claires.

4 commentaires:

Sad a dit…

Qu’elle belle tristesse dans ce texte si jolie.
Je crois hélas aussi, que l’on ne se saisie du bonheur que trop tard.
Avec quoi de toi est-il donc partie ?
Mais, quoi qu’il ait pu prendre, lui te laisse bien plus qu’une image ou une odeur.
Un truc de lui, qui restera là, au cœur
Sur laquelle une autre de ta vie pourra pourtant porter un jour, un autre amour.
Courage !

je ne fais que passer a dit…

Douleurs et doux leurres m'ont mis à mal ces derniers temps... Ton silence en rajoute...

Tristesse qui ne se dit pas. Pas même à qui a ouvert ses veines presque. Tristesse enfouie est mauvaise conseillère.

Rencontrer l'Autre... c'est "se sauver soi-même".

Je suis toujours cet autre.

Rom'

Anonyme a dit…

Mais ma parole, tout le monde y veut s'pendre dans l'salon à Ishtar!!!

;)

Le Baaladin

Anonyme a dit…

je ne fais que passer
change de pseudo , maintenant c'est
"j aimerais bien rester"
sans rancune ;-)

bernard T